‹ Histoire de France (volume 5)Chapitre 2 sur 17 · Tome V · texte numérisé non relu

Tome V

HIST. DE FR. Ire. PART. LIY. XIII.

duc de Bretagne se réfugie à Londres. — Vaine expédition des Anglais dans les provinces méridionales de France. — i 3 . Indépendance des comtes de Fojx. . — - Trêve entre la France et l’Angleterre. — Une ordon nance fixe la majorité des rois de France à quatorze ans. — i 4 - Réglement au sujet des apanages des enfans de France et de la régence. — i 5 . Conférences pacifiques. — Mort du prince de Galles. — r6. Mort d’Edouard III. — La guerre recommence. — 17. Complot formé pour empoisonner Charles-le-Sage. — 18. Siège de Saint-Malo par les Anglais. — Le port de Brest leur est livré. — Soulèvemens à Montpellier et eh Flandre. — 19. Retour de la cour pontificale dans Rome. — Grand schisme d’Occident. — 20. Con fiscation du duché de Bretagne. — Mort de du Gues clin. — ai. Une armée anglaise pénètre en France.

— Fonctions des hérauts d’armes. — Mort de Charles le-Sage. — 22. Observations sur le règne de ce prince.

— Industrie j sciences , habillemens , usages de la société.

j 364 1 . JLje flambeau des arts s’est probablement éteint et rallumé plusieurs fois depuis la formation de la planète sur laquelle nous habitons} la connaissance des anciennes révolutions terrestres n’existe plus. Combien de fois les terres et les mers ont -elles changé de face , on ne saurait le conjecturer. Nous habitons sur les ruines du monde. On nous parle de cataclysmes dont les circonstances anéantirent les hommes et les animaux; d'autres regardent cette catastrophe comme impossible, parce que l’Océan ne saurait se pre'-

l’âge de

cipiter sur la terre sans rester à sec , ce qui 1364 contrarie les lois de la pesanteur. Voltaire, employant les ressources de la géométrie à la défense de cette opinion , pèche par le principe, supposant qu’à l’époque du déluge, la terre présentait la configuration dont nous sommes témoins. De nouvelles terres, par le simple jeu, des volcans, ne se sont-elles pas élevées sous nos yeux du fond de la mer ? Les eaux dont ces nouvelles terres prirent la place ne- refluèrent-elles pas sur les terres voisines ? N’avonsnous pas vu des montagnes s'affaisser, remplacées par de vastes lacs ? On nous dit : Les montagnes étant la charpente qui consolide le globe terrestre, ne lui cèdent pas en antiquité. D’autres, sans nier la nécessité des montagnes, réservoirs et aqueducs des eaux, dont les plantes et les animaux sont abreuvés , regardent ces masses énormes comme l’ouvrage des feux recèles dans le sein de la terre. Les montagnes, selon eux, reposent sur des abîmes incalculables ; elles y seront un jour englouties par les mêmes effets qui les en firent sortir. Alors la face de la terre ne ressemblera pas à celle sur laquelle nous vivons.

Nous avons été témoins, en 1755, d’un léger ébranlement du globe. Ce tremblement de terre qui aurait bouleversé le Portugal , si les matières combustibles eussent été agglomérées

64 en plus grandes masses , se fît sentir jusqu’en Afrique.

Une convulsion terrestre d’une nature à-peuprès semblable, dévasta File de Sicile et la Calabre en i^83.

Plusieurs effets topographiques de ce tremblement de terre, offrirent plus d’expansion, plus de ressort, qu’on n’en avait observé dans celui dont les secousses avaient détruit Lisbonne; cependant ce dernier se répercuta aux deux bouts de l’Europe. Celui de la Calabre fut presque local , la cause en était donc plus superficielle; en admettant le foyer de celte explosion plus avant dans les entrailles de la terre, l’Italie entière eût peut-être partagé le sort de la Calabre, et peut-être même un sort plus fâcheux. I es Apennins entiers, ébranlés dans leurs fondemeus, se seraient précipités sur eux-mêmes dans les profondes cavernes de la terre; l’Italie entière aurait disparu avec la chaîne des» Alpes qui la sépare de la France. Les eaux, se précipitant de toute part, auraient comblé ce gouffre, laissant à découvert de nouvelles terres, arrosées par le Nil, et par les fleuves d’Afrique, de Dalmatie, de France, et d’Espagne. Ce tragique événement nous aurait donné un échantillon de ces convulsions générales du globe, dont les effets mirent plusieurs fois les mers à la placé des terres , les

terres à la place des mers , détruisirent et régénérèrent le globe terrestre.

Non-seulement ces révolutions sont possibles , mais elles doivent arriver dans l'espace d'un certain nombre.de siècles. Jetez les yeux sur ces orages formés au sommet des montagnes. Des torrens éphémères entraînent dans les vallées des masses énormes de terres et dè rochers. La couleur terreuse des rivières, après les grandes pluies, démontre que leurs eaux sont imprégnées du limon enlevé dans les lieux élevés, et conduit dans la mer. Par cette seule combinaison journalière , l’Océan sera un jour comblé par les matières terrestres voiturées perpétuellement dans son lit par les fleuves. Les montagnes s’abaisseront presque au niveau des plaines , alors la mer, sortant de ses bornes, couvrira la terre par un déluge universel.

Ces évén«mens effrayent la raison humaine, à peine en admet- on la possibilité. Ils sont des combinaisons ordinaires sous la main puissante de la nature et de son éternel modérateur. Si des raillions d’hommes périssent , si de vastes provinces disparaissent sous les eaux, si les sciences et les arts s'anéantissent, la race entière des hommes et des animaux peut ne pas partager la subversion générale.

Quelques élévations privilégiées échappent

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i364 aux invasions du cataclysme,- des hommes favorisés par la fortune y trouvent un asile.

L’Océan ayant englouti les hommes et les animaux, de nouvelles combinaisons se formèrent. La couche de terre sur laquelle nous, végétons se compose de débris de végétaux et de cadavres des animaux réduits en poudre, lille se forma long temps après la retraite de l’Océan , les plantes marines et les débris des , poissons durent la commencer : l’île de l’Ascension nous offre un exemple de cette vérité. C’est un amas de rochers calcinés. C’est un volcan éteint, mais où la végétation ne s’est pas encore entièrement établie. Le roc est nu. Les oiseaux de mer se sont emparés de la cime des montagnes , ils y font leurs nids, ils y transportent des poissons pour se nourrir.

Ils y multiplient rapidement. Us y meurent, ils s’y réduisent en terre- Les tortues se répandent sur les bords sablonneux abandonnés par la mer, elles y pondent, le plus grand nombre y périt. La dépouille de tant d’animaux détruits, commence à y former une légère couche de terre végétale, plusieurs siècles l’augmenteront et la rendront propre à nourrir les arbres et les hommes. La mousse couvre déjà les rochers, c’est l’image de nos ♦ contincns sortant du sein des eaux.

Les hommes qui survécurent à la destruction

de l'espèce humain», profondément frappés i3t>4 de l’épouvantable catastrophé d’un monde bouleversé sous leurs yeux, marchant sur une terre non encore affermie , perdant de vue les habitudes sociales, s'occupèrent uniquement du soin pénible de pourvoir à leur subsistance.

En vain l'illustre et malheureux Jean Silvain Bailli place dans leurs mains le dépôt des sciences anciennes, dont les peuples asiatiques possèdent aujourd’hui les débris. Comment un petit nombre d’hommes, rassemblés au hasard surles montagnes, auraient-ils conservé les instrumens sans lesquels on ne saurait cultiver les arts ? Comment les auraient-ils enseignés à une génération née au sein de l’in-' fortune, dispersée dans le creux des rochers,

^ sans nourriture assurée et ne sachant comment se vêtir ? Toutes les connaissances antérieures furent perdues. Les idées de sociabilité l’éteignirent, les hommes furent réduits à un état purement sauvage.

La nature destina l’homme à vivre en société. Les besoins rapprochèrent les individus. •Plusieurs familles se réunirent pour se défendre contre les bêtes féroces. Elles acquirent une force collective. Se prêtant un mutuel secours , leur subsistance était moins précaire. L'habitude de vivre ensemble forma le langage-

La différence de langage dut être la première séparation entre les hommes. Leur vêlement fut d’abord la peau des bêtes tuées à Ja chasse. Ils habitèrent les antres des rochers ou le creux des vieux arbres. Peu à peu , on bâtit des bourgades ; on éleva des troupeaux ; des manufactures grossières s’établirent : on connut le bonheur plus voisin de la médiocrité que de l’opulence.

Chacun se trouvant enfin. assuré de procurer à sa famille des habillemens, de la nourriture et une cabane , les arts commencèrent à naître. Le jeune homme chanta les charmes de sa maîtresse. Les jeunes filles dansèrent eu rond au son des pipeaux rustiques. On célébra des fêtes en l’honneur de l’Etre-Suprême. Les vieillards faisaient , devant leurs enfans , l’éloge ^ de ceux auxquels on devait les inventions qui rendaient la vie plus agréable; les justes tribus d’hommages payés à leurs travaux , enflammaient , du désir de les imiter , les hommes épris de l’amour de la gloire. Ou chercha les moyens de transmettre à la postérité la mémoire des choses utiles ou agréables.

L’histoire , mêlée d’allégories, contint les élémens des sciences. L’histoire s’écrivait en vers en forme de sentences. Ces sentences contenaient des allusions aisément saisies. Les vers renfermaient peu de choses inutiles. Le

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rithmc aidait à les retenir par cœur. Leur Ô 64 brièveté permettait d’en faire souvent usage.

Ils. s’éternisèrent dans un temps où l’art de l’imprimerie n’était pas connu, ni peut être celui de l’écriture.

De la culture de la terre naquirent les richesses et les doux plaisirs procurés par elles.

Les besoins augmentèrent avec les jouissances.

Les hommes se livrèrent à des occupations analogues à leurs goûts ou à leur situation.

Les gens aisés préféraient les travaux tenant de * l’amusement; les moins fortunés furent contraints de se livrcr*aux professions les plus pénibles.

A force de s’occuper des mêmes objets , de nouvelles idées se développèrent ; il fallut de nouveaux mots pour les exprimer. Le langage se compliqua. Tous les mots n’étant pas également harmonieux, les plus habiles s’appliquèrent au choix des expressions. Ils déterminèrent les divers sens d’un même mot; on eut des règles de grammaire.

L’heureux climat de la Grèce communiquait une grande vivacité aux passions. Le gouvernement laissait aux hommes beaucoup de liberté. On sentait délicieusement. Des mots c hoisis exprimèrent les nuances du sentiment.

Les poêles et les orateurs perfectionnèrent le langage. Aristote parut. 11 influa, par son art,

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j 364 sur les scieuces. Presque tous les gouvernemens de la Grèce étant .populaires , l’art ue s’éloignait pas de la nature. On écrivait- des traités de politique. La manière de régir les états fut réduite en méthode à la portée du grand nombre. Ce genre d’ouvrages deviut plus rare à mesure que la liberté publique s’étcignit ; et , sous l’administration des monarques despotes, ces livres furent proscrits. L’art de gouverner les hommes devint le secret des • cours.

La marche de l’esprit humain ne conduit pas au mauvais goût. On «ne s’ennuie jamais des beautés de la nature ; mais après la perte de la liberté, chacun devient plus circonspect. On parle à demi-mot dans la crainte d'éveiller les soupçons des despotes.

D’ailleurs les écrivains veulent plaire aux distributeurs des peines et des récompenses.

On connaît peu, on prise peu la nature dans les cours : l’art lui est préféré; en vain une noble simplicité donne le prix aux grandes conceptions. Les littérateurs , s’éloignant de cette simplicité, recherchent la finesse pointilleuse, sous laquelle peuvent également se cacher la fade flatterie et les reproches ironiques.

Les ouvrages dont la finesse des phrases ou des allusions constituent le mérite , perdent ce mérite en vieillissant. Il faut inventer de nou-

velles façons de présenter ses idées ; on s’épuise. Homère et Virgile , Hérodote et César se ressemblent davantage par leur élégante simplicité, que Sénèque, Lucain, Pline-le-Jeunc ne se rapprochent dans leurs saillies et leur mauvais goût. Les savans n’écrivant plus pour le peuple , le peuple méprisa la science. Les gens de lettres s’attachèrent au gouvernement. Le goût dégénéra. Le peuple, compté pour rien , devint stupide. La perle de la liberté entraîna l’abrutissement de l’espèce humaine.

Vers le temps appelé le moyen âge , les peuples septentrionaux de l’Europe vivaient dans la simplicité primitive. La liberté s’était réfugiée chez eux, le bon goût aurait dû reparaître. Divers obstacles s’y opposaient. Sous le climat fortuné de la Grèce et de l’Ausonie , des peuples libres , favorisés par la nature , avaient exprimé leurs pensées dans des langues molles et harmonieuses. Les glaces duNord influaient sur le langage des peuplé^ septentrionaux -, sa rusticité arrêtait les efforts du génie. Peu de personnes pouvaient cultiver les arts et les sciences, lorsqu’au milieu des neiges et des brumes , il fallait disputer aux ours sa nourriture et son vêtement. Enfin la religion chrétienne , introduite dans ces contrées, vint jeter une teinte lugubre sur les connaissances humaines } elles furent reléguées au fond des cloîtres.

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à canon changea l’art des combats , et assura la préférence au plus adroit sur le plus robuste. Enfin l’imprimerie, multipliant avec rapidité les monu mens littéraires, éclaira les esprits, et détruisit un grand nombre de préjugés.

Ces changemens ne furent pas subits ; on ne conçut même pas d’abord toute Inutilité de ces . trois inventions. A mesure qu elles se perfectionnaient, Je caractère des peuples d’Occident s’éleva rapidement. £

A la fin du treizième siècle et au commencement du quatorzième , au sein des dissensions de tous les genres , on sortait peu à peu de cette grossièreté dont la’rouille couvrait l’Europe depuis la chute de l’empire romain. Les arts nécessaires n’avaient pas péri. Les artisans et les marchands*, dérobés, par leur obscurité, à la fureur ambitieuse des grands , ressemblaient aux fourmis dont les habitations se forment eu silence , tandis que les aigles et les vautours se déchirent.

On doit à ces siècles grossiers des inventions précieuses. Le secret de secourir la vue affaiblie des vieillards par des lunettes , date de la fin du treizième siècle. On les doit à Alexandre Spina. Les moulins à vent furent connus dans le même temps. La faïence, fabriquée d’abord â Faenza , tenait lieu de porcelaine. On employait les vitres , c’était un luxe réservé aux

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i364 églises et aux châteaux. Les Vénitiens firent seuls, au treizième siècle, des miroirs de cristal. On eut du papier fait avec du linge pilé. Au commencement du quatorzième siècle , le vin se tirait d’Italie. La bougie était réservée pour les églises. Les Florentins et les Lombards faisaient presque seuls le commerce de France.

On parlait en Italie une langue devenue sonore sous la plume du Dante et de Boccace.

Les F^içaisne jouissaient pas dumêmeavantage. On se servait de quatre langues : le latin dégénéré était en usage chez les gens d'église,, les gens de loi et les médecins. Les provinces méridionales parlaient ia langue romance. On parlait français de la Loire aux frontières orientales de la Picardie et de la Champagne. Cette langue n’acquit de l’harmonie que go us le règne de Louis XIII. Enfin les Bretons parlaient la quatrième langue. Cette diversité devait nuire à la perfection de chaque langage particulier.

Un roi des ribauts exerçait son autorité à la cour de France. C’était dans l’origine un juge des valets d’écurie et de cuisine du palais. Ce fut ensuite un fou de cour. Toutes les villes avaient des confréries d’artisans , de bourgeois. Des cérémonies extravagantes y étaient érigées en mystères sacrés. La plus méprisable et en même temps la plus nombreuse de ces confréries , fut celle des flagellans.

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Elle avait commencé par l’insolence de plu- i 364 sieurs moines. Ils abusèrent du fanatisme de leurs pénitens, jusqu'à les fouetter, hommes et femmes. Ces confrères parcouraient l’Europe armés de fouets ; ils formèrent une secte , il fallut employer la force pour la dissiper.

Au sein de l’abrutissement général , un petit nombre d’hommes arrêtaient, par des heureux efforts les progrès de l’erreur et de la barbarie. L’amour des lettres se naturalisait eu Italie avec l’amour de la liberté; cette amélioration s’annonça comme autrefois par la poésie. J’ai parlé du Dante et de Boccace ; la belle Laure et la fontaine de Vaucluse furent chantées par Pétrarque. Ce poêle employa la langue latine à ses ouvrages en prose , et plusieurs fois en vers; il jouit de la gloire d’avoir ranimé le goût de la belle latinité, portant la langue italienne à un point de perfection ,• que les grands poètes dont il fut suivi , n’ont jamais surpassé du moins pour le coloris du style et la grâce des expressions.

3. La couronne de France passa sur la tête de Charles-le-Sage , dans un temps où l’empire français était menacé d’un démembrement. Les Anglais régnaient sur la quatrième partie de ce continent. L’entière défaite de Charles de Blois, le aa septembre, terminait la guerre de Bretagne : ce prince périt en

»3&4 combattant. Le comte de Monlfort devint paisible possesseur du duché.

Le nouveau duc avait été constamment soutenu par les armes anglaises. Son succès mettait à la disposition de la cour de Londres les ports de Bretagne. Les Anglais se trouvaient maîtres de presque toutes les côtes de France sur l’Océan. La Provence obéissait à des princes issus de la maison capétienne ; mais cette maison , étendant ses rameaux selon , l’expression de Voltaire , n’acquérait pas une plus grande puissance. Toutes les branches ne furent unies ni entre elles, ni avec la souche commune. Cette disposition des choses privait les Français du commercé extérieur, source d’industrie et de richesses.

Cependant les provinces soumises immédiatement à la couronne formaient un royaume assez étendu. Les diverses parties de ce tout, sans cohérence entre elles , tendaient à se désunir. Le roi de Navarre , se flattant d’obtenir le Languedoc, en échange de ses droits sur la Champagne et sur la Brie, patrimoine de ses pères , renouvelait ses prétentions à la couronne , et les soutenait par les armes favorisées par celles d’Angleterre. Les soldats licenciés et les paysans , devenus guerriers à la suite des dissensions du règne précédent , continuaient leurs brigandages. Ces ravages, venus

à la suite de la peste , ne permettaient pas à la i5«4 France de se repeupler, plusieurs cantons manquaient d’habitans.

Charles , appelé Charles V par tous nos historiens, et qui doit être nommé Charles VI , déploya de grands talens sur Je trône. Sa complexion était Çiible et son âme forte; du fond de son cabinet et sans tirer l’épée , il obtint des succès qu’on aurait à peine osé se promettre des plus grands capitaines ; élevé à l’école de l’adversité , le besoin d’étudier les hommes développa l’énergie de son caractère ; la dissimulation lui devint habituelle , jamais prince ne sut mieux manier les esprits. Les français, écrasés d’impôts , les payaient sans se plaindre , sachant que le prince ne consumait pas les deniers publics en dépenses fastueuses et frivoles. Ses entreprises étaient méditées avec une extrême circonspection ; osant plus ou moins au gré des circonstances , il avançait ou reculait à propos; occupé dé ses avantages, il paraissait consulter perpétuellement les règles de la justice. L’art, sous lequel il cachait sa politique, inclina les principaux événemensde son règne vers l’augmentation de sa puissance.

A l’aide des grandes compagnies de malandrins, commandées par du Guesclin, ce prince soumit à l’obéissance passive une nation courageuse. Malgré les calamités du dernier règne. Tome V. 2

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elle se sérail peut-être soulevée contre un souverain moins soigneux de déguiser ses projets; l’anarchie féodale avait fait place au gouvernement monarchique sous Philippe-le-Bel , la monarchie devint arbitraire sous Charles-le- Sage.

Edouard III contribuait au succès des opérations de Charles. Ce prince, rassasié de victoires , remplaçait les travaux guerriers par des fêtes galantes. Amoureux d’une femme indigne de sa tendresse , il oubliait dans ses bras les intérêts de sa gloire. 11 donnait des tournois, il réglait les cérémonies de son ordre delà Jarretière ; la grande table ronde, établie par lui à Windsor , offrit le modèle sur lequel les romanciers imaginèrent les aventures des chevaliers , dont ils attribuèrent l’institution fabuleuse au roi Arthus. Edouard III survécut à sa réputation.

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