HOTES
qid oû piNivait rattribier m fainit aisément lenurqaar. Je ne me rappelle qne la refratai anivaiit :
Petite reine de Tingt ans ,
Vous qni traitez si mal les gens ,
Vous repasserez la barrière.
Laire , laire , laire , bnlaire , laire , lanla.
Les faites des grands on oelles qae la méchanceté leur attribae cireolent avec la plus grande rapidité dans le monde , et s*y conservent comme une espèce de tradition histoilqne qne le provincial le plos obscar aime k répéter. Plos de quinze ans après c«t événement, j'entendais racontar k de vieilles dames, an fond de rAnveifne, tons les détails dn jour des révérences ponr le denil du feu roi , où , disait-on , la reine avait indécemment édaté de rire an nés des doclieises et des princesses sexagé< nairas fai avaient cm devoir paraître ponr cette cérémonie.
Le roi et les princes , ses frères , s'étaient décidés à profiter des avantages de Pinoenlation . ponr se préserver de la funeste maladie qui venait de faire succomber leur aïeul ;. mais l'utilité de cette nouvelle découverte n'étant pas alors généralement^ reconnue en France , beaucoup de gens à Paris furent très-alarmés du parti que venaient de prendre les princes ; ceux qui le blâmèrent hautement se plurent à en rejeter lont le tort sur la raine , qui seule avait pu , disait-on , se permettre de donner nn conseil anssi téméraire , l'inocniatlon étant déjà établie dans les cours du nord. Celle dn roi et de sea frères , faite par le docteur Jauberthou , eut heureusement un sneoès complet.
Le voyage de Marly, lorsque l'état de convalescence fui entièrement établi, devint aasez gai. On fit beaucoup de parties de cheval et de calèche. La reine eut l'idée de se donner une jouissance fort innocente ; jamais elle n'avait vu le lever de l'aurore ; comme elle n'avait pins d'antre permission è obtenir que celle du roi , elle lui fit cminattra son désir. Il consentit h ce qu'elle se rendit , à trois heures du matin , sur les hauteurs des jardins de Marly ; et malheureusement, peu porté i partager ses plaisin , il fut se coucher. La reine suivit donc son idée ; m\» , comme elle prévoyait quelques inconvénients k cette partie de nuit , elle voulut avoir avec elle beaucoup de monde , et ordonna même k ses femmes de la suivre. Tonte précaution était inutile ponr empêcher l'effet de la calomnie qui dès-lors cherchait à diminuer l'attachement général qu'elle avait inspiré. Peu de jours après, il circulait h Paris le libelle le plus méchant qui ait paru dans les premières années du règne. Ou peignait sous les plus noires couleurs une partie de plaisir si innocente , qu'il n'y a point de jeune ïemme , vivant à la campagne , qui n'ait cherché k se la procurer. \a pièce de vers qni parot k cette occasion éUit intitulée : Le lever de l*awrore.
Le duc d'Orléans , alors duc de Chartres , était du nombre des personnes qui accompagnaient la jeune rein» h cetie promenade nocturne : il paraissait , à cette époque, tres-occupé d'elle; mais ce fat le seul instant de sa vie où il y eut quelque rapprochement d'intimité entre la reine et ce prince. Le roi n'aimait pas le caractère du duc deChartrea, et la reine le tint loujonn éloigné de sa société particulière. C'est donc
MHS aocooe espèce de probabilité que quelques écrivains ont allnbvé à des seaiimeals de jaloosie on d'amonr-propre blessé la haine qo*il a manifeslée contre la reine dans les dernières années de lear existence.
Ce fat è ce premier voyage de Marly qne panit ï la oonr le joaillier Brebaur, dont rineptie et la eopidité amenèrent, dans la soite, TéTénement qoi {lorta l'atteinte U pins foneste an bonbenr et à la gloire de Marie- Antoinette. Cet hooune avait réoni, k grands frais, six diamants, en forme de poires, d*ane grossenr prodigiense; ib étalent parfaitement égaux et de U plus belle ean. Ces bondes d*oreUles avaieni élë destinées è la comtesse Dnbarry, avant la mort de Lonis XV.
BflBhmer, recommandé par plnsieore personnes de la oonr, vint présenter son éaia b la reine : il demandait qnatra cent mille francs de cet i^el; la jenne prineesse ne put résister an désir de Tacheter ; et le roi , venant de porter k eent mille éens par aa les fonds de la cassette de la reine , qni , sons le règne précédent , n'était qne de deix cent mille livres , elle voulut filtre cette aequisttlon snr ses économies , et ne point grever le trésor royal du paiement d'un objet de pure fantaisie : elle proposa à Bmhmer de retirer les deux boutons qui formaient le haut des girandoles, pouvant lei remplacer par deax de ses diamants. H y consentit, et rédoisit les gtnndolesà trois cent soixante mille fraues , dont le paiement fut réparti en différentes somaBes et a^ quitté en quatre ou cinq années par la première femme de la reine , chargée des fonds de sa cassette. Je n*al omis aucuns détails sur cette première aoquisluon , les croyant très-propres à jeter un vrai jour sur l'événement trop fameux du eollier, arrivé vers la fin du règne de Marie- Antoinette. Ce fut aussi à ce premier voyage de Bfarly que madame la duchesse de Chartres , depuis duchesse d'Orléans , introduisil dans l'intérieur de la reine mademoiselle Bertin, marchande de modes, devenue fameuse par le changement total qu'elle introduisit dans la parure des dames fraaçalses.
On peot dire que l'admission d'une marchande de modes ehes la reine fut suivie de résultats ncheux pour Sa Majesté. L'art de .la marchande, reçne dans -l'taitériear en dépit de l'usage qui en éloignait sans exception toutes les perBonnes de sa classe, lui facilitait les moyens de faire adopter chaque jour quelque mode nouvelle. La reine, jusqu'à ce moment, n'avait développé qu'un goAt fort simple pour sa toilette; elle commença à en faire une occupation principale; elle fut naturellearent iaritée par toutes les femmes.
On vouLiitè l'InsUnt avoir la même parure que la reine, porter ces plnmes, ces , gniriandes auxquelles sa beauté , qui était alors dans tout son éclat, préuit nn cbarme infini. La dépense d«s jeunes dames fut extrèaMment augmentée; les mères et les maris en murmurèrent; quelques étourdies contractèrent des dettes ; il y eut de flcheuses scènes de fimille, plusieurs ménages refroidis on bronlllés; et le bndt géMni fut qne la reine rninenit tontes les dames frenfsises.
Le costume changea successivement, et les coiffures parvinrent h un tel degré de hauteur, par l'échalhudage des gaies, des fleun et des plumes, qne les femmes ne trouvaient plus de voitures asseï élevées pour s'y placer, et qu'on leur voyait son-» vent pencher la tète on la placer h k pMtière. D'antres prirent le parti de s'agenonil-
1er pour Béiiaf er, d'âne mnièit eneore ptos tire , le ridicvle édifice dont elles étaient snrdiargées. Dee earkitaras sans nombre exposées parfont, et dont qneiqnes-nnes rappelaient nialielevienient ]es traits de la sonveraine, attaqaèrent inutilement l'exagératlon de la mode; elle ne changea, comme cela arrive toiyonrs, qat par la senle inflnence de rinconstance et'dn temps.
L'habillement de la prineeise éuit nn cbef-d*OBQtre d'étiquette; tout y était réglé. La dame dlionnenr et la dame d'atoun, toutes denx si elles s*y tfouralent ensemble, aidées de la première fenune et de denx femmes ordinaires , faisaient le serrîee principal ; mais il y STait entre elles des distinctions. La dame d*atours passait le jupon , présentait la robe. La dame d*bonnenr versait Tean pour laver les mains , et passait la ebemise. Lorsqu'une princesse de la famille royale se trouvait h l'habillement, la dame d*b<Hmenr lai cédait cette dernière fonetion , mais ne la cédait pas directement aux princesses du sang; dans ce cas , Ui dame d'bonneor remettait la ebemiie h la première femme , qui la présentait h la princesse du sang. Chacune de ces dames observait scrupuleusement ces usages comme tenant à des droits. Un jour d'hiver, il sn riva que la reine , d^è toute déshabillée , était au moment de passer sa chemise; je la tenais tonte dépliée; bi dame d'bonnenr entre , se bâte d'éler ses gants et prend la chemise. On gratte h la porte, on ouvre; c'est M"* la duchesse d'Orléans; ses ganis sont Atés, elle s'avance pour prendre la chemise , mais h dame d'bonnenr ne doit pas la lui présenter; elle me la rend , je la donne k la princesse; on gratte de nouveau : c'est Madame , comtesse de Provence; la duchesse d'Orléans lui présente bi chemise. La reine tenait ses bras croisés sur sa poitrine et paraissait avoir froid. Madame voU son attitude pénible, se contente de jeter son mouchoir, garde ses gants, et, en passant la chemise, décoiffe bi reine , qui se met h rire pour déguiser son impatienoe , mais après avoir dit plusieurs fois entre ses dents : Ceêi odieux! fueUe importMité!
Cette étiquette , gênante è la vérité , éUlt calculée sur la dignité royale , qui ne doit trouver que des serviteurs , h commencer même par les frères et les soeurs du monarque.
En parlant id d'étiquette , je ne veux pas désigner cet ordre majestueux établi dans tontes les cours, pour les jours de cérémonies, ie parle de cette règle minutieuse qui poursuivait nos rois dans leur intérieur le plus secret, dans leurs heures de souffrances, dans celles de leurs plaisirs, et jusque dans leurs infirmités humaines les plus rebutantes.
Ces règles serviles étaient érigées en espèce de code ; elles portaient un Richelien, un La Rochefoocanlt , un Duras , h trouver dans l'exercice de leurs fonctions domestiques, Toceasion de rapprochements utiles è leur fortune ; et, pour ménager leur vanité , ils almaieut de^ usages qui convertissaient en honorables prérogatives le droit de donner un verre d'eau , de passer une chemise et de retirer nn bassin.
Des princes, accoutumés ài être traités en divinités, finissaient naturellement par croire qu'ils étaient d'une nature particulière , d'une essence plus pure que le reste des hommes.
Cette étiquette qui, dans la vie inténenre de nos princes, les avait amenés I se faire traiter en idoles, dans leur vie publique en faisait des victimes de toutes les cou-
venances. Marie-Antoinette tronta, dans le cMteaa de Yersaifles, ane fiwle d*isafes établis et révérés qui Inl {Mirarent insupportables.
Des femmes en charge , ayant prêté serment et vétoes en grand habit de cour, pMvaient seules rester dans la chambre, et servir conjointement avec la dame d'boniicar et la dame d'atours. La reine abolit tout ce cérémonial. Lorsqu'elle était coiflëe, elle saluait les dames qui étaient dans sa chambre , et , suivie de ses seules f^mes , elle rentrait dans un cabinet où se trouvait M'" Berlin « qui ne pouvait être admise daos la chambre. C'était dans ee cabinet intérieur qu'elle présentait ses nonveUes et mb- ' breuses parures. La reine voulut aussi se servir du coiffeur qui , dans ce momat, avait à Paris le plus de vogue. L'usage , qui interdisait i tout subalterne pourra d'oie charge d'exercer son talent pour le public , avait sans doute poor base de couper toute communication entre Tintérieur des princes et Ta société , toujours coriense de$ moindres détails de leur vie privée. La reine , craignant que le gofit dn collfesr ne se perdît en cessant de pratiquer son état , voulut qu'il continult à servir phisienrs fermes de la cour et de Paris ; ce qui multiplia les occasions de oonnaltre les détails de l'intérieur et souvent de les dénaturer.
Un des usages les plus désagréables était, pour la reine, eehii de dfner tous les jours en public. Marie Leckzinska avait suivi constamment cette coatiime bttfiBle. Marie-Antoinette l'observa tant qu'elle fut danphine. Le dauphin dtnaitavee elle, et chaque ménage de la famille avait tous les jours son dtner publie. Les huissiers laissaient entrer tous les gens proprement mis; ce spectacle faisait le bonheur des provinciaux. A l'heure des dtners, on ne rencontrait, dans les escaliers, que Ae braves gens qui , après avoir vu la dauphtne manger sa soupe , allaient voir les prioees manger leur bouilli , et qui couraient ensuite à perte d'haleine pour aller voir Mesdames manger leur dessert.
L'usage le plus anciennement établi , voulait aussi qu'aux yeux dn publie, les reines de France ne parussent environnées que de femmes; Téloignement des serviteurs de l'autre sexe existait même aux heures des repas pour le service de table ; et quoique le roi mangeftt publiquement avec la reine , il était lui-même servi par dès femmes pour tous les objets qui lui étaient directement présentés à table. La dame d'honneur, h genoux , une serviette posée sur le bras , et quatre femmes en grand habit , ptèsentaient les assiettes an roi et ii la reine. La dame d'honneur leur servait à boife. Ce service avait anciennement appartenu aux 6Iles d'honneur. La reine, à son tvéaement au trône , abolit de même cet usage ; elle se dégagea aussi de la nèeessité d'être suivie , dans le palais de Versailles, par deux de ses femmes en habit de cour, anx heures de la journée où les dames n'étaient plus auprès d'elle. Dès-lors elle m fut plus accompagnée que d'un seul valet de chambre et de deux valets de pied. Toutes les fautes de Marie- Antoinette sont du genre de celles que je viens de détailler. La volonté de substituer successivement la simplicité des usages de Vienne à eeux de Versailles lui fut plus nuisible qu'elle n'aurait pu l'imaginer.
La reine parlait ii l'abbé de Vermond des iroportunités sans cesse renaissantes doit elle avait ii se dégager, et je remarquais qu'après l'avoir écouté , elle se jetait avec complaisance dans les idées philosophiques de la simplidlé sons le diadème , de la
«mfbmee paternelle dam des sujets dèrooés. Ce don romande la royaoté, qa'il n'est pas donné i tons les sou? erains de réaliser, flattait singnllèrenent le ecsar tendre et la jeone imagination de Harie-Antolnette.
Elevée dans one cour où la simplicité s'alliait avec la majesté ; placée à Versailles entre une dame d'honneur importune et un conseiller imprudent, il n'est pas étonnant que , devenue reine , elle ait voulu se soustraire i des contrariétés dont elle ne jugeait pas l'indispensable nécessité : eelte erreur tenait k une vraie sensibililé. Cette iafortonée princesse , contre laquelle on est parvenu fe soulever l'opinion du peuple français , possédait des qualités dignes d'obtenir la plus grande popularité. En douterait-on si , comme moi , on l'eât entendue raconter avee délices les deuils des iMBurs patriarcbales de la maison de Lorraine? Elle disait qu'en les transportant en Antriehe, ees princes y avaient fondé IMnattaquable popularité dont jouissait la famille impériale. Elle m'a souvent raconté de quelle manière touchante les ducs de Lonaine levaient les impôts. Ce prince souverain se rendait à l'église, me disait-elle; après le prône , il se levait , agitait son chapeau en l'air pour indiquer qu'il allait parler, et disait ensuite quelle était la somme dont il avait besoin. Tel éuit le lèle des bons Lorrains , qu'on avait vu des hommes dérober, ^ l'insu de leurs femmes , le linge ou quelques ustensiles de ménage , et aller vendre ces objets pour augmenter la contribution ; aussi arrivait-il souvent que le prince recevait plus d'argent qu'il n'en avai\ demandé ; alors il laisait rendre le surplus.
Tons ceux qui connurent les qualités privées de la reine , savent qu'elle méritait auUnt d'estime que d'attachement; bonne et patiente jusqu'à l'excès dans les détails de son service , elle appréciait avee indulgence toutes les personnes qui lui étalent attachées , s'occupait de leur sort et même de leurs plaisirs. Elle avait parmi ses femmes de jeunes filles sorties de la maison de Saint-Cyr , et toutes fort bien nées ; la reine leur interdisait le spectacle , lorsque les pièces ne lui paraissaient pas d'une moralité convenable ; quelquefois , lorsqu'on représentait d'anciennes comédies , sa mémoire se trouvant eu défaut pour les juger, elle prenait la peine de les lire dans la matinée , et prononçait ensuite si les demoiselles pouvaient aller au spectacle , se regardant avec raison comme chargée de veiller aux mœurs et k la conduite de ces jeunes personnes.
Je trouve du plaisir ii pouvoir consigner ici la vérité sur deux qualités estimables que la reine possédait au plus haut degré , la sobriété et la décence. Elle ne mangeait habituellement que de la volaille rétie ou bouillie , et ne buvait que de l'eau. Elle ne témoignait de goût particulier que pour son café du matin , et une sorte de pain auquel elle avait été accoutumée dans son enfance à Vienne.
Sa modestie était extrême dans tous les détails de sa toilette intérieure ; elle se baignait vêtue d'une longue robe de flanelle boutonnée jusqu'au cou ; et , tandis que ses deux baigneuses l'aidaient i sortir du bain , elle exigeait que l'on tint devant elle un drap assez élevé pour empêcher ses femmes de l'apercevoir. Cependant un nommé Soulavie a osé écrire ^dans le premier volume d'un ouvrage des plus scandaleux, que la reine était d'une effroyable immodestie; qu'elle se baignait nue, et qu'elle avait reçu dans cet eut un éedésiastiqne vénérable. Quel cblUment ne de-
Tnit-oa pas {nfliger k des Ifbelllstes qui osent voelolr donner i leurs perfides Mensonges le caractère de Mémoires historiques !
AFFAIRE DU COLLIBR.
Pen de temps après le mouTement donné k Tesprit pnbUo par la représentation da Mariage ée FI§9ro, une intrigue soorde, combinée par des escrocs, et qui se pnparait dans Tombre d'une sodété corrompue, devait essentidlement attaquer le caraâéR de la reine , et porter Tatteinte la plus directe è la majesté dn trdne et an respect qui lui est dâ.
Je Tais parler de cette fameuse intrigue du collier acheté , disait-on , poar la reine, par le cardinal de Rohan. Je n*omettrai pas une seule des dronnstanoes qui ont été k iha connaissance : les moindres détails prouveront è quel point la reine devait llie éloignée de craindre le coup qui la menaçait, et qu'on doit attrilmer h une filafilé que la prudence humaine ne pouvait prévoir, mais dont, h la vérité, elle pouvait se dégager avec plus d'habileté.
J*ai dit qu'en 1774 la reine avait acheté, dn joaillier Boehmer, des girandoles de trois cent soixante mille francs, jes avait payés sur les propres fonds de sa casaetie, et avait mis plusieurs années k effectuer ce paiement. Depuis ce temps , le roi lui avait fait présent d'une parure de rubis et de diamants blancs, puis d'une paiie de bracelets de deux cent mille francs. La reine , après avoir fait changer la forau de ses parures de diamants blancs , avait dit è Boefamer qu'elle trouvait son ecrin asseï riche, et ne voulait plus y rien ajouter; cependant ce joaillier s'occupait, depuis plusiencs années , de réunir un assortiment des plus beaux diamants eu circulation dans le conh meree, pour en oomjioser uu collier k plusieurs rangs, qu'il se proposait de biie acheter à Sa Uigesté; il l'apporta chez M"* Campan , la priant d'en parler h la rdne, pour lui donner le désir de le voir, et d'en faire l'aquisition. M** Campan refusa de lui rendre ce service, et lui dit qu'elle sortirait des bornes de son devoir, si elle se permettait de proposer h la reine une dépense d'un million de francs , et qu'elle ne croyait pas même que la dame d'honneur ni la dame d'atours voulussent se charger d'une semblable commission. Bœhmer obtint , du premier gentilhomme d'année de semée chez le roi , de présenter cette superbe parure a Sa Majesté, qui en fut si satisfaite, qu'elle désira en voir la reine ornée , et fit porter l'écrin ches elle ; mais la reine l'assura qu'elle serait très-affligée qu'on fît une dépense aussi considérable poar an pareil objet ; qu'elle avait de beaux diamants ; qu'on n'en portait plus à la coar, que quatre ou cinq fois par an; qu'il fallait renvoyer ce collier; et que la oonstmetion d'un navire était une dépense bien préférable h celle que l'on proposait. Bcohmer, désolé de voir son espérance trompée, s'occupa, dit-on, de faire vendre son collier dans quelques cours de TEurope , et n'en trouva pas qui fât di^osée ï faire l'acquisition d'un objet aussi cher. Après cette tentative infructueuse , Bœhmer fit eneore proposer au roi d'acheter son collier de diamants, partie en paiement h diverses échéances, et partie en rentes viagères; on fit envisager ses propositions eonune très-
aTsaUgenses , et le roi en parla de noaveau à la reine ; ce fut en ma prince. Je me sooTiens que la reine lui dit que , si réellement le marché n'était pas onéreux , le roi ponvait faire cette acquisition , et conserrer ces colliers pour Pépoqne des mariages de ses enfants , mais qu'elle ne s*en parerait jamais , ne voulant pas qu'on pût lui reproeher, dans le monde , d'avoir désiré un objet d'un prix aussi excessif; le roi lui répo»dtt qne ses enfants étaient trop jeunes pour faire une dépense qui serait augmentée par le nombre des années où elle resterait sans utilité, et qu'il refuserait définitivement eette proposition. Bœhmer se plaignit li tout le monde de son malheur ; et des gens raisonnables lui reprochaient d'avoir réonl des diamants pour une somme si eonsldérable , sans avoir en le motndre ordre I ce sujet. Cet homme avait acheté la cbarge de joaillier de la couronne , ce qui lui donnait quelques entrées ^ la eour. Après plusieurs mois de démarches inutiles et de vaines plaintes , il obtint unç audience de la reine, qui avait auprès d'elle la princesse, sa fille; Sa Majesté ignorait pour quel sujet Bœhmer avait demandé cette audience , et ne croyait pas que ce fût pour lui reparier d'un bijou deux fois refusé par elle et par le roi.
Bœhmer se jette à genoux , joint les mains , pleure , et s'écrie : « Madame , je sais mille , déshonoré , si vous ne m'achetez mon collier. Je ne veux pas survivre à tant de malheurs; adieu , madame , je pars pour aller me jeter dans la rivière. — Levez- Tons , Bœhmer, lui dit la reine avec un ton assez sévère pour le faire rentrer en loimérae , je n'aime pas de pareilles exclamations , et les gens honnêtes n'ont pas besoin de supplier à genoux. Je vous regretterais si vous vous donniez la mort , comme on insensé auquel je prenais intérêt , mais je ne serai nullement responsable de ce malheur. Non-seulement je ne vous ai pas commandé l'objet qui , dans ce moment , causa Yotre désespoir, mais toutes les fois que vous m'avez entretenue de beaux assortiments , je vous ai dit que je n'ajouterais pas quatre diamants à ceux que je possédais. Je vous ai refuse votre collier, le roi a voulu me le donner; je l'ai refuse de même, ne m'en pariez donc jamais. TJkchez de le diviser et de le vendre , et ne vous noyez pas. Je vous sais très-mauvais gré de vous être permis cette; scène de désespoir en ma présence et devant cet enfant. Qu'il ne vous arrive jamais de choses semblables; sortez. Bœhmer se retira désolé , et l'on n'entendit plus parier de lui.
Pendant que la reine était en couches de madame Sophie , elle me dit que M. de Saint-James l'avait fait prévenir que Bœhmer s'occupait encore de la vente de son ooUier, et que Sa Majesté devait, pour sa propre tranquillité, chercher b savoir ce ifoe cet homme en avatt fait; elle me recommanda de ne point oublier, la première fou que je le rencontrerais, de lui en parler, sous prétexte d'intérêt pour lui. Je le vis peu de jours après', et lui ayant parié de son collier, il me dit qu'il éUit bien heureux , qu'il avatt vendu cet objet à Gonstantinople , pour la sultane favorite. Je rendis cette réponse à la reine , qui en fut charmée , mais qui ne concevait pas qu'on achetât , k Paris , des diamants pour le grand-seigneur. Depuis longtemps , la reine évitait de voir Bœhmer, dont elle craignait la tcte exaltée; et son valet de chambre , joaillier, était seul chargé des réparations à faire h ses parures. A l'époque du baptême de monseigneur le duc d'Angouléme , le roi lui fit présent d'une épaulelte et de boucles de diamants , et fit donner à Bœhmer l'ordre de remettre ces objets à la reine; T x?i. 42
U les lui préseou k rbeure où Sa Majesté reveiuit de la messe , et loi loiit e néme temps une lettre tu forme de plaeet. U disait à la reine, dans cet écrit* fB\i éuil henreux de la voir en possession des pins beaux diamants conuos em Ear^ft, et qo'il priait la reine de ne point Tonblier. La reine lat tout bant ee fw in avait écrit Bflphmer, et B*y vit qu une preuve d'aliénation d'esprit , ne co^cetaat pas comment il lui faisi|it compl|mei)t pour U beauté de ses dlaornats, e( lai éaifait ppur la prier de ne pas l'oublier; elle |)rû|a ce papier k une bougie qni f« tnipvtU allumée , ayant quelques lettres II cacheter , et 4it : « Gela ne vaut pas |a peine d'eue garde. > ^lle a depuis l^aupoup regrette pe plaeet énigmatiqufî. Après avoir bf«|é ce papier. Sa Majesté me dit : p Cet homme existe pour mon supplice ; U a loojpors qoéque fulle en tête; songez bien , la première fois que vous le v^rez, a lui dire qw je B*«ime plus les diamapts , que je B*ep achèterai plus de ma vie-, que s| j'av«i« à dépenser d« Targeat, j'agréerais bien mieux a^guleqter mei pwprteté^ de ^Uit-Gkvi par l'acquisition des terres qui les environnent ; entrez daps tpus ces détails afec hi, puor Ten convaincre , et les bien graver dans sa téie. • Je l^i ^eipandai si elle désirait que je le fisse venir chez moi ; elle n^e dit que nop . qu'il suffirait de saisir la premiore occasion où je le reucontrerais ; que la nioindrp démarche aupfes d'an pareil homme serait déplacée. Le 1" août» je quiuai Yéi^il^^^* V^'^ a^^f à ma maîssa de campagne ; dès |^ 3 , je vis arriver Bœhmer, qui , fort inquiet de n'avoir e» ao- « cuiie réponse de la reine , venait me demander si elle m'avait cliargée de quel^pe commission pour lui ; je lui ^pondis qu'elle ne m'en avait donne anaiiie , qa*cile n'avait rien a lui cppimaiider, et je r^péui fidèlement tout ce qi^'elle m'avait ordowê de loi dire. « Mais , me dit Bœhmer, la réponse a la lettre que je lui ai présealèe , I qui dois-je m'adresser pour l'obtenir? — A personne, lui dis-je; Sa Majesté a ))rûlé votre plaeet , sans même avofr compris ce que vous vouliez lui dire. — Ah l madame , s*écria-t-il ^ cela n'est pas possible; la reine sait qu'elle a de l'argoita pe donner. — De l'argent, M. Bœhme^ ! U y a longtemps qne nous avoos solde vos derniers comptes pour la reine. — Madame, vous n'êtes pas dans U oonSdeBce; w n*a pas soldé un homme qqe l'oii mipe en ne le payant pas* lonqa'qn loi don pies de qninse millions de francs. — Avez- vous perdu l'esprit, lui dis^eT Poi^r qad olijet la reine peut-elle vous ((evoif une somme si exorbitante ? — Pour mog pallier, vadame , me répondit froidemept Bœhmer. — Quoi , repris-je , ^ncore ce cpUier, peer lequel vpos avez inutilement tourmenté la reine pendant plusieurs années? Mais vois m'avez dit que vous l'aviez vendu pour Goustaniinoplè. — C'est la reine qui n'avait fait ordonner de faire cette réponse a tous ceux qui m*en parleraient , reprit ce fatal imbécile. Alors il me dit que la rein^ avait voulu avoir le collier, et le lui avait fait acl^eter par monseigneur le cardinal de Rohan. « Vous êtes trompe , m'éeriti-je l la reine n'a pas adressé la parole an duc de Roban depuis son retour de Yicnac^ ii n'y a pas d'homme plus en défaveur k la cour. — Vous êtes trompée vo madame, me dit Bœhmer ; elle le voit si bien en particulier, que c'est à Son ] qu'elle a remis trente mille francs , qui m'ont élo donnés pour premier à compte , et elle les a pris, en sa présence, dans le petit secréuire de poiftelaine de Sèvres fii est auprès de la dieminée de son boudoir. — Et c'est le cardinal qni voas a dit eeb?
^ Oai madame , Jm-métae. — Ah! quelle odieuse intrigoe, m'écriai-je! Hais à la Térilé , madame, je commence ^ être bien effrayé; car Son Eminence m'avait assuré qpiéi a reine porterait son collier le joor de la Pentecdte , et je ne le loi ai pas va ; c'est ce qui m'a décidé â écrire à Sa Hajesté. Ensuite , il me demanda ce qa'il devait faire. Je loi conseillai d'aller à Versailles, an lieu de retourner à Paris, d'où il veaaii en ce moment; d'obtenir de suite une audience du baron de BretenU, qui éuit ' son ministre, comme chef de la maison du roi, de prendre garde à lui; qu'il me paraissait fort coupable , non comme marchand de diamants , mais parce qu'ayant une dk^rge ^oi lui avait fait prêter serment de fidélité, il était impardonnable d'avoir agi snna des ordres précis du roi , de la reine ou do ministre. Il me répondit qu'il n'avait ins agi sans des ordres précis , qu'il avait toos les billets signés par la reine , et que Bièiae U avait été forcé de les montrer à plusieurs banquiers poor obtenir une prolongadîNi des époques de ses paiementa. Je pressai son départ pour Versailles; il m'assara qn'il s'y rendrait de suite : au lieu de suivre mon conseil , il alla chez le cardinal, et c'est de cette visite de Bcefamer que Son Eminence avait fait un mémento qui fut retroavé dans le tiroir d'un bureau que H. l'abbé Georgel n'avait pas visité , lorsqu'il . brâla , par l'ordre de Son Eminence , tous les papiers qu'elle avait à Paris. Ce meportait ces mots : « Aigourd'hui, 3 août , Bœhmer a été à la maison de cam- I de madame Gampan , qui loi a dit que Id reine n'avait jamais eu son collier, qa'il était trompé.» Lorsque Bœhmer fut parti, je voulus le suivre et me rendre la reine, à Trianon; mon beau-père m'en empêcha, et m'ordonna de laisser le Blnistre débrooiUer une pareille affaire ; que c'était une intrigue infernale ; que j'avais donné ]i Bœhmer l'avis le plus convenable , et n'avais rien de mieux li faire. Bœhmer, après avoir vo le cardinal, ne fut pas chez M. le baron de Breteoil, mais Il se présenta k Trianon , et fit dire k la reine que je lui avais conseillé de venir lui parier; on répéta ses propres paroles à Sa Hajesté , qui dit : « Il est fou , je n'ai nea ii lui dire , et ne veux pas le voir. > Deux ou trois jours après , elle me fit écrire de venir ii Trianon : je la trouvai seule dans son boudoir ; elle me parla de différents petits objets; et tout en loi répondant je songeais ao collier, et cherchais l'occasion de loi apprendre ce qot m'en avait été dit en dernier lieu , lorsqu'elle me dit : « Saves-voos qoe cet imbécile de Bœhmer est venu demander à me parler, en disant que vous le lui aviez conseillé? J'ai refusé de le recevoir, continua la reine, que me Tent-ilt Le savei-vousT» Alors je lui communiquai ce que cet homme m'avait dit, et qae je croyais ne pas devoir loi taire, quelque peine que j'éproovasse ^ l'entretenir de semblables infamies. Elle me fit répéter plusieurs fois la totalité de l'entretien qne j'avais en avec Bœhmer, se récria vivement sur la peine infinie que loi faisait la drenlation de faux billets signés de son nom ; mais elle ne concevait pas comment le cardinal se trouvait mêlé dans cette alfoire ; c'éuit un dédale pour elle, son esprit s'y perdait. Elle envoya )i l'instant chercher l'abbé de Vennond et le baron de Breteuil. Bfl^mer ne m'avait pas dit on mot de la femiAe de Lamotte , et son nom fut prononcé, pour la première fois, par M. le cardinal, ï l'interrogatoire qu'il subit chez le roi.
Pendant plusieurs joors , la reine concerta , avec le baron et l'abbé , ce qu'il conve-
nait de faire dans eeite arcoDstance. Malheoressement ane andenne et iDpbaUe haine contre le rardinal faisait de ces deax conseillers les hommes les plus propres à égarer Sa Mijesté dans le parti qn*elle avait ii prendre. Us virent antqoement \m ennemi perda ii la conr et flétri anz yenx de TEnrope entière , et ne jofèreat pas af« quels ménagements il fallait traiter une alTaire aussi délicate. Si M. le comte de ¥crgennes eflt été appelé par la reine pour Ini donner ses avis , son expérience des* choses et des hommes loi eût fait juger, dès le premier moment, qn*U fallait éiwftf nne intrigue d^escroqueri^ dans laquelle l'augaste nom de Marie Antoinette se treavait compromis.
Le 15 août, le cardinal, étant déjk revêtu de ses habits pontificaux , fit appelé i midi , dans le cabinet du roi , où se trouvait la reine. Le roi loi dit : Vous avei achelê des diamants h Bœhmer? — Oui , sire. — Qu*en avez-vous fait? — Je crojais qi'iis avaient été remis à la reine. — Qui vous avait chargé de cette commission? — Use dame appelée madame la comtesse de Lamotte-Valois , qui m*avait présenté une lettre de la reine, et j'ai cru faire ma cour à Sa Majesté en me chargeant de cette cobmission. Alors la reine Tinterrompit , et lui dit : « Gomment , monsieur, avei-vMS pu croire, vous h qui je n*ai pas adressé la parole depuis huit ans, que je vous choisissais pour conduire cette négociation , et par l'entremise d'une pareUle femme? — Je vois bien, répondit le cardinal, que j'ai été cruellement trompé; je paierai le collier; l'envie que j'avais de plaire k votre Majesté m'a fasciné les vevx ; je n'ai n nulle supercherie , et j'en suis fftché. » Alors il sortit de sa poche le portefeuille dias lequel était la lettre de la reine à madame de Lamotte, pour lui donner cette eommissMiB. Le roi la prit , et la montrant au cardinal , lui dit : • Ce n'est ni l'écritnre de la rciae ni sa signature; comment un prince de la maison de Rohan et un grand-anménierde France a-t-il pu croire que la reine signait Marie-Antoinette de France? PersoBBC n'ignore que les reines ne signent que leur nom de baptême. Hais , monsieir, ceslinua le roi , en lui présentant une copie de sa lettre à Bœhmer, avea-voas écrit aae lettre pareille à celle-ci? » Le cardinal , après l'avoir parcourue des yenx : « Je ne se souviens pas, dit-il, de l'avoir écrite. — ^ Et si l'on vous montrait l'original , sigat de vous? — SI la lettre est signée de moi , elle est vraie. — Expliqnei-nioi doue, continua le roi , toute cette énigme ; je ne veux pas vous trouver coupable; je desiie votre justification. Expliquez-moi ce que signifient toutes ces démarches anpfo de Bœhmer, ces assurances et ces billets. » Le cardinal» polissait alors k vue d'ceil, et, s'appuyant contre la table : — Sire , je suis trop troublé pour répondre h Votze Majesté d'une manière... — Remettez-vous, M. le cardinal , et passez dans mon cabinet , vous y trouverez du papier , des plumes et de l'encre ; écrivez ce que voas avez Il me dire... Le cardinal passa dans le cabinet du roi , et revint un quart d'heure après, avec un écrit aussi peu clair que l'avaient été ses réponses verbales; le roi dit akMs: Retirez-vous , monsieur. Le cardinal sortit de la chambre du roi avee le ban» de Breteuil, qui le fit arrêter par un sous- lieutenant des gardes-dn<orps , avecordiede le mener jusqu'à son appartement. M. d'Agoult, aide-major des gardes-dn-corps s'en empara ensuite , et le conduisit ii son hôtel et de là ï la Bastille.
Mais , pendant que le cardinal n'avait avec lui que le jeune sons-lientenaat de»
gardes , fort trooblé lai-méme d'avoir ài exécater on pareil ordre , Son Emmenée rencontra son heidoqne ài la porte du salon d*Hercale ; il lui parla en allemand , pois demanda au lieutenant s'il pouvait lui prêter un crayon ; Toffieier lui donna celui qn*il portait sor lui , et le cardinal écrivit k M. Tabbé Georgel, son grand-vicaire et wn ami , de brûler, k Tinstant même , toute la correspondance de madame de Lamotte , et , en général , toutes les lettres. Cette commission fut exécutée avant que M. de Crosme , lieutenant de police , eût reçu de M. le baron de Breteuil l'ordre de mettre les scellés sur les papiers du cardinal. La destruction de la totalité des correspondances de Son Eminence , et particulièrement de celle de madame de Lamotte , jeta une Impénétrable obscurité sur toute cette intrigue. Madame , belle-sœnr du roi , avait été Ja seole protectrice de cette femme , et cette protection s^était bornée à lui faire accorder une mince pension de douze ou quinze cents francs. Son frère avait été placé dans la marine royale , où le marquis de Chabert , auquel il avait été recommandé , ne put jamais en faire un officier estimable.
La reine chercha inutilement k se rappeler les traits de cette femme , dont elle avait entendu parler comme d'une intrigante qui venait souvent , le dimanche , dans la galerie de Versailles ; et lorsqu'il l'époque où le procès du cardinal occupait tonte la France , on mit en vente le portrait de la comtesse de Lamotte Valois. Si Majesté me dit , un jour où j'allais à Paris , de lui acheter cette gravure , que Ton disait asseï ressemblante , pour qu'elle vit si elle lui retracerait une personne qu'elle devait avoir aperçae dans la galerie.
Le père de cette femme de Lamotte était paysan k Antenil , quoiqu'il se nommât Valois. Madame de Boulainvilllers avait vu de sa terrasse deux petites paysannes assez jolies , portant avec peine de lourds fagots; le curé de la paroisse , qui se promenait avec elle , lui dit que les enfants avaient des papiers fort cnneux , et que sans anenn doute ils descendaient d'un Valois , bâtard des princes de ce nom.
Celte famille de Valois avait cessé de paraître depuis fort longtemps. Des vices héréditaires les avaient successivement jetés dans la plus grande misère.
J'ai entendu dire que le dernier de ces Valois connu avait occupé la terre de Gros- Bois ; que , venant rarement U la cour, Louis XIII lui demanda ce qu'il faisait pour rester toujours à la campagne ; et que ce M. de Valois se borna à lui répondre : Sire, je n'y dis que ce que je dois. Peu de temps après , on découvrit qn'il foisait à Gros- Bois de la fausse monnaie.
Aussitôt que la nouvelle de l'arrestation du grand aumônier fut répandue à Paris , H. le prince de G)ndé , qui avait épousé une princesse de la maison de Rohan , le maréchal de Soubise , madame la princesse de Marsan , jetèrent un cri d'indignation snr l'arrestation d'un prince de leur famille. Le clergé , depuis les eardlnaux josqn'anx jeunes séminaristes , ne contenaient pas l'expression de leur douleur pour la scandaleuse arrestation d'un prince de l'Eglise , et infiniment de personnes furent disposées k voir, sans aucune peine , l'humiliation de la eour pour une démarche aussi peo mesurée. Je dois suspendre ce que- je rapporte sur la fiimense intrigue du collier, pour parler de cette femme de Lamotte. Non-seulement la reine , mais toot ce qai approche Sa Majesté , B*avait jamais ea la moindre relation avec cette intrigante; et , dans son
procès , «Ha ii6 pnt Indiquer qa'im nommé Desdoe , garçon de b ebambre de la reine, auquel elle prétendait avoir remis le eollier de Bœhmer. Ce Desclos était on fort boanète homme; confronté avec la femme de Lamotte, il fot proavé qn^elle ne Tavail jamais vu ija^ime fois, chez la femme d'nn chirurgien aceoneheur de Versailles , qm était la seule personne chez qui elle allait à la cour, et qu*e!le ne lui avait point reans 1 e collier. Madame de Lamotte avait épousé un simple garde-du-corps de Monsleir ; elle logeait ï Versailles, dans un très-médiocre hdtel garni , ii la BeUe imegf; et Ton aie peut concevoir comment une personne aussi obscure était parvenue h se frire croire amie de la reine , qui, malgré son extrême bonté , n'accordait d'audience que trèsrarement , et seulement aux personnes titrées. Le procès du cardinal est trop conna potfr que j'en rapporte ici les détails. La chose la plus embarrassante pour lui fot l'entretien qu'il avait eu, en février 1785, avec M. de Saint- James, auqnd il avait confié les détails de la prétendue commission de la reine , et montré les engagements approuvés et signés Marie-Antq^ette de France. Le mémento , trouvé dans on tiroir du bureau du cardinal , où il avait écrit lui-même ce que Bœhmer lui avait dit après m'avoir vue ii ma campagne , dix jours avant d'être appelé dans le cabinet do roi , fut de même un incident fftchenx pour Son Eminence.
J'offris au roi d'aller déclarer que Bœhmer m'avait dit et soutenu que le cardinal Tavait assuré tenir, de la main même de la reine, les trois cent mille francs donnés comme à compte au moment où le marché avait été concfai , et que Son Eminenee avait vu Sa Majesté prendre cette somme en billets de la caisse d'escompte dans le secrétaire de porcelaine placé dans son boudoir. Le rot refusa ma proposition , et me dit : « Etiez-vous seule avec Bœhmer lorsqu'il vous a dit cela? » Je lui répondis que j'étais seule avec loi dans mon jardin. « Eh bien ! reprit-il , cet homme nierait le fait; le voilà assuré du paiement de ses seize cent mille francs, que la famille do cardinal sera tenue de lui faire; nous ne devons plus compter sur sa sincérité; vons auriez l'air d'être envoyée par la reine, et cela n'est pas convenable.
Le réquisitoire du procureur-général fut sévère pour le cardinal. La maison de Condé , celle de Rohan , la plus grande partie de la noblesse et la totalité du clergé, virent essentiellement dans l'affaire du cardinal de Rohan un attentat, les uns contre ?e rang du prince , et les autres contre les privilèges d'un cardinal. Le clergé demandait que l'affaire malheureuse du prince cardinal de Rohan fût envo^rée k la juridiction ecclésiastique , et M. l'archevêque de Narbonne , alors présidant rasseabiée du clergé, 6t, h ce sujet, des représentations au roi; les évéques écrivirent h Sa Majesté pour lui représenter qu'un simple ecclésiastique , qui serait impliqué dans l'affaire qui s'instnjisait, aurait le droit de réclamer ses juges naturels , et qœ ce droit était refusé k un cardinal sans supérieur dans l'ordre hiérarchique. Enfin le clergé et la plus grande partie de la noblesse furent, en ce moment, déchaînés contre l'autorité « et principalement contre la reine. Les conclusions du procureur-général et d'une partie des chefs de la magistrature furent aussi sévères pour M. le cardinal que l'avait été le réquisitoire; mais, k une majorité de trois voix, U fmt totélemeni acfuUté; ia femme de Lamotte, condamnée à être fouettée, marquée et détenue; son niiri Gontonaoe fot condamné inx galères peipétoelles. La donleor de la reine fitt
NOTES. m
extrême; mMi qae j*appri$ le jagement do procès, je me readte chei elle , je it trooTji seole dans son cabinet ; elle plcoraU : «Venez , ine dit Sa Blajesté , venez plaindre votre reine oatra^ et vlrtlne des eaVales et de Tlnjastlce. Mais k mon toor je vous plaindrai comme française. Si je n*ai pas trouvé de jnges équitables dans une affaire qui portait atteinte ï mon caractère , qae poavei-voos espérer si vons aviez an procès qai toachlt votre foitane et votre honneur T > Le roi entra en ce moment , et me dit : • Vous trouvez la reine bien allifée; «He i de grands moltfii de l'être. Mais quoi ! Us n'ont \1>ala voir d^us ceitu affaire que le prince et l'Eglise et le prince de KoTian , tandis que ce n>st qa*nn llesogiienr' ^argent l je me sers de là |Sropre * expression de Se Majesté ) ; et que tout ceci n*é(ait qu'une ressovree pour dire de la lerre le fossé, et dans laquelle le cardinal a été escroqué ï son tour, rien n*est plus aisé è juger ; et il ne faut pas être Alexandre pour couper ce nnod gordien. • L'opinion , confirmée par le temps , est que M. le cardinal avait été entièremem dupé par la femme de Lamotte et par Cagliostro. Le roi pouvait être dans Terreur en le crotant complice dans cette misérable et coupable intrigue , mais j'ai répété fidèlement le jugeiAent que Sa Majesté en avait porté. Cependant f opinion généralement répandae que la haine du baron de Breteuil pour le cardinal avait été cause du scindale et de l'issue de cette malheureuse affaire , contribua encore plus i sa disgfâec qne le refus qu'il avait fait de donner en mariage sa petite-fille au fils do duc de Po- ^tgnae. ^*abbé de Vermond rejeU sur le ministre toat ie biftme des fautes de prudence et de politique commises dans l'affaire dà cardiul de Rohan , et cessa d'être Tami et l'appni du baron de Breteuil auprès de la reine , comme il l'avait toujours été.
FINàNCES.
Dans les tibleaux qui vont suivre , notts ferons connaître plusieurs budgets de MIA ^1787. Dans le premier tabtetv , on ne verra que des prévistoiM sur ies recettes et les dépenses da trésor royal en 1774 , déduction faite d*nne foule de recettes et dépenses afTectoées pas d'autres caikies. tenray estimait pour 1774 la totalité des recettes è 361,880,439 I. , et les dédurtions (parmi lesquelles figuraient les arrérages et les remboursements de h dette publique) è 164,978,8'72; de sorte qu'il ne porte les recettes libres do trésor qu'a 19«,90l,557 liv. C'est ce chiffre qu'on trouvera d^ns la seconde colonne du tableau snivéït.
HISTOIHE DE FRANCE.