‹ Histoire de France (volume 4)Chapitre 7 sur 70 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Pétition des Droits. Thomas TVentwort devient comte de Straffort. Les Ecossais publient le Covenant. Guerre civile. Assemblée du long parlement. Straffort est condamné à mort. Il périt sur un écha* faud.

Cette séance commença , comme les précédentes > par la demande d’un subside. Les communes votèrent qu’elles devaient s’occupef auparavant de la reforme des abus. La chambre décide qu'aucun Anglais ne peut être arrêté par ordre du roi, qu’au préalable la cause ne lui en ait été déclarée 3 que celui qu'on.

voulait arrêter jouissait du privilège d 'habeas corpus , c’est-à-dire , de rester en liberté en donnant une caution en argent ( il n’y eut d’exception qu’à l’égard des prévenus de crime capitaux ) ; que tout Anglais ayant la propriété doses biens , n’était soumis à aucune taxe sans l’autorisation du parlement 5 qu’enfii^on violait la liberté et la propriété eu logeant des gens de guerre chez les citoyens malgré eux. Les communes donnèrent à leqr arrêté la qualification de pétition des droits , parce 4 qu’en requérant le ijbre exercice de la liherté personnelle et de la propriété des Anglais , ou ne demandait rien de nouveau , mais seulement l’exécution des anciennes chartes (1).

Eu même temps on accorda au roi des subsides plus considérables qu’il ne l’espérait ; mais on arrêta de ne les fixer définitivement qu’ après avoir obtenu la sanction dp roi pour convertir la pétition des droits eu loi formelle : ce fut le sujet d’une longue et, minutieuse discussion. Le roi, sans donner unç, sanction légale au bill , promettait de l’observer. Les communes de retour dans leur chambre , arrêtent que le bill du subside était, suspendu , et qu’ou s’occuperait de l'aele d’accusation contre Bukingham. Charles, pour sauver la vie à son ’ ■’ Zi*

(1) Rushworth’s , loin. 1, Rapia Thoiras , tom- 7-

ministre, donna enfin son consentement à là pétition des droits.

Cette démarche faite à propos eût été reçue avec transport : on la regardait alors comme l'effet de la nécessité -, personne n’en sut gré au roi. Les subsides furent accordés , mais oncontinuait à dresser l’acte d’accusation contre Bukingham , lorsqu'il fut assassiné commeon l’a vu précédemment. Charles (i) s’aveugla sur ses intérêts jusqu’à faire inhumer Bukingham à Westminster dans la sépulture royale -, un cri d’indignation s’éleva dans toute» ïes parties de la Grande-Bretagne , contre cet honneur funèbre accordé sans raison à un ministre flétri dans l’opinion publique. Là nation se regarda comme bravée 5 Charles Ier» lui devint personnellement odieux.

Ce fut l’origine de l’importance mise alors par la chambre des communes à des objets qut paraissaient peu considérables en eux-mêmes y ils produisirent la guerre civile, dont les suites ensanglantèrent le trône. La cour jouissait d’un . droit d’entrée sur les marchandises , sous lé nom de droit de tonnage et de pondage ; les communes déclarèrent que quiconque prêterait son ministère à la levée de ce droit , avant que le parlement Peut accordé au roi , serait

fi) Clarendon , tom. 1.

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réputé ennemi de l’état : le parlement f’ut

encore cassé.

Un des plus chaleureux défenseurs des privilèges nationaux , était Thomas Wentwort, dont j’ai déjà parlé. Cet homme, dontlestalens pouvaient être comparés à ceux que Mirabeau déploya sous nos yeux dans l’assemblée nationale de j 789, en partageait aussi l’ambition et la versatilité ; la cour résolut de le gagner : on le fît pair, on le fit ministre; il eut le titre de comte de Slraffort. Enivré des faveurs du faible monarque, Wentwort lui vendit son honneur , sa conscience , son ame.

Quand la bassesse écrivait l’histoire, et que l’imbécillité la lisait, plusieurs auteurs ontabusé du noble talent d’écrire, jusqu’à chercher des sentimens vertueux dans un changement dicté par l’intérêt le plus vil. Straffort eut honte luimême de son apostasie ; il voulut la justifier. Pym, autrefois son ami (1), Pym, un des plus fougueux républicains de ce temps-là, auprès duquel le lâche s’excusait , lui répondit : « Tu nous a quittés ; mais je ne te quitterai pas tant que la tête sera sur tes épaules. » E«t Pym tint parole ; il l’accusa dans la suite d’avoir renversé les principes de la constitution a^laise, pour s . ■ ■ - -y iv

(1) Varwicks, Mém.,c<lit. 1701.

46 HIST. DE Eft. > 11*. V. L. XVD leur substituer le despotisme, et le fit cottdamner à mort.

StrafFort réunissant les deux excès de la hauteur et de la bassesse , rampait devant son maître comme les plus vils courtisans, tandis qu’avec ses inférieurs, il était dur, vindicatif, * insolent. Dévoré d’une ambition irrassasiable , il porta dans son gouvernement d’Irlande les formes des cours asiatiques ; on l’entendit un jour répondre à'u'ne requête du parlement d’Irlande :« Vous êtes une nation conquise ; recevra sans murmure la loi de votre conquérant. » Les magistrats de Dublin, citaient les chartes qui les exemptaient du logement des gens de guerre. « Que signifient ces vieux parchemins rongés des vers, leur répondit-il , le roi dont émanent les privilèges de ses sujets , peut le9 révoquer à son gré. » Lord Coke, chassé de ses propriétés par un ordre arbitraire , s’était pourvu en' justice. Il lui écrivit : « Retirez voà assignations, ou' je vous confine dans un château ; je nlentends pas que mes ordres soient discutés par des légistes. » Ce fut lui qui engagea Charfe* 1er. à déclarer la guerre au parlement britannique. Il leva des troupes en Irlande pour les fai^ servir en Angleterre , et se procura les fonds nécessaires pour cet armement, en écrasant lés Irlandais d'impôts.

Tels furent les crimes imputés à StrafFort devant les deux chambres du parlement bri—

ttmnique ; cependant fes fauteurs du pouvoir arbitraire se sont efforcés de nous peindre ce ministre comme un homme vertueux , sacrifié à Ja méchanceté de ses ennemis. Je viens de tracer une exquisse de ses vertus publiques; voulez-vous un trait de ses vertus privées, lise» Baili Lelters. Sa femme surprend une lettre de sa maîtresse, et la lui présente en lui faisant quelques reproches sur son infidélité. .Straffort lui dorme un violent coup de pied dans le sein ; elle était enceinte, elle meurt.

Straffort joignait aux despotiques opérations qui avaient fait détester Bukingham, beaucoup plus d’intelligence. Le gouvernement eut une marche moins flottante. On résolut' de faire la paix avec la France et l’Espagne , de maintenir, par tous les moyens- possibles, la tranquillité intérieure, tandis que la cour se contenterait des domaines de la couronne et des droits qu’on pourrait y annexer sans exciter de trop fortes réclamations.

Ce régime réussit depuis l’époque où' !«• parlement avait^été supprimé , jusqu’au i8:juin i653, que Charles-se rendit en Ecosse pour y être couronné. 11 semblait que depuis- le moment où l’autoriié royale et l'autorité parlementaire ne se choquaient plus , les haines s’étaient dissipées. Il est probable que Charles l^r. aurait évité la catastrophe qui devait terminer sa vie ^ s’il avait préservé l'Ecosse

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des dissensions ecclésiastiques qu’il pouvait aisément arrêter dans le principe; mais est-il au pouvoir des hommes de changer leur destinée ? Les circonstances de ces dissensions ne sauraient entrer dans ce tableau épisotique. Il en résulta une convention nationale en i658 : elle fut composée de quatre chambres. Les pairs d’Ecosse formaient la première , les f rancs tenanciers la seconde , les communes la troisième, et les prêtres presbytériens' la quatrième. Il y fut décidé que le pur calvinisme serait maintenu en Ecosse , tel qu’il existait avant le règne de Jacques Ier . ; cet arrêté ou.cette ligue reçut le nom de Covenant . Presque toutes les villes d’Ecosse promirent de le maintenir de tout leur pouvoir. Le roi casse cet acte j les Ecossais prennent les armes. Straffort avait intercepté des lettres dans lesquelles les covenantistes d’Ecosse demandaient du secours à Louis XIII : on crut ces pièces propres à exciter l’indignation des Anglais; le parlement fut convoqué pour la quatrième fois.

On vil alors clairement que les troubles d’Ecosse étaient fomentés en Angleterre. Toute l'éloquence des ministres pour imboire les deux chambres de la droiture des intentions du roi , ne produisit aucun effet. En vain on fit une peinture pathétique de la révolte des Ecossais , et de leur projet d’envahir l'Angleterre à l’aide de la cour de France , le parle-

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ment ne paraissait ni abusé , ni alarmée. Les communes, au lieu de s’occuper des demandes du roi , portent leurs regards sur les exactions commises par Ja cour depuis la dernière session de l’assemblée législative. Le roi se hâte de dissoudre ce parlement un mois après sa convocation. Le comte de Clarendon (i) prétend que le parti de la cour aurait fini par prévaloir dans cette assemblée, et que Charles, mieux instruit, témoigna son indignation à ceux qui l’avaient engagé à la dissoudre. Ce récit ne s’accorde guère avec les violences exercées par le roi contre plusieurs membres des deux chambres jetés dans les prisons": ce qui aggrava les griefs de la nation. . ... i ..

Charles , privé des ressources parlementaires, avait recours de nouveau à des emprunts : ces ressources étaient insuffisantes. Les Ecossais , au nombre de vingt-deux, mille , s’avancaient sur les frontières d’Angleterre. Leur marche était précédée d’un, manifeste,, dans lequel , après avoir déclaré qu’ils prenaient les armes dans le seul dessein de conserver leurs franchises èt leur religion , ils offraient de s’en remettre à la médiation du parlement britan* '■ . • ‘ *

(1) Histoire des guerres civiles d’Angleterre , depuis 1641 jusqu’en 1646.

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