Tome V
1,57-1 f oo croyant y trouver son fils. Il était à Derniermonde. Le duc revint à Bruxelles. Le dauphin , craignant airec raison les suites de cette brouillcrie, engageait le comte à rentrer dans son devoir. Ce prince , au Jjeu de prendre ce parti, sollicitait le roi Charles de le recevoir dans ses Etats. Le comte de Saint -Pol avait été chargé de cette commission. Il y eut à ce sujet divers messages. Le roi promit d’abord de recevoir l’héritier de Bourgogne avec les égards dus à sa naissance ; il sut ensuite , qu’avant de quitter les Pays-Bas, le comte, transporté de fureur, se proposait d’immoler à sa vengeance les barons dont il croyait avoir à se plaindre. 11 retira sur-le champ sa parole , et fit au comte de Charolois cette généreuse réponse : Pour deux royaumes comme le mien, je ne consentirais pas à un vilain fait.
30 . Charles, dans un âge peu avancé, scn- 4 tait ses forces s’épuiser entièrement, il fut atteint, au mois de juillet, d’une fluxion dans la tête. On lui arracha une dent, regardée comme la cause de son mal. La fièvre survint. Les médecins commencèrent à mal augurer de sa maladie. La consternation se .répandait parmi les ministres et les courti- 'sans, détestés du dauphin , ils envisageaient un avenir sinistre. Le conseil assemblé, instruisit le dauphin, par une lettre du 1 7 juil-
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lçt, de 1 état alarmant de son père. Le nié me soir , les comtes du Maine, de Foix , et de Dunois, le chancelier des Ursins, les barons de I^aval , d’Àlbret, et les autres membres du conseil , décidèrent que si le roi revenait en santé, ils mettraient tous leurs soins à le réconcilier avec son fils , dussent-ils perdre leurs emplois. Une agitation inconcevable régnait à la cour; chacun redoutait la vengeance du dauphin arme du pouvoir suprême.
Les uns faisaient les préparatifs de leur retraite ; d’autres songeaient aux moyens de ménager la faveur de l’héritier du trône, un bruit se répand tout à coup , que des scélérats voulaient attenter à la vie du roi. La voix publique accusa le dauphin de ce projet de crime. Un officier dont l’histoire tait le nom , en avertit imprudemment le monarque ; cette affreuse confidence fut pour lui un coup de foudre; dès ce moment il renonça à la vie.
Vainement toute la cour en larmes, le conjurait de chasser de sa pensée cette résolution funeste. Soit dégoût invincible , soit aversion pour l’existence , il refusait de prendre toute espèce de nourriture, dans la crainte du poison. Les médecins , secondés par les ministres de la religion, parvinrent enfin à diminuer ses appréhensions, il prit quelques alimens.
C’était trop tard; son estomac, affaibli par la
146 1 dicte, ne pouvait les soutenir. Il mourut à Meun-sur-Yèvre , le 22 juillet , âgé de cinquante huit ans cinq mois. Le continuateur de Monstrclel et les Chroniques de Saint-Denys rapportentcet événement en ces termes : Ayant parlé de l’empoisonnement projeté « on ajoute : Charles en ayant été averti par un .capitaine que bien l’aimait, se déconforta tellement • qu’il en laissa le boire et le manger, bien l’espace de sept jours ou environ , qu’il ne se osait fier à homme de ses gens ni prendre aucune réfection, jusqu’à ce que les physiciens lui dirent que s'il ne mangeait pas, il était mort. Pourquoi à donc se peina de manger, mais il ne pouvait , car ses conduits étaient ja tout retraits. »
Mézerayne parle pas différemment. Comme Charles était à Meun , il eut avis que ses domestiques avaient résolu de le faire mourir. Il ne croyait voir que des poignards et des poisons. Son appréhension fut si grande , qu’il s’abstint de manger quelques jours , au bout desquels , il ne fut plus en son pouvoir de rien avaler. Ainsi il mourut de faim. Le récit de Daniel est conforme à celui da Mézeray. Villarel essaye de combattre ces témoignages ; ses raisonnemens sont faibles.
Tous les contemporains conviennent que , vers le temps où ce prince fut surpris par la
maladie dont il mourut, eftrayé par la noir- 1461 ceur du caractère du dauphin , il cherchait les moyens de le déshériter et de transférer la couronne sur la tête de son second fils. La crainte d’un pareil événement pouvait déterminer un homme, tel que Louis XI , à se rendre coupable d’un parricide.
Charles était d’une taille médiocre, d’une complexion sanguine, d'une physionomie ouverte et agréable. Il portait ordinairement un habit long. Cet habit le rendait plus grand et dérobait aux yeux la vue de ses jambes peu proportionnées au reste de son corps. Il laissa de Marie d’Anjou , Louis XI , Charles successivement duc de Berry, de Normandie et de Guienne; Catherine, comtesse de Charolois; Yolanda, duchesse de Savoie; Jeanne, duchesse de Bourbon; et Magdeleine, comtesse de Foix.
Au moment de la monde ee prince, le conseil expédia successivement trois courriers au dauphin. 11 fallait songer aux obsèques; soit appréhension de déplaire au nouveau roi, soit oubli inconcevable, personne n'osait en ordonner les apprêts. Tanegui Duchàtel, neveu de celui qui passait pour avoir donné la mort au duc de Bourgogne, se chargea de ce triste soin. Non seulement il disposa la pompe funèbre, mais il eu fit tous les frais. Us ne lui
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lurent remboursés que dix ans après. Le corps du monarque, enfermé dans un cercueil de plomb , fut porté sur un chariot de deuil de Meun , dans l’église cathédrale de Paris, où l’évêque célébra la messe le 6 août. Le convoi prit ensuite la route de Sainl-Denys. Les magistrats du parlement en robes et manteaux d’écarlate tenaient le poêle de drap d’or. Le duc d’Orléans', les comtes d’Angoulème , d’Eu et de Duuois, à cheval, suivaient immédiatement le cercueil. La représentation de Charles, revêtu des orncmens royaux, était portée à découvert sur un chariot surmonté d’uu dais de drap d’or soutenu par huit lances. L’uaiversité, les cours souveraines , les juridictions inférieures , le clergé séculier , et les communautés religieuses venaient ensuite. Charles fut inhumé entre sou père et son aïeul. Le cercueil étant placé dans le tombeau, les écuyers et les sergens d’armes jelcreut leurs verges dans la tombe. Les hérauts d’armes crièrent : Dieu, aye l’âme de Charles, roi très- victorieux, et ensuite.: Vive Louis XI, roi de France !
« Charles, au rapport des contemporains, chargea sou âme et celle de ses successeurs. 11 mit une terrible plaie sur ce royaume qui long-temps saignera. Aussi ne faut-il pas s’esbahir,s’il pensait n’ètre pas bien voulu, ets’il avait grand peur de cette chose. »
Commiues veut parler d’un corps de troupes 1 4 ù ‘ perpétuellement assemblé , et d’un impôt perpétuellement levé sur les communes pour payer ce corps de troupes. Ces établissemens furent formés à la suite de l’assemblée de Tours en i44°- Charles créa , plusieurs années après, une nouvelle milice, dont le service se bornait aux temps de guerre. Les babitaus de chaque paroisse du royaume, furent tenus de choisir un homme instruit dans l’exercice de l’arc, et en état de se procurer un équipage de guerre. Chacun de ces archers recevait en campagne quatre francs par mois. Le marc valait alors six livres dix-huit sous. La solde des archers montait donc environ à la solde de vingt- sept francs d’aujourd’hui par mois. Avec ce traitement ils devaient s’habiller, s’équiper et se procurer un compagnon.
A la paix leur solde cessait , mais ils jouissaient d’une exemption générale d’imposition.
Ce privilège leur fit donner le nom de francs archers. Isolés dans les villages, ils manquaient de cette émulation et de cet esprit de corps , qui distinguaient les hommes d’armes perpétuellement réimis sous le drapeau. Accoutumés à la licence des camps , la plupart d’entre eux méprisaient les travaux champêtres sans devenir plus propres à ceux de la guerre.
L’exemption des impôts ctaij. un des princU
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paux privilèges de la noblesse Les francs archers partagèrent cetleexemption. Ils prirent insensiblement Ja qualité de nobles, inconvénient auquel sans doute le roi Charles n’avait pas songé. Commines, déplorant cette fatale erreur , reproche à ce monarque d’avoir aggravé le sort des Français. On trouve en effet, dans ces deux institutions , la source de tous les genres d’oppressions dont l’amoncellement occasiona la révolution de 178g. Ces deux institutions eussent été avantageuses , si Charles eût imposé la taille sur tous les Français sans distinction d’état ou de naissance. J1 était extrêmement avantageux aux agriculteurs et aux manufacturiers de n’être pas contraints d’abaudonner leurs travaux , pour courir à la guerre , et de se voir délivrés des pillages auxquels se livraient auparavant des soldats manquant d’une solde assurée. U11 autre avantage de ces établissemens fut l’augmentation subite de l’autorité royale et l’abaissement des grands barons. Les plus puissans seigneurs devinrent faibles devant un monarque toujours armé; leurs intérêts divisés rendirent impraticable , parmi eux , le concert duquel dépendait leur force. Si un d’eux prenait les armes, il était écrasé avant que ses associés pussent marcher à son secours. Les grands furent , pour ainsi dire , submergés
par l’océan du pouvoir suprême. Les rois se trouvèrent investis de toute la puissance enlevée à la postérité de Charlemagne , par l’in- Vasion du régime féodal.
A côté de ces avantages se trouva le plus fâcheux inconvénient. L’imposition de la taille étant affectée aux dépenses militaires , les nobles, continuant à servir à la guerre , en furent dispensés. La taille s’imposa sur les non nobles. Cette distinction rendit humiliant, l’assujettissement à cet impôt. Tous les gens riches voulurent s’en délivrer, en pénétrant dans la classe des nobles de quelque manière que ce fût. La taille , tombant sur les citoyens les moins en étal de la payer, écrasait l’agriculture.
Les nobles , continuant à faire le service militaire, restaient armés. Le reste de la nation n’allant plus à la guerre perdit le droit de porter les armes. Ce fut une seconde distinction non moins humiliante que la première.
La noblesse se vengea sur le peuple, du pouvoir obtenu sur elle par l’autorité royale. Les gens armés opprimaient et méprisaient les gens, désarmés. INos pères oublièrent lés premiers principes du contrat social. Les bras qui renoncent à défendre la patrie sont faits pour porter des chaîues. Ces chaînes sont perpétuellement rivées par les soldats, Ces soldats
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i 4<5« étrangers aux peuples dont ils dévorent la substance, semblables aux animaux féroces apprivoisés par l’homme, connaissent la seule main qui distribue leur nourriture, attaquent au moindre geste de sa part et déchirent leurs . victimes.
Charles n'abusa pas du droit d’imposer les communes à volonté , mais il prévit l’usage que Louis XI en pouvait faire ; cette prévoyance empoisonna ses dernières années.
L’impôt de la taille se versait dans la caisse du trésorier général de la guerre. Cet otlicier nommait les receveurs des provinces. line somme de quatre vingt mille francs était affectée sous le régne de Charles à l’entretien de l’artillerie. On commençait à l’employer avec succès dans les sièges , personne ne connaissait les régies qui assujettissent aujourd’hui l’artillerie aux lois invariables d’un calcul déterminé ; des canons d’un calibre énorme furent jetés en fonte. Sans parler du canon colossal employé par Mahomet II au siège de Constantinople, dont le feu foudroya les canonniers attachés à cette pièce , on fondit dans Tours, soüs Louis XI, une pièce de canon du calibre de cinq cents 1 ivres de balle. L’épreuve en fut faite à'Paris surles remparts de l’Arsenal; le boulet atteignit le pont de Charenton. Gomme on le chargeait pour la seconde fois , une par-
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tie de la poudre employée précédemment , i4 ûl n’avait pas pris feu, elle s’enflamma au moment oùl’on plaçait le boulet; la pièce éclata et tua plus de vingt individus.
Charles-le-Victorieux avait mis en honneur les habits longs , on les abandonna sous Louis XI. Les femmes avaient porté des robes d’une longueur démesurée; elles retranchèrent vers la fin de ce règne leur énorme queue , et leurs manches qui rasaient la terre. Leur tête se perdait sous dévastés bonnets remparés de bourrelets colossaux. Il avait été nécessaire • d’élargir les portes lorsqu’elles se coiffaient avec ces espèces de matelas. Les robes longues des hommes furent remplacées par des pourpoints; ils n’excédaient point les reins. Ces camisoles, courtes et étroites, s’attachaient par des aiguillettes à des culottes extrêmement serrées. Les hommes , voulant paraître larges de poitrine, s’appliquaient de chaque côté un surcroît d’épaules. On nommait ces ornemens des mahoilres. Joignez à cela dps cheveux longs cl touffus sur le front , ombrageant les sourcils , des manches déchiquetées , des souliers armés de pointes de demi-aune , tel était l’ajustement d’un homme du bel air.
Ou n’apercevait en France aucun progrès dans les sciences et dans les lettres ; à Clémengis , à d’Ailly , à Gersou , avait succédé
1461 Alain Chartier, secrétaire de Charles-le-Victorieux. Marguerite d’Ecosse, première femme de Louis Xi , layant rencontré endormi sur un banc dans le Louvre , lui donna un baiser.
Les seigneurs de sa suite, paraissant étonués qu’elle eût appliqué sa bouche de rose sur celle d’un homme très-lait , la princesse leur dit : Je n’ai pas baisé l’homme , mais la bouche d’où sont sorties tant de belles choses.
On proclama Alain Chartier, le père de l’éloquence française. Ses ouvrages ne semblent • pas mériter ce titre \ sou frère Jean Chartier rédigea les grandes Chroniques de France, vulgairement appelées Chroniques de SaiutDenys, et l’histoire de Charles-le-Victorieux. Angucrrant de Monstrelet vivait sous ce règne. Sa chronique fut intitulée : Histoire curieuse et intéressante des choses mémorables arrivées de son temps. Son talent n’approchait pas de celui de Froissard , tous ces ouvrages manquent de critique. On est payé de leur lecture fatigante par la liberté qui règne dans les récits. On ne voit pas chez ces auteurs la liberté captive baisser un front mal assuré, et porter en tremblant des regards timides vers les objets inléressans , rougir et se taire.
Le temps a respecté un petit nombre de vers , écrits à celte époque ; ils ne fout pas regretter ceux qui sont perdus. On continuait
en France à jouer les mystères de la religion i/J6i sur J* théâtres. Parmi les poètes se distinguaient le duc d’Orléans , fds de celui qui fut assassiné par le duc de Bourgogne. Ses poésies conservées dans la bibliothèque royale , l’emportent infiniment par les grâces du style, la justesse des images et l’élévation des sentimens , sur celles de François Villon, auquel Boileau attribue le mérite d’avoir débrouillé le premier l’art confus de nos vieux romanciers. Villon , dont le genre était satirique , devait obtenir le suffrage du Juvénal français. Les vers du duc d’Orléans respirent la douceur , la sensibilité , la tendresse j ceux de Villon rassemblent trop souvent les sentimens d’une âme basse, et la corruption d'un cœur dépravé.
Il ne faut pas oublier parmi les rimeurs de cet âge Martial d’Auvergne. Il mit en vers les Chroniques de son temps , divisées en psaumes , versets , leçons , et antiennes sous le titre burlesque de Vigiles de Charles-le-Victorieux. Martial composa un autre ouvrage intitulé : les Arrêts d’amour. Le roi René d’Anjou doit encore être compté parmi les versificateurs de son temps.
La philosophie était un jargon barbare et inintelligible, nulle découverte en physique.
' 1^61 Une foule d’adeples , fourbes ou imposteurs , cultivaient l’alchimie et l’astrologie judiciaire. Les uns vous offraient le secret de faire de l’or , les autres celui de lire l’avenir dans les astres. Ces folies occupaient les Français dans un temps où les Italiens, favorisés par une langue plus harmonieuse, voyaient renaître parmi eux les beaux jours d’Athènes.
32. La découverte de l’imprimerie jeteun grand éclat sur le règne de Charles-le-Victorienx. L’art de multiplier les livres au moyen des planches gravées , était connu à la Chine de temps immémorial, et les Européens touchaientà ce merveilleux secret depuis un grand nombre de siècles. Saint Jérome nous apprend que de son temps on gravait des lettres mobiles de bois et d’ivoire. On a trouvé dans les décombres d’Herculanum des pains sur lesquels des lettres étaient gravées , il y avait peu loin de l’invention de ces caractères à celle de la typographie. Nous n’en devons pas un moindre tribut d’estime à l’homme industrieux qui , rassemblant ccslet- , très , exécuta le dessein d’en composer un livre.
Jean Guttemberg, de Mayence, est regardé comme l’inventeur de cet art. Il contracta dans Strasbourg, en 1 43 g , une société pour
mettre en œuvre plusieurs arts et secrets merveilleux tenant du prodige. L’imprimerie passa d’abord en effet pour un art magique.
Le meme artiste, cherchant en 1 45o des capitalistes à Mayence, conclut une nouvelle association avec Faust , et Pierre SchœfFer , son gendre. SchœfFer trouva en i45a le secret de jeter eu fonte des caractères mobiles. On employait auparavant des lettres sculptées en relief sur le bois ou le métal , méthode renouvelée aujourd’hui.
Les premiers- typographes cachaient avec soin la mine dont ils savaient extraire des trésorts inappréciables. On chercherait en vain à la tète de leurs éditions , le nom de l’artiste , ou la date de l’impression. Un psautier infolio imprimé en 14^7 , est, de toutes les éditions connues , le livre le plus ancien dont la date ne puisse se contes’er.
En 1462, la guerre chassa de Mayence la plupart des imprimeurs. On les accueillait partout L’imprimerie devint rapidement d’un usage général. Udalric, Han , Schweinhein , et Arnold Pannart vinrent à Rome en 1 467 ; ils y imprimèrent le traité de saint Augustin de la Cité de Dieu une Bible latine , les Offices de Cicéron , et plusieurs autres livres. Jean de Spyre et Vandelein publiaient dans
>461 Venise, en 1 47 * > les épîlres de saint Cypricn. Plusieurs ouvrages de piété sortaient à Naples des presses de Sextus Rufingens et de Phi- • lippe de Lavagna. Ce dernier typographe publia les œuvres de Suétone. Les premières éditions en caractères grecs parurent à Milan , à Venise, à Florence. Lascaris, descendant des anciens empereurs d’Orient , donnait au public, en 1472, son ouvrage sur la langue grecque. Les œuvres d’Homère étaient imprimées, à Florence, parles soins deDémetrius Chalco- Conditas, d’Athènes.
Avant i 483 , cet art était inconnu à Paris.
Ulric Geriug , Martin Grants , et Michel Fridulger commencèrent d’imprimer dans une salle de la maison de Sorbonne. Pierre Maufer, de Rouen, mit au jour, quatre ans après , dans cette ville le livre intitulé : Alberti magni de lapidibus et mineralibus .
Malgré l’invention del’imprimerie, les livres étaient extrêmement chers et rares. Louis XI , voulant se procurer un exemplaire deÿ œuvres de Rhasès , médecin arabe , emprunta un manuscrit de la faculté de médecine de Paris.
File le prêta sous une caution de cent écus d’or , et de douze marcs de vaisselle d’argent. Un livre se léguait par testament ; on le substituait comme un immeuble.
CHAR LES-LE- VICTORIEUX. 44g Dans l’estimation de la bibliothèque du duc de B errr frère de Eharles-Ie-Sage , un livre d Heures futevalue huit cent soixante et quinze francs Cette somme représentait plus de six mille francs de notre monnaie. Les premiers
imprimeurs durent se procurer dés richesses immenses.
L’imprimerie, multipliant les moyens d’instruction dut produire dans les esprits la révolution la plus .étonnante , et influer sur le système politique des nations européennes Chacun voulut lire. La-lecture changea la face du monde. Les hommes d’Etat se trouvèrent forces de se plier aux opinions reçues , au sème dominant L’opinion publique d vint la reine du monde. Elle fut dirigée de siècle en
s.ccle par un petit nombre d’hommes. Us réfléchissent, ils ecnyent, ils amusent , ils i ns truiscut , et souvent il, égarent leurs content-
Un littérateur présente des idées nouvelles Chacun les apprécie : si la justesse et l’ut U é en sont reconnues , le livre réforme la manié e de penser ou d’agir. Les gens de lettres o b !
qu’U n’est ° DC * SUr ,GS €SRl itS » un «npire J , J P as a " Pouvoir des hommes de leur enlever. Un seul homme, animé par le f'. 2
su ^l u » ue ta nations. Son ou v ", “ fan de ses lecteurs autant de prosélytes 8 Teme J
1461 Toutes les puissances réunies ne sauraient obscurcir le miroir de la vérité. Un bon livre peut être inapprécié parune génération imbue de préjugés ; il fera les délices de la génération suivante.
* Les livres imprimés nuisirent aux manuscrits. ' L’écriture procurait une subsistance honnête à vingt cinq mille étudians dans Paris. Le nombre de ces étudians diminua rapidement dans la suite. Les manuscrits réunissaient une précision et une délicatesse, supérieures à la beauté de nos éditions les plus recherchées. Plusieurs copistes étaient en même temps enlumineurs et peintres. On admire dans les miniatures dont nos vieux manuscrits sont ornés, la légèreté du pinceau, la fraîcheur et la richesse des couleurs variées avec des couches d’or bruni, dont la beauté, durant une longue suite de siècles , n’a reçu aucune altération. Un des plus su-
• perbes monumens en ce genre, est une Histoire romaine en latin, dans la bibliothèque de l’Arsenal. Les principaux événemens sont peints dans les fleurons et les pendantifs, avec une magnificence admirable. Le secret d’appliquer l’or d’une manière aussi durable, repose dans les ouvrages de ces anciens artistes. Les ouvrages modernes de ce genre ne partagent ni le même éclat, ni la même
solidité.
CH ARLES-LE-YICTOR 1 EUX ( 45 r
Tous les autres arts, dans lesquels nos 1461 idées se perpétuent, périsscntà la longue. Les statues finissent par tomber en poussière , les édifices ne subsistent pas aussi long temps que les statues, les tableaux durent encore moins. Les livres sont immortels, on peut les reuouveler, et les copies ne le cèdent pas en valeur aux originaux. A la faveur de l’imprimerie , le savant et l’homme de lettres * expriment leur pensée dans des monumens durables comme le monde. Quelle attention ne devraient-ils pas avoir, de présenter au public des ouvrages , dont le but fût de rendre les hogames meilleurs ou plus heureux. ! Si nous ne pouvons faire des choses dignes d etre écrites, disait Pline le jeune, tâchons du moins d’en écrire qui soient dignes d’être lues.