‹ Histoire de FranceChapitre 19 sur 19 · Tome IX · texte numérisé non relu

Tome IX

* 74 t> Ou craignait à Paris qu’aux succès de l’armée combinée de France et d’Espagne en Italie, succédassent les plus fâcheux revers. 1 e seul moyen de rétablir l’équilibre rompu par la défection du roi de Prusse, était de conclure la paix avec le roi de Sardaigne et de former une alliance avec lui ; de grandes difficultés contrariaient ce projet. Il avait été signé à Fontainebleau, au moisd’octobre 174^1 avec la cour de Madrid , un traité d’alliance ofl'ensive et défensive; on y stipulait la garantie réciproque non-seulement des possessions actuelles , mais des droits des deux couronnes; on promettait de ne poser les armes -que d’un commun consentement, et de procurer à l’infant Philippe les duchés de Mil.an et de Parme ; d’après les conditions de ce traité la paix dépendait absolument de la cour de Madrid. La France s’exposait à une guerre éternelle si Philippe V déployait une ambition impossible à satisfaire.

On s’était proposé d’effacer les impressions fâcheuses laissées dans l’ârae de Philippe V par le renvoi de l’infante reine. L’intérêt d’un moment entraîne souvent les gouvernemens à des démarches dont on se repeut dans la suite, ce traité contrariait entièrement celui qu’on voulait conclureavec le roi de Sardaigne. Cependant tout annonçait que si on ne con-

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cluait pas la paix avec la cour de Turin, l’armée française et espagnole serait écrasée par les Autrichiens en Italie.

Dans cette pénible situation on négociait avec la cour de Turin , et un faisait un mystère de cette négociation à la cour de Madrid.

Louis XV écrit de sa main le plan d’accommodement. Champeaux , résident français à Genève , eut ordre de présenter ce plan dans Turin, à Charles Emmanuel; on lui ollhiit avec le titre de roi de Lombardie, le Mautouan , la partie du Milanais à la gauche du Pô , et celle qui est à la droite du fleuve jusqu’à la Scrivia. L’infant Philippe devait tonserver la partie du ‘ililanais à la gauche du Pô des bords de la Scrivia aux extrémités orientales des duchés de Parme et de Plaisance. D’après un article de ce traité , aucune province d’Italie ne pouvait être possédée dans la suite par les rois d’Espagne, de France et de Hongrie. Le grand duché de Toscane devait passer au prince Charles.

Champeaux exécute sa commission. On lui remet en réponse un mémoire signé du roi de Sardaigne ; ce prince acceptait les ofires de Louis XV , faisant des observations sur des points peu importans. Les préliminaires furent conclus à peu près suivant les réclamations de la cour de Turin; Champeaux

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*74^ vient une seconde fois à Turin. On convient d'altçndre la ratification du roi d’Espagne pour cesser publiquement les hostilités, et qu’en attendant on userait réciproquement de ménagemens convenables. Louis XV, écrivant alors de sa main à Philippe V , lui fit part des motifs d'accéder à cet accommodement. A la lettre du roi était joint un mémoire circonstancié. Philippe V voulait deux choses , procurer un agrandissement à sa maison, et mettre obstacle à celui de la maison de Savoie; rien ne put lui arracher le consentement demandé. Charles Emmanuel connaissait l’insouciance du caractère de Louis XV ; la cour d’Espagne pouvait lui faire changer de résolution , la moindre indiscrétion aurait nui à ses intérêts auprès de la reine de Hongrie ; ce prince négoçiait de bonne foi avec Louis XV, mais non sans adresse. Dans tout état de cause il voulait tirer parti de sa situation. Les Espagnols , maîtres d’Alexandrie et de Milan, ne l’étaient pas des citadelles de ces deux villes, ils les bloquaient étroitement , elles devaient succomber si elles n'étaient pas secourues. Maillebois, fils du maréchal, allait à Turin en qualité de ministre plénipotentiaire ; il reçut à Briançon une lettre du roi de Sardaigne, on le pressait d'arriver s’il avait les pouvoirs nécessaires

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pour signer la paix au nom des deux rois. Il part sur-le-champ , il arrive le 3 mars à Rivoli; Je roi y envoie un plénipotentiaire, on disputa sur des faits contestés , la conférence languit. Les Autrichiens pressaient les Piémontais d’agir, ceux-ci gagnaient du temps. EnGn une entreprise fut concertée pour Je 5 mars. La cour de France s’était chargée du consentement de celle d’Espagne. Le roi de Sardaigne regardait ce consentement comme une condition sans laquelle le traité était nul. Maillebois offrait de suppléer à l’adhésion de la cour de Madrid par des sûretés dont Charles Emmanuel' ne se contentait pas , il connaissait les dispositions de Philippe V. Ce monarque avait ordonné à ses généraux d’en- Jever brusquement le château de Milan, t.'harles Emmanuel prouva dans cette occasion son habileté en politique,, mais^l ne fut pas coupable de perfidie.

Neuf bataillons français sont attaqués dans Asti ; les Piémontais, munis d’une artillerie formidable , se disposaient à livrer l’assaut. Les neuf bataillons sont faits prisonniers. Ls commandant d’Asti savait que le traité entre les cours de Paris et de Turin , était un mystère pour les Espagnols et pour les Autrichiens. Il regardait cette attaque comme une feinte, pour cacher aux alliés, sous le voile d’une ho';.-

fi tiliic simulée, des négociations dont la conclusion s'avançait. Voulant ménager le sang des hommes , il fît peu de résistance.

A cette nouvelle , l’indignation des Espagnols se manifestait sans ménagement. Accusant les Français de trahir leur cause , plusieurs officiers généraux proposaient de constituer prisonnier le maréchal de Maillebois , et de désarmer ses troupes. Le comte de Gages combattit ce projet odieux et inexécutable. Maillebois, inquiet des dispositions dans lesquelles il voyait les Espagnols , se retire entre INovi et Gavi. Les Espagnols évacuèrent alors Alexandrie , de peur d’y cire surpris comme les Français l’avaient été dans Asti.

On reçut prèsqu'en même temps à Paris la nouvelle de la perte d’Asli , et une lettre dn roi de Sardaigne , dans laquelle il témoignait ses regrets' à Louis XV de l’interruption de l’armistice. 11 l’assurait de son empressement de signer la paix. Cependant les événemens annonçaient la continuation de la guerre; les Autrichiens et les Piémontais gagnaient du terrain. Plusieurs échecs successifs diminuaient la force des Espagnols et des Français. Champeaux continuait de résider à Turin. Un ministre sarde lui déclara alors que les arrangeraens convenables un mois auparavant ne se conciliaient plus avec l’état pré-

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fent des choses. I.ouis XV , ajoutait le ministre de Sarde ,, multiplie inutilement, ditesvous , ses eflbrls pour engager la cour de Madrid à consentir au projet de partage , je dois conclure que si les Espagnols s’étaient rendus maîtres des châteaux de Milan et d’Alexandrie, le roi aurait été sacrifié. Champeaux s'éloigna de Turin. Toute négociation cessa.

Milan fut évacué par les Espagnols. Ils se retirèrent sous Plaisance. L’infant ordonna à Maillebois de venir auprès de lui. Il fut surle-champ obéi. Le roi de Sardaigne s’avançait avec son armée. Il fut résolu d’attaquer les Autrichiens avant l'arrivée de ce renfort: la battaille se donna le i5 juin. Ce fut une des plus sanglantes de cette guerre. Maillebois fut long-temps vainqueur. L’aile gauche composée des Espagnols ayant été absolument défaite , il fallut se retirer. On avait perdu douze mille hommes. L’armée piémontaise survint après le combat. Le danger des troupes vaincues devenait plus' imminent. Elles pouvaient être enfermé^es entre le Pô , le Lambro et la Trébia. Des prodiges de valeur la dégagèrent ; on fit sa retraite sur Tortone.

De cette armée formidable, il restait à peine dix mille Français et neuf mille Espagnols. Ils SC replièrent sur Gênes. Les Napolitains allèrent couvrir les frontières durojanm»des Deux-Si-

1746 ciles. Lqs escadres anglaises bloquaient le port de Gènes, Quarante mille Autrichiens et vingt mille Piémontais approchaient des ^ murs de celte ville. On ne pouvait défendre long-temps ■une place dans laquelle on comptait quatrevingt mille babitans aisément afFame's ; d’ailleurs , restant dans Gènes , on abandonnait le comté de Nice , la Savoie et même la Provence. L’infant Philippe venait d’apprendre la mort de Philippe V son père , l’avénement de Ferdinand VI au trône. Celle circonstance rendait la position de l’infant plus embarrassante.

Ces fâcheux événemens , suites de l’obstination du conseil de Madrid, étaient compensés par les succès du maréchal de Saxe en Flandre. Les Hollandais sollicitaient la convocation d’un congrès à Bréda , dans lequel on cherchât les moyens de rétablir la paix en Europe. Marie Thérèse projetait de tenter une invasion en Provence. Voulant en même temps augmenter scs forces dans la Belgique, elle n’avait pas envoyé d’armée sur le Rhin.

Le conseil de Vienne comptait probablement sur les cercles de l’empire. Le roi de Prusse rendit à la France , le service essentiel dele.< engager à observer la neutralité. Le roi d’Angleterre donnait à Marie - Thérèse un subside annuel de dix millions. Le prince de Conii

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reçut ordre de conduire dans la Belgique les régimens à ses ordres , laissant des garnisons sudisantes au bord du Rhin et de la Moselle. Il y commanda l’armée d’observation. On comptait dans delle du maréchal de Saxe , cent bataillons , et cent quatre-vingt dix escadrons.

5s Louis XV s’était déterminé à faire une nouvelle campagne. Le dauphin n’obtint pas la permission d’en partager les fatigues. Son épouse avançait dans sa grossesse ; l’étiquette, selon les uns, ne permettait pas à ce prince de quitter le château de Versailles dans cette circonstance. 11 était, suivant les autres, contre les règles de la prudence , d’exposer en meme temps les jours du roi et ceux du dauphin.

La vraie raison de l’éloignement de ce prince, était la honte de le rendre témoin de la faiblesse de son père. La marquise accompagnait le roi à l’armée. Le mystère apporté pour sauver le scandale de son commerce ne pouvait tromper les regards deux ans de suite. La favorite ne logeait pas avec le roi , des ordres précis avaient été transmis à tous les corps municipaux de lui préparer une maison contiguë à celle où devait loger le roi, et de ménager des communications intimes entre les deux habitations. Louis partit de Versailles après avoir nommé l’archevéque d’Aix ,

ipi6 BcIIcfons, à l'archevéché tlp Paris, vacant par ' Ja mort de Vintiraille. Bcllefons jouit peu de temps de sa nouvelle dignité , la mort le surprit au mois de juillet. Christophe de Beaumont , archevêque de Vienne, lui succéda.

Uh e.sprit de trouble s’était emparé -des Hollandais , voyant les Français s’approcher d’Anvers. Divisés entre eux, ils craignaient également l’envahissement de leur pays , ou d’étre forcés par les circonstances à créer un stadhouder. Ces républicains avaient ruiné Anvers , dont un commerce florissant assurait la prospérité, avant la fondation de la république Batave. La navigation de l’Escaut fut interdite aux habitans d’une cité dont ce fleuve devait désormais baigner inutilement les murs. Léopold , Charles VI et Marie Thérèse n’eurent jamais un vaisseau dans le port d’Anvers J transportant dans Amsterdam le commerce de celte ville , les Hollandais ne la regardaient pas moins comme le boulevard de leur république.

Aux approches des Français, les alliés campés auprès de la mer, sous les ordres du prince Charles , se replient sur Bréda. Les Français arrivant devant Anvers , cette ville se défendit à peine quatre jours.

Louis revint à Paris à l’occasion des couches de la dauphine, elle donna le jour à une

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fille, cl mourut trois jours après. On venait d'apprendre la mort de Philippe V. Son successeur annonçait des vues diflerentes de celles de son père. A peine sur le trône, il avait rappelé le comte de Gages. Lasminas, chargé du commandement des Espagnols, précipitait sa retraite en Provence. Maillebois prenait la même route. Le nouveau roi d’Espagne offrait en mariage , au dauphin , la sœur de la princesse , moissonnée par la mort. Ces sortes de mariages étaient regardés comme légitimes en Espagne avec la permission du pape. Le clergé de France pensait différemment. Ce refus mécontentait la cour de Madrid.

Gênes semblait en état d’opposer quelque résistance aux Autrichifens et aux Piémontais. On y manquait de vivres , le sénat ouvrit ses portes ; il envoya le doge et six sénateurs à Vienne , paya cinquante mille genouines , et reçut le marquis de botta en qualité de commandant. J es Autrichiens , trois jours après cette capitulation , demandent vingt-quatre millions de francs , payables en trois termes dont le plus éloigné était à quinze Jours. On paya seize millions, épuisant toutes les ressources. La banque de Saint-Georges manquait de fonds, i es soldats avaient pillé les maisons de plaisance dont les environs de

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1746 Gênes sont embellis, be sénat demande un délai J on lui répond : Non seulement il faut payer les huit millions restans à l’époque fixée , mais huit autres millions destinés à la nourriture et à l’habillement de neuf régimens répandus autour de la ville.

On publie cef ordre j le désespoir saisit les Génois ; traités en esclaves et dépouillés de tout , ils préfèrent le sacrifice de leur vie à la honte d’endurer plus long-temps le traitement le plus fâcheux. On s’attendait à la destruction de cette superbe cité. Elle fut délivrée par l’événement le moins prevu.

Vainqueurs dans les Apennins , les Autrichiens étaient accablés dans la Belgique. Ma- ' Unes , Mons , Charleroi , Namur et un grand nombre d’autres places reconnaissaient les lois de Louis XV. Le maréchal de Saxe, après ces conquêtes , fait proposer au prince Charles de prendre respectivement des quartiers d’hiver. Ce prince se défiait du général français ; il lui répond qu’il n'a ni ordres ni conseils à prendre de lui. Cette réponse décida la bataille de Rocoux. Les Autrichiens campaient entre Liège et Mastrlcht au bord de la Meuse, derrière cinq villages retranchés. Saxe conduit son armée sur le chemin de Liège ; sa droite appuyée à la chaussée de Saint-Tron à Liège , le village de Schendermale , au cen-

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tre de la ligne» dont la gauche débordait la chaussée de Tongres à Liège.

Des remparts de Liège , on jouissait de la vue des deux armées , celle des Français de cent mille conibattans, et celle des alliés de quatre vingt-dix mille.

Âu lever du soleil» le 4 octobre» toutes les troupes s étant mises en mouvement , on marcha sur dix colonnes parallèles au village de Lontain; la cavalerie se plaça sur les ailes» l’infanterie restant en colonnes de bataillons. Les Autrichiens s’étaient avancés à cinq cents pas de leur camp , conservant des postes fortidés sur les hauteurs voisines. On se canonna assez long-temps. Une division française attaqua à deux heures après midi , le poste de Sainte Valpurge ;' les ennemis y firent peu de résistance j ils tinrent plus long-temps dans le poste de Ralour. La principale attaque était celle du village de Rocoux. Elle commença à trois heures. Le feu de l’artillerie placée dans ce poste ébranla d’abord la fermeté des assaillans. Ils se rallièrent ; les rctranchemens furent emportés à la baïonnete, les alliés étaient chassés à cinq heures de ^ous leurs postes retranchés. La cavalerie poursuivait les fuyards. La nuit terminale combat. Les alliés perdirent douze mille homme tués ou blessés, on leur fit trois mille prisonniers. Ils se rul-

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^ lièrent avec peine sous le canon de Masiricht, et prirent leurs quartiers d’hiver dans les provinces hollandaises. Le maréchal de Saxe, maître de la Belgique, vint à Fontainebleau.

Ou y réglait les conditions du second mariage du dauphin , avec la princesse de Sajte dont ce général était parent.

D’après les propositions des Hollandais , des conférences se tenaient à Bréda. Puysieux, envoyé par Louis XV dans cette ville , discutait les offres des ministres d’Angleterre et de Hollande. La démission* du ministre des relations extérieures , d’Argenson , donnée dans cette circonstance, retardait les négociations ^ Puysicux obtint le ministère vacant, il fut remplacé à Bréda par le premier commis, Duteil. Les Anglais ne connaissaient pas encore les succès de la Bourdonnaye sur la cote de Coromandel J ils se flattaient de faire, cette année, des conquêtes immenses. En conséquence, leur plénipotentiaire éloignait la conclusion d’une paix dans laquelle le ministère britannique voyait des restitutions à faire, en compensation des pertes de la reine de Hongrie dans les Pays-Bas.

Huit mille hommes avaient été levés à Boston. Ces troupes devaient être soutenues par une escadre formidable. La cour de France fut prévenue à temps, elle fit passer des ren-

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forts convenables à Québec. Les Bostonicm. 1716 perdirent leurs dépenses. La flotte, destinée à remonter le fleuve Saint-Laurent , fut employée vainement à tenter une invasion eu France ; diversion imaginée dans la vue de favoriser les opérations autrichiennes dans les Pays-Bas et en Italie.

4. Maîtres de Gênes , les Autrichiens pouvaient pénétrer à leur gré en Provence ou dans le royaume de Naples. Le conseil de Vienne pensait qu’après la conquête de Marseille il réduirait aisément la Campanie et la Calabre. Cinquante mille combattans, favorisés par une armée navale britannique, s’approchent du Var. Lasminas, s’étant séparé des Français, était allé défendre la Savoie. Malllebois se retirait vers la Durance, manquant de tout. Les Autrichiens entraient, sans obstacles, dans la Basse-Provence. Les flammes dévorent Vence et Grasse. le comte de Brown, général des Aatrichiens, manquait d’artillerie de siège; il ordonne d’enlever celle de Gênes, es Autrichiens contraignaient les Génois à traîner les canons et les mortiers au bord de la mer ; ceux qui ne s’empressaient pas étaient rudement traités. Ces outrages furent le signal d’une révolution dans Gênes. Le marquis de Botta avait placé son quartier général dans le faubourg de Saint-Pierre des Arènes ; celle

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imprudence frappant les sénateurs , ils excitaient secrètement la multitude à l’insurrection. Des émissaires , répandus dans les atelierSj apportant de l’argent, disaient : Génois, vous laisserez-vous égorger sans Vous défendre ? Vos ennemis sont dispersés. Vous êtes vingt-cinq mille en état de porter les armes. La patrie peut être sauvée par votre courage. Un peuple faible se réveille. Le tocsin sonu’. Botta regardait cette émeute comme peu dangereuse; se contentant d’envoyer des patrouilles dans la ville, il proposait au sénat d’armer les citoyens des classes supérieures , sans soupçonner les sénateurs d’être les moteurs du mouvement populaire : les paysans accouraient de toute part. On marche au palais ducal, les arsenaux sont enfoncés. Des sénateurs , distribués dans les rassemblemens , les dirigeaient. Botta se présente enfin devant la porte de Bisagno. Elle était fermée. L’artillerie des remparts tonne sur les Autrichiens.

Les Génois composoient une armée. Botta se retira d’abord à la Bochetta et ensuite dans Gavi.

Dans cette occasion les Génois développèrent une élévation de sentimeus dignes de servir de modèle aux nations les plus belliqueuses. Ils choisirent trente-six simples citoyens pour gouverner la ville. Quatre séna-

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leurs leur furent adjoints. Ces sénateurs ‘7v‘ rendaient compte de tout au sénat. Ce corps gouvernait , paraissant ne prendre aucune part aux afl’aires. Le général en chef fut un cordonnier , ancien militaire , nommé l’I'spagnets. Il combattit et mourut glorieusement en défendant la Bochetta contre les Autrichiens. Le sénat de Gènes ^ ne pouvant calculer les suites de l’insurrection , négociait avec la cour de Vienne. Elle lui ordonnait de payer les sommes dues , et trente millions pour indemniser les troupes autrichiennes de la perte de leurs magasins. Ces lois rigoureuses aflermissaient le courage des Géuois.

Plusieurs milliers d’.\utrichiens , prisonniers dans Gênes, devenaient des otages. Cependant les Génois auraient succdmbé si la France ne leur eût envoyé de prompts secours.

Brown , maître du tiers de la Provence , menaçait de l’envahir toute entière : le maréchal de Maillebois demandait sa retraite.

On envoya en Provence le maréchal de Belleisle ; les Autrichiens avaient tout rançonné , tout dévasté , du Var à la Durance. Les An-' glais s'étaient emparés des îles d’Hières , les Autrichiens assiégeaient Antibes, bombardé par mer par les Anglais. L’armée française se fortifiait assez rapidement.

Belleisle se trouvait au mois de février à >747 Tome IX, a 5

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•747 la tcle de irente-ciiiq mille hommes. Lasminas lui envoyait un renfort de cinq mille Espagnols. Les maladies s’étaient mises dans l’armée autrichienne , elle fut forcée de lever le siège d’Antibes. Bcllcisle la poursuit de poste en poste. Elle repasse le Var avec précipitation L’escadre anglaise ne pouvant rien entreprendre sans l’armée de terre , s’était éloignée abandonnant les îles d’Hières.

On solennisait à Paris le second mariage du dauphin avec Marie-J osephe de Saxe, fille d'Auguste 111. L’Europe avait appris avec surprise le choix fait par Louis XV de la fille d’un roi assis sur le trône de Stanislas Leczinsky, et alors ligué avec l’impératrice reine. Les ressenlimens des rois ne laissent pas des traces profondes , comme < eux des autres hommes. Le maréchal de Saxe put contribuer à ce choix. Ce héros était oncle de la nouvelle dauphine. Sa gloire couvrait avec avantage le défaut de sa naissance. Sa mère le reconnaissait publiquement et avec plaisir. Le roi venait ^de lui accorder des lettres de maréchal général des camps et armées , porté ijuccessivemeut par Turenne et par Villars.

Le dauphin avait consenti à son second mariage par obéissance. Ses- tendres sentimeos envers sa première épouse ne lui permirent pas d’abord de se livrer sans partage aux

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charmes d’un nouvel hyménée ; ce priuce cntranl la première nuit de ses noces dans l’appartement de sa femme , la vue de quelques meubles qui lui rappelaient un souvenir trop cher, rouvrit les plaies de son cœur. 11 ne fut pas le maître de retenir ses larmes.

Donnez, Monsieur, un libre cours à vos pleurs, lui dit la dauphine, elles m’annoncent ce que je dois attendre si je suis assez heureuse pour mériter votre cœur.

Cette princeSse, moins jolie que l’infante , avait plus de ressources dans l’esprit. Son éducation avait été extrêmement soignée. Elle parlait avec une égale facilité les langues allemande , française , latine et italienne. Sa conduite envers la reine devait l’embarrasser. Elle parut , en tremblant , devant une bellemère, dont le père avait été. détrôné parlesien. La religion éloignait dans le cœur de Marie Leezinska les sentimens de haine fomentés par la politique. La jeune dauphine y contribua par des procédés délicats. Elle devait, suivant l’étiquette, le troisième jour de son mariage , porter en bracelet le portrait de son père ; il devait en coûter beaucoup à la fille de Stanislas, de voir briller sous ses yeux, et dans son palais, le portrait d’Auguste 111. Une partie de la journée s’était écoulée. Personne ne paraissait jeter les yeux sur cet ornemeut.

La reine y porta ses regards la première. Voilà donc, ma fille, lui dit-elle, le portrait du roi votre père. Oui, maman , répondit la dauphine en lui présentant son bras , voyez comme il est ressemblant. C’était celui de Stanislas. Depuis lors Stanislas et la reine pénétrés de ce trait où le cœur avait autant de part que l’esprit, adoptèrent la dauphine pour leur fille.

5. Malgré les distinctions prodiguées à Versailles au maréchal de Saxe, à peine le mariage de la dauphine avait pu retenir ce général àlacour durant quelques semaines. Arrivé à Bruxelles, au mois de mars, il rassemblait son armée. Celle des alliés commandée cette année par le duc de Cumberland , s’élevait à cent vingt mille hommes. Les Hollandav, rassurés par des forces aussi considérables, négociaient- à Bréda dans le seul espoir d’enchaîner les préparatifs des Français , leur inspirant une sécurité funeste , dans un siècle éclairé, où l’analogie et l’esprit de calcul apprennent à tous les cabinets de l’Europe à deviner les projet des ennemis par le rapprochement des circonstances , les vues diplomatiques des Hollandais ne pouvaient échapper aux ministres de France. Ces républicains souhaitaient la continuation de la guerre pourvu que leur territoire n’en fût pas le théâtre. Ils faisaient presque seuls le com-

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merce de l’Europe. Jamais la Hollande n’avail 1747 amoncelé dans scs magasins autant de richesses. On trouvait en abondance dans Amsterdam, toutes les denrées et toutes les marchandises des quatre parties du monde.

' Les généraux français reçurent ordre de pénétrer en Hollande. Cette irruption fut précédée d’un mémoire présenté aux états généraux en 1744» y lisait : Les Hollandais ont envoyé dans les environs de Lille vingt mille hommes sans prétendre rompre la paix entre eux et la France ; le roi envoie ses troupes sur les terres bataves , sans intention de rompre avec la république. On s’empara rapidement de plusieurs places aux environs de FEscautj les HollaTvdais, passant alors d’une ferme assurance à un complet découragement , investissaient le prince d’Orange de la dignité de Stadhouder.

Louis XIV , en 1674, et Louis XV , en 1747 J créèrent par la terreur de leurs armes deux stadhouders de Hollande. Ce changement ne changeait pas le sort des Hollandais. Louis XV vint à son- armée. Le maréchal de Saxe voulait assiéger Mastricht; il fallait auparavant chasser l’armée alliée des ■ environs de celte ville. Le maréchal de lîa- ^ ihiani commandait les Autrichiens , et le prince de Waldek, les Hollandais. L’armée

J 747 (irançaise occupait les hauteurs de Harderen ; sa {»auche en face de la commauderie de Jonc, sa droite adossée au village de Rims.

Les armées furent en présence le i*'' juillet. Les Français attaquèrent le lendemain à quatre heures du matin. Les Hollandais attendaient les Français dans des retranchemcns élevés aux villages dcMouteskenetde Vitre; ces postes furent enlevés. Un choc plus terrible décidait dans le village de Laufeld du succès de la journée; on s’y battit long- temps à bout portant à travers les haies et les chaumières embmsées : les alliés furent enfin contraints à la retraite; ils se reiircreul au-delà de la Meuse, continuant à couvrir Mastriçht. 11 ne fut pas possible au maréchal de Saxe d’assiéger cette ville.

Après cette bataille, moins décisive, mais plus sanglante que celle de Fontenoi , Louis XV établit son quartier général dans la comnianderie de Jonc, occupée auparavant par le duc de Cumberland. De cet endroit, fut datée la célèbre ordonnance des substitutions , enregistrée au parlement de Paris l’année suivante. Le roi d’Angleterre venait de conclure avec l’impératrice de Russie un traité dans lequel on promettait aux Anglais cinquante mille Russes^ moyennant un subside de cent mille * guipées. CeUC' opération diplomatique u’ap>

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porta aucun changement dans les affaires géiiérales. les alliés, chassés de Provence , refluaient sur Gènes. La ville , étroitement resserrée du côté de terre par le comte de Schullerabourg, successeur de Botta , et du côté de mer par les vaisseaux anglais , avait été pourvue de vivres dans rinlervalleVles deux sièges. On y manquait de troupes régulières, et la division commençait à éclater entre les nobles et les populaires. Le roi d’Angleterre venait de faire passer cinquante mille livres sterling.au roi de Sardaigne pour les frais du siège.

Des galères, sorties de Marseille, portèrent dans Gènes six mille hommes, des vivres et des munitions de guerre. Le duc de Boufllers vint commander les troupes. Les Autrichiens furent forcés à s’éloigner. Boufllers s’appliqua ensuite à rétablir la bonne intelligence entre Jes Génois. Les Autrichiens avaient acheté quelques moines ; ils prêchaient en faveur de la reine de Hongrie. On leur opposa les mômes armes, Gènes n’était plus étroitement pressée. Schullembourg avait abandonné la côte du Ponent. Ses troupes occupaient encore l’enceinte des montagnes. Belleisle campait dans le comté de Nice. Cette position tenailles alliés en alarmes. Le général français prend la résolution de pénétrer dans le

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' 7 i 7 riémont. Ce mouvement forç.T le roi de Sardaigne à rappeler scs troupes. Les Autrichiens, affaiblis |)ar ce départ , se retirèrent. L'escadre anglaise prit le large. BouHlers ne fut pas témoin de ces événemens auxquels ses savantes manœuvres avaient contribué : il était mort dans Gènes de la petite vérole, le duc de Richelieu lui succéda.

11 s’agissait de rentrer dans la Lombardie, l elleislc et Lasminas contestaient sur la route lapins convenable. Le général espagnol proposait de s'avancer par Gènes et de ‘prendre ses quartiers d’hiver sur les bords du Pô. Belleisle voulait opérer iinediversionparEmbrun et Briançon. Ce fut le sujet d’un conseil de guerre tenu en présente de Louis XV. Tous les généraux condamnèrent le projet de Belleisle. Des ordres formels furent expédiés en conséquence ; il n’était plus temps de les exécuter. Le comte de Belleisle , chargé par le maréchal, sonfrère, de l’expédition des Hautes- Alpes , marchait à grandes journées vers les frontières du Piémont.

A quelques lieues de Briançon , entre les petites villes d’Exilles et deFenestrelles, existait sur le sommet des Alpes un passage fortifié dans la suite par la cour deTurin. Cepassageà peine accessible aux cha.sseurs de chamois et aux pâtres, pendant les quatre mois les plus

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chauds de l’année , était gardé par deux cents 1747 hommes du régiment piémontais deMontfort, presque tout composé de déserteurs français.

Le capitaine Briqueras les commandait, sous les ordres du comte de Saint-Sébastien, gouverneur d’Exillesi maître de ce passage, nommé le Col-de-l’Assiette , les Français tendaient la main aux Espagnols cantonnés en Savoie^ mais, pour parvenir dans laplaine du Piémont, ilfallait prendre le fort de la Brunette, une des meilleures places de l’Europe, démantelée aujourd’hui. Le combat del’Assicttefutlivré lc22 juillet. Lesneigescouvrentsouventics passages dès le mois d’octobre j on ne pouvait se flatter de prendre la Brunette avant l’hiver : un succès eût donc été à peu près’inutile.

Le détachement piémontais défendait un retranchement de pierre et de bois , haut de dix-huit pieds, construit sur un roc presque inaccessible. BelleisJe commandait environ quatorze mille hommes soutenus par sept canons de campagne. L’expédition n’était pas d’un succès incertain si les règles de la prudence avaient été consultées. Elles furent toutes violées. Un ambitieux sacrifia la vie de ses compagnons à l’espoir d’obtenir le bâton de maréchal de France par une action éclatante.

Voltaire, rapportant le combat d’Exill es avec

trop de détail , affirme que vingt-un bataillons piémontais se trouvaient dans ce retranchement. Son but fui d'atténuer la défaite honteuse de Belleisle, exagérant les dangers de l’entreprise. L’histoire méprise de vains ménagemens pour les’ hommes en faveur. La vérité seule doit porter son flambeau.

Je suis né au pied des Alpes , j’ ai vu le lieu fatal arrosé par le sang des Français ; un de mes frères fut du nombre des assaillans. Belleisle partagea son armée en trpis coloniies ; une, sous les ordres du comte de Villemur, devait tourner la sinuosité des montagnes du côté de Fénestrelles , par des sentiers impra ticables , et attaquer le retranchement de l’Assiette'par le revers. Le corps principal débouchait du côté de Briançon. Le brigadier d’in-* fanteric, d^Arnaud, conduisait l’arrière-garde et traînait l’artillerie. Si les trois corps eussent attaqué ensemble , la victoire ne pouvait manquer de couronner leurs eflbrts. Le commandant du poste avait même reçu ordre de se replier datts Exilles ; cet officier voyant arriver pdleisle sans canons , et sans attendre que la colonne Villemur , égarée dans les montagnes , parvînt à sa destination , refusa d’évacuer le poste de l’Assiette sans un ordre par écrit : en attendant il se défendit. L’action dura deux heures. Pendant ces deux heure^les

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assiégés, sans courir aucun danger, tuaient tous * 1747 les Français qu’ils choisissaient. Le combat d’Exilles fut celui de toutes les batailles données dans cette guerre , où l’on eut le plus à regretter la perte d’une florissante jeunesse inutilement sacrifiée. Les déserteurs français , dont se composait la plus grande partie des assiégés , se vengeaient sur leurs anciens officiers des mauvais traitemens auxquels ils attribuaient le parti pris par eux d’aban- , donner la France. La perte tomba principalement sur les officiers. Presque tous ceux de Bourbonnais furent tués. Les généraux d’Arnaud et de Grille périrent des premiers.

Bclleisle , désespéré du mauvais succès d’une attaque ordonnée contre l’avis des officiers les plus expérimentés, se fit tuer au pied des palissades. L'armée fit sa retraite sur ^Briançon.

Elle était difficile dans des défilés étroits dominés pardes montagnes escarpées. Lespaysans faisaient rouler sur les Français des roches et des sapins. Les Piémontais ne perdirent pas ' cinquante hommes , on compta dans l’armée française quatre mille morts et deux mille blessés; fatalité contraire à l’issue des autres batailles, où le nombre des blessés surpasse toujours celui des morts. Lasminas dont les ' conseils n’avaient pas été suivis, cantonna ses troupes dans le comté de Nice.

6. En Flandre le maréchal de Saxe se proposait toujours d’assiéger Maslricht. Les Hollandais ayant perdu celle ville auraient probablement demandé la paix avant l’arrivée de l’armée russe. Les alliés restant retranchés auprès de cette place , ce siège ne pouvait s’entreprendre avec espoir de succès. On résolut d attaquer Berg-op-Zoom . Le comte de Lovvendal fut chargé de ce siège. Les alliés et les Irançais, les assiégés et les assiégeans regardaient de concert l’entreprise de Loweudal comme ne pouvant réussir.

Lowendal ouvrit la tranchée entre l’Escaut et les inondations de la Soom. Uüe armée hollandaise se présente. Elle campait aux environs de Bois-le-Duc. Lowendal se^ fortifia par de bons retranchemens , veillant avec attention aux raouvemens des ennemis.

Ils n’en firent aucun. Le corps de la place était battu en brèche dès les premiers jours de septembre, le commandant ne parlait pas de capituler. La mauvaise saison approchait.

Lowendal livre un assaut général le 16 septembre. Les grenadiers pénètrent sur le rempart. Tous les bastions du corps de la place sont surmontes par les drapeaux du vainqueur. Maître d’une place dont la conquête avait coûté beaucoup de sang, il ne fut pas possible d’empêcher le soldat de piller Berg-op-jt^oom.

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Louis , recevant les détails de celte expédition, 1747 créa Lowendal maréchal de France.

Par le dénombrement des prises maritimes faites cette année , on trouva que les Anglais avaient enlevé six cent quarante navires français ou espagnols. Les Français avaient fait cinq cent cinquante prises sur les Anglais.

Quel fléau pour les peuples Toutes les nations souffraient. Toutes avaient un égal besoin, d’une paix prochaine. La France gagnait d’un côté et perdait de l’autre. Son commerce périssait , ses colonies étaient exposées. Les maréchaux de Saxe et de Bellelsle étalent venus à Versailles à l’entrée de l’hiver; ils assistaient à tous les conseils dans lesquels se discutaient les moyens de cônlinuer la guerre si les conférences, alors transférées à Aix-la-Chapelle, ne parvenaient pas à rétablir la paix.

7. Gênes avait repoussé ses ennemis. Son territoire était absolument dévasté. Les Génois comptaient parmi leurs disgrâces la perte de l’ile de Corse. Les insulaires voyaient dans la détresse de Gênes , les moyens d’affermir leur indépendance. On a vu comment le prince de Wirtemberg était parvenu à rap-, procher les Corses des Génois. Un traité fut conclu sous le médiation de l’empire ; le sénat, au mépris de cette pacification , avait fait arrêjcr quatre chefs des Corses : Giâlferi, Ciac-

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«74/ caldi , Aitelli ei Simon Rosaëlli ; ils furent enfermés dans la citadelle de Savone. Cette violence embrasa l’île entière d’un feu nouveau. La cour de Vienne regardait l’emprisonnement des quatre Corses , comme un outrage envers l’empereur : le sénat fut contraint de leur rendre la liberté ; de retour dans leur patrie , ils exaspéraient les Corses. La mort du roi de Pologne avait forcé la cour de Vienne à retirer ses troupes de cette île : les insurgés dominèrent alors. Les Génois, battus en plusieus rencontres, se renfermaient dans leurs places maritimes.

Une assemblée générale , sous le nom de consulta, se tint dans Corté ; l’ilidépendance de l’ile y fut prononcée. On établit un conseil d’état composé de douze sénateurs , présidés par deux premiers magistrats annuels sous le nom de primats. Louis Giafferi et André Ciaccaldl obtinrent cette dignité. Le nouveau gouvernement aurait bientôt prévalu , si la niésintelligeuce ne s’était mise parmi les Corses. La souveraineté de Corse devenait à charge au sénat de Gênes , il se proposait de la céder au roi d’Espagne -, cette négociation avançait, lorsqu’on vit paraître dans l’ile le baron de NeukofF, dont la royauté éphémère y causa une singulière révolution par ses circonstances romanesques.

C’était un pauvre baron de Westphalie,

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venu à Paris dans sa jeunesse pour y chercher 1747 Ja fortune. 11 devint successivement page de la duchesse d’Orléans , capitaine au régiment de la Marck, colonel au service d’Espagne, et collaborateur de Jean Law durant le système : la chute soudaine de Law ayant détruit les espérances du baron westphalien , il parcourait les cours de l’Europe, échappant aux poursuites de ses créanciers , en changeant fréquemment de nom. Un moine dont il fit connaissance à Gênes, lui procura des liaisons avec les Corses ; il forma le dessein de devenir roi de cette île.

Beau parleur comme presque tous les aventuriers, Neukoff exagérait les forces départies par la nature à l’île de Corse, et combien, si les insulaires avaient à leur tête un homme habile et accrédité, il leur serait facile d’abattre la tyrannie des Génois. GialTeri , ('iaccaldi, Rosaëlli et Âitelli ayant obtenu leur liberté , Neukoff se donne pour l’instrument des volontés de la cour de Vienne. Le sénat de Corse pria Neukoff de le protéger contre les entreprises ultérieures du sénat de Gênes.

Ce fut le sujet d’une négociation ; le moine auquel le baron wCstphalien s’était d’abord adressé, conduisait cette correspondance; l’anarchie déchirait la Corse depuis la Consulta de Corté; plusieurs membres du sénat

1747 engagèrent Neukofl' à venir gouverner l’île. Le baron accepta leurs offres avec dignité, les exhortant à préparer les pièces à le recevoir, tandis qu’il engagerait les cours de Paris , de Londres et devienne, à garantir l’indépendance de l’île. Cette prétendue négociation exigeait un temps considérable j le nouveau roi ayant erré long-temps sans trouver des ressources, réussit dans Madrid à se faire écouter par un envoyé de Tunis. Muni des lettres de recommandation de cet envoyé , il passe en Afrique. Le dey de Tunis auquel il promet d’assujétir la Corse, lui confie un vaisseau de dix canons , quatre mille fusils , mille sequins, quelques provisions, et lui permet de former son équipage d’esclaves chrétiens rachetés par la régence.

NeukofF met à la voile , entre dans le port de Livourne sous pavillon anglais , vend son vaisseau, garde la poudre, les canons, les fusils et passe en Corse sur un navire anglais chargé de toute sa fortune. Il prend terre à la rade d’Aléria le i 5 mai 1756, vêtu d’un habit à la grecque couleur écarlate doublé d’hermine. Les Corses avec lesquels il avait vécu à Gênes , prévenus de son arrivée , vinrent le recevoir à la descente de son vais< seau ; ils l’accompagnèrent au château de Campoloro, ou les évêques d’Aléria faisaient

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leur résidence. 11 y vécut en monarque, rc- 1-47 cevant avec dignité ceux qu’on lui présentait; ses canons, ses fusils, sa poudre, devenaient la preuve et le sceau de sa puissance. Une Con^«/fa générale , convoquée dans Alésani, l’élut roi de Corse sous le nom de Théodore I*''.

Ayant signé l’acte de son élection, il fut couronné dans l’église des Récollets de Lavagua.

L’or et les diamans ne brillèrent pas dans cette cérémonie, on plaça sur la tête du nouveau roi une couronne de laurier et d’olivier.

Portée sur les bras des chefs de la nation , il fut montré à la multitude; elle remplissait les airs de ses cris d’allégresse.

Théodore eut une cour, des secrétaires d’état, une compagnie des gardes et tout l’appareil de la royauté. Des monnaies de cuivre et d’argent furent- frappées à son ct^n, les curieux en gardent dans leur cabinet; elles portaient d’un côté une couronne soutenue de deux palmes avec ces lettres onciales T. R, et ces mots au revers , Pro bono publico regni Corcicœ , au milieu, le prix de la pièce de monnaie en langue italienne.

A la fabrication des monnaies , Théodore joignit la fondation d’un ordre de chevalerie , sous le titre d’ordre delà Délivrance. Il en décora les principaux oiTiciers civils et militaires. Un édit solennel autorisa tous les Corses Tome IX, , 26

1747 à chasser, à pêcher, à faire du sel , et à jouir de tous les privilèges dont les Génois le»

avaienl dépouillés. Un second édit ordonna la confiscation des biens possédés parles Ge'nois, en Corse.

Celte spoliation , consacrée en partie à former le domaine de la couronne , aurait procuré au monarque des ressources indépendantes, et adermison trône. Le nouveau roi ne fit pas cette attention. Cette faute eut pour lui des suites fatales. Les dépenses auxquelles il se trouvait assujetti, épuisèrent bientôt son petit tiésor. A peine sur le trône depuis six mois , il se voyait réduit aux extrémités de l’indigence, plus fiicheuses pour le prince que pour les particuliers. Obligé de couvrir son embarras par divers stratagèmes, sa conduite éveillait la méfiance. Des circonstances particulières ne lui permettaient pas de proposer la création d’une liste civile en faveur de la couronne.

Sou parti est pris tout à coup ; ayant rassemblé à Sartene les chefs des Plèves*(i), il leur communique sa résolution d’aller vendre ses propriétés en Allemagne , et chercher les secours dont son royaume avait besoin. Les Corses , frappés de cet excès de bienveillance, l’accompagnaient au rivage , le comblant de

( 1 ) On donnait ce nom aux cantons de la Corse.

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béaédictions. 11 s’embarqua à la rade d’Aléria 1747 à la fin de novembre , sur un navire de Sainl-Tropès, prit terre à Livourne, voyagea à Rome, a Turin, à Paris, à Amsterdam.

Quelques Hollandais lui laissaient l'espoir de former dans cette dernière ville une compagnie de commerce à laquelle serait concédé le privilège exclusif de tirer l’huile d’olive de Corse. On lui fournit quelques fonds; ils furent dépensés avec trop de promptitude. Un de ses créanciers le fit arrêter.

Dans celte circonstance , Louis XV , craignant que la Corse se donnât aux Espagnols ou aux Anglais , avait envoyé dans l’ile une armée française aux ordres du comte de Boissieux. La régence était exercée par Louis Giaféri , Pierre Gaffurio , le chanoine Orticoni , et Hyacinthe, père du célèbre Pascal Paoli. Le général français proposait des termes de pacification entre les Corses cl les Génois; ils furent rejetés. Le gouvernement corse envoya un mémoire à Louis XV , dans lequel se trouvait cette phrase finale : Si vos ordres nous obligent à obéir aux Génois , nous boirons ce calice amer , et nous mourrons. •

Théodore parut alors avec un appareil de puissance capable d’affermir sa fortune, si son arrivée avait prévenu celle des Français dans

>74/ J lie. Ce monarque venait de sortir de prison par un événement extraordinaire. Une compagnie de marchands paya ses dettes , et lui prêta cinq millions. 11 promettait de remettre au choix «le cette compagnie , la ville de San-Fiorenzo ou celle de Porto-Vecchio , pour devenir I entrepôt du commerce de Corse. 'I héodore employa son argent à armer une frégate et trois navires marchands, chargés d’armes, de poudre, et de diverses marchandises nécessaires aux Corses.' La célérité de cette expédition fit considérer la compagnie hollandaise comme préte-nom de quelque puissance intéressée à contrarier les vues de la cour de France.

Ihéodore, avec sa petite escadre, aborde au mois de septembre 1707 au port de Sarraco. Toute l’île fut en rumeur. Tous les montagnards corses voulaient combattre sous les drapeaux de leur roi. Boissieux fait publier un ban. II portait dél’cnseaüx Corses, sous peine de mort , de communiquer avec le baron de NeuholF. Sa tète-rst mise à prix. Théodore, n’osant prendre terre, tint conseil avec les régens. Il fut convenu d’assiéger Ajaccio , par mer et paV terre. Luc d’Ornano se chargea des travaux du côté de terre. Le roi deCorse devait bloquer le port avec son escadre. Huit mille Corses se présentent. Ils attendaient un trtiiu

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d artillerie embarqué sur les vaisseaux de Théodore. Au moment où on les portait sur le rivage , I escadre, battue par un coup de vent, est jetée dans le golfe de Naples,. Les avaries des vaisseaux forçaient le monarque d’entrer dans la rade. 11 fut arrêté contre le droit des gens. Le gouvernement napolitain confisqua ses vaisseaux. Théodore s’échappe de sa prison. Dépourvu de ressources j il n’éssaya pas de rentrer dans son royaume. Un navire anglais le porta à Londres. Triste jouet de la fortune , il y traîna dans l’obscurité les restes de sa vie. Les Anglais gravèrent ces mots sur son tombeau : Ci-gît un homme heureux et malheureux. La fortune le gratifia d’une couronne, et lui refusa du pain..

Hyacinthe Paoli et Giafféri , nommés magistrats annuels, assemblaient tous les Corses en état de porter les armes. La cour de France envoya à Boissieux un renfort de quatre réginicns d’infanterie, sur une petite escadre.

File fut dispersée, par un coup de vent. Quelques vaisseaux s’échouèrent dans lu rade de Livourne. Les autres se brisèrent sur les rochers de l’ile de Corse. Les soldats échappés du naufrage tombèrent dans les mains des Corses. Us furent dépouillés. Ce malheureux événement, affectant douloureusement le général français , hâta sa mort , dont sa faible

4 o 6 mST. DE FR. 11». PART. LIV. XXXI.

17/17 coTTiplcxion le menaçait. 11 mourut à l’aslia le 1®'' février 1739.

Pendant la guerre de 1740, Louis XV retira ses troupes de Corse. Un génois, nommé Dominique Pivarola, se flatta de succéder à . ISeuhofl'. Elu général des Corses, en 174^^ il osa tenter le siège de Bastia, favorisé par une escadre anglaise. Les Génois forent contrains d’abandonner cette ville. Il se retirè- ' rent à Ajaccio et à Calvi. Le vainqueur arbora

les armes corses sur le donjon de Bastia. Un conseil de guerre fut tenu, auquel assistèrent les principaux ofSeiers de l’escadre britannique. Les sièges d’Ajaccio et de Calvi furent résolus. La mer déconcerta celte entreprise, comme elle avait déconcerté celle de Théodore. L’escadre anglaise, désemparée par une tempête , fut forcée de s’éloigner. Les Génois ' reprirent Bastia.

Deux manifestes furent alors publiés par la cour de France. Elle annonçait sa volonté d’envoyer en Corse une armée formidable.

Cette menace intimidait un grand nombre d’insulaires. Ils se montraient disposés à renouer les antiques liaisons entre l’île et les Génois, si elles ne contrariaient pas leur liberté. Les Génois , alors attaqués par les Autrichiens, rappelaient leurs troupes de l’île. Rivarola , favorisé par cette circonstance, assiège de

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nouveau Bastia. C'était le temps des choses inattendues. Gêues avait recouvré sa liberté. Le duc de Richelieu envoyait à Bastia un corps de troupes sous les ordres du comte de Cboiseul. Les Corses levèrent le si«'ge. On s’attendait à l’arrivée prochaine d’une armée française dans l’ile. Rivarola, présentant ou front ferme à l’adversité , concevait de nouvelles espérances , dans les momens où les hommes ordinaires désespèrent de la fortune.

11 vient à Turin , emploie les armes de l’éloquence à persuader au ministre d’Angleterre de défendre les Corses contre les Français.

Ses émissaires , répandus dans l’ile , exagèrent le Succès de sa négociatiôn. De retour en Corse J il trouve son armée considérablement augmentée. Il marchait vers Bastia. La mort le surprit. Ses projets furent enfermés dans sa tombe.

Francesco ÀlerioMatta fut élu général. Sous sa conduite , les Corses commencent le siège de Bastia, On leur avait envoyé de Turin, une artillerie considérable. Richelieu fit passer dans la place assiégée de nouveaux renforts , commandés par le marquis de Cursay. Matta levant le siège, se retira dans les montagnes.

riN DU TOKX NEUVIÈME.

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