‹ Histoire de France (volume 5)Chapitre 14 sur 17 · Tome V · texte numérisé non relu

Tome V

— Mort d’Agnès Sorel. — Bataille de Fourmigny . — i a . Conquête de la Guienne. — Réunion des anciennes pairies à la couronne. — i 5 . Procès de Jacques Cœur. — 14. Révolte de la Guienne. — i 5 . Réglement de justice et de finances. — Améliorations. — 16. Suites de la révolte de Louis, dauphin. — 17. Conspiration du duc d’Alençon. — Mort du connétable de Richemont. — 18. Révolutions en Angleterre. — 19. Conduite du duc de Bourgogne envers Louis, dauphin. — ao. Mort de Charles-le- Victorieux. — ai. Observations sur le règne de ce prince. — 22. Invention du l’imprimerie.

145.-14351 1 • J’ai rapporté comment le duc d’Anjou , Louis II, dont la fille épousa Charles-le-Victorieux, avait été sacré par le pape, roi de Naples et comte de Provence , et comment il mourut dans cette expédition , laissant ses Etats à son fils Louis III. Ladislas, son compétiteur, le suivit au tombeau. Sa sœur lui succéda sous le nom de Jeanne II e .

Les goûts de cette princesse l’éloignaient des «îfiaînes de l’hymen ; les Napolitains l’obligèrent à prendre un époux. Elle choisit Jacques de Bourbon, comte d.e la Marche. Ce prince, ayant pris à sa solde plusieurs compagnies de condottieris, s’empara de l’autorité publique , enferma sa femme au fond d’un palais , et livra aux bourreaux plusieurs barons soupçonnés d’être ou d’avoir été ses amans.

Ce despotisme domestique pouvait consoli-

fcHARLES-LE-VICTORIEUX (VIII«). 53g

der sa puissance , s’il eut pris soin de plaire .431-1.13» aux Napolitains. Les distinctions éclatantes accordées par lui aux Français de sa suite , causèrent un mécontentement général.

Les barons regrettaient le temps où la reine gouvernait l’Etat par leurs conseils. Les citadins, dont elle aimait à se voir entourée, traités avec cette indulgente facilité qui semble tenir aux faiblesses de l’àmour , ne s’accoutumaient pas aux airs de hauteur affectés par les courtisans du roi. Le peuple que la reine amusait par de brillans spectacles , la jeunesse dont sa présence et ses éloges avaient souvent encouragé les exercices guerriers , enfin tous les ordres de l'Etat parurent fatigués d’un air sombre et lugubre , dont les tristes miasmes se répandaient de la cour sur la cité.

Suivant Costanzo on parvint à communiquer à la reine un projet de rompre ses fers.

Elle en communiqua toutes les circonstances à son mari. Cette connaissance donnait au roi un prétexte de satisfaire son avarice , et n’adoucit pas le sort de la reine. Des murmures, avant coureurs d’un soulèvement général , intimidèrent Jacques de Bqurbon. Il permit à la reine d’aller se promener dans les jardins d'un particulier, situés à peu de distance de Naples.

Le peuple prend les armes , les soldats français, composant la garde de la reine, sont

aa.

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1431- 1433 massacrés ou dispersés. La reine reprit les rênes du gouvernement. Son époux , s'échappant en fugitif, alla cacher ses chagrins, sous une robe de cordelier, dans un couvent de Besançon.

Jeanne , devenue maîtresse de sa personne , se livrait à l’âge de cinquante ans aux plaisirs d’une jeunesse folâtre. Deux hommes partageaient ses bonnes grâces, le grand sénéchal Caracciolo et Jacomusio Sforza, chef d’une compagnie de condottieris.

La rivalité rendit Caracciolo et Sforza ennemis. La haine éteignant dans leur âme les sentimens de la reconnaissance envers leur bienfaitrice , ils abreuvèrent d’amertume les jours de la reine , et attirèrent sur le royaume de Naples les malheurs d’une guerre interminable.

Sforza appelle en Italie le comte de Provence, Louis III. Ce prince vint à Rome en 1420. Le pape Martin V lui accorda l’investiture de Naples. Jeanne II e voit tout à coup l’orage le plus noir menacer sa tête , rien n’était prêt pour le conjurer. Caracciolo propose d’implorer l’assistance d’Alphonse V , roi d’Aragon et de Sicile. Jeanne offre à ce monarque de l’adopter. A cette condition ce prince emploie ses forces contre les Français. Louis III, obligé de reculer, revient à Rome.

La reine fait proclamer Alphonse duc de Cala- 1431 bre; elle lui confie la garde de ses principales forteresses.

Louis III, sans ressources dans Rome, re- 4 vint dans Marseille. La mésintelligence éclatait déjà entre les officiers d’Alphonse et ceux de Jeanne. La mère et le fils adoptif rompirent ensemble. Les historiens, attachés à la maison de France, attribuent la rupture à l’ingratitude d’Alphonse. Si on en croit les chroniqueurs espagnols, le conseil de la reine de Naples , accoutumé aux manèges de l’intrigue, accusait les Aragonnais de trahison , pour autoriser celle qu’on leur préparait. La reine , craignant ou feignant de craindre d’être transportée en Espagne, s’enferma dans le château de Capuana. Alphonse publiait les détails d’une conspiration ourdie contre sa personne.

Sous ce prétexte, il fait arrêter le grand sénéchal. Les Napolitains prennent les armes et lui rendent sa liberté. Caracciolo , échappé au danger le plus éminent, se rapproche de Sforza .

Ce guerrier consent à se ranger du parti de la reine , à condition qu’après avoir révoqué , pour cause d’ingratitude, l’adoption du roi de Sicile, le comte de Provence, Louis III, serait reconnu héritier présomptif de la couronne. Louis III est reçu par la reine avee des grandes démonstrations de confiance. Ou

1431-1434 chasse lôs Aragonnais des forteresses par eux occupées dans les environs de Naples. Le connétable Sforza se noya durant ces hostilités , voulant traverser à gué une rivière. Cette mort laissa le grand sénéchal maître du cœur de la q reine , et dispensateur de toutes les grâces. Louis III fut chargé du gouvernement de la Calabre. 11 chassa bientôt les Aragonnais de cette province. ; „ . '

2. Martin V n’avait pas été témoin de ces, événemens. Il mourut à Rome en i/j 3 f , après avoir indiqué le concile à Bâle. Le cardinal Condolmieri , son successeur, prit le nom d’Eugène IV.

Le concile de Bâle était une prolongation de plusieurs synodes indiqués successivement à Pavie et à Sienne. Il s’ouvrit le a 5 mai. 1 43 1 , et finit , après plusieurs interruptions , en 1449 dans Lausanne.

Ce concile devait décréter tous les objets concernant la réformation de l’église, ordonnés par le concile de Constance. Cette réformalion ne convenait pas aux pontifes romains.

Nul concert ne subsista entre le concile de Bâle et Eugène IV. Les évêques allaient s’occuper de cette réforme ; le pape , redoutant les • effets de leur zèle, voulut transférer l’assemblée à Bologpe. Les évêques grecs étaient attendus au ooncile. Le pape assurait , dans sa

bulle de translation , que les évêques préféraient le séjour de Bologne à celui de Bâle ; mais en effet, craignant l'influence des Français et des Allemands sur une assemblée ecclésiastique , tenue dans une ville de Suisse, il se flattait de la diriger plus aisément en Italie.

Les pères de Bâle rompent cette mesure par un décret rendu , dans la troisième session , en ces termes : Non-seulement le pape n’a pas le droit de dissoudre ou de transférer le côncile général , mais il lui est soumis. Sur cet énoncé , Eugène prononce la dissolution du synode. Les évêques , assemblés à Constance, avaient déposé trois papes ; ceux de Bâle, déposant un quatrième pontife , prouvèrent , comme le dit Voltaire, combien sont différentes les affaires regardées comme les mêmes.

Ce qui est grand ou seulement hardi dans un temps, est souvent petit et téméraire daus uu autre. Sigismond protégeait le concile de Bâle comme il avait protégé celui de Constance; mais il ne disposait pas de la personne d’Eugène comme il avait dispose de celle de JeanXXIli. Les circonstances le forçaient de ménager à la fois le pape et le concile. Eugène révoqua la sentence de dissolution; il envoya même des légats à Bâle. Ce fut une nouvelle tournure prise par sa politique. Elle condui-

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1431-1431 sit à une rupture éclatante. Le pape ne voulait reconnaître aucun supérieur. Le concile se proposait d’anéantir des abus dont la cumulation conduisait , par mille canaux , l’or de l’Europe dans les coffres du pontife romain. Comment concilier des intérêts si différeus?

Sigismond , ramenant la bonne intelligence entre le pape et le concile, se proposait principalement d’engager les Bohémiens à le placer sur le trône. Venceslas , son frère , était mort en 1419 sans laisser de postérité. Les ha* bitans de la Bohême, regardant Sigismond comme l’assassin de Jean Hus et de Jérôme de Prague , ressemblaient à des bêtes féroces , déchaînées par la cruauté du concile de Constance et la mauvaise foi de l’empereur. Les vengeurs de Jean Hus , conduits par la haine et le fanatisme , s’emparaient de tous les biens d’église, et les employaient à soutenir la guerre contre Sigismond. Les barons de Bohème favorisaient le prince secrètement. Ils furent enveloppés avec les prêtres dans la même proscription. Égorgés par milliers, ils payaient de leur sang, le sang de Jean Hus. Le meurtre s’expiait par le meurtre. La Bohênje devenait un théâtre de carnage.

Sigismond, rebuté d’une guerre malheureuse, venait de proposer aux Bohémiens d’envoyer des députés au concile de Bâle. Un de

leurs chefs , Procope le-Rasé, vint à Bâle à la i43 l-1 43* tête de deux cents cavaliers. Ses demandes se réduisaient à cinq articles : La communion , sous les deux espèces du pain et du vin, en faveur des laïques; la liberté à tous les prêtres d’exercer les fonctions sacerdotales , sans pouvoir être interdits par les évêques ; une injonction aux magistrats séculiers de punir les crimes commis par les prêtres ; le retour des prêtres dans l’état de pauvreté dans lequel vivaient les disciples de Jésus-Christ, et la destruction des moines.

Combien les choses changent avec le temps Procope soutint entre autres choses à Bâle, que les moines étaient une invention du diable. Oui, ajouta-t-il, et je le prouve : Jésus- Christ les a t-il institués? Non, répondit le cardinal Julien, légat du pape. Eh bien! reprit Procope, c’est donc le diable. Le célèbre Æneas Silvius Pizcolomini , secrétaire du concile , témoin de cette scène , rapporte , dans ses lettres , qu’on couvrit par de grands éclats dë rire la conclusion de Procope. On avait répondu , au concile de Constance , aux infortunés Jean Hus et Jérôme de Prague par des arrêts de mort.

Le concile , n’ayant pas satisfait les députés bohémiens, la guerre recommença. Procope mourut en 1406, des blessures reçues dans un

1431 -1432 combat. Les négociations se renouvelèrent. Des légats , chargés par le concile d’assister à l’assemblée générale des Bohémiens, se rapprochèrent des disciples de Jean Hus. La communion, sous les deux espèces , leur fut accordée. Les moines, chassés de Bohême durant la guerre , obtinrent la liberté d’y rentrer sans réclamer la restitution des biens aliénés. A ces conditions , Sigismond fut reconnu roi de Bohème.

Il mourut l’année suivante. Sa fille, mariée au duc Albert d’Autriche , lui succéda. La couronne de Bohême ne sortit plus de la maison d’Autriche jusqu’à son extinction en 1740$ Albert mourut en îfîg.

5 . La présence des évêques grecs dans un concile célébré en Occident , était nécessitée par la situation alarmante de l’empire de Constantinople. J’ai parlé d’un traité de trêve conclu entre Bajazet et Manuel Paléologue. Le sultan , sur le point de s’emparer de la capitale de l’empire d’Orient , s’éloignant des bords du Bosphore , était allé combattre en Asie l’empereur Temour-Lenk. Les suites de cette guerre où Bajazet périt , procuraient aux Grecs le temps de se relever de leurs pertes. Manuel , au lieu de profiler de cette circonstance, interposa ses bons offices entre les deux fils de Bajazet ’, Soliman et Musa. Us moururent en > 4 i&-

Mahomet I monta sur le trône. Ce prince ne 1,31-143* fit pas la guerre à Manuel , mais ses conquêtes sur des princes chrétiens dans la Grèce , préludaient aux brillantes expéditions de son fils Amurat, devenu padisha en 1422.

Amurat déploya de grands talens. Un imposteur, se donnant pour un des fils de Bajaznt, lui disputa la couronne. Cet imposteur était soutenu par les armes des Grecs , prenant trop* tard le parti de fomenter les divisions dans la maison ottomane. Manuel était mort en 1420.

Jean VU , son fils , lui succéda. Amurat jura de détruire l’empire des Grecs, l/exécution de ce grand dessein était réservée à son fils.

Jean Paléologue , persuadé qu’en réunissant l’église grecque à l’église latine , et en reconnaissant la primatie de l’évêque de Rome , les princes d’Occident lui fourniraient des secours efficaces , se décidait par politique à éteindre un schisme , ouvrage de l’intérêt et de l’ambition.

Eugène reçut les Grecs dans Ferrare. Des maladies épidémiques l’engagèrçnt à transférer le synode à Florence.

Dans cette ville , après de légères contestations sur les additions faites par les Latins au symbole de Constantinople , sur le pain employé à la communion , sur le purgatoire et

1431-143» sur la primatie de Rome , l’empereur engagea la plupart des évêques à signer la réunion des deux églises. Si on en croit l’histoire bizantine, le pape acheta la signature des prélats grecs. Cela est vraisemblable. 11 importait à Eugène de gagner cet avantage , et les évêques d’un pays dévasté par les Turcs étaient pauvres.

Cette réunion fut réprouvée par toute l’église * grecque. Les évêques en demandèrent pardon dans Constantinople. On les compara à Judas.

• Ils n’obtinrent la communion de leurs confrères qu’après avoir solennellement abjuré les innovations reprochées aux Latins. L’empereur voulait soutenir son ouvrage, on le menaça de l’excommunication. Ce prince vivait dans des appréhensions continuelles. Les nombreuses cohortes d’Amurat inondaient les environs de sa capitale. La multitude dirigée par les prêtres ennemis des Latins pouvait ouvrir les portes aux Turcs.

Jean Paléologue fut secouru par la fortune.

Amurat , dont les armées faisaient alors la guerre sur les frontières de Hongrie , avec des succès differens , abandonnant brusquement Constantinople , porta ses armes sur les bords du Danube.

Après la mort d’Albert d’Autriche , les ébeteurs avaient porté sur le trône d’Allemagne Frédéric , duc de Styrie. La veuvè de l’em-

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pereur Albert venait d’accoucber d'un fils,M3 t M3* nommé Ladislas. Il devait hériter de la Hongrie , de la Bohême et de l’Autriche. Frédéric voulait s’emparer de cette succession.

L’opposition d’Uladislas , roi de Pologne , le força de se déclarer protecteur du jeune Ladislas. Ce prince fut couronné roi de Hongrie sur les genoux de sa mère. Les Bohémiens avaient élu deux vice-rois de leur nation , l’un de la communion romaine, l’autre hussite.

Dans ces circonstances , le célèbre Scander* beg se signalait dans l’Albanie par des actions étonnantes. Amurat , renonçant au projet de lui arracher la province dont il s'était reudu maître , l’en reconnut souverain.

Ce monarque s’était déterminé à finir ses jours dans la retraite. Son fils Mahomet donnait de grandes espérances. Amurat assemble le divan , appelle son fils , lui ceint le sabre impérial , le place sur le trône, et se dépouillant des ornemens impériaux , se retire à Magnésie , dans l’Asie-Mineure.

A cette nouvelle , le cardinal Cesarini , nonce du pape en Hongrie , propose de rompre la paix conclue par Amurat , en abdiquant l’empire. Les chrétiens entrèrent sur les terres des Musulmans. Le jeune Mahomet , frappé du danger de son empire , détermine son père à reprendre les rênes de l’Etal. Amurat se rend

55o HIST. DE FR. I*; PART. LIV. XVI.

J431-1432 aux vœux de ses sujets. Il atteint les chrétiens auprès de Varna , dans la Mœsie , et détruit entièrement leur armée. Le cardinal, traversant une rivière dans sa fuite , fut abîmé sous le poids de l'or dont il s’était chargé.

Amurat, vainqueur, donna un rare exemple de modération. Satisfait par la mort du cardinal légat , auquel il attribuait la rupture de la paix , il crut devoir l’observer. Insensible aux avantages de son triomphe , il rend la liberté aux prisonniers , et va cultiver son jardin dans la solitude de Magnésie.

Le bruit des armes l’en arracha de nouveau. Les chrétiens, oubliant leurs sermens , recommençaient la guerre. Amurat reprend le commandement de son armée dans les plaines de Sophie. Il attaque les chrétiens , et en fait un horrible carnage.

Ce prince ne comptait plus sur des sermens violés tant de fois. L’expérience lui avait appris que les chrétiens ne respecteraient jamais ses frontières vers le Danube , tant que ses possessions d'Europe et d'Asie seraient séparées par la ville de Constantinople , et par le pays décoré du nom pompeux d’empire d’Orient.

Il résolut de réduire Constantinople sous son obéissance. Jean Paléologue mourut en x 44 ^- Son frère, Constantin Dragasés, devait être le témoin et la victime de cette catastrophe.

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Àmurat mourut d’apoplexie faisant ses pré- *«‘-*4^ paratifs ; son fils Mahomet resta chargé de ce grand ouvrage.

A peine installé sur le trône d’Andrinople , il se préparait à se placer sur celui des successeurs de Constantin. Le pape Eugène ne gouvernait plus l’église de Rome.

4 . Après le départ des évêques grecs, cei433-M3<> pontife luttait laborieusement avec le concile de Bâle. Cette assemblée, recommandable par ses réglemens ecclésiastiques, dont l’entière exécution eût prévenu le schisme des protestons, n’était pas exempte de ces passions haineuses , plus redoutables dans les corps que chez les particuliers.

Les légats du concile de Bâle et ceux du pape Eugène, assistèrent conjointement en i435 aux conférences d’Arras, dont l’objet était le l'établissement de la paix entre la France et l’Angleterre -, la plupart des puissances de l’Europe envoyèrent des ambassadeurs dans Arras. Leduc de Bourgogne y parut dans tout l’éclat de sa gloire : arbitre entre Charles et Henri, celui des deux, dont il embrasserait les intérêts, devait l’emporter sur son rival.

A la tête des plénipotentiaires français étaient le duc de Bourbon et le connétable

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1433-M36 de Richemont, l’un et l’autre beaux-frères du duc de Bourgogne. Le duc de Bourgogne avait reçu un plein pouvoir de négocier en faveur de l’Angleterre. C’était un témoignage apparent d’une confiance qu’on n’avait pas en lui. Le cardinal de Winchester connaissait seul les intentions delà cour de Londres.

Les cardinaux de Sainte-Croix , de Chypre, et d’Arles , chefs des légations du concile et du pape, ouvrirent les conférences par une exhortation chrétienne. Les ambassadeurs français offraient au roi d’Angleterre la Kormandie et la Guienne , à la charge de l’hommage et du ressort. Les ministres anglais rompent brusquement la conférence et se retirent sans daigner répondre. Us prétendaient que Charles, satisfait du titre de Dauphin et de quelques provinces aux environs du dauphiné, leur abandonnât le royaume de France. Sur quels fondemens , demande Rapin de Thojras , Charles qui , depuis trois ans , se trouvait hors d’état de mettre une armée en campagne, pouvait-il faire une pareille proposition ? Rapin de Thoyras découvre sa partialité. Les armées ne manquaient pas au roi ; mais il lui était difficile de les payer. L’épuisement des Anglais n’était pas moindre. Ils attachaient, aux plus petits succès de leur part, une importance au-dessus delà réalité ; des fausses idées

de prééminence les jetèrent dans des fautes ir- > 4 33 * réparables.

En vain le duc de Bourgogne exhortait les plénipotentiaires anglais à faire des propositions dont on pût entamer la discussion ; rien ne les arrêta dans Arras . Alors le duc , rompant ouvertement son alliance avec les ennemis de la France , se déclara en faveur du chef de sa maison. Les articles du traité furent rédigés le 2 1 septembre , quinze jours après le départ des négociateurs britanniques.

Trois cardinaux furent les médiateurs de ,4-^ cette réconciliation désirée depuis long-temps parla France entière. Dans ce traité, le monarque désavouait le meurtre du duc Jean , affirmant qu'il s y serait opposé si la promptitude du coup ne lui en avait ravi le temps.

Jamais Charles ne varia sur ce désaveu. Le roi abandonnait, au duc de Bourgogne et à ses héritiers , les comtés de Mâcon et d’Auxerre, la seigneurie de Bar-sur-Seine, les villes de Péronne , de Roye , de Montdidier , toutes celles qui bordaient la Somme depuis sa source jusqu’à son embouchure , et le comté de Ponthieu. La couronne conservait le droit de ren* irer dans les villes de Picardie, en payant au duc, quatre cent mille écus d’or à vingt-trois karats.

u Item mondit seigneur de Eourgogue ne Tome y. 23

• 435 sera tenu (i) faire foi ni hommage ni service au roi , des terres et seigneuries qu’il tient à pré* sent au royaume de France , ni de celles qui lui pourront échoir. Et si mondit seigneur de Bourgogne allait de vie à trépas, ses successeurs feront les hommages et services ainsi qu’il appartiendra. » Au moyen de ces avantages, Philippe-le-Bon se chargea de la rançon du duc d’Orléans , prisonnier à Londres depuis la bataille d'Azincourt. Ce prince était fils du duc d’Orléans assassiné dans Paris.

Ce traité , auquel les Anglais devaient s’attendre, avança les jours du duc de Bedfort.

Isabeau de Bavière mourut dans le même temps , détestée des Français et méprisée des • Anglais.

La mort du duc de Bedfort devint fatale aux prétentions du roi d’Angleterre sur la couronne de France. Le duc d’York , chargé après lui du commandement, ne partageait pas ses talens. Déjà se manifestaient dans Londres les premières nuances des contestations entre les maisons d’York et de Lancastre, qui précipitèrent Henri VI du trône. Le duc d’York , devenu suspect au conseil de Londres, fut rappelé. Sj les triomphes des Anglais avaient paru surprenans , leurs pertes ne furent pas moins rapides.

(i) Trésor des Chartes.

CIIARLES-LE-\'ICTORIEUX (VIII). 555

Depuis le traite d’Arras , aucun concert ne régnait entre le concile de Bâle et le pape Eugène. Dans le temps même où ce pontife éteignait au moins passagèrement le schisme des Grecs , il était cité à comparaître au concile; Ayant méprisé cette sommation, on le déposa , en lui donnant les qualifications d’ennemi de la paix et de l’union de l’ Eglise, de simoniaque, d’hérétique et de schismatique. Amédée , duc de Savoie , ayant investi son fils de son duché , s’était retiré dans l’hermitage de Ripailles. Les évêques de Bâle placèrent la couronne papale sur sa tête.

Les conciles de Bâle et de Florence se faisaient une guerre de plume avec un acharnement ridicule ; les évêques italiens , instruits de la déposition d’Eugène . et de l’exaltation d’Amédée sous le nom de Félix V , décrètent que l’assemblée de Bâle était un conventicuie désordonné où les diables réunis , mettant le comble à l’iniquité, venaieul de placer l’abomination de la désolation dans le lieu saint ; on y déclarait excommuniés tous prélats résidans à Bâle depuis la translation de ce concile à Ferrure , et ensuite à Florence. On les privait des dignités sacerdotales * on les dévouait aux jugemfens de Dieu avec Dathan , Coré et Abiron. Félix V , déclaré schismatique et rebelle , était traité d’antipape , et de criminel de lèse-mnjesté. a5.

ner lieu , lui laissaient entrevoir la facilité de 1435 se procurer une souveraineté dans la Campanie ou dans la Calabre.

Le comte de Provence , duc de Calabre , à la tête d'une armée trop faible , ne pouvait garantir le royaume de Naples du déchirement dont les circonstances le menaçaient. Jeanne II prévoyait le démembrement de ses Etats au moment de sa mort. Cherchant le moyen de prévenir ce danger , Alphonse lui paraissait le prince le plus propre à rendre à Naples son ancien lustre en réunissant les deux Siciles sur sa tête. Elle renouvela l’adoption de ce prince. Louis III était tombé dans une maladie dont il mourut à Cozenza au mois de novembre 1 4$4 » sans laisser d’enfans de son épouse Marguerite de Savoie. Cet événement favorisait Alphonse. Cependant une nouvelle intrigue détruisit ses espérances. La reine institua son héritier René d'Anjou , frère de Louis 111.

César Nostradamus , chroniqueur de Provence, entasse, au commencement de sa sixième partie, une foule de citations en preuve que la plupart des grands hommes devinrent le jouet de l’inconstante fortune ; et après ce préambule moral , il représente René d’Anjou comme le plus infortuné des hommes. Appelé à régner dans Naples par letestament de Jeaune,

i435 en Lorraine , par sa femme Isabelle,.héritière du duc Charles II , et en Aragon aux droits de sa mère lolanda , il prenait la qualité de roi de Naples , de Sicile , de Jérusalem , d’Aragon , de Valence , de Majorque , duc de Lorraine et de Bar , et ne posséda aucun de ces

Etais.

Sou beau-père étant mort en 1 43o , les duchés de Lorraine et de Bar lui furent contestés par un cadet de la maison ducale Antoine t comte de Vaudemonl : on prit les armes de part et d’autre. Les deux coneurrens s’en remirent à l’arbitrage du concile de Bûle. La décision synodale favorisa le roi René. Le comte deVaudemont, refusant de se soumettre à cette sentence , eut recours au duc de Bourgogne.

Le roi Charles protégeait le roi René son parent. Celte contestation se termina eu i/jSt par une bataille où René fut fait prisonnier. - Le comte de Vaudemont resta en possession de la Lorraine. René recouvrit sa liberté en i^'5'j , en donnant sa fille lolanda au prince Ferri , fils du comte de Vaudemont , duc de Lorraine. Les comtes de Vaudemont furent les ancêtres des ducs de Guise , célèbres dans la suite, durant les guerres de la ligue.

René perdit par sa captivité le royaume de Naples. Le roi Alphonse en prit possession saus éprouver de résistance. René , devenu

CHARLES-LE- VICTORIEt/X (Ville) 3 üO

libre , y conduisit par mer une petite armée , 1 435

dans l’espoir d’être favorisé par les barons napolitains , ses espérances furent vaines. Ecrasé par la supériorité de son ennemi , sa flotte le ramena dans le port de Marseille.

6. Paris obéissait aux Anglais , mais toutes les villes , dans les environs de cette capitale , reconnaissaient Charles auquel on commençait à donner le nom deCharles-le-Victorieux. Les troupes françaises , maîtresses de la haute et de la basse Seine, ne laissaient entrer dans Paris aucune nourriture. La famine moissonnait les Parisiens par milliers- La crainte des fers et des supplices retenait dans leurs bouches les signes de mécontentement . Parmi les auteurs de cette inquisition , se signalaient les évêques de Beauvais , de Paris et de Terouanne. Ces trois prélats faisaient précipiter dans la Seine tous les individus dont ils suspectaient les sen- - timens.

Plusieurs bourgeois se réunissent en secret ; ayant gagné un grand nomhre de leurs concitoyens , ils firent prévenir le roi qu’ils lui livreraient la ville; ils demandaient pour unique récompense d’un service aussi signalé , une amnistie en faveur de tous les habitans de Paris sans distinction. Cette amnistie fut scellée à Bourges , le 37 février.

Le connétable de Ricbemont fut prévenu de s’approcher des murs le i 5 avril. Il sc pré-

3ÔO HIST. DE FR. I»*. PART. L1V. XYI.

1^36 scnta au jour naissant à la tétc d’un petit nombre de soldats à la porte Saint-Jacques. Il trouva la petite porte ouverte. Ses gens de pied commencèrent à défiler, quelques-uns d’eux ayant baissé le pont-levis et ouvert la grande porte , donnèrent passage à la cavalerie commandée par le comte de Dunois et le maréchal de nie-Adam.

De toutes les rues voisines , les Parisiens accouraient à la rencontre des troupes royales. On criait de tonte part : Vivent la paix, le roi , et le duc de Bourgogne. A la première alarme, les Anglais prenant les armes , voulaient s’assurer des quartiers des Halles, de Saim-Denys et de Saint-Martin. Ils rencontraient partout les Parisiens armés. On les repousse de rue en rue. On les écrase des fenêtres et du faite des maisons; à mesure qu’ils reculent, des chaînes do fer se tendent devant eux ; une division parisienne court au rempart de la porte Saint- Denys pointer plusieurs pièces d’artillerie en batterie dans ce poste , et force les Anglais de fuirprécipitammenlverslaporteSaiut-Aniome.

Cependant , le connétable recevait le serment de tous les bataillons parisiens. Parvenu à l'hôtel-de-vifle où les officiers municipaux étaient assemblés , il leur dit : Mes bons amis , le roi vous remercie , et moi de par lui de ce que si doucement lui avez rendu la maîtresse cité de

Cil ARLES-LE- VICTORIEUX, ( VHI« )• 56 1

son royaume , et si quelqu'un a mépris par 1436 devers monseigneur le roi , soit absent ou présent , il lui est tout pardonné. Une proclamation publiée en même temps, défend, sous peine de mort, à tous les gens de guerre d’insulter les habitans de Paris , de loger contre leur gré dans leurs maisons , et de se permettre les moindres violences. Les Anglais , accablés par le nombre de leurs ennemis , eurent à peine le temps de se renfermer dans la Bastille.

Vers la fin du jour, la tranquillité 1 § plus parfaite régnait dans Paris , les boutiques s’étaient ouvertes. Rien n’annonçait un change- g

ment important. Richemonl fil publier àson de trompe des lettres d’amnistie et de confirmation des privilèges accordés à la capitale par les prédécesseurs de Charles. Les Anglais , manquant de subsistances dans la Bastille , furent trop heureux d'obtenir une capitulation , elle les autorisait à se retirer en Normandie.

Le parlement de Paris se trouvait alors réduit à vingt magistrats. Une députation vintnotifier au connétable , que les gens qui avaient tenu le parlement , étaient prêts à faire la volonté du roi , de s'employer à son service comme ses bons et fidèles sujets , et qu’ils attendaient ses ordres pour tenir les audiences ordinaires.

Une interruption dans le cours de la justice pouvait causer des mécontentemçns. Le cob-

36a HIST. DE FR. I". PART. L1Y. XVI.

14^7 notable enjoignit aux membres du parlement de continuer leurs fonctions en attendant que le roi fît connaître ses volontés.

Charles fit son entrée dans la capitale. Les hommes qui s’étaient signalés par le massacre de ses partisans , nommés par eux Armagnacs , couraient au-devant de lui avec toutes lesmarques d’affection et de joie , exemple ordinaire de l’inconstance de la multitude, en l’absencë des bonnes lois qui protègent en même temps la liberté, et répriment ses écarts. Le prévôt des marchands, à la tête du corps municipal , des arbalétriers et des archers de la ville, avait présenté les clefs au roi à la Cha? pelle Saint-Denys. Ou prodigua dans cette oc* casion toute la magnificence alors connue , de riches tapisseries décoraient les façades des maisons , des troupes de comédiens représentaient les mystères de l’ancien et du nouveau Testament. Le corps municipal marfchait à la tête du cortège , il était suivi par lès avocats , notaires , procureurs et huissiers. Sept filles figuraient les sept péchés mortels , et sept autres les veftus théologales et cardinales. Le parlement venait ensuite avec les autres corps de magistrature. Le roi et le dauphin , armés de. toutes pièces , et montés sur des chevaux de. bataille , étaient sous le dais , porté p:y les principaux bourgeois, orné de draj>

CHARLES-LE- VICTORIEUX ( VIII* ). 3fi5

d’or eide pièces d’orfévrcrie. Le grand écuyer, Xaintrailles, tenait à la main l’épée royale. Le connétable et une foule de chevaliers suivaient le roi Trois anges chantant moult mélodieusement , reçurent le roi à la porte Saint Denys, et d’autres anges , placés sur une terrasse , encouraient un Saint Jean montrant l’dgniis Dei.

Charles descendit de cheval au portail de la cathédrale; il y reçut les hommages du clergé, de l’université»; et, ayant fait sa prière dans l’église., il vint au palais de Saint-Paul.

Ces évémemens annonçaient un avenir heureux. Les premiers réglemens publiés par le roi, concernaient l’administration de la justice et des finances. Les membres du parlement et de l’université, transférés à Poitiers, et ceux de la chambre des comptes , transférés à Bourges, se réunirent à leurs collègues dans Paris.

Tous les monumens de ce siècle nous présentent sans cesse des tableaux déchirans. Une épidémie affreuse ravageait la plupart des- provinces de France. Ce fléau dura près de deux ans. Il emporta, dans la seule ville de Paris, cinquante mille individus. Le roi sortit de cette capitale.' Les princes, les grands et les gens riches se réfugiaient dans les campagnes. Les pauvres seuls restaient à Paris. Ambroise de Lorel , prévôt de Paris , Adam de Cambrai, premier président -au parlement , et Simon

564 HIST. DH FR. I«. PART. LrV. XVL

1437 Charles, président à la chambre des comptes, chargés de l’administration publique en l’absence de la cour, garantissaient Paris avec beaucoup de peine des plus affreux désordres. Une cruelle famine se joignait à la contagion.

Ï437-143 8 7. La cour vint à Bourges, où le concile

de Bâle et le pape Eugène avaient envoyé des légats. Ils devaient assister à une cour plénière dont les contemporains ne nous expliquent pas la composition. On y voyait avec les ministres et le cônseil du roi, des princes, des grands officiers de la couronne, des barons , des évêques , des magistrats ; mais on ne sait pas si les communes y furent représentées. Cette assemblée rédigea l’édit connu daus nos annales sous le nom de Pragmatique sanction.

Cette ordonnance , regardée long-temps comme le rempart des libertés de l’église de France, contenait vingt six articles extraits des canons du concile de Bâle , sans observer l'ordre des sessions. Le premier article, extrait de la première et de la seconde session , surl’au- . torilé des conciles généraux, renfermait deux paragraphes. Le premier ordonnait la convocation d’un concile général de dix en dix ans , et le second déclarait le concile général supérieur du pape. Le second article, extrait de la douzième et treizième session , déterminait que, suivant les anciens usages , les évêchés et Jea

autres principales dignités ecclésiastiques se- * 437 -M 38 raient remplis canoniquement par voie d’élection. L’institution canonique devait être donnée à l’évêque élu par l’évêque consacraut.

D’après les autres articles , extraits des diverses sessions , toutes les réservations des papes étaient abolies. Les évêques et les autres collaleurs conservaient leur droit de collation. Le pape ne pouvait conférer un bénéfice vacant , que dans le cas où le collateur en aurait au moins dix à sa nomination , et deux lorsqu’il eu aurait cinquante. On ne pouvait être forcé d’aller plaider en cour de Rome , et en cas d’appel ad apostolos , le pape était tenu de déléguer des juges sur les lieux. Nul ne pouvait être évoqué hors du diocèse ou de quatre journées de chemin de son domicile.

On abolissait toutes les grâces expectatives, réserves, préventions, ou mandats 'attribués au pape ou à ses légats. On réduisait les cardinaux au nombre de vingt-quatre. On réprimait les abus des excommunications et des interdits.

11 était défendu de payer des annales au pape, sous peine , contre les contrevenans , d'cire déclarés simoniaques. Lse pape devait être déféré au prochain concile s’il acceptait cette rétribution.

Enfin le dernier article intitulé de conclusione ccclesice gullicance , admettant comme

1 437- M3* 5 loi de l’église tous ces décrets du concile de Bâle , ajoute : Le roi sera supplié de revêtir ces canons de l’autorité royale. Le décret est terminé par les lettres patentes données à Bourges le septième jour du mois de juillet 1 4^3 , publiées au parlement en ces termes : Lecta et publicata Parisiis in parlamento die décima tertia julii , anno 1439, sic signatum , Chenetau.

Æneas Silvius Pizcolomini , secrétaire du concile de Bâle, en avait écrit l'histoire et favorisé les décisions. Devenu pape, en i 458, sous le nom de Pie II , il employa les ressorts de la ruse à détruire la pragmatique, apres en avoir été un des plus ardens défenseurs.

Le pape , n’ayant pas réussi dans cette démarche en France , indiqua un concile à Mantoue* 11 y publia la constitution eæecrabilis contre ceux qui j méconnaissant l’autorité souveraine des pontifes romains , appelaient de leurs décrets aux conciles généraux. Le procureur-général Dauvet appela de cette bulle au futur ' ' concile , et comme d’abus au parlement en

Après la mort de Charles-le- Victorieux, la négociation, au sujet de l’abolition de la prag- • matique, fut renouée. Louis XI croyait avoir besoin du pape à l’occasion du royaume de Naples , qu’il voulait procurer à René d’An-

CHARLES- LE-VICTORIEUX (VlH«). 567

jou, sou parent. II révoqua cette loi par des M37 -‘i 3* lettres adressées au pape, le 17 novembrei46i.

Louis envoya même à Rome l’original de la pragmatique. Pie II fit traîner ignominieusement, dans les rues de Rome , le parchemin sur lequel était écrite la pragmatique sanction.

En reconnaissance , il fit présent à Louis d’une épée bénie durant la messe de Noël, mais il éluda d’accorder au comte de Provence l’investiture du royaume de Naples. Cependant le parlement ne vérifia pas les lettres d’abolition.

Pie II étant mort en 14^4 > Louis XI, sur les remontrances du parlement , rétablit les principaux articles de la pragmatique, réservant au pape les réserves et les grâces expectatives.

Paul II, successeur de Pie II, envoya en 1467 un légat en France. Il promit à Jean Ba* lue, évêque d’Evreux , un chapeau de cardinal , s’il employait son crédit auprès du roi à détruire la pragmatique. Balue, ébloui par l’éclat de ta pourpre romaine , obtint des lettres patentes confirmatives de l’abolition d’une loi regardée en exécration par la cour romaine.

Ces lettres furent enregistrées au châtelet; mais étant portées au parlement, le procureurgénéral , Jean de Saint-Romain , menacé par Balue d’être privé de son office , s’il ne requérait pas l’enregistrement des lettres du roi, refusa constamment de porter la parole dans

S 68 HIST. DE Fil I«. PART. LIV. XVI.

Ï437-1438 cette affaire. Le parlement présenta au roi des remontrances. On y disait : L’abolition de la pragmatique porterait le coup le plus funeste à l’empire français. Durant quelques années où son observation a été suspendue, trois cent quarante mille écus sont sortis de France pour les évêchés , et deux millions d’écus pour les grâces expectatives. Le parlement reprochait sans ménagement à l’évêque d'Evreux d’avoir sacrifié le bien de la patrie à son ambition particulière. L’université de Paris se joignit au parlement, telle compagnie appela de l’abolition de la pragmatique au futur concile; enfin Louis XI s’étant de nouveau brouillé avec le pape, la pragmatique, traînée dans les rues de Rome, triomphait en France.

Cette loi fut observée sous le règne de Charles-FAfTable. Ce prince assembla les états de Tours en montant sur le trône. Dans cette assemblée s’éleva une contestation entre les évêques , nommés sans égard aux dispositions de la pragmatique, et plusieurs députés du tiers état. Le procureur-général de Saint-Romain , rétabli dans sa charge , déclara que , si les commissaires du roi n'avaient égard à seâ remontrances concernant la stricte exécution delà pragmatique, il appellerait comme d’abus au parlement. Les évêques, sous ce règne, furent institués par voie d’élection, et les débats

survenus dans les assemblées électorales étaient i437-*43' î jugés par le parlement.

En 1484 » Jean de Nanterre , procureur-général , appela au parlement de la légation du cardinal Balue, et de tout ce qu’il avait fait ou pourrait faire contre la pragmatique.

Louis XII ordonna la stricte observation de cette loi. Les registres du parlementfont mention de plusieurs arrêts contre des prêtres accusés d’avoir obtenu des bulles eu cour de Rome. François 1 er , après la bataille de Marignan , fut complimenté par le pape Léon X.

A cette occasion fut signé, en i5i5 , le concordat dont lés dispositions annulaient la pragmatique. Je parlerai de ce concordat dans la suite.

8. Après la publication de la» pragmatique , T 43 ; - h+6 il fut proposé d’ouvrir un congrès , où se trouveraient des plénipotentiaires de France et d’Angleterre. Ce congrès devait traiter d’une paix générale, dont le besoin se faisait sentir en Angleterre comme en France. On conyint de s’assembler dans«un château entre Calais et Gravelines. Les instructions des ministres anglais renfermaient douze propositions , sur lesquelles ils avaient ordre de s’ouvrir successivement. Us devaient réclamer d’abord la pos* session entière du royaume de France, ensuite se restreindre à toutes les -provinces au Tome V. ' 24

14^6 nord de la Loire, laissant à Charles les provinces méridionales à la charge de l’hommage. Si les Français rejetaient ces deux propositions, le cardinal de Winchester avait ordre de prononcer un sermon divisé en trois points. Dans le premier , l’orateur devait remontrer que le nombre des homnies alors existans en France et en Angleterre, égalait à peine celui dont la contestation au sujet du titre de roi de France avait occasiohé la perte. Son second point devait être consacré à prouver que Dieu n’avait pas créé les peuples pour les rois , mais , les rois pour les peuples , d’où naissait la nécessité de sacrifier les autres considérations au bien de la paix. Enfin, dans sa troisième partie, parcourant les diverses époques de l’Histoire de Frange, il devait fixer l’attention de ses auditeurs sur les temps avant et après Charlemagne, où la France n’avait pas été gouvernée par un seul monarque.

En cas qu’une exhortation aussi chrétienne ne produisît aucun effet , les plénipotentiaires anglais étaient autorisés, à dispenser le roi Charles de l’hommage , et à lui laisser les provinces françaises, de la Loire aux Pyrénées et aux Alpes , en toute souveraineté.

Par la cinquième proposition , le roi d’Angleterre réduisait ses prétentions aux provinces cédées à ses ancêtres par le traité de Breti-

CHAIILES-LE-YICTORJEUX (VIII'). 071

gny; dans le sixième il abandonnait la Nor- 143 j— 14^0 mandie et le titre de roi de France; enfin les autres instructions contenaient un pouvoir de conclure le mariage du roi d’Angleterre avec une des filles du roi Charles, et une trêve de . cinquante ans.

Les plénipotentiaires français avaient pouvoir d’accorder des conditions excédantes celles dont ils se contentaient par leurs dernières propositions; mais ils s’arrêtèrent aux articles contenus dans le second projet de négociation.

Les Français , craignant de trop s’avancer, restaient sur la réserve. Les conférences se rompirent; on les renoua l’année suivante i44° avec aussi peu de succès. Gepcndant la peste et la famine ravageaient également la France et l’Angleterre. Ces deux fléaux ne permettaient ni aux Français ni aux Anglais de développer des efforts capables d’assurer la supériorité de l’une ou de l’autre nation.

On peut juger des violences commises par , les soldats anglais et français, en examinant les brigandages de leurs chefs. Familiarisés avec le vol, le meurtre, l’incendie, ils n’épargnaient pas même les enfans au berceau. Les Français , les Anglais , les Bourguignons , les malendrins et les gens d’armes, tous s’abandonnaient aux mêmes excès. la nécessité contraignait de les souffrir. Le dauphin, Louis XI,

*446 ajoute' le journal de Charles-Ie-Victorieux,^ donnait à scs gens d’armes un demi-écu sur chaque bœuf ou vache , et un écu sur chaque cheval enlevé par eux.- Si les cultivateurs obtenaient des sauve-gardes , c’était en payant des sommes à peu près équivalentes aux prix de leur récolte. La paix seule pouvait réparer tant de maux. Tout le monde la demandait.

Cette question fut agitée à Orléans dans une grande assemblée de barons, d’évêques, de magistrats, et de députés des bonnes villes , à laquelle Savaron donne le nom d’états-généraux, et dont le président Hénault ne parle pas. Le comté de Vendôme et Juvénal des-Ur* sins insistaient sur la nécessité de faire la paix à tout prix, afin de laisser respirer la France

* épuisée; le comte de Dunois et le connétable de Richemont se déclaraient eu faveur de la continuation de la guerre. Ils se fondaient sur la honte de signer une paix humiliante , dans

* un temps où les troubles, survenus en Angleterre, offraient aux Français, une occasion unique de renvoyer les Anglais dans leur île.

11 ne fût pris aucune résolution; on cdnvint de se rassembler dans Bourges et d’y discuter le même sujet.

La plupart des députés se rendirent en pllet dans Bourges. Charles, occupé à dissiper une

immense conspiration, formée dans sa cour, 1439-1446 ,ne put s’y trouver) l’assemblée se sépara. •

Si les états d’Orléans ne rendirent pas la paix à la France, leur session est une des époques les plus mémorables de notre histoire.

Cette assemblée consolida la forme du gouvernement établie sous le roi Jean , et qui fut ' détruite parla révolution de 1789.

Pour juger des malheurs de la France, il faut jeter le» yeux sur l’ordonnance rédigée à cette occasion. Le roi y défend, sous peine de haute trahison , de lever des troupes sans son aveu. 11 condamne l’usage dans lequel étaient les gens de guerre, de piller les églises, de voler dans les villes , dans les campagnes et sur les grands chemins, de couper les bois , d’arracher les vignes, de démolir les maisons pour se chauffer avec leur charpente. Il déclare qu’on ne pourra rechercher, en justice, les meurtriers des soldats , surpris en commettant ces attentats. Il abolit le droit exercé par les possesseurs des châteaux , de mettre à contribution les marchands et les voyageurs, d’imposer arbitrairement des taxes sur les campagnes , en nature ou en argent.

On pouvait aisément condamner ces abus ; il était difficile de les réprimer. Charles offrait de faire choix de capitaines , sages et expérimentés , et de leur confier le commandement

i 439 * M4® d’un certain nombre de gens d’armes , soumis à *une discipline sévère. Leur permanence ei> leur distribution dans les places fortifiées , laissaient aux colons la jouissance paisible de leurs foyers. Ces offres furent acceptées par l’assemblée d’Orléans ; elle assura la solde de ces compagnies d’ordonnance , en décrétant upe taille perpétuelle à la charge des cprlimunesj de ce double établissement, sortirent sous Louis XI les élémens du pouvoir arbitraire.

Ce changement fut-il l’ouvrage des états généraux d’Orle'ans ou du conseil de Charlesle-Victorieux ? 11 est impossible aujourd’hui de résoudre cette question. Jean Chartier, auteur de la Chronique de.Saint-Denys , nous a laissé seul quelques détails de l’assemblée d’Orléans. 11 paraît qu’elle ne décida rien ; Charles, pressé par les éve'nemens , fut obligé delà congédier, en l’ajournant dans Bourges.

Une générale et dévorante anarchie ne permettait pas de s’occuper des principes constitutifs d’une bonne législation. On ne s’occupe pas à rectifier les défauts de sa maison, quand le feu la consume , il faut d’abord éteindre les flammes. Philippe-de-Commines accuse Charles-Ie-Victorieux d’avoir imposé le premier des tailles à son plaisir , sans le consentement des états-généraux. Fontaxiieu et Je président

CHARLES-LE-VICTORJEUX fVIII-). 375

Honault pensent que Charles obtint ce droit i43s>-‘-»6 des trois états , en échange de celui de hausser le prix des monnaies. Ces deux écrivains nedonnent aucun garant de leur opinion. Comment admettre cet échange dont ne parlent pas les contemporains? mais l’accusation de Connûmes n’est pas moins injuste.» D’autres rois, avant Charles- le-Victorieux , avaient imposé des tailles sur les communes. Ce prince n’est pas l’inventeur de cet impôt; on doit seulement lui en attribuer la perpétuité.

Il était de la dernière importance de réprimer les exactions des grands barons, et de soumettre les gens de guerre à une exacte discipline. Une pareille réforme mécontentait la haute noblesse accoutumée à la licence des camps. Plusieurs grands barons , parmi lesquels on comptait le duc d’Alençon , inspiraient au dauphin Louis des sentimens de révolte. Ce prince consentit à se laisser enlever du château de Loches. Les révoltés le conduisirent à Niort. L’évasion du dauphin donna au roi la première connaissance de cette conjuration. Les révoltés se proposaient d’enfermer Charles dans une prison , et de placer sur le trône le dauphin Louis, sous le nom duquel ils se flattaient très-vainement de gouverner le royaume.

Richemont, instruit de la disparition du

376 IÎIST. DE ER. I>«. PART. LTV'. XVI.

J4Î9-M4 dauphijn, arrive auprès du roi dans Amboise avec les troupes à ses. ordres. Le duc d’Alençon est sommé de ramener le prince fugitif.

La rigueur , avec laquelle les rebelles étaient poursuivis, éteignit le feu delà révolte. Cette guerre , nommée la praguerie , fut un orage passager. Louis XI vint embrasser les genoux de son père. Lois , lui dit le roi , soyez Je bien venu, vous avez moult longuement demeuré , allez vous reposer en votre hôtel, et demain nous parlerons à vous.

Le lendemain le conseil étant assemblé , le dauphin renouvela sa soumission , et obtint sa grâce. Le jeune prince sollicitait celle de la Trémouille , et menaçait de quitter la cour , si 011 faisait des poursuites contre ses partisans. Les portes sont ouvertes, lui dit le roi, et si elles ne sont pas assez grandes , je ferai abattre vingt toises de murs ; partez, si vous l’osez : d’autres princes de notre sang nous aideront à maintenir l’honneur de la couronne , et on n’aura plus besoin de vous. Le dauphin sc tut. Charles accorda à son lils le gouvernement et les revenus du Dauphiné.

14401.145 9- Charles, ayant dissipé cette conspiration,

revint à Paris , dans Tintention d’exécuter les réformes militaires , conformément à la loi de 1440- U forma quinze compagnies d’ordonnance, chacune de cent hommes d’armes.

C11ARLES-LE-VICT0RIEUX (-Ville) 577

L’homme d’armes servait alors avec six chevaux. Sa paie fut de trente francs par mois. «<• Le roi leva ensuite un corps de quatre mille francs archers. Ces troupes devaient rester sous le drapeau en temps de paix comme cri temps de guerre. Leur nombre , en temps de guerre , pouvait cire facilement augmenté.

L’impôt de -la taille , avec lequel ces troupes étaient payées , ne s’éleva sous ce règne qu’à dix-huit cent mille francs par an. Le marc ' d’argent valait huit francs dix sous.

Cette institution n’avait pas détruit le mécontentement des grands barons , accoutumés à lever des troupes à leur gre’ , et à les payer avec des contributions exigées de leurs vassaux. IN’osaut désavouer la justice des bases sur lesquelles s’appuyait l’ordonnance d’Orléans , ils fomentaient les bruyantes réclamations des compagnies d’ordonnance et des francs archers. Ces troupes 11e trouvaient pas , dans leur solde, un équivalent de leurs profits , en ramonuant les villes et les campagnes.

Un grand nombre de hauts barons s’associaient sous le prétexte de l’intérêt public. Le roi fut contraint de leur permettre de s’assembler à INevers en 1442. Leurs députés viennent auprès du roi , et lui remettent un long mémoire de leurs griefs. Voici quels étaient les principaux chefs de ces représentations, l^a

SnS HIST. DE FR . I rp . PART. UV. XVI.

1441-1445 conclusion de la paix avec l’Angleterre , la ré- * forme de plusieurs vices glissés dans l’administration, le maintien de la justice, l’abréviation des procédures , et l’assemblée des étatsgénéraux pour régler la manière de payer les gens deguerre. Monstreletnous a transmis la réponse du roi. Il annonçait la volonté formelle de faire la paix avec l’Angleterre à des conditions honorables ; il démontrait combien les reproches au sujet de l’administration de la justice étaient peu fondés ; enfin , il assurait qu’il avait le droit d’asseoir des impositions, et qu’il n’est nul besoin d’assembler les états pour hausser les tailles ; que la dépense de tant de députés était une surcharge pour le peuple : il n’ajouta pas qu’il tenait cette prérogative des états d’Orléans.

Après un siècle de troubles et de révolutions, les Français , désireux du repos , s’abandonnaient à la modération de Charles. Aux ravages de la guerre, succédait un gouvernement dont la régence des Anglais servait de régulateur. Henri V avait promis , par le traité de Troyes , de gouverner avec le conseil des barons français. Ces barons étaient devenus les principaux agens de l’administration publique. Le parlement britannique jouissait à Londres d’une influence principale. Le parlement de Paris ne se formait pas des mêmes

CHARLFS-LE-VICTORIEUX (YIII-). 579

élémens. Cependant l’identité des noms , au 144 -1445 défaut de l’identité des choses , et plusieurs prérogatives, communes à ces deux corps , faisaient illusion à des hommes à demi éclairés. Ce tribunal prenait la part la plus active au gouvernement de l’Etat.

Les Anglais vexaient les peuples pour se • maintenir dans leurs conquêtes ; ils se firent détester. Les Français se flattèrent d’un sort plus heureux en obéissant au fils de leurs ancieitB rois. Dans cette disposition , il faut chercher le principe caché des triomphes de Charles. Au milieu du tumulte des armes , s’était formée une génération nouvelle. Les coutumes anciennes lui étaient inconnues.

D’ailleurs , tous les ordres de l’Etat regardaient * la fortune de Charles , comme leur ouvrage.

On laissa, par lassitude, par paresse, aux grands barons et au parlement , l’autorité dont ils jouissaient sous le gouvernement des Anglais.

Charles gagna peu â peu les princes et les grands, il leur abandonna l’exercice de l’autorité royale. La milice toujours subsistante, et pour sou paiement une taille perpétuelle , imposée sur les seuls membres du tiers état , devinrent deux institutions agréables à la grande et à la petite noblesse. Les gens d'église éprouvèrent le même sentiment.

38o IIIST. DE FR. I «. PART. ClV. XVI.

La lailJe perpétuelle dont Commines prévoyait les conséquences pernicieuses étant établie, le prince n’éprouva plus la nécessité d'assembler les états-généraux. En augmentant cette taille , il pouvait se passer de tout autre subside. Dès-lors , l’idée même des . anciens états- généraux devait en quelque sorte s’évanouir. Les hommes naturellement timides et nonchalans ont besoin , pour ne pas perdre la liberté qu’ils aiment, d’être avertis continuellement de son prix , et des moyeq^ de la conserver. Les états généraux n’étant plus regarde's comme un ressort ordinaire du gouvernement , il était difficile d’en tirer un avantage important. Si les rois convoquaient encore ces grandes assemblées , elles devaient , ignorer leur destination, leur dignité. 11 était aisé de les rendre dociles , en choisissant , pour leur convocation, les temps et les lieux les plus favorables aux vues du prince ou des ministres dépositaires de son pouvoir.

i o. Le duc de Bourgogne venait d’acquérir une province. Elisabeth, veuve d’Antoine, duc de Luxembourg, opprimée par ses sujets , avait eu recours à ce priuce, neveu de son mari. Le duc de Bourgogne vint assiéger Luxembourg. La garnison , se reposant sur la * force de la place, défendue par des rochers presque inaccessibles , négligeait la garde des

postes, réputés inattaquables. Ces obstacles r 44»-M45 furent surmontés, tes assiégeans découvrirent des sentiers peu fréquentés. En plaçant des échelles dans les endroits les moins accessibles , ils parvinrent au sommet du roc. Les soldats trouvèrent le rempart absolument dégarni.

La ville fut prise et pillée ; une partie de la garnison périt par le glaive ; le reste se réfugia dans la citadelle, et obtint une capitulation dans laquelle , le commandant s’obligeait de remettre au duc la place de Thionville. Elisabeth témoigna sa reconnaissance à son neveu, en lui cédant le duché de Luxembourg , moyennant une pension de dix mille francs tournois.

Une trêve fut alors conclue entre ce prince et le roi d’Angleterre. Elle devait durer indéfiniment. Cet acte diplomatique donnait ouverture à de nouvelles propositions de paix générale.

Après une guerre de trente ans , si la France épuisée fournissait très-difficilement des ressources, l’état de l’Angleterre était encore plus déplorable, les subsides votés par le parlement allaient s’absorber en France comme dans un gouffre. Le parlement refusait d’en voter de nouveaux. On levaitdes gens de guerre avec d’extrêmes difficultés. Ces gens de guerre, découragés par le mauvais succès des càm-

1,41-1446 pagnes précédentes, ne montraient aucune bonne volonté. Les princes et les ministres, jaloux des uns des autres , s'occupaient uniquement de leur fortune , auprès d’un monarque sans vices et sans vertus. Enfin ce monarque, vrai automate couronné, paraissant avoir hérité de ^imbécillité du roi de France, son aïeul maternel, laissait flotter au hasard les rênes du gouvernement. Les Anglais, étonnés de leurs pertes et convaincus de l’impuissance de les réparer , se décidaient à conclure la paix.

On convint de renouer les négociations dans Tours , où la cour de France résidait alors. Le comte de SufFolk, chef de la légation anglaise, chargé de signer le traité, craignait que dans la suite on ne lui en fit • un crime. Il se fit délivrer à Londres, les instructions les plus formelles, les plus détaillées. Les deux cours étaient d’accord sur les principaux articles. Aucun obstacle n’en- * trava la négociation. Une trêve de deux années fut signée. Elle devait commencer le 7 juillet i 444 » et finir le i er avril 1446.

Alors le comte de Suflolk proposa le mariage du roi d’Angleterre, avec Marguerite d’Anjou, fille du roi René. Un des articles du contrat obligeait les Anglais à res- • tituer à la maison d’Anjou , le comté du

CHARLES-LE-VICTORIEUX ( VIII e ). 383

Maine. En vain le duc de Glocester repré- ’4 t i - h 5 sentait, dans le conseil de Lorfdres , la perte du Maine comme devant entraîner celle de la Normandie : le mariage fut célébré à Tours.

La nouvelle reine, âgée de dix-sept ans , prit le chemin d’Angleterre. Elle se rendit bientôt maîtresse absolue du roi son époux , et gouverna le royaume avec le cardinal de Winchester et le comte de Suffolk.

Depuis un siècle, les trêves entre laFi’ance et l’Angleterre n’avaient jamais été exactement observées. Celle de Tours dont on espérait les plus heureux résultats excitait les transports de l’allégresse publique. On s’empressait également eu France et en Angleterre, de recueillir les fruits d’un bonheur vivement senti. Le commerce et l’agriculture se rétablirent avec rapidité. On s’étonnait qu’après tant de désastres, la France offrît tant de ressources. Un pays riche par ses denrées et par l’industrie de ses habitans , ne peut 'jamais perdre son importance; mais des causes particulières militaient en faveur de la prospérité française. Depuis trente ans l’argent de l’Angleterre s’enfouissait en France , il n’attendait qu’un peu de tranquillité , pour circuler rapidement et alimenter l’industrie. Les seuls gens de guerre pouvaient devenir durant la trêve les ennemis de la société. 11 fallait les

1 44 ■ — * 445 occuper ou les licencier, le dernier parli se trouvait inadmissible, dans un temps où la guerre pouvait recommencer ; un événement étranger vint tirer le roi de cet embarras , on les employa en Allemagne au secours de l'empereur.

' Des négociations très-actives et assez amicales annonçaient une paix déGnitive. Les ministres anglais et français voyaient dans une entrevue des deux rois, un moyen d’aplanir les principales dillicultés. Celte entrevue fut décidée. La trêve fut prorogée pour un an ; cette suspension d’armes et la réunion des princes auprès du roi, rendaient la cour très-brillante. Jean V, duc de Bretagne , était mort en 1 44 2 * Son Gis vint à Chinon prêter hommage au roi ; des fêtes assez pompeuses furent données à cette occasion.

1 4 a ( > Le parlement d’Angleterre, auquel chaque année le roi demandait de nouveaux subsides, voulait terminer l’état d’incertitude dans lequel on se trouvait ; il supplia Je roi par un message, de convertir la trêve en une paix solide , ou de reprendre les hostilités. Le duc de Glocester voulait la guerre. 11 avait contre lui la reine, les ministres, et la majorité du parlement; le produit du dernier subside avait été dissipé en dépenses inutiles. Glocester faisait des représentations , avec la

CTIARXES-LE- VICTORIEUX (Vil!®). 385

libellé que lui donnait sa naissance. Ceue i 44 >> hardiesse envenimait la haine de ses ennemis.

La counde F rance , plaçant Margueri te d’Anjou Sur le trône de la Grande Bretagne, avait fait à ses ennemis le plus funeste présent. Marguerite ne pardonnait pas à Glocester, d’avoir Voulu mettre des obstacles à son mariage.

Dévorée de la soif de régner, cette passion était d’autant plus dangereuse dans celte princesse , quelle y joignait un courage indomptable, un génie fertile en ressources, et toute l’audace d’une âme incapable de s’effrayer par les préjugés, quand ils servaient à ses desseins. Sa résolution était prise de perdre Glocester. Elle offrait de grandes difficultés.

Ce prince, indépendamment de ses vastes domaines , de sa valeur, de son expérience, jouissait de la faveur du peuple anglais.

Dans la crainte d’un soulèvement à Londres, la reine fait convoquer le parlement à Edmond Burg. Glocester vint à cette assemblée contre l’avis de ses amis. 11 fut arrêté, et trouvé mort, le lendemain, dans son lit. On publia qu’il avait voulu assassiner le roi. Cette imposture ne fit aucune impression sur les esprits; la reine, le cardinal de Winchester et le comte de SufFolk, se flattaient en vain de consolider leur crédit par ce meurtre, ils creusèrent un abîme sous leurs pieds : ce lu Tome V. a 5

1446 le principe des torrens de sang répandus en Angleterre , pour la querelle des princes de la maison d’York etdeLancastre; on ne soupçonna pas le roi d’avoir eu part à cet assassinat, mais la reine devint l’objet de la haine universelle.

Jamais conjonctures n’auraient été plus favorables à la France, des malheurs particuliers en atténuaient l’influence.

Charles, après avoir parcouru la carrière la plus épineuse, touchait au terme de ses disgrâces. Malgré l’animosité des Anglais contre les Français, ils s’étaient enfin aperçus que l’ambition de leurs rois pouvait porter à l’Angleterre le coup le plus funeste. La nature, plaçant les bornes des grands royaumes, ne leur permet pas de les franchir impunément. Quand les factions de la rose rouge et de la rose blanche n’auraient pas bouleversé l’Angleterre , cette île n’était pas en mesure de gouverner la France comme pays de conquête. Si les rois d’Angleterre avaient acquis la paisible possession du royaume de France, la Gtande Bretagne serait devenue insensiblement une province de ce vaste empire. Les Anglais, prodiguant leur sang et leurs trésors , se seraient enchaînés euxmêmes sous un joug étranger. La cour de Londres était donc forcée par la nature

des choses, de restreindre sa domination 1446 dans ses limites naturelles.

Dans ces circonstances , des chagrins domestiques vinrent empoisonner les sources du bonheur, dont le roi Charles commençait à jouir. Par une fatalité inconcevable , ce prince devait être malheureux par les objets qui font la félicité des hommes. Livré aux fureurs d’une mère barbare , durant ses premières années , ses jours allaient finir avec amertume, par la rébellion de son fils dé- • naturé.

A peine âgé de dix-sept ans, Louis XI s’était mis à la tête des séditieux , dans un temps où sa révolte pouvait rendre aux Anglais leur supériorité en France. Charles , trop indulgent , non-seulement tendit ses bonnes grâces à son fils . mais il lui confia le gouvernement du Dauphiné. Ce prince avait paru effacer ses premiers égaremens, par l’éclat de plusieurs belles qualités. Elles étaient ternies par son ambition. Impatient de régner, il résolut de parvenir, par le plus noir des forfaits , au trône où la nature l’appelait. Son projet était de choisir le temps d’un voyage du roi au château de Rasilly, où tout le monde avait la liberté d’entrer.

Les conjurés devaient s’y introduire les uns après les autres, et se rendre maîtres de la

1 446 personne du roi. Quelle était l’intention de ce fils barbare ? Méditait-il un parricide ? Les contemporains se taisent. Je ne saurais rompre leur silence. L’âme de Louis XI n’éprouva jamais que des remords tardifs.

Heureusement pour le roi , le dauphin tenta de corrompre la fidélité d’Antoine de Chabannes, comte de Dammartin , capitaine des gardes. F rémissant de cette horrible cdnfideuce, il s’empressa de la révéler au monarque.

Charles mande son fils , il lui reproche son crime. Louis traita Chabannes d’imposteur.

La vérité était démontrée par l’aveu de plusieurs coupables. Le dauphin se réfugia précipitamment en Dauphiné. Ce prince , parvenu à la couronne, employa de vains efforts à détruire lÿ mémoire de cet attentat, faisant condamner Chabannes, accusé d’imposture.

Chabannes enfermé dans la Bastille eut le bonheur d’en sortir ; il entra dans la ligue du bien public dont on parlera dans la suite; il obtint un arrêt cassant la première sentence et laissant subsister la vérité de ses dépositions.

Plusieurs écrivains ont attribué le véritable motif de la disgrâce de Louis XI , à la brutalité avec laquelle il se permit de donner un soufflet à la belle Agnès Sorel. Gaguin , parmi les contemporains , fait seul mention de ce fait.

Louis, retiré en Dauphiné, porta dans cette province l’inquiétude et la soif du pouvoir

dont il était tourmenté. A peine arrivé dans 1446 Grenoble , il exigea un don gratuit de quarante mill ï écus. De nouvelles demandes de sa part devinrent l’objet de plusieurs contes- . talions. 11 changea l’ordre des juridictions inférieures, réduites par lui à deux bailliages et à deux sénéchaussées. Il fit battre monnaie en son nom. Il érigea de son autorité le conseil delphinal en parlement. Il conclut un traité avec les. Suisses , les ducs de Savoie et de Milan, les rois d’Angleterre, de Navarre et d’Aragcm. Charles tolérait ces entreprises sur l’autorité royale, dans l’appréhension déporter son fils à une révolte ouverte. La mésintelligence entre le père et le fils ouvrait la porte aux délations. Des attentats avérés accréditaient des impostures. Mariette, un de ces dénon-, dateurs , venu de Dauphiné , accusait le dauphin de s’être concerté avec le duc de Bourgogne et plusieurs autres princes, pour conduire une armée à Paris , chasser le conseil et enfermer le monarque dans une forteresse.

Mariette reçut ordre d’aller prendre en Dauphiné de nouveaux renscignemens. Le dauphin le fit arrêter. Il fut jugé dans la suite au parlement de Paris, et perdit la tête sur un échafaud.

Brésé, à qui cet imposteur s était d’abord adressé , fut obligé de prendre des lettres d’abolition pour n’avoir pas révélé cette coniî-

3gO HIST. DE FR. I«. PART. LIV. XVI.

1446 dence. Louis XI , par une loi publiée vingt ans après cet événement, déclarait criminelle au premier chef une réticence en pareil cas.

On verra dans les livres suivans comment le cardinal de Richelieu , en vertu de cette loi , lit condamner à mort l’imprudent et malheureux de Thou.

1-147- *448 g Depuis le meurtre du duc de Glocestcr, l'Angleterre se remplissait de troubles. Le duc d’York regardait ces troubles comme un moyen de monter sur le trône; il était, par sa mère, unique héritier de la maison de Mortimer, issue du second fils d’Edouard III, et au préjudice de laquelle ia maison de Lancastre portait la couronne. Les émissaires de la maison d’York répandaient cette observation dans . les principaux comtés.

Marguerite d’Anjou , uniquement attentive à conjurer les orages formés contre elle, négligeait tout autre soin. Les subsides destinés àla solde des troupes, s’employaient à récompenser ses créatures, et s’en faire de nouvelles, les garnisons des places dans la Guienne, manquant de solde , se dédommageaient par ie brigandage. Les Anglais étaient hors d’état de recommencer la guerre , cependant une fermentation inconcevable ne leur permettait pas de conserver la paix. Le gouverneur de la basse Normandie surprit la petite ville de Fougères

appartenante au duc de Bretagne , il la livra >447-144* au pillage et aux flammes.

Un héraut d’armes , envoyé à Rouen par la cour de France , demande au duo de Sommerset une éclatante justice de cette atrocité.

Le duc promit une réparation authentique. Il était difficile de remplir cette promesse, les Français évaluaient ledommage àdeux millions d’écus) comment trouver une somme aussi immense ? Des conférences tenues successivement à Louviers , au pont de l’Arche , et à l’abbaye de Bon-Port , se terminèrent par une déclaration de guerre.

Toutes les précautions capables de garantir le succès d’une grande expédition, avaient été prises par Charles. Des généraux expérimentés, des troupes disciplinées , bien entretenues , exactement payées, une artillerie formidable et bien servie, tout respirait en France la confiance et le courage. La cour venait de renouveler les anciens traités avec les rois de Castille et d’Ecosse , et de s’attacher le duc de Bretagne par une alliance offensive et défensive.

Jacques Cœur, au sein d’une longue anarchie , avait établi le plus grand commerce qu’aucun particulier d’Europe eût jamais embrassé. Les seuls Médicis l’égalèrent dan* la suite. Jacques Cœur- payait trois cents facteurs en Italie et dans le Levant. L’in-

5Q2 HIST. DB Fil. I". PART. L1V. XVI.

M47-144» dustrie de ce négociaut était plus utile à la France durant la paix, que ne l’avaient été, durant la guerre, les exploits de Xaintrailles delà Pucelle, de Dunois et deRichemont ; Jacques Cœur prêtaau roi jusqu’à deux cent mille écus d’or à huit francs le marc.

Bourges avait vu naître Jacques Cœur; le roi lui confia l’administration des finances. Il fut , dans la suite , condamné à mort et dépouillé de ses richesses. Villaret, laissant des doutes sur sa probité, donne lieu de penser que les trésors de l’Etat avaient grossi les siens. On doit le compter parmi les illustres victimes de l’ingratitude et del’envie. Je placerai ailleurs les particularités de son procès.

Le connétable de Richemont et le duc de Bretagne poursuivaient les Anglais dans la basse Normandie. Le. comte de Dunois les attaquait au bord de la Seine. Henri V s’était emparé de cette grande province avec une extrême facilité; Charles la reconquit plus rapidement encore. Le duc de Sommerset s’était enfermé dans Rouen. Cette ville fut investie au mois d’octobre. Les machines de guerre ne lurent pas nécessaires dans ce siège. Les Anglais s’étaient fait détester par les habilans de Rouetl ; leur nombre n’obligeait plus de le$ craindre. Les principaux bourgeois, assemblés dans l’archevêché, con-

CHARLES-LE- VICTORIEUX ( Ville ). 5g3

viennent d’ouvrir les portes aux Français. i-b7-M4 s C ette résolution est notifiée au duc de Sommersetj on le prévient en même temps que l’archevêque et deux autres députés allaient conférer au port Saint-Ouen avec les commissaires du roi Charles.

Pendant ces pourparlers, les Français furent introduits dans Rouen , Soinmcrseleut à peine le temps de se réfugier dans le vieux palais avec huit cents hommes. La famine les foi*ça de capituler. Ils se retirèrent abandonnant leur artillerie , payant cinquante mille écus d’or, et rendant au roi les villes de Caudebec, d’Arques, de Lillebonne, de Tancarville et d’Harfleur. Le comte de Schrewsburi et le général Talbot , laissés en otage, répondaient de ces engagemens.

Charles fit son entrée dans Rouen le 19 novembre.

Les clefs de la ville, offertes par les offi- * ciers municipaux , furent confiées au sénéchal de Brésc , nommé gouverneur. Le roi vint faire sa prière à la cathédrale. Il prit son logement au palais de l’arcbjevêché. L’hiver ne suspendit pas les travaux guerriers. Toutes les places du pays de Caux furent successivement enlevées aux Anglais, avant Je retour de la belle saison.

Charles ayant pris son quartier à l’abbaye

3t)A HIST. DE FR. I«. PART. LIV. XVI.

1449 de Jumièges, il y perdit Agnès Sorel, dont l’esprit et le courage, tirant le monarque de sa profonde léthargie , furent un de ces miracles de ce siècle. On lui attribua l’heureux stratagème dont les suites, conduisant Jeanne d’Arc au milieu des armées françaises, contribuèrent à chasser les Anglais de France.

Marguerite d’Anjou s’était enfin déterminée à faire passer en Normandie , quinze cents hommes d’armes , sous la conduite de Thomas Kiriel. Ce général prit terre à Cherbourg. Traversant rapidement le CoteDtin , il se réunit dans Caen , au duc de Sommerset. Les garnisons des places évacuées, augmentaient son armée dans sa marche. Les troupes françaises étaient distribuées dans des quartiers d’hiver. Le comte de Clermont , rassemblant celles dont les cantonnemens se trouvaient à sa portée, atteint les Anglais au village de Fourmigny , entre Carentan et

* Bayeux. Kiriel j commandait une armée trèssupérieure en nombre j le comte de Clermont se contenta d’escarmoucher durant plusieurs jours , pour tromper les Anglais. Cependant il avait envoyé avertir le connétable du danger dans lequel il se trouvait.

Richemont part sur-le-champ de Saint-Lô, à la tête de trois cents hommes d’armes et de huit cents archers, fait la plus grande dili—

gcnce , et arrive au moment où l’action ve- 1449 nait de s’engager. Les Anglais furent entièrement défaits.

Toutes les places , conservées par eux en Normandie, ouvraient successivement leurs portes aux troupes françaises. Cherbourg devenait le dernier asile du duc de Sommerset.

Le siège de cette place offrit une particularité digne de remarque. Les flots de l’Océan , à marée haute, viennent battre le pied des remparts. On ne pouvait établir des batteries.

Jean et Gaspard Bureau surmontèrent cet obstacle. Plaçant leur artillerie dans le temps où le reflux laissait la grève à sec, ils enveloppèrent exactement les canons et les barils de poudre, de peaux enduites de suif, de manière quelles devenaient imperméables. Les ennemis, attentifs à cette manœuvre, furent extrêmement surpris à la marée descendante. Les batteries françaises , sortant de l’eau comme par magie, foudroyaient les remparts trop faibles de ce côté , et ouvraient une large brèche. Contraints de capituler , le duc de Sommerset rendit la place au connétable de Richemont, et s’embarqua pour l’Angleterre.

la. Les Anglais chassés de la Normandie, 1450-155* ne se trouvaient pas en état de défendre la Guienne. Les Français, maîtres de Cherbourg,

3g6 H1ST. RE FR. I«. PART. LIV. XR.

>450-1451 marchaient rapidement à de nouvelles conquêtes. Bergerac, Montferrand et Chalais, rentrèrent sous la domination du roi , durant Tannée i 45 o. On comptait quarante mille combaltans au mois d'avril i. 45 i, dans l'armée française, commandée par la comte de Dunois. La campagne s’ouvrit par la prise de Montguion, forteresse bâtie sur les confins du Périgord. Blayes ouvrit ses portes après une résistance de treize jours. Le génie et l’activité de Jean Bureau avaient porté l'artillerie française à un degré de perfection inconnu jusqu’alors Ce fut un avantage auquel le roi Charles dut la rapidité de ses conquêtes.

Les habitàns de la Guienne, assemblés dans Bordeaux , négociaient avec le comte de Dunois, ils promirent de se soumettre à Charles, si avant le terme de vingt jours, Henri VI n’envoyait une armée en état de donner bataille Cette armée n’arriva pas. Bordeaux ouvrit ses portes aux Français, le 24 juin i 45 i. Toutes les villes de Guienne suivaient successivement l'exemple de Bordeaux. La .ville de Bayonne restait seule aux Anglais. Suivant Mézeray , cette place avait capitulé avec les autres villes de la province; mais les Anglais, .comptant sur un prompt secours , refusèrent de se conformer au cartel. Ce manque de foi leur donna le temps d’embarquer une

grande quantité de titres, appartenant à di-M5o- , 45* verses provinces de France. Ces papiers sont encore conservés aujourd’hui dans la tour de Londres. Gaston, comte de Foix, forma l’investissement de Bayonne dans les premiers jours d’août. Dunois arriva bientôt. 11 choisit son quartier entre l’Adour et la Nive; une escadre castillanne et française bloquait le port ; la brèche se trouvant praticable, les assiégeans se préparaient à donner l’assaut; les bourgeois leur en épargnèrent les fatigues. Se déclarant contre la garnison, elle fut forcée de capituler; elle resta prisonnière de guerre.

C'est ici l'époque de la réunion des pairies laïques à la couronne. Ces pairies parurent dans tout leur éclat sous le règne de Philippe- Auguste. Depuis ce prince, elles rentrèrent successivement dans le domaine royal : la Normandie reconquise , sous Philippe- Auguste, et réunie sous Charles-le-Victorieux ; le comté de Toulouse sous saint Louis ; la Champagne sous Philippe-le Bel ; la Guienne confisquée par Louis-le- Jeune, et réunie sous Charles-le-Viclorieux. Je ne parle pas du duché de Bourgogne qui, depuis le règne de Robert, était dans la maison de France , et du comté pairie de Flandre réuni, lors de la mort de Louislll, à la deuxième maison de Bourgogne par le mariage tle Philippe-le-Hardi avec l’héritière

3g8 HIST. DE FR. I«. PART. LIV. XVI.

i*5o-i.»5i de Flandre, en 1369. Voilà quelles étaientles anciennes pairies éteintes sous le règne de Charles-le-Victorieux.

« C’est le premier âge de la pairie française. On peut la considérer sous quatre époques.

La première dont je viens de parler , la seconde ne fut pas de la même nature. Nos rois, voulant maintenir une dignité si éclatante , créèrent de nouvelles pairies sur le modèle des anciennes , mais avec cette différence que ce fut par lettres. patentes. Les seuls seigneurs du sang obtinrent ces nouvelles pairies. Jean, duc de Bretagne , en fut revêtu le premier en 1 297, dans un temps où plusieurs pairies anciennes existaient encore.

«i Le troisième âge de la pairie fut celui où elle fut conférée par nos rois à des princes étrangers. Leduc de Nevers jouit le premier de cet honneur , par l’érection du comté de Nevers en duché pairie en i 5 o 5 .

« Enfin dans le quatrième âge de la pairie , nos rois érigèrent les terres des principaux seigneurs de leur cour en duchés pairies. Le baron de Montmorency fut le premier d’entre eux qui, par l’érection de la baronnie de Montmorency en duché pairie l’an i 55 i, posséda cette dignité si multipliée depuis. »

r 3 . Toute la France apprit avec surprise l'emprisonnement de Jacques Cœur, adminis-

CHARLES-LE-VICT0R1EUX ( VIII- ). 3gg

trateur des finances. Une commission instrui- >450-1451 su son procès. La première action intentée contre lui ne regardait pas la déprédation des finances. Jeanne de Vendôme , femme de François de Montberon, l’accusait d’avoir empoisonné Agnès Sorel. Sa justification fut complète. Les juges condamnèrent son accusatrice à faire amende honorable. On convoitait les immenses richesses de Jacques Cœur , c’était son véritable crime ; la persécution de cet homme extraordinaire n’entache guères moins la mémoire de Charles-le-Victorieux, que l’inconcevable apathie avec laquelle il fut témoin du supplice de Jeanne d’Arc.

Ses ennemis , n’ayant pas réussi à le perdre en qualité d’empoisonneur r l’accusaient d’altération des monnaies , d’avoir transporté hors de France des espèces d’un titre différent de celui du prince , d’avoir contrefait le petit scel du roi , d’avoir vendu des armes aux Musulmans , d’avoir remis dans les mains d’un Turc un esclave chrétien coupable d’avoir trahi son maître , d’avoir employé le nom du roi à forcer des particuliers et des provinces à lui payer des sommes importantes.

Jacques Cœur demandait en vain un conseil auquel il pût confier sa défense -, les commissaires lui refusèrent ce conseil , on rejeta môme ses preuves testimoniales, le contrai-

CHAR LES-LE- Y ICTOR LEUX ( 'VIIR ). 3o i

14 . La conquête de la Normandie et de Ja i45a Guicnne'étant terminée , le roi se préparait à porter la guerre en Savoie. Louis , dauphin , contre ses ordres formels , avait épousé , en i45o , Charlotte, fille de Louis , duc de Savoie- Charles, instruit des propositions de celte alliance, avait fait signifier, par un héraut d'armes , son opposition au père de la jeune princesse. Le hérautarriva dans Chambéry la veille du jour destiné à la célébration des noces. Le dauphin , redoutant l’issue de ce contre-temps, prit le parti d’empêcher le héraut de parvenir . jusqu’au duc ; on l’obligea de remettre scs lettres de créance au chancelier de Savoie , sous prétexte de les examiner , et avant de lui permettre de remplir sa commission. Le héraut vint le lendemain prendre la réponse du chancelier. La princesse entrait dans la chapelle du château où le dauphin l’attendait. La cérémonie achevée, le hérautfut chargé,d’une lettre -dans laquelle le duc s’excusait de son mieux. Il prétendait avoir marié sa fille d’après le consentement du monarque , présenté par le dauphin , et dont l’authenticité lui était garantie par le légat du pape; ce prélat venait de mourir , son témoimaage ne pouvait être constaté. ^

Charles, résolu de tirer vengeance de cet outrage, assemblait son armée dans le Lyonnais.

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