CHAPITRE VI
De l Angleterre. Révolution dan s ce royaume ■( Premiers p arlemens tenus par Charles Ier-
Depuis l’avénement de Charles Ier. au *ône britannique , Ja Grande-firétagne plongée dans les horreurs des guerres civiles , 11e pouvait prendre aucune part aux événemens politiques dont le continent de l’Europe était le théâtre. Une partie de ces événemens eut lieu sous le règne de Louis XIII 3 j’en ai retardé le récit pour présenter dans un seul cadre ce vaste et sanglant tableau.
• Charles Ier. avait succédé à son père en 1625 (1). La guerre était déclarée contre l’Es-
(1) Rusliworth’s, tom. r. Rapin Thoiras , liv. 19. Tom. VI ,2e. part. 3
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pagne } et Jç nouveau roi venait d’épouser irlenrieUc de France , lorsqu’il tint son premier ÇarJerncpt. Sous ces dêux rapports , Charles était obligé à des rnénagemcns dont son inexpérience le rendait incapable. Les Anglais, ré* $olus d’assurer fenr liberté , prenaient la méthode d.e n’accorder aucun subside sans obtenir quelques concessions nouvelles en faveur des communes. C’est ainsi que le parlement venait de rendre une loi contre les monopoles autorisés par la cour et contre tous les privilèges exclusifs, destructeurs du commercé. On avait aussi rendu des lois très-sévères contre lps catholiques, moins en haine des mystères qui distinguent ce culte , que parce qu’on regardait ceux de cette religion comme ne pouvaut^n tolérer aucune autre. Charles , de son côté , craignait de s% brouiller avec la cour de J? rance , en procédant avec rigueur contre un culte professé par sa femme, et dont son contrat de n\ariage iui assurait l'exercice public e/i Angleterre. <
Qu usait soupçonné le roi J^cqpes de profejjsey,. spç/rptement, la religion romaine ; les mêmes doutes s’élevaient au sujet de Charles l®r. En (vain ce prince venait de protester pmi b}iquemeut. de son zèle pour la religion réformée , on regardait celte démarche comme une vaine proclamation qu’un prince , encore peu affermi, faisait publier pour sonder l’opi-
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tiion publique. Ceux qui avaient rnis des obstacles au mariage de Charles avec une infante d’Espagne , dans la crainte que celte alliance n’entraînàt la chute de la religion anglicane , ne redoutaient pas moins l’influence de la cour de Paris. Le trône s’environnait de défiances lorsque le parlement fut assemblé.
Hume a pris soin de nous conserver les noms des conducteurs de la chambre des communes j Edouard Coke, Edvin Sandys, François Seymour , Dudley Diggs, Jean Elliot, Thomas Wenlwort, Robert Philips, Selden Pym , hommes éprouvés par les contestations politiques , et qui joignaient une grande capacité à un grand caractère. Les trois derniers avaient été emprisonnés sous le règne précédent, pour avoir résisté, dans la chambre des communes, aux volontés de Jacques 1er.
Charles fit l'ouverture de l’assemblée, en représentant que son père n’avait entrepris la guerre contre l’Espagne , que d’après le vœu des deux chambres ; en Conséquence , il réclamait les subsides nécessaires pour la conduire avec vigueur. Mais , soit que le parlement regardât celte guerre comme peu importante, ou pour quelques mécontentemens que l’histoire ne développe pas , la chambre des com-, munes, après avoir discuté les demandes de la cour , décida qu’avant de s’occuper de cet objet . il était des griefs plus importons à exa-
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miner ; le bill ayant été admis par la chambre des lords ,Uc roi fut prié , par une adresse , de faire exécuter les lois contre les catholiques. On le prévenait, en même temps, que la chambre des communes allait poursuivre ceux qui avaient fait des subsides, accordés à Jacques 1er. en 1626, un usage contraire à leur destination.
Ces procédures regardaient particulièrement le duc de Bukingham ( t). Pour les arrêter , on proposa dans le conseil de dissoudre le parlement y c’est le parti qu’on aurait pris sans l’extrême embarras des finances , auquel il ne paraissait possible de remédier qu’avec l’entremise des communes. Celte chambre en faisant espérer un subside , gagnait le temps de sc procurer les renseignemens dont elle avait besoin pour motiver un acte d’accusation contre le premier ministre. Enfin, lorsqu’elle crut avoir pris les mesures convenables , elle accorda au roi deux cent mille livres sterling , somme regardée par la cour comme inférieure aux besoins de l’état ; en même temps elle présenta un long mémoire de griefs à réformer. L’article de la religion était particulièrement discuté ) on s’élevait, avec chaleur contre les grâces que la cour accordait aux catholiques;
(«) J’en ai déjà parlé dans le livre précédent.
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on exigeait non-seulement que ceux de cette religion, tenus pour suspects, fussent exclus des charges publiques , mais on demandaît leur désarmement etleut* expulsion de Londres. Le roi se flattant d'obtenir par sa condescendance des Subsides plus abondans , allait sanctionner ces demandes. 11 fut instruit que la chambre dressait un acte dans lequel Bukingham était accusé de haute trahison pour avoir dilapidé les finances ; à cette nouvelle , Charles casse le parlement.
On avait armé une flotte considérable : elle devait attaquer Cadix. Pour subvenir aux dépenses de cet armement , Charles 1er. , à l’exemple de plusieurs de ses prédécesseurs, avait eu recours à des emprunts foncés. Les contre-temps, dont les expéditions maritimes sont souvent accompagnés , contrarièrent cette entreprise 5 les vaisseaux anglais furent battus de la tempèfe ; des maladies emportèrent un grand nombre de matelots, l’escadre revint en mauvais état. Cetévénement, en jetant de la défaveur sur le gouvernement , encourageait les communes et les particuliers à refuser le paiement des taxes auxquelles les agens de la cour les soumettaient illégalement. Le peuple relevait avec amertume la honte d’une expédition mal concertée; les murmures étaient généraux. On craignait de décider les mécontens à prendre lès armes , si on déployait le pouvoir suprême ;
il fut donc résolji de convoquer un nouveau
parlement.
Charles avait pris tontes les précautions propres à s’assurer la majorité des suffrages dans la chambre des communes. Voulant éviter qu’Edouard Coke, Robert P,hilips, Thomas Wentwort et François Seymour, s’y trouvassent de nouveau , ou leur avait donné l'exclusion en les nommant shérifs dans divers comtés. Cependant, malgré les efforts du mir nistère , on s’aperçut bientôt que l’esprit de l’ancienne chambre des communes avait passé dans la nouvelle. Au lieu d’accorder les subsides sollicités par le roi , elle adressa à la cham-. bre des lords un acte d’accusation contre Bukingham , en i3 articles. Les crimes attribués au ministre, furent détaillés par Dudley Diggs et Jean EHiot, avec les traits les plus injurieux ; il leur en coûta la liberté. Ces deux membres de la chambre des communes furent conduits à la tour de Londres par ordre du roi.
11 semble à des Français qu’il restait au roi la ressource de diviser les deux chambres, et de se servir de celle des lords , pour arrêter , décourager, humilier et rendre nulle la volonté des communes; cetteréflexiouvientdece qu’eu France, où la noblesse formait une caste entièrement distinguée des non nobles , on se faisait une fausse idée de la pairie anglaise. J’ai, déjà parlé de la différence essentielle entre h*
noblesse de France et celle d’Àïiglelerre. Si les lords anglais prétendaient à quelque supériorité sur les communes, c'étàit à celle de la sagesse ét de la Modération. Ils siégeaient dans une chambre, tandis que leurs frères , et quel** quefois leurs fils , siégeâiént dans Kaulre eii qualité de représéntans de comtés ou deS villes.
Les lords voyantdes communes' Combattrele despotisme des ministres , prendre sous sa protection la vite et la fortuné déS grahds et des petits , soutenir hautement que tout Anglais jouissait de sa liberté par droit de naissance > se gardait bieti de balancer de petits, intérêts de vanité avec les grands avantages de la nation. Celte chambre , dont là situation était assez délieaté , tint, dàns ces circonstances, une conduite d’autant plus Sage, qué l’histoire en parle pèu 5 elle se ménageait auprès du roi , et laissait lès communes défendre avec chaleur les intérêts publics. Elle souffrit constamment que les communes rejetassent les changement faits par elle aux bills quoü' lui envoyait , et se joignit aux communes presque toutes les fois qu’elle en fut requi%é.
Charles Ier. ayant fait arrêter (r) Jèan Elïiot et Dudley Diggs , les communes déclarèrent
ti)B.ushworth’s , tom. 5. Rapin Thoiras , liv. ig.
que cesdeux représentai n’avaient point excédé leur pouvoir en parlant contre Ëukingham j elles exigèrent qu’on les mît en liberté. La chambre des lords , au lieu d’écouter les propositions que lui faisait la cour, réclama, de son côté, le comte d’Arondel, arrêté pour la même cause. Le roi , forcé par le concert des deux chambres , rendit la liberté aux prisonniers , et en même temps déclara le parlement dissout.
La chambre des communes ayant acquis le droit d’accuser les ministres , d’accorder ou de 3‘cfuser des subsides, et de s’occuper de toutes les affaires publiques, acquerrait un tel poids dans la balance politique, qu’elle entraînait insensiblement la puissance royale.
Charles n’ayant obtenu aucun subside du parlement , voulait s’en procurer par des taxes déguisées sous le nom d’emprunts. Les grandes villes se refusaient aux insinuations ministérielles} on envoya dans les chaires des prédicateurs prêcher la soumission au roi , et la nécessité de lui donner de l’argent. Un de ces, émissaires assura au prône , que tout sujet qui9 n’obéissait pas au roi , méritait d’être puni, quand même les choses ordonnées seraient contraires aux lois dclanalure ou de la nation.. Un autre prêcha que le roi n’est pas obligé d’obéir aux lois. Une puissance réduite à de tels argumens approchait évidemment de sa chute,.
Cinq particuliers emprisonnés pour av.oin-
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refusé de prêter de l’argent au roi , prirent le parti d’attaquer en justice ceux qui les avaient arrêtés. Ce procès s’instruisit à la cour du banc du roi. On discuta publiquement si un homme contrelequelonnespécifiait aucun délit, pouvait être emprisonné par un oMre du roi ou de son conseil ; il fut prouvé par la grande charte , et par plusieurs autres lois , qu'aucun Anglais ne devait être privé de sanbertéquepar un jugement de ses pairs. La loi était précise j cependant les rois avaient toujours exercé le droit d’emprisonner qui bon leur semblait , sous prétexte de mesures de sûreté. Les juges ne voulurent pas décider cette question ; mais si le tribunal du banc du roi tergiversait, la nation attentive veillait à jla réforme de cet abus.
Un autre événement aigrissait les esprits. Une ancienne loi défendait de loger des gens de guerre chez les particuliers y ils devaient être placés dans les auberges et les autres maisons publiques. Cette loi était négligée y on envoyait des soldats en garnison chez tous ceux qui refusaient de prêter de l’argent au roi- Les vexations se multipliaient et ne rendaient pas les sommes dont la cour avait besoin , Rembarras des finances augmentait. Les Roehellois , assiégés par Richelieu, demandaient des secours, comme on l’a vu précédemment.. Charles se flatta que le désir , témoigué par Te»'
protestans anglais de prendre les armes en faveur de leurs frères de France, ferait oublier les sujets de dissensions exislaus dans l'intérieur de la Grande-Bretagne 3 on mit en liberté tous les prisonniers ; des loisr rigoureuses furent publiées contre les catholiques; on renvoya même les domestiques français de la reine Henriette. Sous ces auspices le parlement fut convoqué pdhr le 27 mars 16284