‹ Histoire de France (volume 5)Chapitre 10 sur 17 · Tome V · texte numérisé non relu

Tome V

France. — Bataille d’Azincourt. — g. Le comte d’ Armagnac devient connétable de France. — Mort du dauphin. — 1 0. Mort du second dauphin. — Deuxième traité entre le duc de Bourgogne et les Anglais. — 1 1 . Seconde irruption des Anglais en France. — La reine, reléguée à Tours, est mise en liberté par le duc de Bourgogne. — Atrocités commises par ce prince, dans Paris. — îa. Concile de Pise. — i 3 . Concile de Constance. — Supplice de Jean Hus. — Fin du schisme. — >4. Assassinat du duc de Bourgogne. — i 5 . Traité de Troyes. — Condamnation du dauphin. — 16. Famine dans Paris. — Mort de Henri V et de Charlesle-Bien-aimé. — 17. Règne de Charles-le-Victorieux.

— 18. Le duc de Richemont devient connétable de France. — Rapprochement entre le roi et les ducs de Bourgogne et de Bretagne. — Siège d’Orléans. — 19. De la Pucelle d’Orléans. — Charles est sacré. — 20. Exploits de Jeanne d’Arc. — Elleest faite prisonnière. •

— 2i . Son procès. — 22. Conduite du connétable. — 23 . Préparatifs des Anglais pour le sacre de Henri VI dans Paris. — 24. Sacre de ce prince.

1409 I. A u retour de la belle saison , la reine était venue à Melun avec ses enfans. Le duc de Bourgogne profitait de cette absence pour gagner la confiance des princes du sang. Le désordre des finances fournissait un prétexte d’invectiver contre eux. C’était le sujet ordinaire des discours du duc de Bourgogne dans le conseil. Jean de Montaigu remplissait la charge de surintendant des finances. 11 avait marié son fils avec la fille du connétable d’Al-

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l>vet. Un de ses frères possédait l'archevêché de 1409 Sens , l’autre l’évêché de Paris. Au faîte des grandeurs, il se croyait hors des atteintes de la fortune. Surcet homme attaché à la maison d’Orléans, Jean , duc de Bourgogne, résolut de faire l'essai de son pouvoir. On ne lui donna pas le temps de prendre la fuite. Le prévôt de Paris l’arrêta sans ménagement.

Un des crimes dont il fut convaincu u’admettait point d’excuses. Le roi se trouvait souvent dans la nécessité de mettre en gage sa vaisselle, ses bijoux. i&ontaigu était ordinairement chargé d'emprunter sur ces effets ; on les trouva tous à Marcoussi , dans la belle maison du surintendant. Ce péculat méritait la mort ; mais il fallait observer les formalités de la justice : on les négligea toutes.

Les princes sollicitaient vainement la reine de revenir à Paris , et de travailler avec eux . à réformer les abus du gouvernement ; excédée de leurs remontrances, elle les pria de commencer cette réforme sans elle. Le duc de Bourgogne se crut alors autorisé à poursuivre -ses projets. Le roi, revenu en santé, apprit avec étonnement la fin tragique de Montaigu.

On l’apaisa en lui manifestant la manière dont ce ministre avait abusé de sa confiance.

Le duc de Bourgogne se concilia l’affection des Parisiens , en leur restituant la nomination

1409 des officiers municipaux dont ils avaient été privés après la guerre des maillotins. On leur rendit encore plusieurs autres privilèges.

La trêve , entre la France et l’Angleterre , s’observait mal. Ce fut le sujet d’un lit de justice tenu dans la grande salle du Palais , dans un intervalle où le roi jouissait de sa raison.

La reine , le dauphin , tous les princes , à l’exception de ceux de la maison d’Orle'ans, les pairs, les magistrats du parlement, et les membres du conseil composèrent cette assemblée. Le comte de Tancarville représenta la nécessité de recommencer la guerre. L’argent manquait dans le trésor royal. Le duc de Berry renonça , au nom de tous les princes du sang, à tous gages et profits qu’ils prenaient annuellement au conseil du roi. Le comte de Tancarville, faisant fonction de procureur-général , déclara alors que le roi abrogeait tous gages baillés à quelque personne que ce fût. . Un nouveau réglement confia l’administration du royaume, durant la maladie du monarque, à la teine , au dauphin , âgé de quinze ans , et au duc de Bourgogne , en qualité de surintendant de l’éducation du dauphin.

1410 2. La reine, s’obstinant à ne pas quitter Melun , le duc de Bourgogne se trouvait arbitre du gouvernement. La guerre , contre les Anglais, lui offrait un prétexte de disposer des

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fonds publics. Ce pouvoir excessif finit par ,410 exciter la jalousie des princes.

Ils signent le i5 avril, dans Gien , la première des confédérations , dont l'effet devait être si funeste au royaume. Les princes ligués s’assemblèrent de nouveau à Meun-le Châtel.

Les sentimeus se partagèrent. Les uns voulaient faire sur-le-champ une guerre mortelle au duc de Bourgogne, l es autres, plus modérés, proposaient d’engager auparavant le roi à chasser de ses conseils un infâme assassin.

Les princes tinrent une troisième conférence dans Angers , au mois d'août ; le duc d’Orléans venait de perdre son e'pouse , il y arrêta son mariage avec la fille du comte d’Àrmagnac.

Parmi ces princes unis par la jalousie , l’ambition ou la haine, nul ne partagea l’ardeur du comte d’Armagnac. 11 obtint le triste honneur de donner son nom au parti Orléanais. Le duc de Bourbon mourut sur ces entrefaites , heureux de n'être pas témoin de la subversion de sa patrie : son fils le remplaça dans la confédération.

Une armée s’assemblait autour des princes.

Us traversent et ravagent l’Anjou , l’Orle'anais, le pays Chartrain , et portent la désolation aux barrières de Paris. Les troupes levées par le duc de Bourgogne causaient les mêmes désordres vers îa Haute-Seine.

Les princes adressent un manifeste au roi et aux principales villes du royaume. Ils protestaient de leur attachement au roi et à l’Etat. Le couseil de Paris répondit par un ordre de désarmer sous peine de forfaiture. La reine obtint un arrangement dicté, de part et d’autre, parle désir de tromper ses ennemis. Les chefs des deux armées devaient se retirer dans leurs terres, congédier leurs troupes, et suspendre toute hostilité jusqu’à Pâques 1412. Ils 11e pouvaient se trouver au conseil à Paris en l’ab-'' sence les uns des autres , mais le couseil ordinaire devait se composer de douze chevaliers, quatre prélats, et quatre magistrats du parlement, agréables aux ducs d’Orléans, de Berry, de Bourgogne et de Bourbon.

Le duc de Bourgogne avait eu le talent de placer dans le conseil les barons de Croui , de Helli, de Craon, et plusieurs autres membres attachés à sa fortune. De celte manière, il gouvernait l’Etat sous des noms étrangers. La plupart de ces conseillers passaient pour complices de l’assassinat du frère du roi. Leur présence devait fomenter une haine mal éteinte; de nouveaux sujets de rupture ne tardèrent pas à se manifester. ^

Dans le dessein de détacher le duc de Berry du parti Orléanais , le baron de Croui avait été envoyé, par le duc Jean , à Bourges. Croui

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est arreté près d’Orléans et condamné à mort. 1411 Ce fut le signal de nouvelles hostilités. La reine voulait faire déclarer le dauphin régent du , royaume. Le duc de Berry s’opposa à ce projet, alléguant la jeunesse du prince et son inexpérience ; le retour de la santé du roi le fit oublier.

3. Les troupes orléanaises, sous la conduite du comte de Vertus et du duc de Bourbon, se répandaient dans le Soissonnais. Le duc d’Orléans avait envoyé un cartel au duc Jean de Bourgogne.

En même temps ce prince demandait de nouveau justice au conseil du roi. 11 était impossible de la lui rendre. 11 répondit À des commissaires envoyés par la cour auprès de lui : Le roi est entouré de conseillers attachés au duc de Bourgogne et complices de la mort de mon père , comment pourrais-je m’assurer de mon existence si je posais les armes?

La France se partageait entre les Bourgui-.

gnons et les Armagnacs, chacun prenait les armes. O11 voyait accourir du fond de l’Allemagne des milliers de soldats attirés par l’espoir du pillage. Charles élevait en vain sa faible voix; accablé d’infirmités, témoin de la ruine de son royaume, sans pouvoir y porter re-mède, il conjurait, il menaçait, il ordonnait: on ne l’écoutait pas.

1411 Une nouvelle conférence fui tenue à Melun en présence delà reine, du dauphin, et d’un grand nombre de prélats , de barons, de magistrats, et de bons bourgeois de Paris. Le duc de Berry , choisi pour arbitre avec la reine et le duc de Bretagne , se déclarait en faveur de la justice sollicitée par les princes d’Orléans; le duc de Bretagne adoptait la même opinion.

Suspects dès-lors aux Parisiens, l’un prit la route de Bourges et l’autre celle de Rennes. La confusion augmentait surtout dans la capitale. La multitude, excitée par les émissaires du duc de Bourgogne, court au Louvre, force le conseil d’Etat de remettre le gouvernement au dauphin. Le roi venait de retomber dans son accès de frénésie. Cet événement augmentait la licence de la multitude. Le comte de Saint- Pol est établi gouverneur de Paris par le duc de Bourgogne. Il tient une assemblée dans laquelle sont admis les seuls partisans de ce prince. Les Armagnacs sont proscrits. On publie à son de trompe, qn’ils aient à sortir de Paris sous peine de confiscation de corps et de biens. Les familles les plus riches prenaient la fuite. Le comte de Saint- Pol posait des corpsde gardes aux portes de la ville; les soldats fouillaient ceux qui entraient ou sortaient; cette violence préludait à de plus grandes.

Un corps, composé de cinq cents bouchers,

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formait la garde du comte de Saint-Pol. Ces i4'i hommes, accoutumés à répandre le sang des bœufs , paraissaient , en immolant des victimes humaines, n’avoir pas changé leur ordinaire exercice. Il suffisait d’appeler un iudividu Armagnac pour prononcer son arrêt de mort. Ces scélérats , enhardis par l’impunité , assommaient ou noyaient les habitans de Paris, sans distinction d’âge ou de sexe ; s’ils traînaient des pères de famille en prison , c’était dans l’espoir d’en tirer de fortes rançons.

Le corps municipal, les officiers du parlement, le conseil et la cour se taisaient également devant ces forcenés. La personne du roi n’était pas en sûreté dans le palais Saint-Paul j on le transféra dans la tour du Louvre.

Les citoyens paisibles , cette partie de la nation, la seule respectable et la seule infortunée dans les commotions populaires , cherchaient un asile à la campagne , et ne l’y trouvaient pas. Les paysans prenaient les armes contre les gens de guerre, et forçaient les urbains, venus parmi eux, de s’enrôler dans leurs bataillons.

Ces hommes , endurcis parle travail et l’infortune, devenus cruels à force d’éprouver la cruauté du soldat , veillèrent d’abord à la sûreté des villages ; franchissant ensuite les bornes d’une défense légitime, ils devinrent brigauds à leur tour. Leurs troupes , accrues par

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J 4 * * une infinité d’Allemands , achevaient de dévaster les provinces. Il fallut faire la guerre à ces nouveaux ennemis ; on les relançait comme des bêtes carnacières dans les forêts. Telle était la déplorable situation de la France.

4. Les Anglais 11e profitaient pas de ce bouleversement. Henri de Lancastre dont le règne n’était pas paisible , en butte aux contradictions d’un peuple jaloux de sa liberté, n’avait pas le loisir de s’occuper de guerres étrangères. D’ailleurs les Ecossais lui faisaient une guerre acharnée. Il craignait, ep s’éloignant de Londres , de perdre le sceptre par une révolution semblable à celle qui le lui avait procuré. Ces obstacles dirigeant sa conduite, il évitait une rupture ouverte avec la France, sans laisser échapper les occasions de lui nuire. Les armateurs anglais insultaient les côtes de France, et les armateurs de France n’épargnaient pas celles d’Angleterre. Edouard, s’emparant de Guines contre la foi des traités , disait : Les trêves sont marchandes. On adoptait depuis long -temps celte maxime cauteleuse.

La continuité des guerres civiles en France* avertirent enfin les Anglais qu’ils pouvaient précipiter cet empire vers sa décadence.

Le duc de Bourgogne oil’rait une de ses filles en mariage au prince de Galles j ce fut le

sujet d’une négociation dans laquelle il obtint 1411 un secours de six mille archers anglais. Ils devaient entrer en France sous les ordres du comte d’Arondel.

Le roi, le dauphin et le conseil d’Etat, prisonniers dans le Louvre , étaient forcés d’agir au gré de la multitude. Un édit, publié dans les rues de Paris, ordonnait à tous les hommes en état de poi^r les armes , de se ranger sons les drapeaux cm duc de Bourgogne. Cette déclaration donnait à ce prince l’avantage de paraître combattre en faveur de l’autorité souveraine. Son armée et celle des Armagnacs se trouvèrent en présence auprès de Montdidier.

Au moment où une bataille allait décider du sort des Bourguignons et des Armagnacs , les milices de Flandre ayant rempli le temps de leur engagement, retournaient précipitamment dans leur pays , malgré toutes les remontrances de leur souverain. Cette désertion inattendue décida le duc Jean à se retirer, à petit bruit, sous Péronne. Les Orléanais, après avoir délibéré s’ils le poursuivraient ou s’ilsse porteraientsur Paris, dans l’espoir de se rendre maîtres de la personne du roi , prirent ce dernier parti.

Isabeau de Bavière était revenue dans cette capitale , la fuite des Bourguignons la flattait de l’espoir de recouvrer l’autorité suprême à la

j 4» « tête des Armagnacs. A peinearrivêeau Louvre, elle s’y trouva captive , la milice des bouchers devenait plus formidable par l’addition d’une foule d'artisans à marteaux. Le coutelier Simon , surnommé Caboche , commandait ce bataillon d’égorgeurs ; instruit du parti en faveur duquel penchait la reine , il faisait surveiller toutes ses démarches.

Les Orléanais s'avançaient a^prs vers Paris.

L’espoir de piller cette grande ville grossissait rapidement le nombre des troupes ; il augmentait leur ardeur. Paris étroitement resserré éprouva bientôt les horreurs de la famine , le feu consumait tous les villages, toutes les maisons de plaisance, dans les environs de celte capitale. Ou distinguait dans l’armée orléanaise l’archevêque de Sens, Montaigu, conduit par le désir de venger la mort de son frère. Au lieu de mitre, disent les contemporains , il portait un bassinet , pour dalmatique un haubergeon,pour chasuble une pièce d’acier, et au lieu de crosse une hache d'armes.

Des hérauts se présentent aux portes de Paris. Les princes leur avaient ordonné d’instruire le roi , la reine et le dauphin de la fuite honteuse du duc de Bourgogne. Leduc d’Orléans sondait en même temps par des agens secrets les dispositions des principaux habitans de Paris; il y comptait des amis, mais pas eu as-

sez grand uombre. Ses efforts pour être inti’O- 1411 duît dans la ville furent inutiles.

Le duc de Bourgogne avait été joint par un corps de troupes anglaises. 11 passa la Seine au ponldeMeulan, où trois mille Parisiens vinrent augmenter son armée. Le duc d’Orléans fut contraint d’abandonner les environs de Paris.

La reine, obéissant aux circonstances, ordonnait à tous les Français de poursuivre les Armagnacs, déclarés ennemis publics. Elle avait caché son argent dans l’abbaye de Saint-Denys; l’armée orléanaise , maltresse de cette ville , voulait forcer les moines à lui livrer ce dépôt, toutes les recherches furent d’abord inutiles ; on les menaça de brûler l’abbaye et eux dedans. Les portes furent exactement fermées. Effrayés par l’aspect d’une affreuse catastrophe, ils livrèrent les trésors de la reine. A cette violence on attribue en partie la haine vouée dans la suite par cette princesse aux Armagnacs.

5. Les Bourguignons, maîtres de Paris, par- ’4* a couraient les environs de cette capitale et ravissaient tout ce que les Orléanais n’avaient jtas enlevé. *

Assemblés à Bourges, ils résolurent d’employer toutes leurs ressources à détacher la cour d’Angleterre de son alliance avec le duc de Bourgogne. Les actes publics d’Angleterra

i -fi 'j> font mention d’un traité entre eux et la cour de Londres, signé au mois de mai. Dans cet acte les ducs de Berry et d’Orléans garantissaient à Henri de Lancastre, les provinces abandonnées à l’empire britannique par le traité de Bretigny. Le duc de Berry se reconnaissait vassal du roi d’Angleterre pour le comté de Poitiers, dont après sa mort la propriété devait être réunie au duché de Guienne. Le duc d'Orléans déclarait tenir aux mêmes conditions le comté d’Angoulême. La cour de Londres s’engageait à les protéger cumme ses fidèles vassaux. Elle promettait de rappeler les troupes fournies au duc de Bourgogne , et de leur envoyer des renforts s’ils en avaient besoin.

Le roi , dans un de ses retours à la raison, était venu dans l’armée bourguignone ; elle s’avançait dans le Berry. Si on s en rapporte à Monstretel , on y comp.tait cent mille chevaux -, on doit conjecturer, d’après ce prodigieux armement , que le traité , entre les ducs d’Orléans et de Berry et la cour de- Londres , était parvenu à la connaissance du duc de Fouiçogne. Cette supposition explique les nouvelles procédures dirigées au parlement contre les Armagnacs. Les grands vassaux reçurent ordre de marcher contre eux sous peine de perdre leurs fiefs.

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Un héraut d’armes vint sommer le duc de Berry de remettre au roi les clefs de Bourges. Le duc répondit : de suis le serviteur du roi , je tiens la ville rendue à lui et au dauphin , mais ils ont en leur compagnie des gens qui n y devraient pas être; jegarderai Bourges pour le roi , et je la défendrai de mon mieux.

Bourges , située sur les rivières d’Auron et de Yèvre , fut investie d’un seul côté; les assiégés avaient détruit les faubourgs et empoisonné les puits : ce qui fit périr un grand nombre de soldats de l’armée royale. Celte circonstance, rapportée par Monstrelet, écrivain favorable au duc de Bourgogne , ne saurait être adoptée.

Ou mit en usage les machines alors employées à l’attaque des places. Les contemporains parlent des effets surprcnans , opérés par une pièce d’artillerie. Elle lançait des quartiers de pierre de la grosseur d’une meule de moulin. La force de vingt hommes suffisait à peine à la mettre en action. Les assiégés avaient des canons. Mais l’art d’employer celte nouvelle artillerie dans les. sièges n’était pas perfectionné. On prodiguait inutilement la poudre; le siège de Bourges, au bout d’un mois , était aussi peu avancé que le premier jour. Les assiégeans manquaient de fourrages, de pain et d’argent. Le duc de Berry ne se

1412 trouvait pas dans une meilleure situation. ïl fit des propositions d’accommodement. On les rejeta d’abord. Le roi était revenu à Paris. Le comte de Savoie et le grand maître de Rhodes représentaient au dauphin que le but du duc de Bourgogne paraissait être de satisfaire ses passions particulières, en ruiuant les plus belles provinces du royaume. Le Berry, ajoutaient-ils, mérite d’être ménagé.

Cette province , à la mort du duc , accablé d’années , doit rentrer dans le domaine de la couronne. D’ailleurs , peut- on , sans de graves inconvéniens , pousser à bout l’oncle du roi ?

Ces observations frappèrent le jeune prince.

Défenses furenlfaites aux canonniers d’endommager les grands édifices delà ville. Le duc de Bourgogne, étonné de cette cisconspection, en fit des plaintes. Le dauphin répondit : Les princes , poursuivis avec acharnement , sont mes plus proches parens, je veux terminer une guerre, dans laquelle personne n’a rien à gagner. Le duc, contraint à dissimuler, consentit à une conférence avec le duc de Berry. On convint d’oublier tout sujet de ressentiment , de restituer les places , les charges et les biens confisqués de part et d’autre. Le baron de Croui , arrêté au commencement de la guerre, et condamné à mort dans Orléans, n’avait pas été exécuté. On lui rendit sa liberté.

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Les articles signés, le duc de Berry, ac- 141a compagné du duc de Bourbon et des envoyés, du duc d’Orléans, vint au camp du roi. On parut s’occuper des moyens de remplir de bonne Toi les clauses du traité. Une partie des troupes fut congédiée. La cour vint à Auxerrej ■*le traité de Bourges devait y recevoir la sanction publique, dans une séance solennelle de la cour des pairs.

Tous lespriuces du sang, les grands barons, les principaux prélats, les grands officiers de la couronne, une députation du parlement et des autres cours souveraines, le prévôt de Paris, le prévôt des marchands, une députation de l’université et des bourgeois de Paris , enfin les officiers municipaux des principales villes, composaient cette assemble'c. Leduc d’Orléans y vint escorté de deux mille hommes ’ d’armes. Monstrelct ne rend pas compte des motifs qui déterminèrent ce prince à se faire accompagner d’une suite si nombreuse, mais Juvenal-des-Ursins et la Chronique deSainl- Denys éclaircissent cette particularité., dont le développement est essentiel à l’intelligence de la suite des événemens.

Le duc de Bourgogne avait conçu l’exécrable dessein de faire égqrger dans Auxerre , les ducs de Berry et de Bourbon , et les trois princes d’Orléans. 11 voulut charger, de l’exé- Totne IV. 1 5

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• 4*2 cution de ce crime, desEssarts, prévôt de Paris et surintendant des finances ; ce ministre, malgré son attachement aux volontés du duc, osa lui représenter les dangers d’une telle entreprise, et s’excusa d'en accepter la direction. Le duc, forcé d’abandonner son projet, conserva un ressentiment d’autant plus vif contre des Essarts , qu'il était obligé de le ménager après cette confidence. Des Essarts, songeant à se mettre à couvert des vengeances d'un prince implacable , fit avertir secrètement les princes. En conséquence, ils se mirent sur la défensive.

. Le dauphin occupa la place du roi dans la .séance de la cour des pairs. L'observation du .traité de Bourges fut jure'e sur la croix; ides deux côtés on renonça à l’alliance de l’Angleterre. Les princes, essayant à l’envi de se tromper , se donnaient les témoignages d’une parfaite réconciliation. La cour revint à Paris. Le duc de Berry, âgé de soixante-dix ans , voulut rester à Bourges; les princes d’Orléans rentrèrent dans Orléans. Le duc 1 de Bourgogne suivit la cour à Paris. Le dauphin venait d’épouser une fille de ce prince, cette alliance augmentait l’ambition du duc.

Malgré sa jeunesse, le dauphin sentait que , destiné à porter la couronne , les coups capables de 1’ébranlcr s’adressaient à lui. Ayant

mandé le duc d’Orléans à Melun, il lui fil i4 ia l’accueil le plus distingué. 11 mit dans le conseil d’Eiat deux personnages attachés au parti Armagnac.

G. Le duc d’Orléans indiquait au dauphin la convocation des états-généraux comme le meilleur moyen de remédier aux désordres des finances. Ils furent assemblés dans Paris.

Leur . session laissa des traces très-légères de sou existence Le roi, nous dit Monstrelet, manda venir à Paris la plus grande partie des barons de son royaume , .avec les p'rélats , universités , chapitres, et ceux des bonnes villes. Quand les seigneurs susdits furent venus, et qu’ils eurent plusieurs conseils l’un avec l’autre, ils conclurent que, pour tous ensemble, l’uuiversité répondrait, etc. L’université s’expliqua par la bouche de Benoît Quentien. Il commença son discours par ce texte : Imperavit ventis et mari , et facta est tranquillitas magna. Après des vagues et prolixes déclamations , il fit la peinture de la misère des peuples , de la rigueur des impositions , et de la grande et excessive mangerie des finances. Cette harangue , assemblage de lieux communs , n'offrait aucun expédient capable de pourvoir aux besoins de l'Etau Ces expédiens n’étaient pas faciles à trouver.

La guerre civile et le choc des passions n’a-

2 3.8 BIST. DE FR. ff*. PART. LIV. XV.

141a vaient pas permis de convoquer dûment les états- généraux , et de les composer convenablement. Un moine, nommé Eus tache Pavilly, lut une satire sanglante contre les officiers de la couronne, dont le duc de bourgogne était mécontent , et la termina par un pompeux éloge de ce prince.

Après la séparation des états, le dauphin, regardant le duc de Bourgogne comme la principale cause de l'embarras des finances, cherchait à l’éloigner des affaires ; le duc , plus politique que son gendre, dissimulait son dépit , et prenait les plus atroces mesures pour conserver le pouvoir dont on voulait le dépouiller. ./

14 1 3 Henri IV, roi d’Angleterre , mourut le 20 mars. Son fils, Henri V, devait ébranler les fondemens de la monarchie française, en profitant de la plus lâche perfidie.

Le duc de Bourgogne ayant assemblé les cabochiens, ils se portent en tumulte à l’hotel du dauphin, en brisent les portes, et pénètrent dans l’appartement du prince; ils lui demandent avec audace l’incarcération de ceux dont les conseils dirigent sa conduite. Le duc de Bourgogne, feignant d’offrir sa médiation, appuie les séditieux. Mon beau-père, lui dit le dauphin, cet outrage m’est fait par votre conseil. Sachez que vous vous en repentirez ,

ci n’ira pas toujours la besogne à votre plaisir. »4 1 ^ Monseigneur, répondit tranquillement le duc, vous vous informerez quand vous serez refroidi de votre ire. Le dauphin, transporte d’indignation, voit arrêter les principaux officiers de sa maison. On les conduisit dans l’hôtel de Bourgogne , plusieurs furent massacrés en chemin. Le dauphin n’osait sortir de son hôtel. 1 . 11 chaperon blanc devenait le signe du ralliement des Bourguignons. Un des bouchers en présente un au roi, un autre au dauphin; les barons, le parlement, l’uni versité et les bourgeois de Paris furent obligés d’adopter ce chaperon , sans lequel leur existence n’était pas assurée Le moine Eustache Pavilly, devenu l’orateur des cabochicus, présente au dauphin une liste de proscription.

Elle contenait le nom de soixante individus.

Vingt-six d’errtre eux se trouvai»^ dans le palais du prince furent arrêtés sur-le-champ. Les bouchers, maîtres des tours du palais Saint- Paul , forcent le roi à leur donner audience,; la populace remplissait les cours , les escaliers , et les appartemeus du palais; elle avait forcé les officiers municipaux dei’accompagner. Eustache Pavilly, marchant à leur tête, portait la même liste présensée au dauphin; les uns étaient déjà en prison, ils exigeaient impérieusement 1’incarcéraiLon des autres Le duc, u*

a 3 o HIST. DE FR. I«. PART. LIV. XV .

14 1 3 Bourgogne dirigeait secrètement leurs démarchés et feignait publiquement de les désaprouver. Le tumulte était à son comble, la liste fut présentée au roi. Elle comprenait le nom de Louis de Bavière, frère de la reine, de l’archevêque de Bourges, du chancelier , du confesseur de la reine , de plusieurs officiers delà maison du roi, et de vingt dames attachées à la reine ou à la dauphine. Vainement la reine et le dauphin s’abaissent aux prières les plus humbles , il fallut céder à la force* Les proscrits des deux sexes sont conduits au Châtelet à travers les huées de la multitude. La plupart des prisonniers furent noyés ou massacrés durant la nuit. i.

Dans l'horrible confusion dont Paris était agité , le duc Jean de Bourgogne montrait de l’inquiétude : comment conduire une populace aveugle odans sa haine et dans sa vengeance ? les séditieux dictaient chaque jour de nouvelles lois. Ils formèrent un nouveau code, et lui donnèrent le nom d’ordonnances cabochiennes. Le roi le fit enregistrer au parlement, on ordonne un emprunt forcé. Les cabochiens en firent eux-mêmes la répartition ia recette et l’empl i. Ceux qui refusaient de payer étaient conduits au Châtelet, on pillait leur maison.

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