J’ai parlé des armes en usage en France
Les rois entretenaient peu de troupes réglées. La disposition des choses leur permettait cependant d’assembler des armées formidables dans les occasions périlleuses. Les rois Philippe de Valois et Jgan réunirent près de cent mille combattans. Une nombreusejpopulation, et l’attachement des villes à la famille royale suppléaient aux vices du gouvernement.
On comptait sous , le règue de Philippe de
\aJois, deux millions cinq cent mille feux dans Ô64 les provinces immédiatement soumises à la couronne, et sujettes à l'imposition des aides.
Ces pro vincesformaient à peine le t iers de l’étendue de l’empire français , comme il était avant la révolution de 1789. Elles ne comprenaient m les pays possédés par les rois d’Angleterre et de Navarre , ni le Roussillon, la Provence, la Bourgogne, la Franche-Comté, la Flandre, le Hainaut , les trois évêchés , l’Artois, la Bretagne , 1 Alsace et la Lorraine. La France comptait dans son sein huit millions de feux, ils formaient, à trois individus et demi par feu, une population de vingt-six millions d’habitans.i Si les dénombremens avaient été' faits avec exactitude , il serait constant que depuis cinq siècles la France aurait e'prouvé une diminution notable dans sa population.
On divisait la France en bailliages dans les provinces régies par les coutumes, et en sénéchaussées dans les pays de droit écrit. Les * baillifs et sénéchaux exerçaient leur emploi , par commission du prince. Us commandaient les armées , rendaient la justice , et administraient les impôts. Leurs lieutenans les remplaçaient durant la guerre , dans l’administration de la justice et des finances. Les impôts se versant dans la caisse des receveurs généraux nommés par le roi , ces officiers res-
i3(J4 tcrent chargés de la répartition des subsides jusqu’à l’établissement des réformateurs généraux sur le fait des aides et des élus provinciaux créés par Charles-le-Sage. Cette institution divisa la France, sous le rapport des finances, en pays d’états et en ge'néralités ; cette division fut détruite par la révolution.
Charles permettait aux provinces frontières de tenir leurs états particuliers, c’était un ménagement exigé par leur position j cet usage se perpétua.
Dans les occasions épineuses, s’il était avantageux à ce monarque de paraître autorisé par le suffrage national , il convoquait des prélats, des barons et les officiers municipaux des villes , dont il connaissait l’attachement à ses intérêts ; feignant de se concerter avec des hommes auxquels il intimait ses ordres , il voulait par cette conduite adroite, ne pas re'pondre seul des événemens. De ce nombre fut vraisemblablement une assemblée tenue à Compiègne, en i366 , et très - certainement celle dont il fit l’ouverture à Chartres dans les premiers jours de l’année suivante ; cette assemblée dont le roi n’était pas content , fut brusquement tranférée à Sens, et encore plus brusquement terminée.
Charles-le-Sage assembla cependant les étatsgénéraux à l’occasion de la guerre contre les
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Anglais en i56g , mais dans toutes les autres i364 circonstances , ce prince se contentait de tenir au parlement de Paris des séances solennelles , appelées dans la suite lits de justice. Dans une de ces séances en 1 375 , fut publiée l'ordonnance qui fixa la majorité des rois à quatorze ans.
Ces lits de justice présentaient des rapports avec les anciens parlemens assemblés par Charlemagne. Ony voyait, à côté des évêques et des hauts barons , un cerlaiu nombre de notables bourgeois de Paris, avec leurs officiers municipaux. La forme de ces assemblées changea dans la suite. Les bourgeois n'y furent plus admis, elles se composèrent des pairs ecclésiastiques et laïques , des grands officiers de la couronne, et des membres du parlement de Paris et du conseil du roi.
Ce nouvel ordre de chose opéra une véritable révolution dans 1(? gouvernement français. Nos historiens n’en ont pas été frappés.
Elle ne fut accompagnée d’aucune .secousse.
Les uns ne regrettaient pas les états-généraux dont on avait retiré peu d’avantages. D’autres,, affaissés sous le poids des malheurs des règnes précédens , attendaient un avenir heureux d'une nouvelle modification du pouvoir suprême. Les grandes armées commandaient le silence au plus grand nombre. D’ailleurs
364 Charles-lc-Sage, détruisant le mode administratif introduit par Philippe-le-Bel, flattait Jes passions particulières ; la conduite de Paris influait sur celle des autres villes. 11 accorda aux Parisiens le droit de posséder des fiefs et les autres distinctions réservées à la noblesse. Cette concession lui concilia le suffrage constant de cette capitale.
Charles s’aperçut, sur la fin de son règne, que son gouvernement s’appuyait sur deux bases fragiles, sa volonté, et son adresse à parvenir à ses fins. L’intensité de son pouvoir l’effraya , il descendait tristement dans le tombeau ; ses derniers regards se portaient sur des malheurs inévitables , dont il devait se reconnaître pour la première cause ; tel fut le précis du règne de Charles VI, surnommé le Sage.
5. Ce prince et Jeanne de Bourbon son épouse reçurent dans {Iheims l’onction royale. L’archevêque Jean de Craon présida à cette cérémonie. Les évêques, pairs de Laon , de Langrcs , de Soissons , de Beauvais et de Noyon y assistèrent avec les pairs laïques.
Marguerite, comtesse de Flandre, y exerça les « fonctions de pair , soutenant la couronne sur la tête du nouveau roi. Le prince de Galles se crut dispensé par le traité de Bretigny de venir à Rheims. Charles , durant la cérémonie du
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couronnement , confirma le don fait à Phi- 1S64 lippe de France du duché de Bourgogne et reçut son hommage.
Le parlement de Paris ne jouissait pas de tout le pouvoir dont nous l’avons vu investi.
Une chambre criminelle n’existait pas dans son sein. Le prévôt et le Ghâtelet jugeaient souverainement les malfaiteurs.
A la mort de chaque roi , le parlement était censé dissous. Charles, montant sur le trône, confirma dans leurs offices les membres de cette cour. Ellè se composait de deux présidens chevaliers, de deux présidens lettrés , de quinze conseillers clercs , de quatre conseillers chevaliers , et de neuf chevaliers lettrés à la grande chambre. Deux présidens lettrés, vingt-deux conseillers clercs , un conseiller chevalier, et dix conseillers lettrés formaient la chambre des enquêtes ; un président , deux clercs , un chevalier et deux lettrés tenaient les requêtes du palais. Les fonctions publiques étaient exercées, près de cette cour, par un avocat et un procureur du roi.
Charles, partant pour Rheims , a^ait confié à Bertrand du Guescliu le commandement de son armée contre les troupes du roi de Navarre parvenues en Normandie, dans le comté d’Evreux , sous les ordres du captai de Buch.
Du Guesclin l’envoya défier au combat. Il at-
tendait des renforts d’Angleterre. Au lieu de répondre à du Gucsclin, il se retranchait dans une position inattaquable. Du Guescliu eut recours à un stratagème , il décampa pendant la nuit. Les Navarrois veulent le poursuivre; en vain Je captai de Buch, soupçonnant la ruse cherchait à retenir ses soldats dans leurs retrancheniens, on l’entraîna malgré lui au combat ; les Français font volte face. La victoire 4 long- temps disputée se déclara en faveur des
Français. Le captai de Buch fut fait prisonnier. Ses talens militaires lui assuraient un grand crédit à la cour de France. 11 procura au roi de Navarre une paix avantageuse. Charles-Ie- Sage rendit au général navarrois sa liberté sans rançon , et donna au roi de Navarre le comté de Montpellier en échange de ses prétentions sur la Champagne. Le traité fut conclu à Saint-Denys en i3G5. Le roi de Navarre renonça à l’alliance de l’Angleterre.
i365 6. La mort du roi Jean, à Londres, rendait
chancelante la paix de Bretigny. La çour de France pouvait réclamer !a restitution de la rançon de^ce prince , puisqu’il était mort dans sa prison. Dans cet état d’incertitude, plusieurs grandes compagnies de malandrins restaient en France. Se trouvant sans emploi , elles allaient recommencer leurs brigandages ; une guerre survint en Espagne, ils passèrent les
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Pyrénées sous la conduite de du Guesclin.
Depuis le treizième siècle , il ne s’était opéré aucun changement politique en Espagne. Cette vaste péninsule comptait cinq dominations décorées du titre de royaume. Celui d’Andalousie ou de Grenade appartenait aux Musulmans.
La Navarre tournait ordinairement ses liaisons politiques vers la France depuis l’établissement d’une branche de la maison de France dans ce royaume.
Les rois d’Aragon dirigeaient leurs efforts vers la marine. Les escadres aragonnaiscs s’étaieut emparées successivement des îles de Sar* daigne et de Majorque. La Sicile fut unie à la couronne d’Aragon , par le mariage de Marie de Sicile avec le prince Martin. Reconnu en Sicile du vivant de sa femme , il fut couronné roi d’Aragon à Sarragosse en t3g4.
- Les rois de Castille se regardaient comme les dominateurs de la péninsule. Les troubles civils , nés des prétentions à la couronne entre les deux branches formées par les eufüns d’Alphonse-le-Sage , étaientheureusementterminés. Les Castillans se voyaient en mesure de renvoyer les Maures en Afrique , si de nouvelles dissensions intérieures n’avaient paralysé leur courage. Alphonse XI , petit fils d’Alphonsele-Sage venait d’enlever aux Musulmans l'importante ville d’Algésiras. Ce prince mourut
i56'5 en i55o; son fils, Pierre I er , lui succéda. Alphonse avait eu sept enfans de sa maîtresse Eléonore de Gusman; ils jouissaient d'un brillant apanage. Eléonore de Gusman fut mise à mort sans forme de procès. Ce crime commis, ou tenté par Pierre 1 er , devint' Je principe des malheurs de son règne. Henri de Transtamare , sous prétexte de venger la mort de sa
mère , soufflait le feu de la sédition. La dureté
du caractère de Pierre augmentait l’incendie. Ayant obtenu des succès , ses vengeances furent implacables , elles produisirent une insurrection.
Les compagnies de malandrins commandées par du Guesclin, passèrent au service de Henri de Transtamare. La justice entrait pour peu de chose d^ns leur démarche ; leur premier fait d’armes, traversant leComtat venaissin, fut de piller la cour romaine. Cette vexation con- • tribua au retour du siège papal dans Rome.
Pierre 1 er eut recours au prince de Galles.
Le vainqueur d’Evreux et de Poitiers conduit une armée en Espagne. Du Guesclin est battu et fait prisonnier. Cette victoire devait affermir Pierre 1 er sur le trône. Il abusa de son triomphe , les cruels traitemens employés par lui envers les vaincus , augmentèrent le nombre de ses ennemis.
Le prince de Galles était revenu à Bordeaux:
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Des troubles s’élevaient en Aquitaine. A i 3 G 5
l’exemple de Chavles-le-Sage , il avait établi des impôts sans le concours des étals du pays. Les barons déjà mécontens des faveurs dont il comblait les Anglais attachés à sa fortune , signaient une requête, dans laquelle , exposant les vexations éprouvées par les nobles , les prêtres et les communes , ils interjetaient appel à la cour des pairs de France.
Pierre , privé du secours des Anglais , et attaqué de nouveau par du Guesclin dont la rançon avait été payée par la cour de France , fut vaincu auprès de Tolède. Henri de Transtamare le tua d’un coup de poignard.
7. Charles-le-Sage, ayant éloigné de France 1366-1367 les grandes compagnies , réparait de son mieux les maux d’une longue anarchie ; économie dans les finances , rétablissement des monnaies , modération des impôts , protection des cultivateurs , encouragemens du commerce , police des villes , toutes ces améliorations appelaient également une main réparatrice.
Les provinces ruinées par la guerre , obtinrent une diminution de feux. Pour entendre le sens de cette expression , il faut observer que les subsides étaient imposés par familles ou par feux : les rôles comprenant le nombre des feux avaient été dressés dans un temps où la population excédait celledu règne dû Charles- »
J3&S-1367 le-Sage. La nécessité contraignait de suivre l'ancienne répartition. On rejetait sur les familles restantes l’imposition des familles éteintes par les malheurs des temps. Cette vexation disparut.
La France reprenait des forces , les habitans • des campagnes labouraient gaiement une terre dont la fécondité avait été ralentie par les horreurs de la peste et de la guerre. L’abondance naquit du travail des paisibles agriculteurs, les Français oublient aisément les maux passés. On attribue cette disposition à leur caractère léger, inconstant; ils les doivent à la beauté du climat et à la fertilité du pays.
Des entraves de tout genre gênaient le commerce en France, il n’était cependant pas absolument négligé par un peuple actif et industrieux. La France possédait un grand nombre de manufactures grossières à la vérité, mais suffisantes aux besoins de ses habitans. On fabriquait des draps dans Paris , Rouen , Lyon, Amiens, Tournai, Rheims, Carcassonne, Saint-Omer, Dourlens, Châlons,Terouanne, Beauvais, Louviers, et dans d’autres villes. Les Français ignoraient la manière de préparer les laines avec la perfection employée par les Italiens. Ils tiraient , de Bruges et de Gand , les dentelles. Les draps lins et les étoiles de soie venaient d’Italie.
Dans les grandes villes , les marchands et
les artisans se réunissaient en communautés. 1366-1367 La plupart de leurs statuts avaient été formés par Louis IX. La singularité de plusieurs de ces réglemeus annonce une antiquité plus reculée. On trouve dans les statuts de la communauté des marchands drapiers de Paris , qu’aux repas publics , un plat était destiné pour le roi : Item , le roi notre sire doit avoir son plat entier. Ces vestiges d’une touchante simplicité marquent une époque où nos rois ne dédaignaient pas de se trouver à ces festins.
Les barons passaient leur vie dans leurs châteaux ou dans les camps ; les marchands formaient, dans les villes, le corps le plus distingué. Le corps des marchands de Paris date de la plus haute antiquité, s’il existait, du temps de Tibère, une société de commerçans par eaux, désignés sous le nom de nautœ parisiaci.
Cette communauté portait le nom de hanze , mot celtique équivalent à celui de société.
Cette société confiait l'administration des affaires communales à un prévôt et à plusieurs échevins. On doit attribuer à cette institution la juridiction exercée jusqu’à nos jours par le prévôt des marchands. Le plus grand nombre des habitans de Paris forma dans la suite des liaisons directes ou indirectes avec cette association. Les aides , imposées par le gouvernement sur les Parisiens , accrurent encore
3o HIST. DE FR. I«. PART. LIV. XIII.
1366-1367 l’autoriié du corps municipal. l es rois lui attribuèrent la connaissance des contestations entre les collecteurs- et les contribuables.
Le corps municipal de Paris s’assemblait dans une maison appelée anciennement le Parloir aux bourgeois. Elle occupait sous la première dynastie, dans la Cité , le local où fut bâti dans la suite l’hotel des Ursins , remplacé aujourd’hui par le quai de la Cité; le parloir aux bourgeois fut transféré sous la seconde dynastie sur l’emplacement des Domicains de la rue Saint-Jacques. Leprévôt des marchands, Marcel, fit l’acquisition d’une maison sur la place de Grève. Ce fut l’Hôtel-de-Ville. L’ancien édifice tombant en vétusté, François 1 er fit jeter les fondemens du nouveau bâtiment achevé sous le règne de Henri IV.
Charles le- Sage, encourageant le commerce et l’agriculture, embellissait la ville de Paris. Il avait fait construire l’bôtel Saint-Paul dont les jardins s’étendaient sur les bords de la Seine. Ces jardins ressemblaient peu à ceux des Tuileries et du Luxembourg ; les arbres fruitiers, les légumes, et toutes les plantes potagères disputaient aux fleurs l’honneur d’orner la demeure des rois. Des treilles eu allées couvertes ornaient les enclos. On ne creusait pas la terre pour y captiver des eaux inutiles, mais de vastes viviers remplis de
poissons,- offraient le plaisir de la pèche. Les 1366jardins du palais des Tournelles, ainsi nommé du grand nombre de tours dont il était environné , remplacèrent ceux de l’hôtel-Saint- Paul. Le roi fonda, près de ce palais, le couvent des Célestins, dont les débris subsistent auprès de l’Arsenal.
Christine de Pisan vivait sous le règne de Charlesle-Sage ; elle rapporte qu’il fit bâtir la Bastille-Saint-Antoine, quoique depuis 011 y ait travaillé. Hugues Aubriot , prévôt des marchands , posa le 22 avril 1370, la première pierre de cette forteresse : on acheva de la fortifier en i382. Les lices , ordonnées par Henri II , au tournoi dans lequel il fut blessé, s’étendaient du palais des Tournelles à la Bastille. Catherine de Médicis , regardant ce palais comme funeste, engagea le roi Cha des Maximilien à le faire abattre. Henri IV acheva de le démolir, et sur ce terrain, ordonna la construction de la Place Royale.
Le plus grand ouvrage de Charles-le-Sage fut la nouvelle enceinte de Paris, commencée en 1367, et achevée par Charles-le-Bien-aimé en i583.
Du côté du sud , ce prince ne changea rien à l’ouvrage de Philippe Auguste ; mais du côté du nord , l’enceinte fut reculée jusqu’aux fossés de l’arsenal. Les portes Saint- Antoine, Saint-
es
Sa HIST. DE FR. I r *. PART. LIV. XIII.
13&6 1367 Martin, Saint-Denys, furent placées hors de la promenade, appelée aujourd’hui les Boulevards. Les murs depuis la porte Saint-Denys suivaient la rue de Bourbon , traversaient les rues du Petit-Carreau et de Montmartre, la place des Victoires , l’hôtel de Toulouse , les jardins du Palais- Royal , la rue Saint-Honoré , et finissaient au bord du fleuve , au bout de la rue Saint-INicaise, remplacée aujourd’hui par la place des Tuileries.
Aux extrémités de cette enceinte, on voyait quatre grosses tours , la tour de Nesle sur l’emplacement du collège Mazarin , la Tournelle dont une partie subsistait de nos jours à côte de la porte Saint-Bernard , la tour de Billy près des Célestins , et la Tour de bois devant le Louvre. Ces forteresses défendaient l’entrée de Paris. De grosses chaînes traversaient la Seine, portées sur des poteaux enfoncés de distance en distance. Les ponts Marie et de la Tournelle furent achevés en i 635 . Les bâtimens du Palais-Royal , élevés par le cardinal de Richelieu , occasionèrent une nouvelle enceinte. La porte Saint-Honoré , placée à l’entrée de la rue Saint-Nicaise , fut reculée à l’endroit où nous l’avons vue, entre la rue Royale et le Temple de la gloire. Les nourveaux remparts, construits par Louis XIV, formèrent le circuit, tracé aujourd’hui par les boulevards du nord.
8. Du Guesclin , ayant terminé la guerre 136^-1369 d’Espagne , allait ramener ses cohortes d’aventuriers, il fallait les occuper. Charles-le-Sage commençait à jouir du fruit de son habileté à manier les esprits. Il entreprit d’arracher aux Anglais les provinces dont ils étaient, en possession en France. L’histoire moderne n’offre aucun projet plus difficile et dont l’exécution ait été conduite avec plus d’art.
Le prince de Galles avait rapporté d’Espagne une maladie de langueur, dont les suites le conduisirent au tombeau. 11 instruisit la cour de Londres des préparatifs faits par la cour de Paris. Edouard 111 négligea cet avis.
Ce n’était plus ce prince habile , dont le génie ,, enchaînait les événemens. Il buvait dans la coupe des plaisirs l’oubli de sa gloire.
Tous les efforts des historiens anglais ne sauraient l’absoudre delà non-observation des principaux articles du traité de Bretigny.
Charles, recevant les plaintes des barons de Guienne , tint une séance solennelle au parlement. La cour des pairs admit leur requête.
Le prince de Galles fut cité à comparaître et à rendre raison de sa conduite. Bernard Pelot , juge criminel à Toulouse, et le chevalier Jean de Chaponal , reçurent commission de notifier cet ajournement.
Il répondit aux députés : Nous irons à Paris Tome V. 5
i3tu-i36 puisque mandé nous est du roi de France. Ce sera le bassinet en tête , et soixante mille hommes en notre compagnie. Les envoyés reçurent ordre de sortir sur-le-champ de sa présence, et, sous prétexte d’un défaut de forme dans leur sauf-conduit , il les fit arrêter et enfermer au château d’Agen , ils y demeurèrent un an.
Charles n’apprit pas sans indignation l’insulte faite à ses officiers , il dissimula. Son frère , le duc d’Anjou , gouverneur du Languedoc , témoignant plus d’impatience , rassemblait des troupes. Les ordres les plus précis de suspendre tout acte d’hostilité , arrêtèrent son zèle- La rupture entre la France et l’Angleterre était inévitable. Charles voulait prendre les mesures les plus certaines , et donner à ses armes la force qu’elles devaient recevoir de l’observation des lois.
Edouard 111 , éloigné de prévoir la chute dont la fortune le menaçait , regardait les tentatives de Charles comme un moyen offert an prince de Galles de conquérir le reste de la France.
La fortune dont l’appui avait couronné toutes ses entreprises , l’abandonnait. La noblesse de Guieune se soulevait contre lui. Elle venait de battre une armée anglaise. Jean Chandos reçut ordre de venir sur-le-champ en Guienne , et
CHARLKS-LE-SAGE f VI e ). 3^
de prendre le commandement des forces bri- >368-1369 tanniques.
Une extrême faiblesse ne permettait plus au prince de Galles de monter à cheval. Cette considération achevait de déterminer la cour des pairs à porter avec confiance les coups médités. Charles traita avec la plupart des compagnies de malandrins. L’économie du roi le mettait en état de payer leurs services.
En même temps des émissaires sondaient les dispositions des habitans du Pontbieu, elles se prononçaient en faveur de la France.
Une dernière réponse du conseil de Londres sur les plaintes respectives des deux rois , arrivait à Paris. Edouard exigeait de Charles une promesse formelle de ne pas se mêler des contestations élevées entre le prince de Galles et ses vassaux , et des lettres de renonciation à toute souveraineté sur les provinces cédées parlç traité de Bretiguy. C’était parler en vainqueur sans avoir combattu. Charles tient son lit de justice. Le cardinal de Beauvais , chan-* celier de France , fait la lecture des articles proposés par Edouard ; il recueille les opinions de la cour des pairs j un arrêt déclare le roi d’Angleterre coupable de’ félonie , et confisque tous ses domaines en France.
La guerre résolue , il fallait de Por pour la soutenir. Charles convoqua dans Piris, au mois
136s- J36., de mai i 36 g , un grand nombre de prélats , de barons et de députés des bonnes villes. Savaron range cette assemblée parmi les états-généraux de France. Le chancelier exposa le sujet de la guerre. La résolution des trois ordres contenait un éloge de l’administration de Charlesle-Sage , une déclaration de guerre à l’Angleterre , et une promesse unanime de payer les subsides dont le roi aurait besoin.
Une taxe de quatre francs par feu fut établie dans les villes , et de trente sous dans les cam- . pagnes. Une aide fut créée sur les vins suivant leur qualité. On affecta la gabelle du sel , et douze deniers par francs sur l’impôt total , à l’entretien de la maison royale. Les subsides diversement modifiés furent payés durant tout le règne de Charles-le-Sage. 11 est impossible de concevoir comment quatre francs étaient imposés dans les villes sur chaque feu sans distinction de richesses. Probablement on agissait comme du temps des anciens empereurs roumains , plusieurs familles pauvres réunies formaient un feu.
1369 9’ Une arm é e française pénétrait dans le
Ponthieu , la réduction de cette province eut lieu sans résistance.
Le parlement convoqué à Londres , accordant au roi un subside pour tout le temps de la guerre , s’engageant à reprendre le titre de
roi de France. Le duc de Lancasire obtint le 1368-1369 commandement des troupes destinées à débarquer à Calais.
A la nouvelle d’une invasion en France , les avetkuriers anglais, voulant partager la fortune immense faite par leurs camarades dans la guerre précédente , se présentaient en foule.
On en fit trois armées. Le duc de Lancasire conduisait la première à Calais , le duc de Cambridge et le comte de Pembrock , à la tête de la seconde , faisaient voiles vers Bordeaux.
Le prince Edmond pénétrait en France par la Bretagne , dont le duc lui ouvrait les portes.
Charles , ayant chargé les ducs de Berry et d’Anjou de la guerre de Guienne, rassemblait son armée dans Rouen. Quatre mille hommes d’armes sous la conduite du duc de Bourgogne, * s’embarquaient dads le port dfe Harfleur. Us revinrent sur leurs pas à la nouvelle du débarquement du duc de Lancastre , dont les troupes faisaient des courses jusqu’aux portes d’Aire et de Terouanue. Le duc de Bourgogne ayant passé la Somme à Abbeville, trouva les Anglais retranchés auprès de Tournehem. Il s’empara d’une hauteur sur laquelle son camp fut assis.
Les armées en pre'sence se contentaient de s’obrerver. Le duc de Bourgogne avait reçu l’ordre précis d’éviter une action décisive.
Celte méthode de faire la guerre impatientait
le jeune priuee ; mais non-seulement les ordres du roi étaient formels , le comte de Flandre , beau-père du duc de Bourgogne , appuyait encore par ses conseils une résolution trèsprudente. Toute la campagne se consuma dans l’inaction. L’hiver vint; les armées se séparèrent. L’expédition du duc de Lancastre se burua à exercer des ravages dans le V ermandois .
La Guienne devenait le principal théâtre de la guerre. Les ducs d’Anjou et de Berry comptaient sous leurs ordres dix mille hommes d’armes , formant plus de quarante mille combattans. Le Querci se soumet. Plus de soixante places du Limousin, duRouergueet du Poitou furent prises ou chassèrent les Anglais de leurs murs.
Edouard reconnaissait trop tard la faute faite par son fils , en traitant ses vassaux avec trop de hauteur et trop d’avarice. Ce monarque adressa des lettres aux barons, aux évêques et aux villes d’Aquitaine. 11 les invitait à rentrer sous son obéissance, leur offrant une ample amnistie , et promettant l’abolition des impôts dont la levée oceasionait leur insurrection.
On savait en Aquitaine que les Anglais appréciaient leurs conquêtes par l’utilit^dorit elles étaient ; s’ils eussent diminué les impôts , les garnisons anglaises entretenues en France, auraient été à charge à l’Angleterre.
CHARLES-LE-SAGE ( VI e >• 5 9
A la fin d’automme, les ducs de Berry, d’An- i 56 9 jou et de Bourgogne vinrent a Paris. Ils concertèrent avec le roi les operations de la campagne suivante ; du Guesclin revenait alors de Castille , on lui destina l'épée de connétable de France. Du Guesclin, recevant les ordres du roi , prit congé du roi de Castille avec lequel il renouvela l’alliance subsistante entre les deux couronnes.
10. Aux premiers beaux jours du printemps, 1370 les ducs de Berry et d’Anjou continuaient leurs conquêtes dans le Poitou et le Limousin. l)u Guesclin inspirait à l'armée une entière confiance; tout pliait sous les efforts de ce général. Limoges, Moissac , Agen, Monpesar, ouvrirent leurs portes. De toutes ces pertes , celle de Limoges affecta surtout le prince de Galles. Cette ville avait été livrée aux Français par les conseils de l’évêque , dans lequel le prince anglais mettait toute sa confiance , ü » jura de prendre une vengeance exemplaire de ce prélat. .
Du Guesclin venait de quitter la Guicnne-.
Les ordres du roi l’appelaient à la cour. On lui destinait le commandement d’une armée contre les Anglais. Robert Knoles , un des plus habiles généraux d’Edouard, les commandait cette année. 11 s’avançait dans le cœur de la France; lr% ducs de Berry et d’Anjou, affaiblis
40 HïST. DE FR. I«. PART. LIV. XIII.
1570 par cette retraite, se renfermaient dans les places. Le prince de Galles, ayant reçu des renforts , mit le siège devant Limoges. Un pan des murailles ayant été renversé parles mines, le prince entra par cette brèche. Sa maladie ne lui permettant pas de supporter le mouvement d’un cheval, il était porté dans utr chariot , respirant la vengeance et la haine. Ses soldats ne respectèrent ni l’âge ni le sexe. La ville, inondée de sang, fut livrée aux flammes; il était impossible de reconnaître à cette atrocité le généreux vainqueur de Poitiers.
La prise de Limoges fut son dernier fait d’armes et ternit sa réputation.
Dans cette ville en cendres , les Anglais Grent prisonniers l’évêque et son clergé. Le respect pour son caractère le sauva de la première fureur des soldats. Le prince voulait lui faire couper la tête , les formalités ecclésiastiques allongèrent la procédure; il fut remis au duc de Lancastre, auprès duquel les sollicitations du pape obtinrent sa liberté.
Charles-le-Sage , renouvelant la conduite par lui tenue durant la captivité de son père, avait fortiflé toutes les places en état de défense. 1 es habitans de la campagne, à l’approche des Anglais , s’y retiraient avec leurs bestiaux, leurs grains et leurs effets les plus précieux. Les Anglais s’avançaient sans résistance
à travers des campagnes désertes. Us traversèrent le Vermandois , le Soissonnais , et pénétrèrent en Champagne , sans cesse harcelés par des corps de cavalerie. Ces escadrons les empêchaient de s’écarter, et garantissaient les pays circonvoisius des pillages dont ils étaient menacés.
Enfin Knoles , après avoir parcouru la Champagne jusqu’à Rheims, sans avoir assiégé une seule ville, passa l’Aube, l’Yonne et la Seine, et vint camper aux environs de Paris. Le roi, décidé à ne pas courir les chances d’une bataille , permettait à quelques détachemens de sortir de la ville. Les ennemis perdirent sept cents hommes dans un combat livré près du faubourg Saint-Marceau ; plusieurs échecs de çette nature et la disette des vivres, obligèrent les Anglais à prendre la route de la Normandie et de la Bretagne.
Du Guesclin arrivait à Paris. Le monarque lui déclara , en présence d’une cour nombreuse, qu’il le plaçait à la tête de ses armées, et lui présenta l’épée de connétable de France. Chacun applaudit au choix fait par le roi.
Charles , attaché à sa résolution d’éviter toute bataille décisive, recommanda au nouveau connétable de temporiser avec les ennemis.
La dignité dontdu Guesclin vcnaitd’être revêtu, le rendait maître absolu des- opérations de la
42 HIST. DE FR. I". PART. LIV. Xlll.
campagne. Les seuls aventuriers , venus avec lui d’Espagne, marchaient sous ses ordres à son entrée dans Paris. Sa réputation conduisit bientôt auprès de lui une foule de guerriers. Son armée devait se rassembler aux environs de Caen. Il marche aux ennemis. I.e connétable reçut, auprès de Vire, un héraut d’armes chargé de lui offrir la bataille de la part des généraux anglais. 11 fît de riches présens au messager, elle renvoya avec ordre de le recommander à ses maîtres , et de leur déclarer qu’ils auraient bientôt de ses nouvelles.
Suivant le rapport de plusieurs écrivains, on enivra le héraut d’armes pour retarder son voyage. Les Français , profitant de CQtte ruse, surprirent leurs ennemis. Quoi qu’il en soit, le connétable part sur-le-champ , force sa marche malgré l’obscurité d’une nuit pluvieuse , et attaque l’avant-garde anglaise aux environs de Pont-Valain.Les ennemis, pris au dépourvu, se rassemblaient à la hâte ; duGuesclinneleur laissepoint le temps de former leur ordre de bataille, il les enfonce et les renverse , ce corps est entièrement de'fait. Ceux qui échappèrent au fer du vainqueur furent contraints de mettre bas les armes.
Ce premier avautage augmentait le courage et les espérances des Français. Du Guesclin ayant enfermé au Mans les prisonniers et le
butin faits au combat de Pont-Valain, se »3/o porte dans les autres quartiers des ennemis.
Il les enlève avec le même courage et le même bonheur. Le connétable semblait se multiplier. Ses troupes victorieuses poursuivaient les Anglais dans leurs garnisons ; partout dispersée, partout exterminée, cette formidable armée, conduite par Knoles , disparut. Du Guesclin, n’ayant plus d’ennemis à combattre sur les frontières de Bretagne et de IVormandie, ramena dans les environs de Paris son.
armée chargée des dépouilles des ennemis. Le général anglais alla cacher sa honte en Bretagne , dans son château de Derval.
Ces revers imprévus accablaient l’âme d’Edouard III dans un temps où des malheurs domestiques rendaient ces revers encore plus sensibles. La maladie du prince de Galles ne lui permettait plus de se livrer aux travaux de la guerre. Les médecins lui conseillaient d’aller respirer l’air de Londres. Forcé de prendre ce parti extrême , il remit à son père la principauté d’Aquitaine , et laissa le commandement de l’armée au duc de Lancastre, son frère. Le prince de Galles venait de perdre son fils aîné.
Il conduisit avec lui Richard , son second fils.
il. Le connétable fit peu de séjour à Paris. ,3^ Le duc de Lancastre sollicitait des renforts d’Angleterre. Lecomtede Pembrock fut chargé
1371 de conduire les Anglais à Bordeaux. Sa navigation avait uu autre but sur lequel il ne s’expliquait pas. 11 vint mouiller dans la rade de la Rochelle. Les habitans refusèrent d’admettre sa flotte dans le port. Suivaht plusieurs chroniqueurs, les habitans de la Rochelle avaient été informés des ordres dont le comte de Pemhrock était porteur. Il devait chasser tous les Français de la Rochelle et peupler la ville d’Anglais , comme Edouard avait fait après la prise dé Calais.
Pembrock , étonné de cette détermination , délibérait s’il tenterait le siège de la Rochelle , ou s’il ferait voiles vers Bordeaux. Boccanegra, amirante de Castille , arrivait dans le golfe de Biscaye avec quarante vaisseaux ; il force dé voiles, attaque la flotte anglaise, et la défait après un combat continué durant deux jours.
> La flotte çastillanne poursuivant les vaincus, coule a fond une partie des vaisseaux et force les autres à s’échouer sur la côte.
Depuis l’arrivée du prince de Galles à Londres , les affaires des Anglais en Guienne devenaient chaque jour plus fâcheuses. Les ducs de Lancastre et de Cambridge ne partageaient pas les talens de leur frère aîné, et manquaient de troupes. L’un et l’autre retournèrent en Angleterre après avoir épousé les deux filles du roi de Castille , Pierre l* r . Le duc de Lan-
castre, époux de l’aînée, prit le titrede roi de Castille et de Léon. Cette circonstance conduisait Henri de Transtamare et le conseil de Tolède à resserrer l’alliance entre les cours de France et de Castille. Les deux ducs confièrent le commandement des troupes anglaises au captai de Buch , seul guerrier dont les talcns approchassent de ceux du connétable du Guesclin.
Après la mort du roi d’Ecosse, David de Brus, la cour de France avait renouvelé son alliance avec Robert Stuart, successeur de Davidi Ce prince promit de porter la guerre en Angleterre. Le roi de France offrait au monarque écossais des armes et de l’argent. La situation du nouveau roi d’Ecosse , à peine affermi sur le trône, exigeait d’extrêmes ménagemeus ; cette convention fut tenue secrète.
Edouard sollicitait des alliances étrangères avec peu de succès; les seuls ducs de Gueldres et de Juliers , à son instigation, déclarèrent la guerre à la France. Assez occupe's chez eux par le duc de Brabant, allié à la cour de Paris, leur défi ne fut suivi d’aucune hostilité. La Flandre s’était déclarée en faveur de la France, depuis le mariage de la fille du comte de Flandre avec le duc de Bourgogne. Les Anglais battirent la flotte des Flamands, et leur prirent vingt-six vaisseaux. Cet échec força les
i3yi états de Flandre à conclure un traité (i) de neutralité.
. Du Guesclin rassemblait l’armée française, à l’entrée de l’hiver, sur les frontières de l’Auvergne. Son projet était d’achever desoumettre le Poitou au retour de la belle saison.
Il ouvrit la campagne au mois d’avril. Les Français emportèrent d’assaut ou, réduisirent rapidement Montmorillon, dont la garnison périt par le glaive, Chavigny sur la Creuse , Lansac , Montcomour et Poitiers.
Une escadre castillane arrivait devant le port de la Rochelle. Une division française assiégeait Soubise. Lecaptalde Buch , marchant au secours de cette place , tomba , pour la se- „ conde fois, au pouvoir des Français. Soubise ouvrit aussitôt ses portes au connétable ; on conduisit à Paris le captai de Buch. Il fut enfermé dans la tour du Louvre. Edouard , ne sachant comment le remplacer , offrait eu vain une forte rançon. Charles voulut garder un guerrier si redoutable.
1 a réduction de Soubise fut suivie de celle de Saint-J ean-d’Angély, d’Angoulème, deTaillebourg et de Saintes. La flotte castillane bloquait le port de la Rochelle. Tous les Rochellois désiraient de rentrer sous la domination
(î) Rymer , Acta publica.
française, ils étaient retenus sous les lois de l’Augleterre par une garnison enfermée dans un château dont la situation commandait le port et la ville. Jean Candorier , maire de la Rochelle , proposa secrètement aux principaux bourgeois de chasser les Anglais de la citadelle par une ruse dont il garantissait le succès. Son projet fut approuvé. Le maire donna un grand repas. Mancel, le commandant du château , y fut invité. Le maire lui communiqua un ordre du roi d’Angleterre. Il y était enjoint aux officiers municipaux de faire une revue générale des hommes en état de défendre la ville. Le commandant anglais ne savait ni lire ni écrire. Il se contenta d’examiner les sceaux et les trouvh en régie. Candorier, faisant alors à haute voix lecture de la prétendue lettre d’Edouard , prononça l’ordre annouçé. Le commandant promit de s’y conforn^jr.
Au jour indiqué, les Anglais sortent du fort, et se forment en bataille sur la principale place de la ville , ils laissèrent seulement douze hommes à la porte du château. Les Rochellois armés arrivaient de toute part. Les Anglais en furent bientôt entièrement entourés, ils furent obligés de se rendre à discrétion : Candorier somme sur-le champ les douze hommes restés dans la forteresse d’en ouvrir les portes ; ils se soumirent-
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Cette heureuse nouvelle fut aussitôt portée au connétable de France et à l’amirante de Castille. Les demandes faites parles Rocheilois» avant d’ouvrir leurs portes, ne pouvaient être admises par les généraux, douze bourgeois furent députés à Paris. Charles -le -Sage les combla d’honneurs , la démolition de la citadelle fut prononcée. Le roi promit pour lui et pour ses successeurs de ne jamais la rebâtir. Les Rocheilois obtinrent le privilège de n etre tenus à aucune imposition sans leur consentement , et d’en régler eux-mêmes l’assiette et le recouvrement.
La plupart des places encore soumises aux Anglais dans la Saintonge , le Poitou et le pays d’Aurès, envoyaient leurs clefs à du Guesclin, la seule forteresse de Thouars se défendait. Les barons attachés à Edouard s’étaient enfermés dans cetlé^forteresse avec leur mobilier.
Pour la première fois , les Français employèrent le canon à ce siège. Les pièces furent fondues dans la Rochelle. Les assiégés offraient de se rendre s’ils n’étaient secourus avant la lin de septembre. Cette proposition fut acceptée. Edouard , connaissant toute l’importance de cette place , embarqué sur une flotte de quatre cents voiles , il voguait à son secours. La flotte tint la mer durant six semaines sans pouvoir approcher des côtes du Poitou , le
mois de septembre s’écoula 5 les vents con- 1373 traires, contraignant Edouard à rentrer dans les ports d’Angleterre, Tbouart ouvrit ses portes.
Malgré l’attachement du duc de Bretagne à la cause britannique, les Anglais ne trouvaient aucun secours dans cette province ; une violente antipathie existait entre les Bretons et les Anglais. Le roi de France se conciliait par des bienfaits l’affection d’un grand nombre de barons de Bretagne , pareils ou amis de du Guesclin. Le duc craignait, se déclarant ouvertement en faveur d’Edouard, d’exciter un soulèvement. Cependant il avait reçu garnison anglaise dans Kemper , Morlaix et Lesneven ; ce fut le signal d’une insurrection. Le duc de Bretagne , voyant la plus grande partie de ses sujets en armes contre lui , appela les Anglais ; ils entrèrent dans Brest , Kemperlé , Concq et Hennebon.
12. Une députation des barons, des évêques 1373-1374 et des villes de Bretagne , engageait Charlesle-Sage d’envoyer dans les provinces une armée capable d’arrêter les suites de la félonie de leur prino®- Le roi envoya sommer le duc de Bretagne de remplir les devoirs de grand vassal de la couronne de Frauce, non-seulement en expulsant les Anglais des villes de sa domination , mais en se rendant lui-même dans l’armée française.