‹ Histoire de France (volume 2)Chapitre 74 sur 85 · CHAPITRE XLV1L · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLV1L

M. de BrieDoe et Necter.

cBrienne, dit le continuateur de Sismondi, nomoàéchef du conseil des finances , ne changea rien à sa vie. Le respect qu'il n'avait pas eu pour sa dignité d*évéc^ue, il ne reùt pas davantage pour sa dignité de ministre. ïl avait les mœurs de Galonné , il avait de même sa confiance ; seulement la confiance de Galonné était plus la foi à la fortune et Fétoile de la circonstance , tandis que Brienne puisait la sienne dans l'idée de son incontestable supériorité. Il se croyait naïvement le Richelieu de son époque , et il trouvait extrêmement commode d'avoir la facilité qui manquait à Richelieu , de placer l'arbitraire de ses plans sous le couvert de la philosophie. Du reste, on impose tant aux hommes avec des attitudes , qu'il s'était fait grandement considérer aux notables. Son début comme ministre y fut très-heureux. Il y parla de la nécessité d'un emprunt de 80 millions, et ses anciens collègues y souscrivirent avec un empressement qui donnait à leur adhésion l'expression flatteuse d'un vote de confiance.

Ce corps ne se trouvait d'ailleurs vengé qu'à demi par la chute de Brienne. Lamoignon avait été son bras droit dans ses atfaires avec le parlement, et il n'était point tombé. Il tenta de se maintenir après Brienne , comme il y avait réussi après

Galonné; mais il était poursuivi par une telle clameor , que Necker exigea son renvoi . la reine s*y prêta; elle n'avait pu soutenir Brienne , et se trouvait offensée que le chancelier fût encore debout. L'archevêque avait emporté dans sa chute 800 mille livres de pensions et de bénéfices. Lamoignon voulut de même ses dédommagements. On lui offrit pour son fils la pairie et une ambassade, il lui fallut plus encore; en sus de sa pension de retraite, il demanda 400,000 livres comptant. C'était plus que n'en contenait le trésor public; on ne put lui en offrir que 200,000 ; il les prit comme h compte.

Tel était l'état du trésor quand Necker rentra au ministère : il s'y trouvait à peine quelques centaines de mille francs; toutes les impositions étaient dévorées par avance ; le crédit était entièrement ruiné , les besoins étaient immédiats , impérieux ; il fallait des millions dès la première semaine; Necker les trouva , et tout changea en un seul instant par la seule magie de son nom. La confiance était inébranlablement attachée; il reprit son poste , et les fonds remontèrent de trente pour cent dès le premier jour ; toutes les affaires s'en ressentirent et se ranimèrent. Un homme qu'une intrigue de cour pouvait dès le lendemain chasser du ministère exerçait tout cet empire, qui tenait plus à sa personne qu'à l'Etat ; on compta encore une fois sur lui comme sur un gouvernement. Cette grande force morale aplanit ses opérations; mais, nonobstant cela, sa réussite se conçoit à peine. Le second ministère de Necker est sa grande gloire comme financier, bien qu'il ait opéré avec moins d'éclat, et sur un champ moins vaste que dans l'autre. L'esprit public , tourné vers un point plus haut que les finances, fut moins attentif à ce que Necker faisait pour le trésor qu'à ce qu'il préparait pour les institutions. Mais quoique

préoccupé loi-méme de la grande affaire des Etats4iénéraax , il déploya ce merveilleux savoir faire qu'il possédait, il lui ùllut ses plus industrieuses ressources pour traverser chaque jour, pour assurer tous les services, pour faire honneur, comnae il le fit , à tous les engagements , sans ajouter rien à la dette ni à Timpôt. Un homme de renom fort expert en ces matières, qui juge Necker d'ailleurs avec la dureté d'une religion opposée & la sienne, M. de Monthyon, rend pleine justice au financier : c La banqueroute de l'état , dit-il • semblait inévitable, et cependant fut évitée sans coup de force, sans contrainte , sans impdts , sans emprunts , sans les billets d'état si effrayants, si funestes, dont il ne fut fait aucun usage, et qui même ne parurent point ; il fut pourvu à tous les besoins séparément, et toutes les ressources de banque dans lesquelles excellait M. Necker furent mises en œuvre; nombre de moyens de détails furent employés, faibles séparément, forts par leur réunion ; et ce fut un grand acte de sagesse de n'admettre dans ce moment aucune grande disposition qui eût trouvé des obstacles insurmontables dans la faiblesse et le discrédit du gouvernement Il n'est aucun temps de l'administration de M. Necker où il ait montré autant de courage, d'adresse, de sagacité et de talent. Ses industrieuses et justes combinaisons , et le succès qu'elles ont obtenu tiennent du prodige; et cependant ce n'est point l'époque de son administration qui a été l'objet des éloges de ses partisans , parce que les hommes sont plus touchés , plus reconnaissants du bien qu'on leur fait que des maux qu'on leur évite, lors même que le service est le plus grand. En effet, l'œuvre administrative de Necker était éclipsée par la grande question poUtique qui s'agitait. Tout était rempli de l'attente des Etats-Gé-

néraux; le gouvernement les avait promis et les devait assembler pour le 4''' mai de Tannée suivante; mais le grand pouvoir ^e la nation mal défini , tombé dans Toubli depuis deux siècles , soulevait les questions les plus controversées. Comment se composerait l'assemblée? Quelle part y aurait le tiers-état? Quel caractère donner au droit électoral? Où serait le siège de Télection?

Enfin comment se ferait le vote au sein des Etats-Généraux ? En consultant le passé , on y trouvait autant d'irrégularité dans la forme de ces assemblées qu'il y avait eu dHrréguIarité dans leur convocation. Brienne, qui man(^uait dHdées sur tousces points, avait invité les cours, les académies et tous les habiles à donner leur avis; mais il ne voulait qu'embarrasser le débat dans un conflit d'opinions contraires, et y trouver un prétexte d'échapper à ses engagements. Toute la France fut agitée d'écrits sur ta matière. Le parlement de Paris , rentré en fonctions le 24 septembre , arrêta , en enregistrantrédit dès le jour de son installation, que les Etats- Généraux seraient assemblés selon la forme des Etats de 4 61 4.

Le souvenir de ces Etats lui était cher parce qu'ils avaient fléchi sous la verge du parlement ; parce qu'ils avaient offert la composition la plus aristocratique ; parce que le tiersétat y avait été faible et humilié , et qu'ils n'avaient rien donné qu'un vain spectacle. C*en fut fait dès-lors de la popularité du parlement. L'opinion, trompée par cet arrêt, se retourna contre son égoïste allié et jeta une clameur terrible contre lui. On repoussa , on flétrit l'arrêt, en dévoilant dans mille écrits ce qu'avaient été ces Etats, que le parlement offrait comine modèle : on peut jug^r de la bonne foi qu'il avait mise à les demander.

n appartenait au gouveniement de régler ces questions , le pays, dont c'était le droit, n'étant pas assemblé. Mais Necker ne Tosa pas. Avait-il lui-même des vues affermies ? savait-il bien d'avance où Ton allait?

Ce grand financier n'avait en politique que des idées anglaises un peu vagues , qui le gênaient dans cette position indécise entre la cour et la nation. Il avait le pressentiment des institutions modernes, et avec ce tour précurseur de son esprit, il sentait d'avance un certain malaise à se trouver en bce de ces vieux Etats-Généraux dont il prévoyait la confusion et les orages.

Il avait au fond peu de goût, peu d'estime pour tous les restes d'administration de l'ancienne France ; il venait de l'étranger , et il n'éprouvait pas pour le passé le faible des premières habitudes. 11 semble que Necker eût vécu plus à l'aise devant deux chambres législatives, et qu'il eût été mieux servi par son génie , s'il avait pu travailler d'après le type anglais qu'il avait dans l'esprit ; il hésita devant les difficultés auxquelles il avait dû s'attendre, et ne maîtrisa pas la situation. Dans le maniement des affaires, Necker n'était pas, si on l'ose dire, un homme d'état d'avant-garde; il n'était ni assez prompt, ni assez convaincu , ni assez dominateur pour tracer la route et se faire suivre; il n'était pas fait pour de si grandes luttes , ni pour courir avec hardiesse la chance des événements; il était de ceux qui conviennent, non à l'origine, mais sur la fin des révolutions , pour les modérer, pour les asseoir, et faire transiger dignement les partis fatigués. >

EXTRAIT DES MEMOIRES DE MADAME CiMPAN.

lUric Le^riinka Teatit de moarir ; la mort du daipUii avail précédé 1# sieoM de trois aas; les jésuites étaient détrnits, et la piété ne se trouraft plus guère k la cour que dans rintérieor de mesdames; le doc de Giotsenl régnait.

Le roi ne pensait qa'aa plaisir de la chasse ; on aurait pu eroire que les eonitisans se permettaient une épigramae, quand on leur entendait dire sérieusement, les jonrs oà Louis XY ne chassait pn, le roi ne fait rien nimu-fhMi.

Les petits TOjages étaient aussi une aftire très-importante pour le roi. Le pcemier joor de Tan, il marquait sur son almanach les jonrs de départ pour Compkègne, pour Fontainebleau , pour Choisj, etc. Les plus grandes affaires, les èrénements les plus importants, ne dérangeaient jamais cette distribution de son temps.

L'étiquette existait encore k la cour avec toutes les formes qu'elle avait reçues sous Lools XIV ; il n'y manquait que la dignité ; quant è la gaieté , il n'en était plus question ; de lien de réunion , oè l'on vit se deplojer l'esprit et la grâce des Français , ii n'en faUait point chercher k Versailles. Le fojer de l'esprit et des lumières éUlt à Pnils.

Louis XV Tojait très-peu sa famille ; il descendait, tous les matins , par un escalier dérobé , dans l'appartement de M** Adélaïde. Souvent il y apporuit et prenait du café, qu'il avait fait lui-même. M"* Adélaltie tirait un cordon de sonnette, qui avertisuait M"* Victoire de la visite du roi; M"' Victoire , en se levant pour aller chea sa scBor, sonnait M*' Sophie qui, h son tour, sonnait M** Louise. Les appartements des princesses étaient très-vastes. M" Louise logeait dans l'appartement le plus recalé. Cette dernière fille du roi était contrefaite et fort petite; pour se rendre à la rémiion quotidienne, la pauvre princesse traversait, en courant à toutes jambes, un grand nombre de chambres, et, malgré son empressement , elle n'avait souvent que ' le temps d'embrasser son père , qui partait de là pour la chasse.

Tons les soirs , à six heures , Mesdames interrompaient la lecture que je leur taisais ponr se rendre avec les princes chei Louis XV ; cette visite s'appelait U déboUer in rot, et éUit accompagnée d'une sorte d'étiquette. Les princesses passaient un énorme panier qui soutenait une jupe chamarrée d'or on de broderie; elles attachaient autour de lenr taille une longue queue , et cachaient le négligé do reste de leur habillement par un grand mantelet de uffetas ,noir qui les enveloppait jusque sons le menton.

s chevaliers d'honnenr, les dames, les pages, les écuyers, les hatisiers portant T. XVL iO

de fTM flambetnz, les aeeompigBalat cheE le roi. En an instant toot le palais» habitaellement solitaire, se trouTait en mosTement; le roi baisait chaque prineesse au front , et la rlsite était si courte , que la lecture , interrompue par cette Tisite , recommençait souvent au bout d'un quart-d*beure : Mesdames rentraient cbez elles , dénouaient le cordon de leur jupe et de leur queue , reprenaient leur tapisserie, et moi mon livre...

Pendant Tété , le roi venait quelquefois cbez les princesses avant Theure de son débotter.

Un jour, il me trouva seule dans le cabinet de M** Yictoire , et me demanda où était Cocke ; et , comme j'ouvrais de grands yeux , U renouvela sa question , mais sans que je le comprisse davantage. Quand le roi fut sorti , je demandai à Madame de qui il avait voulu parler. Elle me dit que c'était d'elle , et m'expliqua d'un grand sang-froid qu'étant la pins grasse de ses filles , le roi lui avait donné le nom é'amitie de Coekê, qu'il appelait M** Adélaïde Loque, M** Sophie Gram, M"* Louise Chife. Le piquant des contrastes pouvait seul faire trouver au rot quelque gaieie dans l'emploi de mots semblables. Les gens de son intérieur avaient remtrqné qu'il en savait un grand nombre , et on pensait qu'il les apprenait avec ses maîtresses ; peut-être aussi s'était-il amusé h les chercher dans les dtettonnaires. Si ces façons de parler triviales trahissaient ainsi les habitudes et les goûts du rot, ses manières ne s^en ressentaient nullement : sa démarche éuit aisée et noble; il porUlt sa tète avec beaucoup de dignité; son regard , sans être sévère » était imposant; il joignait k une attitude vraiment royale une grande politesse , et saluait avec giiee la moindre bourgeoise que la curiosité attirait sur son passage.

Il éUit fort adroit h faite ceruines petites choses futiles sur lesquelles l'atteutk» ne s'arrête que fiiute de mieux ; par exemple , il faisait très-bien sauter le hant de h eoqne d'un osaf d'un seul coup de revers de sa fourchette : aussi en nangettt-il toijours k *Nk grand couvert , ^t les badauds qui venaient le dimanche y assister ntonmaient diei eux moins enchantés de la belle figure dv roi que de l'adresse avec laquelle il ouvrait ses eeuls.

Dana les sociétés de Versailles , on citait avec plaisir quelques réponses de Louis XY, qui prouvaient la finesse de son esprit et l'élévation de ses sentiments. EUes ont été placées dans des recueils d'anecdotes, et sont généralement connues.

Ce prince éUit encore aimé; on eût désiré qu'un genre de vie convenable h sou Ige et il sa dignité vint enfin jeter un voile sur les égarements du passé , et justifier l'amour que les Français avaient eu pour sa jeunesse. II en coAtatt de le condamner sévèrement. S'il avait éubli h la cour des maîtresses en titre , on en accusait Fexcessive dévotion de la reine. On reprochait a Mesdames de ne point chercher a prftveair le danger de voir le roi se composer une société Intime cbei quelque nouvelle favorite. On regrettait M** Henriette, sœur jumelle de la duchesse de Parme. Celle prineesse avait eu de l'influence sur l'esprit du roi; on disait que, si elle eit vécu, elle se serait occupée de loi procurer des amusements au sein de sa ftmllle; qu'elle aurait suivi le roi dans ses petits voyages, et aurait fiiitles honneurs des petits soupers qu'il aimait h donner dans ses appartements intérieurs.

NOTES e97

Mesdames «Taknt trop négligé les moyens de piaira ta ni, mais ci pomtt en troaver la caose dans le peu de soins qa*il sTatt aeeordés k lenr jeanesae.

Pour eonsoler le people de ses sooffranoes et fermer les yenx sar les TéritaMes déprédations da trésor, les ministres faisaient de temps en temps peser, sur k maison du roi , et même sar ses dépenses personnelles , les réformes les pins eiagérées.

Le cardinal de Fleory, qui, à la vérité, est le mérite de léCaUir les finanees, poussa ce système d'économie au point d'obtenir da roi de sopprimer la maison et rédueation des quatre dernières princesses. Elles avaient été élevées comme smiples pensionnaires, dans on convent, à quatre-vingt lieues de k eonr. La maison de Saint-Cyr eût été plus convenable pour recevoir les filles dn roi; le cardinal parUgeait probablement quelques-unes de ces préventions qui s'attachent toujours an plus ntiles institutions , et qui , depuis k mort de Lonk XIY , s'étaient élevées contre le bel établissement de M"' de Haintenon. H aima mieux confier l*édncation de Mesdames à des religieuses de province. M" Louife m*a souvent répété qu'à douae ans elle n'avait point encore parcouru la toulité de son alphabet, et n'avait appris k lire couramment que depuis son retour k Versailles.

M"' Victoire attribuait des crises de terreur panique , qu'elle n'avait pu vaincre, aux violentes frayeurs qu'elle éprouvait k l'abbaye de Fontevrault, tontes ks fok qu'on l'envoyait par pénitence prier seule dans le caveau oà l'on enterrait ks religlenses. Aucune prévoyance saluUire n'avait préservé ces princesses des impressions fiinestes qse k mère k moins instruite sait éloigner de ses enfants.

Un jardinier de l'abbaye mourut enragé; sa demeura extérieure était voisine d'nne chapelle de l'abbaye où Ton conduisait les princesses réciter les prières des agonisants. Les cris du moribond interrompirent pins d'une foto ces prières.

Les gâteries les plus ridicules se mêlaient à ces pratiques barbares. Madame Adélaïde , l'ainée des princesses, était impérieuse et emportée ; ks bonnes religieuses ne cessaknt de céder h ses ridicules fantaisies. Le maître de danse , seul professeur de taknt d'agrément qui eût suivi Mesdames II Fontevrault, lenr faisait apprendre une danse alors fort en vogue , qui s'appelait le menuet ceuiew de rose. Madame voulut qu'il se nommât le meimel hleu. Le maître résista a sa volonté; il prélendit qu'on se moquerait de lui h k cour, quand Madame parierait d'un meauet Mes. La princesse refusa de prendre sa leçon, frappait do pied, et répétait kku, Meu; rose, roêe, disait le maître. La communauté s'assembla pour décider de ce cas si grave; les reli* gieuses crièrent Meu , comme Madame ; le menuet fut débaptisé , et k princesse dansa. Parmi des Mnmes si peu dignes des fonctions d'institutrices, il s'était cependant trouvé une religieuse qui , par sa tendresse éclairée et par les utiles preuves qu'eik en donnait k Mesdames, mérita kur attachement et leur reconnaissance: c'était madame de Soulanges, qu'elles firent depuis nommer abbesse de Royal -Lieu. Elles s'occupèrent aussi de l'avancement des neveux de cette dame; ceux de la mère Mac- Carihy, qui les avait lidiement gâtées , portèrent longtemps le mousqueton de garde* du-roi à la porte de Mesdames , sans qu'elles songeassent â leur fortune.

Quand Mesdames , encore fort jeunes , furent revenues â la cour , elles jouirent de l'amitié de monseigneur le dauphin , et profitèrent de ses conseils. Elles se livrèrent

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afec ardeur k Pétode , et j oonuerèrent presque tout leor temps ; elles parrlerem i écrire oorrectement le fnncab et k savoir trés-Men Tbistoire. Bbdame Aliélalde snrloat est on désir immodéré d'apprendre ; elle appnt k joner de tons les instniBcnts do moslqne, depuis la cor ( me eroira-tront ) jusqn'k la guimbarde. L'italten, l'anglais , lesbautes matbéaaatiqnes , le tour, rhorlogerie, occupèrent snccessivemeat les loisirs de ces princesses. Madame Adélaïde avait eu un moment une figure diarmanie; mais jamais beauté n'a si promptement disparu que la sienne. Madame Victoire était belle et très-gradeose; son accueil , son regard , son sourire , étaient parfaiteoMot d'accord avec la bonté de son Ame. Madame Sophie éuit d'une rare laideur; je n'ai jamais ïu personne avoir l'air aussi effarouché ; elle marchait d'une vitesse extrèM, et, pour reconnaître , sans les regarder, les gens qui se rangeaient sor soi passage, elle avait pris l'habitude de voir de odté, à la manière des lièvres. Cette princesse était d'une si grande timidité , qu'il était possible de la voir tons les jours . pendant des années , sans l'entendre prononcer un seul mot. On assurait eependant qu'elle montrait de l'esprit et même de l'amabilité dans la société de quelques dames préférées ; elle s'instruisait beaucoup , mais elle lisait seule; la présence d'une lectrice l'eut infiniment gênée. Il y avait pourtant des occasions oà cette princesse , si sauvage , devenait tout k coup affable , gracieuse , et montrait la bonté la plus commuaicative; c'était lorsqu'il faisait 3e l'orage : elle en avait peur, et tel était son effroi, qu'alors elle s'approchait des personnes les moins considérables; elle leur faisait mille questions obligeantes ; voyait-elle un éclair, elle leur serrait la main ; pour un eoup de tonnerre , elle les eût embrasées; mais, le beau temps revenu , la princesse r^renaitsa raideur, son silence, son air farouche, passait devant tout le monde sans faire attention k personne , jusqu'à ce qu'un nouvel orage vint lui ramener sa peur et son afiabililé.

Mesdames avaient trouvé dans un frère chéri , dont les hautes vertus sont eonines de tous les Français, un guide pour tout ce qu'exigeait une éducation trop nèf^ée dans leur enfance. Elles eurent, dans leur auguste mère , Marie Leckxinska , le plai noble modèle de tontes les vertus pieuses et sociales ; par ses émtnentes qualités , par sa modeste dignité , cette princesse voilait les torts que trop malheuensement os était autorisé à reprocher au roi ; et , tant qu'elle vécut , elle conserva , h la cour de Louis XV, cet aspect digne et imposant qui seul entretient le respea dû h b puissance. Les princesses, ses filles, furent dignes d'elles, et, si quelques êtres vib essayèrent de lancer contre elles les traits de la calomnie , ils tombèrent aussitéi, repoussés par la haute idée qu on avait de l'élévation de leurs sentiments et de b pureté de leur conduite.

Si Mesdames ne s'éuient pas imposé un grand nombre d'occupations, elles eosseat été très à plaindre. Elles aimaient la promenade, et ne pouvaient jouir que desjii^ dins i^ubiicsde Versailles; elles auraient eu du goât pour la culture des fleurs, et n'en pouvaient avoir que sur leurs fenêtres.

La marquise de Durfort , depuis duchesse de Civrac, avait procuré k madame Vie* toire les douceurs d'une société aimable. La princesse passait presque toutes ses soirées chez celle dame , et avait fini par s'y rroire en famille.

NOTES. 6â9

Madame Narboone s'était de même empressée de rendre sa société intime agréaUe ji madame Adélaïde.

Depuis plusieurs années , madame Louise vivait très-retirée ; je lui faisais la leetore eiiiq heures par jour; souvent ma voix se ressenuit des fatigues de ma poitrine; b priaeesse me préparait de l'eau sacrée, la plaçait auprès de moi, et s'excusait de me faire lire si longtemps sur la nécessité d'achever un cours de lecture qu'elle s'était prescrit.

Un soir, comme je lisais , on vint lui dire que M. Berlin , ministre des parties eaftaellcs, demandait ii lui parler; elle sortit précipitamment, revint, reprit ses soles, sa broderie , me fit reprendre mon livre, et, quand je me relirai, elle m'ordonna d'être , le 'lendemain li onze heures du matin, dans son cabinet. Quand j'arrivai , la princesse était partie ; j'appris que le matin , à sept heures , elle s'était rendue an coavent des Carmélites de Saint-Denis , oi elle voulait prendre le voile; je me rendis chex madame Victoire. Là , j'appris que le roi seul avait connu le projet de madame Louise , qu'il en avait fidèlement gardé le secret , et qu'après s'être longtemps opposé il son désir, il lui avait envoyé, la veille seulement, son consentement; qu'elle était entrée seule dans le couvent, on elle était attendue; que , quelques instants après, elle avait reparu it la grille , pour montrer ii la princesse de Gubtel , qui l'avait accompagnée , et à son écujer, l'ordre du roi de la laisser dans le monastère.

A la nouvelle du départ de sa sœur, madame Adélaïde avait eu de violents emportements; elle avait adressé an roi des reproches fort durs sur le secret qu'il avait cro devoir en garder.

Madame Victoire perdait la société de la sœur qu'elle préférait; elle se contenta de verser en silence des larmes sur son abandon. La première fois que je revis cette excellente princesse « je me jetai à ses pieds, je baisai une de ses mains, et je loi demandai , avec la confiance de la jeunesse , si elle nous quitterait comme avait fait madame Louise? Elle me releva , m'embrassa , et me dit , en me montrant la bergère h ressort dans laquelle elle était étendue : Rassurex-vous , mon enfant , je n'aurai jamais lo eourage qu'a en Louise , j'aime trop les commodités de la vie ; voici m ftaUaM qui me perd.

Aussitôt que j'en eus obtenu la permission , je fus k Saint-Denb voir mon auguste et sainte maîtresse ; elle voulut bien me recevoir k visage découvert dans son parloir partieolier; elle me dit qu'elle venait de quitter la buanderie, qu'elle était chargée M jonr-lH de cooler la lessive. « J'ai beaucoup abusé de vos jeunes poumons, denx « ans avant d'exécuter mon pnijet , ajonta-t-elle ; je savais que je ne pourrais plus « lire id que des livres destinés k notre salut, et je voulais repasser tons lès histo- « riens qui m'avaient intéressée. >

Elle me raconta qu'on lui avait apporté Tagrément du roi poor se rendre h Saint- Denis pendant que je lui faisais la lecture; elle se flattait, avec raison, d*être rentrée dans son cabinet sans la moindre marque d'agitation , quoiqu'elle en éprouvât une d vive, me dit-elle, qu'elle avait en de la peine è se rendre jnsqn'è sot fauteuil. Elle ajoeta qneles moralistes avaient raison lorsqu'ils disaient que le bonheur n'habite point dais les palais ; que , si je voulais être heureuse , elle me eonseillalt de venir jonir d*nne retraite où l'activité des Idées pouvait se satisfidre en s'élevant vers u nonde meilleur.

le n'avais point I dire ï Bien le ncrifiee d'an palais et des grandeurs de b terre , mais eeloi de l'intériear d'une famille bien unie ; et c'est U que les moralistes qn^efie me dtait ontjostement placé le Trai bonheur. Je lui répondis que , dans la Tie privée, Tabsenee d'une fille aimée , chérie , se faisait trop crueOement sentir à sa famille. La princesse n'ajouta rien k ce qu'elle m'avait dit.

On attribua la Toeation de madame Louise à différents motifs : on eut l'injustioe d'en supposer un dans le déplaisir d'être , pour le rang , la dernière des princesses. Je crois avoir pénétré la véritable cause.

Son ftmc était élevée, elle aimait les grandes choses ; il loi était sonveut arrivé d'interrompre ma lecture pour s'écrier : Yoilà qui est beau 1 voitii qui est noble ! EUe ne pouvait faire qu'une seule action d'éclat : quitter un palais pour une cellule , de riches vêtements pour une robe de bure. Elle l'a faite.

Je vis encore madame Louise deux on trois fois k sa grille. Ce fut Louis XTI qui m'apprit sa mort. « Ma tante Louise , me dit-11 , votre ancienne mattresse vient de « mourir h Saint-Denis , j'en reçois k l'instant la nouvelle; sa piété , sa résignation , « ont été admirables; cependant le délire de ma bonne tante lui avait rappelé qu'elle « était prineesse , car ses dernières paroles ont été : Au pûraâis , tite , vite, m pwd « 9ÊUtp, » Sans doute qu'elle croyait encore donner des ordres i son écnyer.

Madame Victoire bonne , douce , affable , vivait , avec la plus aimable simpJîctlé , dans une société qui la èhériasait ; elle était adorée dans sa maison. Sans quitter Versailles , sans faire le sacrifice de sa moelleuse bergère , elle remplissait avec exactitude les devoirs de la religion , donnait aux pauvres tout ce qu'elle possédait, observait rigoureusement les jeûnes et le carême. II est vrai qu'on reprochait k la table de Mesdames d'avoir acquis , pour le maigre , une renommée que portaient au loin les parasites assidus à la table de leur mattre-d*bêtel.

Madame Victoire n'était point insensible ii la bonne xhère , mais elle avait les scrupules les plus religieux sur les plats qu'elle pouvait manger au temps de pénitence. Je la vis un jour très-tourmentée de ses doutes sur un oiseau d'eau qu'on lai servait souvent pendant le carême. Il s'agissait de décider irrévocablement si cet oiseau était maigre ou gras. Elle consulta un évêque qui se trouvait i son dfner ; le prélat prit aussitôt le son de voix positif, l'attitude grave d*un jage en dernier ressort. Il répondit k la princesse qu'il avait été décidé qu'en un semblable doute , après avoir fait cuire l'oiseau , il fallait le piquer sur un plat d*argent très-froid ; que si le jus de l'animal se figeait dans l'espace d'un quart d'heure, l'animal était réputé gras; que, si le jus restait en huile , on pouvait le manger en tout temps sans inquiétude. Madame Victoire fit aussitôt faire l'épreuve : le jus ne figea point ; ce fut une joie pour la princesse , qui aimait beaucoup cette espèce de gibier.

Le maigre , qui occupait tant madame Victoire , l'inrommodaft , aussi attendait-elle avec Impatience le coup de minuit du samedi saint ; on lui servait aussitôt une bonoe vollaille au riz et plusieurs autres mets succulents. Elle avouait avec une si aimable franchise son goût pour la bonne chère et pour les commodités de la vie , qu'il aurait MItt être aussi sévère en principes qu'insensible aux excellentes qualités de cène pnnoesM pour M en fiiire un crime.

NOTES. 63i

Madame Adélaïde avait pins d'esprit que madame Victoire , mais elle manquait absolament de celte bonté qui seule fait aimer les grands : des manières brusques, ane voix dore, une prononciation brève, la rendaient plus qu'imposante. Elle portait très-loin Tidée des prérogatives du rang. Un de ses chapelains eut le malheur de dire Dominus vobiscum d'un air trop aisé : la princesse l'apostropha rudement après la messe poar loi dire de se souvenir qu'il n'était pas évéque , et de ne plus s'aviser d'officier en prélat.

Mesdames vivaient entièrement séparées du roi. Depuis la mort de madame de Pompadour, le roi vivait seul. Les ennemis du duc de Choiseul ne savaient donc dans qael salon ni par quelle voie Ils pourraient préparer et amener la chute de l'homme qui les unportuoait. Le roi n'avait de relations qu'avec des femmes d'une classe si vile , qu'on ne pouvait s'en servir pour une intrigue de longue suite ; d'ailleurs le Parc-aai-Gerfs était un sérail dont les beautés se renouvelaient souvent; on voulut donner au roi une maltresse qui pût avoir un cercle , et dans le salon- de qui on p4it triompher, par la puissance des insinuations journalières , de l'ancien attachement du roi pour le duc de Choiseul. Il est vrai qu'on choisit madame Dubarry dans une classe bien vile. Son origine , son éducation , ses habitudes , tout portait en elle un caradère vulgaire et honteux ; mais on la fit épouser à un homme qui datait de quatone cent , et on crut sauver le scandale. Ce fut le vainqueur de Mahon qui conduisit une aussi sale intrigue. Cette maîtresse avait été très>habilement choisie pour égajer les dernières années d'un homme importuné des grandeurs « ennuyé des plaisirs , rassasié de volupté. L'esprit , les talents , les grâces de la marquise de Pompadour, sa beauté régulière , et jQsqu'k son amour pour le roi , n'auraient plus eu d'empire sur cet être usé.

Il lui fallait une Roxelane d'une gaieté familière , sans respect nour la dignité du souverain. Madame Dubarrj porta l'oubli des convenances jusqu'à vouloir un jour assister an conseil d'état : le roi eut la faiblesse d'y consentir; elle y resU ridiculement perchée sur le bras de son fauteuil , et y fit toutes les petites singeries enfintines qui doivent plaire aui vieux sultans. Une antre fois , elle saisit dans les mains du roi tout un paquet de lettres cachetées , parmi lesquelles elle en avait reconnu une du comte de Broglie ; elle dit au roi qu'elle savait que ce vilain Broglie lui disait du mal d'elle , et qu'au moins elle s'assurerait que cette fois il ne lirait rien d'ecnt sur son compte. Le roi voulut se saisir du paquet; elle résista , loi fit faire deux ou trois fois le tour de la table qui était au milieu de la salle du conseil , puis, en passant devant la cheminée , elle y jeU les lettres , qui furent consumées. Le roi devint furieux ; il saisit son audacieuse maîtresse par le bras , et la mit à la porte sans lui parier. Madame Dobarry se crut disgraciée ; elle rentra chez elle , et resta seule pendant dt;ox heures , livrée h h plus grande inquiétude. Le roi vint la trouver ; la comtesse , en larmes , se précipita à ses pieds , et il lui pardonna.

La maréchale de Beauvau , la duches.se de Ciiuiseul et la duchesse de Grammont avaient renonce à l'honneur de la société intime du roi plutôt qne de s'y trouver avec madame Dubarry. Mais , quelques années après la mort de Louis XY, la maréchale , étant seule au Val avec mademoiselle de Dillon , vit la calèche de la comtesse s'abri-

tor dins la forêt de Safnt-Germiin pendant on Tiolent orage. Efle loi fit offrir d'an trer, et ce fat la comteise qoi raconta ces détails , que je tiens de la maréekaie de BeavTan.

Le comte Dnbarry, samommé le roué , et mademoisene Dobarry, coiweillaient 01 plutôt siflUient madame Dnbarry , d*après les plans da marécha! de Richefiei et ia doc d'Àignillon. Qaelqaefois même ils la faisaient agir dans an sens otile k de grandi mouTements politiques. Sous prétexte que le page qui accompagna Charles I*' daas la faite de ce monarque était on Duterry 00 Bârrjfmore , on fit acheter h Londres, i la comtesse Bobarry, le beau portrait que noas avons h présent dans le MnséoB. Ble fit placer le tableau dans son salon « et , quand elle toyait le roi ineertain sur b mesure Yiolente qu'il avait h prendre pour casser son parlement , et former oèliî qa on appela Maupeou , elle lui disait de regarder le portrait d*on rof qui avait fléchi devant son parlement.

Les ambitieux « qui travaillaient k renverser le duc de Choiseol , se fiNlifiènnt par leur réunion chei la favorite , et vinrent ^ bout de leur projet. Les dévots, qui ne pardonnaient pas h ce ministre la destruction des jésuites , et qui avaient toejums été opposés au traité d'alliance avec TAutriche , influençaient Tesprit de 1 Le doc de La Vauguyon , gouverneur du jeune dauphin , lui inspirait les 1 préventions.

Telle était la disposition des esprits , lorsque la jeune archiduchesse Marie-Ânloinette arriva dans la cour de Versailles , au moment ot le parti qoi Ty amenait était près d*ètre renversé.

Madame Adélaïde avouait hautement son éloignement pour une prineeaoe de b maison d'Autriche ; et, lorsque madame Campan fut prendre ses ordres, an auiBeat de partir avec la maison de la danphine pour aller la recevoir aax frontières , elle lui dit qu'elle désapprouvait le mariage de son neveu avec une ardiidnefaesse , et que , si elle avait des ordres h donner, ce ne serait pas pour envoyer chercher ne autrichienne.

Marie-Antoinette4osèphe- Jeanne de Lorraine, archiduchesse d'Aotncbe, fille de François de Lorraine et de Marie-Thérèse, naquit le 2 novembre 1755, joorda tremblement de terre de Lisbonne; et cette catastrophe, qui semblait nuniiier d'à sceau fatal l'époque de sa naissance , sans être pour la princesse un motif de crainte superstitieuse , avait pourtant fait impression sur son esprit. Gomme l'inpératrke avait déjii un grand nombre de filles, elle désirait vivement avoir encore nn fils, et paria, contre son vœu, une discrétion avec le duc de Tarouka, qui avait soutenu qu'elle donnerait le jour h un archiduc. 11 perdit par la naissance de la priaeene . et fit exécuter en porcelaine une figure qui avait un genou en lenre, et présentait des tablettes sur lesquelles le célèbre Métastase fit graver les vers suivants :

lo perdei : l'augusta figlia A pagar m'a condannato; Ma s'è ver che a voi somiglia Tntto il monde ha giadagnato.

La reine s'entreleoiit avec plateir des premières années de sa jennesse. Son père. I*emperenr François , afait fait une profonde impression sar son cœnr ; elle le perdit qu'elle avait h peine sept ans. Une de ces circonstances , qoi se gravent fortement dans la mémoire des enfants , lui rappelait sonvent ses dernières caresses. L'emperear partait poar Inspruck ; il était déjii sorti de son palais « lorsqu'il donna l'ordre k nn gentilliomme d'aller prendre l'archiduchesse Marie-Antoinette et de l'apporter à sa iroUnre. Quand elle fut arrivée, il tendit les bras pour la recevoir, et dit, après l'a- ▼oir pressée contre son cœur : ■ J'avais besoin d'embraçser encore cette enrant. » L*emperenr mounit subitement pendant ce voyage , et ne revit plus sa fille chérie.

La reine parlait souvent de sa mère avec un profond respect , mais elle avait fonné tons ses projets pour l'éducation de ses enfants d'après les choses essentielles qui avaient été négligées dans la sienne. Ifarie-Thérëse , imposante par ses grandes qualités, inspirait aux archiduchesses plus de crainte et de respect que d'amour; c'est an moins ce que j'ai remarqué dans les sentiments de la reine pour son auguste mère ; aussi désirait-elle ne jamais établir entre elle et ses enfants cette distance qui avait existé dans la famille impériale. Elle en citait nn effet funeste , et qui lui avait fait une impression si ferle , que le temps n'avait pu TeATacer.

Lorwine l'empereur Joseph II perdit sa femme , elle lui fut enlevée en peu de joars par une petite vérole de la plus mauvaise qualité. Son cercueil venait d'être déposé dans le caveau de la fiimilla impériale. L'archiduchesse Josèpbe, accordée an roi de Naples , an moment de quitter Vienne , reçut de l'impératrice l'ordre de ne point partir sans avoir été faire une prière dans le caveau de ses pères ; la jeune ar-. ehidocbesse , persuadée qu'elle gagnenit la maladie df>nt sa belle-sœur venait d'être victime , regarda cet ordre comme son arrêt de mort. Elle aimait tendrement la jeune arrbidnchesse Marie-Antoinette : elle la prit sur ses genoux , l'embrassa en pleurant , et lui dit qu'elle ne la quitterait pas pour se rendre k Naples , mais bien pour ne la plos revoir ; qu'elle allait descendre au caveau de ses pères , mais qu'elle y retournerait bientôt pour y rester. Son pressentiment fut réalisé ; une petite vérole confluente l'emporta en peu de jours. Sa sœur cadette monta il sa place sur le trône de Naples.

L'impératrice était trop occupée de grands Intérêts politiques pour pouvoir se livrer aux soins de la maternité. Le célèbre Wanswitten , son médecin , venait visiter tous les matins la jeune famille impériale , se rendait ensuite près de Marie-Thérèse , et loi donnait les détails les plos circonstanciés sur la santé des archiducs et des archidnefaesses, qu'elle ne voyait quelquefois qu'après on intervalle de huit ou dix jours. Aussitôt qu'on avait connaissance de l'arrivée d'un étranger de marque è Tienne , rimpéritrice s'environnait de sa famille , l'admettait à sa table , et donnait k croire , par ce rapprochement calculé, qu'elle-même présidait à l'éducation de ses enfants.

Les grandes maîtresses n'ayant aucune inspection i craindre de la part de Marie- Thérèse , cherchèrent à se faire aimer de leurs élèves en suivant la routa si bUmable et si eommane d'une indulgence funeste aux progrès et au bonheur futur de l'enfanee. Bbrie-Aotoinette fit congédier sa grande maîtresse , en avouant âi l'impératrice que toutes ses pages d'écriture et toutes ses lettres étaient habituellement tracées an crayon ; la comtesse de Brandès fut nommée pour remplacer cette gouvernante , et

634 HISTOIRE DK FRANGE.

8*ieqaîtta de ses devoirs avec beaucoup d'exactitude et de talent. La reine regardait comme un malheur pour elle d'avoir été trop tard confiée k ses soins , et resta toojoars en relation d'amitié avec cette dame. L'éducation de Marie -Antoinette fut donc trèsnégligée. Les papiers publics retentissaient cependant de la supériorité des talents de la jeune famille de Marie-Thérèse. On y rendait souvent compte des réponses que les jeunes princesses faisaient en latin aux harangues qui leur étaient adressées; elles les prononçaient, il est vrai , mais sans les comprendre : elles ne savaient pas nn mot de cette langue.

On parlait un jour à la reine d'un dessin fait par elle, et donné par l'impératrice à M. Gérard , premier commis des affaires étrangères , lorsqu'il avait été k Vienne poar rédiger les articles de son contrat de mariage. Je rougirais , répondit-elle , si Poi me présentait cette preuve de la charlatanerie de mon éducation ; je ne crois pas avoir une seule fois posé le crayon sur ce dessin. Cependant elle savait parfaitement ce qui lui avait été enseigné. Sa facilité k apprendre était inconcevable ; et si tons ses maîtres eussent été aussi instruits et aussi fidèles ^ leurs devoirs que l'abbé Métastase , qui lui avait enseigné l'italien , elle aurait atteint le même degré de supénorité dans les autres parties de son éducation. La reine parlait cette langue avec grice et facilité , et traduisait les poètes les plus difficiles. Elle n'écrivait pas le français correctement , mais elle le parlait avec la plus grande aisance , et mettait même de Taffectation à dire qu'elle ne savait plus l'allemand. En effet , elle voulut essayer, en 1787 , d'apprendre sa langue maternelle , et en prit des leçons avec assiduité pendant six semaines ; elle fut obligée d'y renoncer, éprouvant toutes les difficultés qu'aurait à vaincre une française qui se livrerait trop tard à cette étude. Elle abandonna de même l'anglais , que je lui avais enseigné pendant quelque temps , et dans lequel elle avait fait des progrès rapides.

La musique était le talent qui plaisait le plus k la reine. Elle ne jouait bien d'aocan instrument , mais elle était parvenue k déchiffrer à livre ouvert comme le meilieur professeur. Elle avait acquis ce degré de perfection en France , cette partie de son éducation ayant été aussi négligée k Vienne que les autres. Peu de jours après soo arrivée à Versailles , on lui présenta son maître de chant ; c'était La Garde , anieur de l'opéra à*Eglé. Elle lui donna nn rendez-vous pour un temps assez éloigné , ayant besoin , disait-elle , de se reposer des fatigues de la route et des fêtes nombreuses qui avaient eu lieu à Versailles ; mais son motif réel était de cacher i quel point elle ignorait les premiers cléments de la musique. Elle demanda à M. Campan si son fils , qui était bon musicien, pourrait, en secret, lui donner, pendant trois mois, des leçons : « Il faut, ajouta-t-elle en souriant, que la daupbine prenne soin de la répa- • talion de l'arrhiduchesse. ■ Les leçons s'établirent secrètement, et , tu bont de trui!^ mois de travail constant, elle fit appeler M. Là Garde, et Pétonna par sa facilité.

Le désir de perfectionner Marie-Antoinette dans l'étude de la langue française fut probablement le motif qui avait déterminé Marie-Thérèse à lui donner pour maîtres et lecteurs deux comédiens français , Aufresne pour la prononciation et la déclamation, et un nommé Sainville pour le goût du cbant français; ce dernier avait ele

oflicier en FraDce , et passait poar an maoTais snjet. Ce choix déplat justement à notre eoar. Le marquis de Dnrfort , alors ambassadear k Vienne , reçut Tordre de faira des représentations à l'impératrice sur un pareil choix. Les deux acteurs furent congédiés , et cette princesse demanda qu'on lui adress&t un ecclésiastique. Gé fut à cette époque que le due de Choiseul s'occupa de lui envoyer un instituteur. Plusieurs ecclésiastiques distingués refusèrent de se charger de fonctions aussi délicates ; d'autres , désignés par Marie-Thérèse ( entre autres l'abbé Grlsel), tenaient k des partis qai devaient les faire exclure.

M. l'archevêque de Toulouse , depuis archevêque de Sens , entra un jour chez M. le due de Choiseul , an moment où il était véritablement embarrassé pour cette nomioation ; il lui proposa l'abbé de Yermond , bibliothécaire du collège des Quatfe- I^atioos. Le bien qu'il dit de son protégé le fit agréer le jour même ; et la reconnaissance de l'abbé de Yermond pour le prélat fut bien funeste i la France , puisque, après dix-sept ans d'eiTorts persévérants pour l'amener au ministère , il parrint ^ le faire nommer contrôleur- général et chef du conseil.

Cet abbé de Yermond , dont les historiens parleront peu , parce que son pouvoir était resté dans l'ombre , déterminait presque toutes les aetions de la reine. Il avait établi son influence sar elle dans l'âge où les impressions sont plus durables; et il est aisé de voir qu'il n'avait cherché qu'à se faire aimer de son élève , et s'était tres-peu oeeopé du soin de l'instruire. On pourrait l'accuser même d'avoir, par un calcul adroit mate coupable , laissé son élève dans l'ignorance. Marie-Antoinette parlait la langue française avec beaucoup d'agrément , mais l'écrivait moins bien. L'abbé de Yermond revoyait toutes les lettres qu'elle envoyait ii Yienne. La fatuité insoutenable avec laquelle il s'en vantait dévoilait le caractère d'un homme plus flatté d'être initié dans les secrets intimes , que jaloux d'avoir rempli dignement les importantes fonctions d'instituteur.

Son orgueil avait pris naissance il Yienne , où Marie-Thérèse , autant pour lui donner du crédit sur l'esprit de l'archiduchesse que pour s'emparer du sien , lui avait permis de se rendre tons les soirs au cercle intime de sa famille, où depuis quelque temps la future dauphine était elle-même admise. Joseph II , les archiduchesses atnées, quelques seigneurs honorés de la confiance de Marie-Thérèse , formaient cette réunion ; et tout ce qu'on peut attendre de personnes d'un rang élevé , en réflexions sur le monde , sur les cours et sur les devoirs des princes , faisait le sujet habituel de ces entretiens. L'abbé de Yermond , en racontant ces détails , avouait le moyen qu'il avait employé pour être admis dans ce cercle intime. L'impératrice , l'ayant rencontré chez l'archiduchesse , lui demanda s'il avait formé quelques liaisons à Yienne. « Au- ■ cane, madamf, répondit-il; l'appartement de madame l'archiduchesse et Thôtel « de l'ambassadeur de France sont les seuls lieux que doit fréquenter l'homme ho- « noré du soin de réducalion de la princesse. » Un mois après , Marie-Tbérè&e , par une habitude assez ordinaire aux souverains , rencontrant l'abbé , lui fît la même question , et sa réponse fut exactement semblable. Le lendemain , il reçut l'ordre de se rendre tous les soirs au cercle de la famille impériale. Il est très-probable , par les relations constantes et connues de cet homme avec le

comte de Mercy, ambassadeor de Fempire pendant toate la dorée da rèfiBe de Loais XYI, qaMI éUU ntile à la conr de Vienne , et qa*il a soavent détenninc la reine k des démarches dont elle n*appréciait pas les conséquences. Né dans ose classe obaenre de la bourgeoisie , imba de tons les principes de la philosophie moderne, et cependant tenant plos qo*anean ecdésiastiqoe li la hiérarchie du clergé , vain , baviid, 6n et brusque à la fois , fort laid et affectant Thomme singulier, traitant les gens les plus élevés comme ses égaux > quelquefois même comme ses inférieurs , Tabbé de Vermond recevait des ministres et des évéques dans son bain , mais disait en même temps que le cardinal Dubois avait été un sot , qu'il fallait qnnn homme de sa sorte, parvenu au crédit , fit des cardinaux et refusât de Tétre.

Enivré de la réception que la conr de Vienne lui avait faite , n'ayant rien vt de grand avant cette époque, l'abbé de Vermond n'admirait et n'estimait qne les nsafes de la famille impériale ; il ne cessait de tourner en dérision l'étiquette de la maisoB de Bourbon ; la jeune dauphine était sans cesse excitée par ses sarcasmes ^ s'en dégager, et ce fut lui qui , le premier, lui lit supprimer une infinité d'usages dont il ne jugeait ni la sagesse ni le but politique.

Tel est le portrait exact de cet homme que l'étoile funeste de Marie-Antoinette lai avait réservé pour guider ses premiers pas sur un théâtre aussi éminent et aissi dangereux que celui de la cour de Versailles.

On trouvera peut-être que je peins sévèrement le caractère de l'abbc de Vermond ; mais comment pourrais- je voir sous des couleurs favorables un homme qui , apr» s'être arrogé le rôle important de confident et de conseiller unique de la reine , la dirigea avec si peu de prudence , et nous donna la douleur de voir cette princesse mêler à des qualités , qui faisaient le charme de tout ce qui Tcnvironnait , des torts qui nuisaient k sa gloire et à son bonheur? Quand volontairement un homme s'empare de devoirs aussi importants , le succès complet peut seul légitimer son ambition.

Tandis que M. de Ghoiseul , satisfait du sojet que M. de Bricnne lui avait présenté , l'envoyait k Vienne avec tous les éloges faits pour inspirer une confiance illimitée , le marquis de Durfort faisait partir un valet de chambre coifienr et quekpes modes françaises , et l'on crut avoir pris des précautions sofiisaulcs pour former une princesse destinée au trêne de France.

Tout le monde sait que le mariage de monseigneur le dauphin avee l'archidochesse avait été arrêté k l'époque de la puissance du duc de Qioiseul. La procuration pour la cérémonie du mariage fut donnée au marquis de Durfori , qui devait remplaoer, dans l'ambassade de Vienne , le baron de Bretenil ; mais , six mois après le mariage du danphin , le duc de Ghoiseul fut disgracié , et mesdames de Ifarson et de Goéaénée , qui se trouvèrent plus puissantes par la disgrâce du duc , firent donner celte ambassade au prince Louis de Rohan , depuis cardinal et grand anmênier.

La Gatette de France suffit donc pour répondre aux libellistes ignorants qui ont osé dire que la jeune archiduchesse avait oonnn le cardinal de Rohan avant l'époque de son mariage. On ne pouvait faire un choix plus mauvais en lui-même et pins désagréable k Marie-Thérèse qu'en lui envoyant , comme ambassadeur, un hoaune aussi

léfer et and immoral que TélaU le prisfe Louis de Rohan. Il n'avait que de fiilbles teiiilnret en toat genre et ignorait tont ce qui peut sertir ï la diplomatie. Sa réputation favait précédé i Vienne , et sa mission s'entama sous les auspices les plus défà- ▼oraUes. Manquant d'argent , et la maison de Rohan ne pouvant lui ftire de grandes avanees , il obtint de sa cour un brevet qui l'autorisait à emprunter sur ses bénéfices la soane de six cent mille liTres , s'endetta de pins d*nn million , et crut éblouir la Tille et la eour de Vienne par le luxe le pins indécent et le plus mal entendu. Il s'était attaclié buit on dix gentilsboaunes portant d'asseï beaux nome , douie pages également bien nés, une foule d'officiers et de valets, une musique de chambre, etc. Mais ce vain éeht ne fut pas de dorée ; rembarras et la détresse ne tardèrent pas li se faire remarquer; ses gens, n'étant plus payés, abusèrent, pour faire de l'argent, du priviléf e des franchises , et firent la contrebande avec tant d'impudeur, que Marie- Thérèse , pour la faire cesser ei ménager la cour de France , fut obligée de supprimer les franchises de tous les corps diplomatiqnes , ce qui rendit la personne et la conduite da prince Louis odieuse dans toutes les cours étrangères. II obtenait rarement des audiences particulières de l'impératrice, qui ne l'estimait pas, et s'exprimait sans ménagement sur sa conduite comme évèqne et comme ambassadeur. Il crut se mettre en faveur en travaillant au mariage de l'archiduchesse Elisabeth , sorar atnée de Marie-Antoinette , avec Louis XV, affaire qui fut gauchement entreprise , et qae madame Dnbarrj n'eut pas de peine h faire échouer.

J'ai cm ne devoir négliger aucun détail sur le canetère moral et politique d'un homme dont l'existence a été dans la suite si funeste à la gloire de Blarie-Antoinette.

On avait préparé sur les frontières , auprès de Kehl , un superbe pavillon composé d'un trèe-vaste salon qui communiquait k deux appartements : l'un oà devaient se tenir les dama et les seigneurs de la cour de Vienne , l'antre destiné H la suite de la dauphine , composée de madame la comtesse de Noailles, sa dame d'honneur; madame hi duchesse de Cessé , sa dame d'atours ; quatre dames du palais , M. le comte de Sanix-Tavannes, chevalier d'honnenr ; H. le comte de Tessé, premier écnyer; monleigneur l'évéque de Chartres , premier aumônier; les offiders des gardes-dn-corps et les écayers.

Lorsqu'on eut entièrement déshabillé madame la dauphine , pour qu'elle ne eonservit rien d'une cour étrangère , pas même sa chemise et ses bas ( étiquette toujours observée dans cette drconsunce ), les portes s'ouvrirent; la jeune princesse s'avança cherchant des yeax la comtesse de Noailles , puis s'élança dans ses bras, en lui demandant , les larmes aux yeux , et avec une franchise qui partait du cœur, de la diriger, de la conseiller, d'être en tout son guide et son appui. On ne put qu'admirer ceUe marche aérienne; on était séduit par un seul sourire; et, dans cet être tout enchanteur, où brillait l'édat de la gaieté française , je ne sais quelle sérénité aupute, peut-être aussi l'attitude un peu fière de sa tète et de ses épaules, faisaient retrouver la fille des Césars.

En rendant justice aux vertus de la comtesse de Noailles, les gens sincèrement attachés k la reine ont toujours regardé comme un de ses premiers malheurs, peut-

être même eomme le plus grand qn*eUe pût éproover k wo entrée dans le monde , de n*a?oir pas rencontré, dans la personne naturellement placée poor être son coueil, une femme indulgente , éclairée , et unissant k des ayis sages cette grftee qni décide la jeunesse ii les suivre. Madame la comtesse de Noailles n'avait rien d*agrêal»le dans son extérieur ; son maintien était raide , son air sévère. Elle connaissait parfaitemeat Tétiquette ; mais elle en fatiguait la jeune princesse sans loi en démontrer Timpor* tance. Tontes ces formes étaient gênantes , à la vérité, mais elles avaient été calca* lées sur la nécessité de présenter aux Français tout ce qui peut leur commander le respect , et surtout de garantir une jeune princesse , par un entourage imposant , de traits mortels de la calomnie. Il aurait fallu faire sentir k la dauphine qu'en France sa dignité tenait beaucoup k des usages qui n'étaient nullement nécessaires à Yieue pour faire respecter et chérir la famille impériale par les bons et soumis AutridiieBS. La dauphine était donc perpétuellement importunée par les représentations de la comtesse de Noailles , et en même temps excitée par l'abbé de Vermond ^ toomer ea dérision et les préceptes sur l'étiquette et celle qui les donnait. Elle écouta plutdt la raillerie que la raison , et surnomma madame la comtesse de Noailles madoÊte fetpguette. Cette plaisanterie fit présumer qu'aussitôt que la jeune princesse agirait selon ses volontés , elle se soustrairait aux usages imposants.

Les fêtes qui eurent lieu k Versailles , pour le mariage du daophin , dorent trèsbrillantes. La dauphine y arriva pour l'heure de sa toilette , après avoir coacfac à b Muette , où Louis XV avait été la recevoir, et où ce prince , aveuglé par un sentiment indigne d'un souverain et d'un père de famille , avait fait souper la jeune princesse, la famille royale et les dames de la cour avec madame Dubarry.

La dauphine en fut blessée ; elle en parlait asseï ouvertement dans son inlèriear, mais elle sut dissimuler son mécontentement en public , et son maintien fut parfait.

On la reçnt k Versailles dans une appartement du rez-de-chaussée , au-dessous de celui de la feue reine , qui ne fut prêt que six mois après le mariage.

Madame la dauphine , alors Sgée de quinze ans , éclatante de fraîcheur, pamt mieux que belle k tous les yeux. Sa démarche tenait k la fois du maintien imposant des princesses de sa maison et des grâces françaises ; ses yeux étaient doux , son sourire aimable. Lorsqu'elle se rendait k la chapelle, dès les premiers pas qu'elle avait faits dans la longue galerie , elle avait découvert , jusqu'à l'extrémité de cette pièce , les personnages qu'elle devait saluer avec les égards dus au rang, celles k qui elle accorderait une inclination de tête, celles enfin qui devaient se contenter d*un sourire, en lisant dans ses yeux un sentiment de bienveillance fait pour consoler de n'avoir pas de droits aux honneurs.

Louis XV fut enchanté de la jeune dauphine ; il n'était question que de ses grices. de sa vivacité et de la justesse de ses réparties. Elle obtint encore plus de succès auprès de la fnroille royale , lorsqu'on la vit dépouillée de tout Teclat des dianuats dont elle avait été ornée pendant les premiers jours de son mariage. Vétne d'une légère robe de gaze ou de taffetas , on la comparait k la Vénus de Médids , à l'Alalanie des jardins de Mariy. Les poètes célébrèrent ses charmes, les peintres voulurent rendre ses trails. H y en eut un dont l'Idée ingénieuse fut recompensée par Loo.8 XV.

TtU imagiBé de placer te portrait de Marie-Antoinette dans le eonr d'one rose épanouie.

Le roi ne parlait qne de la daapliine , et madame Dnbarry 8*efforcait aigrement de faire tomber son entbonsiasme. En s'occnpant de Marie-Ântoinetle , elle faisait remarqnar à tout propos rirrégnlàrité de ses traits ; elle critiquait les mots qu'on citait d*eUe; elle raillait le roi sur sa prédilection. Madame Dnbarry était offensée de né point obtenir de la dauphine les attentions auxquelles elle prétehdait ; elle ne cachait point an roi ce grief; elle craignait aussi que les grftces et la gaieté de la jeune princesse ne rendissent l'intérieur de la famille royale plus agréable au vieux souverain , et qu'il ne lui échappât. Mais la haine contre le parti de Choisenl contribuait palssamment k exciter l'inimitié de cette favorite;

On sait que sa honteuse élévation était l'ouvrage du parti anti-Cboiseul. La chute de oe ministre eut lieu en novembre 1770, six mois après que sa longae influence dans le conseil eut amené fallbnce avec la maison d* Autriche et l'arrivée de Marie- Antoinette a la cour de France. Cette princesse , jeune , franche , légère , inexpérimentée , se trouva sans autre guide que l'abbé de Yermond , dans une cour ou régnait renaemi du ministre qui l'y avait appelée , au milieu de gens qui haïssaient l'Autriche et qui détestaient toute alliance avec la maison impériale.

Le duc d'Aiguillon , le duc de La Vauguyon , le maréchal de Richelieu , les Roban , et beaucoup d'autres familles considérables , qui s'étaient servies de madame Diibarry ponr faire tomber le duc , n*avaient pu , malgré leurs puissantes intrigues , penser a faire rompre une alliance solennellement annoncée , et qui touchait à de grands imtérèts politiques. Sans renoncer il leurs projets , ils changèrent donc de marche; et l'on verra plus l»s comment la conduite du dauphin servit de base k leurs espérances.

Madame la dauphine ne cessait de donner des preuves d'esprit et de sensibilité ; quelquefois même elle se laissait entraîner a ces élans de bonté compatissante qui ne sont arrêtés ni par le rang ni par les usages qu'il établit.

Lors de l'événement du feu de la place Louis XV, a l'occasion des fêtes du mariage t le dauphin et la dauphine envoyèrent Tannée entière de leurs revenus pour soulager les familles infortunées qui avaieut perdu lears parents dans cette journée désastreuse.

Cet acte de générosité rentre dans le nombre de ces secours d'éclat qui sont dictés par la politique des princes , au moins autant que par leur compassion ; mais la douleur de Marie-Antoinette fut profonde et dura plusieurs jours; rien ne pouvait la consoler 'de la perte de tant d'innorentes victimes; elle en parlnit, en pleurant, ii ses dames , lorsqu'une d'elles , cherchant sans doute b la distraire , Ini dit qu'un grand nombre de filous avaient été trouvés parmi les cadavres , que leurs poches étaient remplies de montres et d'autres bijoux. « lis ont été moins bien punis , ajouta la per- « sonne qui racontait ces détails. — Oh ' non , non , madame , reprit la dauphine , « ils sont morts a cdtc d'honnêtes gens. »

En passant par Reims , à son arrivée de Strasbourg : ■ Voila , dit-elle , la ville de « France que je désire revoir le plus tard possible. *

La danphine avait apporté de Vieone uie grande quantité de diamanU blancs; le roi y ajouta le don des diamants et des perles de la feue danphine, et II lai lont aussi un coUier de perles d'un seul rang dont la plus petite avait la graasear d'âne aTeline , et qui , apporté en France par Anne d'Autriche , avait été substUié fst eette princesse au reines et dauphines de France.

Les trois pnncesses , filles de Louis XV, ae réunirent ponr hii oflHr de magaifiqnes présents. Madame Adélaïde donna en même temps Ji la jeane princesse me def des corridors particuliers du chfttean , par lesquels , sans ancnne suite et sans Ha aperçue , elle pourrait parvenir jusqu'il l'appartement de ses tantes , et les voir ea particulier. La danphine leur dit, avec infiniment de grftee, en prenant cette cief, que , ponr lui faire apprécier toutes les choses superbes qu'elles Tonlaient bien M donner, il n'eût pas fallu en même temps lui en offrir une d'un prix inesHaiafcle, puisqu'elle devrait li cette clef une intimité et des conseils si prédeux ponr son Ife. Elle s'en servit en effet bien souvent ; mais madame Victoire seule raatorisait , tatt qu'elle fut daupbine , k rester familièrement chei elle. Madame Adélaïde ne pouvait vaincre ses préventions contre les princesses autrichiennes , et était ennuyée de la gaieté un peu pétulante de la danphine; madame Victoire s'en aflUgeail, el setlail que leur société et leurs avis eussent été bien utiles à une jeune personne «^caèe k ne rencontrer que des complaisants on des flatteurs. Elle chercha même h lui Edre trouver de l'agrément dans la société de madame la marquise de Durfort, an dame d'honneur et sa favorite. On donna plusieurs fêtes agréables chez celte dame ; b contasse de Moailles et l'abbé de Vermond s'opposèrent bientdt k ces réunions.

L'événement arrivé li la chasse , prés du village d'Acheres , dans la forêt de Fontainebleau , donna à la jeune princesse l'occasion de développer son respect ponr b vieillesse et sa sensibilité pour l'infortune. Un paysan trés-âgé est blessé par le coff ; la danphine s'élance hors de sa calèche , y fait placer le paysan avec sa femme ^ ses enfants , fait reconduire la famille jusqu'à sa chaumière , et la comble de tons les soins et de tous les secours nécessaires. Son cœur était toujours prêt à éprouver les émotions de la compassion ; et, dans ces dr constances , l'idée de son rang n'airêiait jamais les effets de sa sensibilité. Plusieurs personnes de son service entraient an soir dans sa chambre, croyant n'y trouver que l'officier de garde; elles aperçoivent la jeune princesse assise à cété de cet homme dtjk avancé en Ige; elle avait phee auprès de lui une jatte pleine d'eau , étanchait le sang qui sortait d'nne UesMR qu'il avait à la main , après avoir déchiré son mouchoir pour lui faire des comprefles, et remplissait enfin auprès de lui toutes les fonctions d'nne pieuse fille de la charité. Le vieillard , attendri jusqu'aux larmes, laissait, par reqiect , agir son angusie auP tresse. Il s'était blessé en voulant avancer un meuble un peu lourd que la princesse lui avait demandé.

Au mois de juillet 1770 , un événement flftcheux , arrivé dans une famille que b dauphine honorait de ses bontés , contribua à montrer encore non-senlement sa seasibililé , mais la justesse de ses idées. Uue de ses femmes avait un fils ofiicier dans les gendarmes de la garde ; ce jeune homme se crnt offensé par un commis de b guerre ; un cartel en forme fut imprudemment envoyé , il tua son adversairo dans b

forêt de Conpiègnc; la fanille da jeane taé, maaie da cartel , demanda jatUee. Le roi, affligé de plaaieni g daels qoi venaient d*aToir lien» aTait maibeareBsement prononcé ^'U n*acoorderail point de grâce aa premier éféaement de ce genre dont on pourrait donner la presTo; le coupable fat arrêté. Sa mère , dans le désordre de sa plas gnade doalear, eoarat se jeter aax pieds de la daapbine , da daupbin et des jeunes princes; ils obtinrent da roi, après une beare de prière , la grice taat désirée. Le Uadenuiin, en félidtant auMiame la daapbine, une grande dame, qui s'était laissé aflionent préTonir contre la mère da gendarme, eat la méebancelé d*ajooter que eette mère n'avait négligé , dans cette drooistance , aacan moyen de réassir ; qa'elle avait soUiellé non-seulement la famille royale, mais même madame Dabarry. ht danpbine répondit qne ce trait justifiait l'opinion favorable qu'elle avait eonçae de cette brave femme ; qne , pour sauver la vie de son fils , rien ne devait coûter aa MBV d'ane mère; et qa'b sa place, si elle Teût jngé nécessaire, elle aarait été se jeter aax pieds de Zamore.

Qaelqae temps après les fêtes du mariage , madame la danpbtne fit son entrée k Paris; elle y fut reçue avec des transports de joie. Après avoir dtué dans Tapparte- Bent du roi, aux Tuileries, elie fut forcée, par les cris multipliés de la foule qui remi^iaBait le jardia , de se présenter sur le balcon , en face do la grande allée. Elle s'écria , en voyant toutes ces têtes pressées , les yeux levés vers elle : « Grand Dieu , « fse de monde ! — Madame , lai dit le vieux duc de Brissae , gouverneur de Paris, m sans que monseigneur le dauphin puisse s'en ofienser, ce sont aatant d'amou- « renx. >

M. le dauphin ne s'offensait ni des acclamations ni des hommages dont madame la daapbine était l'objet. Uae iadifférence affligeante , une froideur, qui dégénérait eonvent en brusquerie , étaient les seuls sentiments que lui montrait alors le jeune prince. Tant de charmes n'avaleat même rien obtenu sur ses sens; il venait , par deToir, se placer dans le lit de la dauphine , et s'endormait souvent sans lui avoir adresaé h parole. Cet éloignement , qni dura fort longtemps , était , dit-on , l'oavraga de M. le due de La Yaagayon.

MadaaM la daapbine n'avait véritablement de sincères amis h la coar que le dae de Cboiaenl et son parti. Groira-t-on qae les projets formés coatre Marie-Antoinette allaieat jasqu'h voir la possibilité d'un divorce ? Quelques gens, possédant h la coar des places éminentes , me l'ont assaré , et beaucoup de choses pouvaient confirmer celte opinion. Au voyage de Fontainebleau, Tannée du mariage, on gagna les inspecteurs des bêtiments pour que l'appartement de monseigneur le dauphin , attenant h celui de madame la dauphine , ne se trouvât pas achevé , et on lui en fit donner nn provisoiremeit h l'extrémité du château. La daaphine, sachant que c'éuit le lésnltat d'une intrigue , eut le courage de s'en plaindre h Louis XV, qui, après de sévtoes réprimandes, donna des ordres si positift qae dans la semaine l'appartement se tronva prêt.

Tout était employé pour eatretenir et augmenter la froideur qne le dauphin témoigna longtemps h Sa jeune épouse. Elle en fut profondément affligée , mais ne se permit jamais d'articuler la moindre plainte h cet égard. L'oubli , le dédain même pour T. XVI. ^ 4!

des eharmes qu'elle entendait loner de tooles parts, rien ne loi faisait reBprr silence; et quelques larmes, qui s'échappaient involontairement de sesyeox, éine les seules traces que son serYiee ait pu voir de ses peines secrètes.

Un seul jour, fatiguée des représentations déplacées d*nne vieille demoiselle qii lui était attachée , et qui voulait s'opposer à ce qu'elle montât à cheval , dans la cxaisk que cela ne l'empéchAt de donner des héritiers à la couronne : « IMademoiselie, !ii « dit-elle , au nom de Dieu , laissez-moi en paix , et saehei que je ne comproadi « aucun héritier. »

J'ai dû peindre , au commencement de ces Hémoires , l'homme ohccorément aabitieux qui dirigea Marie-Antoinette depuis son enfonce jusqu'à l'époque fatale de ii révolution.

J'ai fait connaître le caractère de la dame d'honneur de la dauphine ; j*ai deaie quelques détails sur les préventions de madame Adélaïde , fille abiée de Louis XT, contre la maison d'Autriche ; j'ai parlé de la bonté extrême de la seconde princesie, madame Victoire, de l'attrait qu'elle avait eu pour Marie-Antoinette; enfin f ai doaae uie idée du caractère de madame Sophie , troisième fille de Louis XY, et qui offrait h sa nièce , encore bien moins que mesdames ses sœurs , les utiles ressoutcs de la société.

Madame la dauphine avait trouvé â la cour de Louis XY, avec les trois princeses filles da roi, les princes, frères du dauphin, en éducation, mesdames OoKilde et Elisabeth, encore entre les mains de M** de Marson , gouvernante des enfants de France. L'alnee de ces deux princesses épousa , en 1777, le prince de Piémont, devenu roi de Sardaigne. Cette princesse éuit , dans son enfance, d'une si énorme grosseur, que lepeople lui avait donné le sobriquet de gros madame. La seconde princesse éUit la pieuse Elisabeth, vic- Ûoê de son respect et de son tendre atuchement pour le roi, son f^re, et dont les ha«tes vertus méiitent la cour céleste. Elle était encore presque à la lisière à l'époque du mariage dn dauphin. La dauphine lui donnait une préférence marquée. La gouvernante , qui cherchait à faire valoir celle des deux princesses que la nature avait truiee moins favorablement, sut mauvais gre i madame la dauphine de son affection paninlièrepour madame Elisabeth, et, par des plaintes indiscrètes, elle refroidit l'amiik qoi eiislait cependant entre madame Clotilde et Marie-Antoinette. U s'éleva néae quelque rivalité sur l'article de l'éducation , et on s'expliqua asses hant et tres^letavorablement sur celle que l'impératrice Marie-Thérèse avait fait donner i ses fiUes. L'abbé de Vermond se crut offensé , prit part dans cette querelle , unit ses plaioies et ses plaisanteries à celles de madame la dauphine sur les critiques de la gouvernante , et s'en permit néme à son tour quelques-unes nr l'ustruction de nadame aotUde.

Tout se stit dans une cour. Madame de Marson tnx fc son tour instruite de ee qm s'était dit chei la dau](hine , et lui en sut très-mauvais gré. A partir de ee momol, il s'établit un foyer d'intrigues, ou plutôt de commérage, eontre Marie -Antoinene, dans la société de madame de Marson ; ses moindres actions y éUient mal interprétées; on lui faisait un crime de sa gaieté et des jeux innocents qu'elle se permettait ^■alqBefole daes son mténenr avec les plus jeunes de ses daines, et anéoe avec èm

feames de tm lerrice. Le prioee Loab de Rofaan, plaeé k raniessade de Yienae pai'eecte société , y fot Tédio de ces injustes critiqiies et se jeta dais ooe série de coopables dèlatioiis qii*il colorait do nom de zèle. Il représentait sans eesse la jeone daupbine eonine 8*aiiéBant toos les cnors par des légèretés qnl ne poQTaient cenTenir a la dignité de la coor de France. Cette princesse recerait soQTent de Vienne des remoBiraMes dont la sooree ne pouTsit loi demeorer longtemps cachée, et c'est k eette èpoqoe qa*il fcot rapporter l'éloignement ip'eUe n*a jamais cessé de témoigner aa prinee de Roban.

Vers le même temps , la daophine eot connaissance d*nne lettre écrite par le prince Loaia k M. le doc d*AigoiUon , dans laquelle cet ambassadear s'exprimait en termes pea convenables snr Tattitode de Marie-Tbérèse relativement ao partage de la Polo» gne. Cette lettre dn prince Louis avait été lue cbei h comtesse Dobarry; la légèreté de h eorreapoodance de Fambassadenr blessait k Versailles la sensibilité et la dignité de b daopbine , Undis qo*k Vienne les rapports qu'il faisait k Marie-Tbérèse contre la jene piineesse finirent par lia rendre sospects les motib de ces interminables

Marie-Tbérèse , partagent enfin les mêmes soupçons, prit le parti d'envoyer k Versailles son secrétaire de cabinet, le baron de Neni, qui devait examiner avec attention la condaite de madame la dauphine , et acquérir la mesure juste de l'opinion de la coor et de Paris sur le compte de cette princesse. Le baron de Neni , après y avoir mis le tempe et la sagacité convenables , détrompa sa souveraine sur les exagérations de rambasaadeur français; l'impératrice n*eut pas de peine k remarquer, dans les calomnies qa'on avait osé lui faire parvenir k titre d'intérêt pour son auguste fille , la prenve de l'iniautié d'un parti qui n'avait jaitais approuvé l'alliance de h maison de Bourbon avec la sienne. À cette époque , madame la daupbine n'ayant encore obtenu aoenn pouvoir sur le coeur de son époux , craignant Louis XV, se défiant avec ralien de font ce qui tenait k madame Dnbarry et au duc d'Aiguillon , n'avait pas mérité le moindre reproche snr ce genre de légèreté que sa haine et ses malheurs eut, parla suite, transformée en crime. Convaincue de l'innocence de Marie- Antoiaette , l'impératrice donna l'ordre ao baron de Neni de solliciter le rappel de M. le prince de Roban , et d'instruice le ministre des affaires étrangères de tous les motifs ' qui le lui faisaient désirer ; mais la maison de Rohan se mit entre son protégé et l'envoyé autrichien , et Ton ne répondit que d'une manière évasive.

Ce ne fut que deux mois après la mort de Louis XV que la cour de Vienne obtint MU rappel. Les griefs positivement énoncés furent: 1' les galanteries publiques du prince Louis avec des femmes de la cour et d'autres d'un genre moins distingué ; %' sa morgue et sa hauteur k l'égard des autres ministres étrangers , ce qui aurait eu des suites majeures , snriuai avec les ministres d'Angleterre et de Danemark , si rimpératriof elle-même ne s'en fût mélee ; 3" son mépris pour les choses de la relipGû dans le pa}'s uii il était le plus nécessaire d*en montrer. On l'a vu souvent se i^étir d'habits de toutes les couleurs , prenant le^ uniformes de chasse des différents seigneurs chet qui il allait , avec tant de publicité . qu'un jour de Fête-Dieu , lui et luKUi im legaiiun , eu uiiifurue vert , gulonnc en ur, avaient furcc une procession qui

letgèaait, poir se reidit li ose pntle de Amm ckei le prneedePlw; À*étt délies inuBene» eoitnctèet par loi et ses gens, dettes qsi ne fereit ye todi^ «m et HBiMirfliiHeBeiit seqvUtées.

Les snrisfes sweessift de eonte de ProTenee et àm eonte d*Aitois, avec dan Mes ds roi de Serdaigne , atgaentèrevl \ YenaiOes le Mnlire des pineesKs de l'Ifede llarie-AatolBette,proairèreBtàIadaapliiaeiaesoeiéléplBscerfof«eàsn Ige , et fhsBgftrfBl sa posltien. D'aaseï beaix yeox attirèreat k BadasM h cqhébsk de Profeoee , lors de soi arrivée è Versailles, les seoles loaaigcs qa'il était laissanableaMDt pemis de lai douier.

La eootesae d'Artois, sans difliviDilé dans b taille , était foit petite et aiait ■ très-teav teint; aoo visage , aaseï graden , n'avait eependant rien de ifiinHiMf , qae rextréme longnear de son nei. Mais boue et générense, elle fat ataéedeceax qai renvironBaient, et jooit mène de qoelqoe crédit , tant qn'elle Int h aeaie fn eit donné des héritiers I la eooroBBe.

Dés ee moBient , la plos grande intimité s'établit entre les trois jesaes w^ifnr. Ih firent réanir leurs repas , et ne mangèrent séparésMBt qne les jonrs oA leeis dkers éttioBt publics. Cette manière de vine en famille exista jasqn'ao moment eè la reine se permit d'aller dtaer quelquefois ehei la duchesse de Pohgnae , loraqB'dle fat goufemante; mats la réunion du soir pour le souper ne fut jamais interrompat, et avait lien chez madame la comtesse de Provence. Madame Elisabeth 7 prit plaœ, lorsqu'elle eut terminé son éducation; et quelquefois mesdames, tantes du rai, y étaient invitées. Cet usage , qui n'avait point en d'exemple li la cour, fnt rouvrafe de Marie- Antoinette , et elle Fentretint avec la plus grande persévérance.

La cour de Versailles n'éprouva aucun diangement d'étiquette pendant la durée du règne de Louis XV. Le jeu se tenait chez madame la dauphine , comme étant h première personne de l'état. Il avait en lien , depuis la mort de la reiae Marie Leckzlnska jusqu'au moment du mariage de M. le dauphin , chez madasM Adéhfde. Ce changemeat, suite d'un ordre de préséance qui ne pouvait être dérangé, l'ca avait pas moins désobligé madame Adélaïde qui , ayant établi un jeu séparé dans m appartements , ne se rendait presque jamais I celui où devait se réunir Bon-sealcmeal la cour, mais la famille royale. La visite en grand appareil au déboîter du roi avait toujours lieu. La messe en musique était entendue tous les jonrs ; les pnmenata des princesses n'étaient que de rapides courses qu'elles faisaient en berline « acoaipagnées de gardes-du-corps , d'éeuyers , de pages ii cheval. On se rendait , aa graad galop, à quelques lieues de Versailles; les calèches ne servaient qne pour suivre b chasse.

Les jeunes prin *es8es voulurent animer leur société intime d'une 1 et agréable. On forma le projet d'apprendre et de jouer toutes les bonnes 1 du thc^ire français; le dauphin était le seul spectateur; les trois princesses, tel deux frères du roi , et MM. Campan père et fils composèrent seuls la troupe; mais on mit la plus grande importance à tenir cet amusement aussi secret qu'une afiufe d'état : on craignait la censure de Mesdames , et on ne doutait pas qne Louis XV n'eût défendu de pareils amusemenls, s'il en avait eu ronnaissanre. On chaWt aa

cabinet d'eatrasol oi persoone n'aviit besoin de pénétrer pour le service. Une espèce d*aTant-sGène , se détaebuit et ponvant s'enfermer dans one armoire , formait Umi le théâtre. M. le comte de Provence savait toujoars ses rôles d'osé manièii0 inpertnrlMble ; M. le comte d'Artois assez bien ; il les disait avec griee ; les prinees- •es jonaient mal. La daaphine s'acquittait de quelques rôles avec Ineaw et sentiment. Le bonheur le plos réel de cet amusement était d'avoir toos les costumes très-élégants et fidèlement observés. Le dauphin prenait part aux jeux de la jeune fiimille, riait beaoeonp des figures des personnages , h mesore qu'Us paraissaient en scène , et c'est h dater de ces amusements qu'on le vit renoncer h l'air timide de son enfance , et se plaire dans la société de la danpbine.

Le désir d'étendre le répertoire des pièces que l'on voulait jouer, et la certitude que ces amusements seraient entièrement ignorés , avaient fait admettre mon beau-père et mon mari k l'honneur de figurer avec les princes.

Je n'ai su ces détails que longtemps après, M. Campan en ayant fait un secret; mais on événement imprévu pensa dévoiler tout le mystère. La reine ordonna un jour h H. Campan de descendre dans son cabinet pour y chercher quelque chose qu'eOe avait oublié ; il était habillé en crispin et avait même son rouge ; un escalier dérobé conduisait direetement k cet entresol dans le cabinet de toilette. M.. Campan crut y entendre quelque bruit , et resta immobile derrière la porte , qui était fermée. Un valet de garde -robe , qui en effet était dans cette pièce , avait , de son oôté , entendu quelque bruit, et, par inquiétude ou par curiosité, il ouvrit subitement h porte; eete figure de Crispin lui fit si grand'peur, que cet homme tomba à la renverse en criant de tontes ses forces : Au secours ! Mon beau-père le releva , lui fit entendre sa voix , et lui enjoignit le plus profond silence sur ce qu'il avait vu. Cependant il crut devoir prévenir la dauphine de ce qui était arrivé ; elle craignit que quelque antre événement de la même nature ne fit découvrir ces amusements : ils furent aban-

Cette princesse s'occupait beaucoup , dans son intérieur, de l'élnde de la mnsiqne et de celle des rôles de comédie qu'elle avait h apprendre; ce dernier exercice avait en au moins l'avantage de former sa mémoire et de lui rendre la langue fnecaise encore plus familière.

L'abbé de Vermond venait ches elle tous les jours, mais évitait de pmdre le ton imposant d'un instituteur, et ne voulait pas même , comme lecteur, conseiller l'utile lectnre de l'histoire. Je crois qu'il n'en a pas lu un seul Tolume , dans tonte sa vie , i son auguste élève; aussi n'a-t-il jamais existé de princesse qui eût u éloignenent plus marqué pour toutes les lectures sérieuses.

Tant que dura le règne de Louis XY, les enoemto de Marie-Antoinette n'essayèrent pas de changer l'opinion publique sur son compte. Elle était toujours Tobjet des vœux et de l'amour des Français en général , et particulièrement des habitants de Paris qui , privés de la posséder dans lent ville , venaient successivement h Venalllee, la plupart attirés par le seul désir de la voir. Les courtisans ne pertagenlent pas entièrement cet enthonsiasme vraiment populaire qu'avait inspiré madame la danphise : la disgrâce de M. le due de Ghoiseol l'avait privée de son iMibleappni,

et le parti qui domlntit k b eoor, depais Texti de ce ministre , était , par ses ons poliUqoes, aaasi opposé à sa famille qu'à elle-même. La danphine était èone i Versailles enTiroimée d'ennemis.

Cependant toot le monde cherchait extériearement k lai plaire; l'ftge de Loiis XY et le caractère dn dauphin avertissaient assez la prévoyante sagacité des eonrtisans da rôle imporUnt qni était réservé à cette princesse, si, sons le règne suivait, le dauphin finissait par lai être attaché.

Vers les premiers joars de mal 1774 , Louis XV, annonçant, par la force de a constitation , nue existence encore assez longue , fut attaqué d*nne petite vérole eonflnente des plus funestes. Mesdames inspirèrent , à cette époque , à madame la daaphme , un sentiment de respect et d*attachement dont elle donna des preoves bbJiî- ' pliées lorsqu'elle fut sur le trône. En effet , rien ne fut plus admirable et plus toachant que le courage avec lequel elles affl'ontèrent la maladie la plus horriUe : Pair du palais était infecté ; plus de cinquante personnes gagnèrent la petite vérole poar avoir seulement traversé la galerie de Versailles , et dix en moururent.

La fin de ce monarque approchait : son règne , assez paisible , ?vait eonserré me force imprimée par la puissance de son prédécesseur; d'un antre côté, sa faibl^se avait de même préparé les malheurs de celui qui régnerait après loi. La scène afiait changer : l'espoir, l'ambition , la joie , la douleur, tous les sentiments qui s'emparaient diversement des cœurs des courtisans, se déguisaient vainement sois la extérieur uniforme. Il était aisé de démêler les différents motiCs qni leur faisaient, i chaque instant, répéter à tous cette phrase : > Comment Ya le roiT > Enfin, le 10 mai 1774 , se termina la carrière de Louis XV.

La comtesse Dubarry s'était retirée depuis quelques jours k Ruelle , chez leiae d'Aiguillon ; douze on quinze personnes de la cour crurent devoir y aller faire des visites; leurs livrées furent remarquées; et ce fut pendant longtemps un motif de défovenr. J'ai entendu , plus de six mois après la mort du roi , dire , dans le oerde de la famille royale , en parlant d'une de ces personnes-IH : « C'était une des qniaie « voitures de Ruelle. >

Toute la cour se rendit au château : l'œil-de-bœuf se remplit de ronrtfsans, le palais de curieux. Le dauphin avait décidé qu'il partirait avec la famille royale m moment où le roi rendrait le dernier soupir. Mais , dans une semblable occasion , b bienséance ne permettait guère de faire passer de bouche en bouche des ordres posttifs de départ. Les chefs des écuries étaient donc convenus, avec les gens qui ètaint dans la chambre du roi , que ceux-ci placeraient une bougie allumée anprfe d'nne fenêtre , et qu'à l'mstant où le mourant cesserait de vivre, un d'eux éteindrait la bongie.

La bongie fut éteinte :à cosignai, les gardes-du-corps , les pages, leséeivers, montèrent à cheval , tout fut prêt penr le départ. Le dauphin était chez la dsophine. Ils attendaient ensemble la nouvelle de la mort de Louis XV. Un bruit terriMe et absolument semblable a celui du tonnerre se fit entendre dans la première pièce de 'appartement : c'était la foule des courtisans qui désertaient l'antichambre dn souverain expiré pour venir saluer la nouvelle puissance de Louis XVL À ce bruit étraufc, Marie- Antoinette et son époux recpunoreni qu'ils allaient régner, et , par un mot-

▼emeol sponUné (jai remplit d'attendrissement ceux qai les entouraient , tonsdeox se jetèrent k genonx; tons deax, en versant des larmes, s'écrièrent : Jftfn Dieu, guidejt-nûtu, proiégez-nous , mm régnons trop Jeuneo.

Madame la comtesse de Noailles entra , la saloa la première comme reine de Fraace, et demanda à LL. MM. de vouloir bien quitter les cabinets intérieurs pour Tenir dans la chambre recevoir les princes et tous les grands officiers qui désiraient offrir leors hommages 4 leurs nouveaux souverains. Appuyée sur son époux , un mouchoir sur les yeux , et dans Tattitade la plus touchante , Marie-Antoinette reçut ces premières visites. Les voitures avancèrent ; les gardes , les écoyers étaient ï cheval. Le cbftteau resta désert; tout le monde s'empressait de fuir une contagion qu'aucun intérêt ne donnait plus le courage de braver.

En sortant de la ohambre de Louis XY , le duc de Yillequier, premier gentilhomme de U chambre d'année , enjoignit ii M. Androuillé , premier chirurgien du roi , dV)uvrir le corps et de l'embaumer. Le premier chirargien devait nécessairement en mourir. « Je suis prêt , répliqua Androuillé ; mais , pendant que j'opérerai , vous « tiendrez la tête : votre charge vous l'ordonne. » Le doc s'en alla sans mot dire , et le corps ne fat ni ouvert ni embaumé. Quelques serviteurs subalternes et de pauvres ouvriers restèrent près de ces restes pestiférés; ils rendirent les derniers devoirs 11 leur mattre ; les chirurgiens prescrivirent de verser du vin dans le cercueil.

La totalité de la cour partit i quatre heures pour Choisy : Mesdames , tantes du roi , dans leur voitore particulière ; les pnjices en éducation , avec madame la comtesse de Marson et leurs sous-gouvernantes ; le roi , la reine , Monsieur, frère du roi. Madame, le comte et la comtesse d'Artois, réunis dans leur voiture. La scène imposante qui venait de se passer sous leurs yeux , les idées multipliées qu'offrait è leor imagination celle qui s'ouvrait pour eux , les avaient naturellement portés vers la douleur et la réflexion; mats, du propre aveu de la reine, cette disposition , peu faite pour leur âge , cessa en entier vers la moitié de la route ; un mot, estropié par ^ madame la comtesse d'Artois , fit éclater un rire général , et de ce moment les larmes furent essayées. La circulation entre Choisy et Paris était immense .'jamais on ne vit plus de mouvement dans une oour. Quelle sera l'ioflueEce de Mesdames tantes ? de la reine ? Qoel sort réserve-t-on i la comtesse Dubarry ? Quels ministres le jeune roi va-t-îl ehoisir? — Tontes ces questions furent décidées en peu de jours. Il fut arrêté que l'Age du roi exigeait qu'il eût près de lui une personne de confiance ; qu'il y aurait un premier ministre , et les yeux se fixèrent sur MM. de Machault et de Maurepas, tous deax fort Agés : le premier, retiré dans sa terre auprès de Paris; le second , à Pontchartrain , où il avait été très-anciennement exilé. La lettre pour rappeler M. de Machaolt était écrite, lorsque madame Adélaïde obtint la préférence de ce ehoix important en faveur de M. de Maurepas. On rappela le page qui était muni de la première lettre.

Le doc d'Aiguillon avait eu trop ouvertement le titre d'ami particulier de la maltresse du roi ; il fut congédié. M. de Vergennes , alors ambassadeur de France à StoclLhoim , fut nommé ministre des affaires étrangères ; le comte du Muy, intime am du dauphin , père de Louis XVI , ent le département de la guerre. L'abbë Terra) dit

et éeriTlt en vain <pi'il avait eourageosement fait toot le mal possible an < de l*état pendant le règne da fen roi , qne Tordre était rétabli dans les I qn*il n'avait pins qoe da bien ^ faire , et que la nonvelle eonr allait joolr des i ges de b partie régénératrice de son pbn de finanees : tontes ees rauom, dévdsppées dans cinq on six Mémoires , qu'il fit soccessivement remettre an roi et k h reine , ne porent loi servir k conserver son poste. On convenait de ses ttients, aaii rodieax qoe ses opérations avaient nécessairement attiré sur son earaetère, et TimaMralité de sa conduite privée , ne permettaient pas son plos long séjour k U eonr : il fit remplacé par H. deQagny. Le chancelier de Ifiaapeon fat exilé; la joie en fatniverselle; ensuite le rappel des parlements produisit la plos grande sensation :Parii était dans l'ivresse de la joie , et l'on rencontrait tout au plos une personne nr eot qui prévit que l'esprit de l'andenne magistrature serait toujours le même , et qi'avant peu elle oserait porter de nouvelles atteintes h l'autorité royale. Hadame Dabarry avait été exilée au Pont-aux-Dames. Celte mesure était plus de nécessité qie de rigueur : quelque temps de retraite forcée était indispensable pour hd frire perdre le fil des affaires. ^

On loi conserva la possession de Lueiennes et une pension considénble. Tout le monde s'attendait au rappel de H. le due de Choiseul ; les regrets qu'il avait lalaiés à la cour parmi ses nombreux amis , l'attachement d'une jeune princesse qni lui denît le tr^ne de France , tout paraissait annoncer son retour : la reine le demanda an roi avec les plus vives instances , mais elle rencontra un obstade invincible , et qu'elle n'avait pas prévu. Le roi avait , Aït^n , puisé les plos fortes préventions oootn ce ministre dans les Mémoires secrets écrits par son père , avec l'injonction 6ite an doc de La Vaugnyon de les lui remettre aussitôt qu'il serait en âge de s'oeeoper de l'art de régner. Ce furent ces Mémoires qui lui inspirèrent Testime qu'il avsit eonçae peir le maréchal du Muy, et l'on peut ajouter que madame, AdélSIde qni» dans ess piemiers moments, influença beaucoup les décisions du jeune monarque, lesoofeaait dans les mêmes principes.

La reine s'entretint avec M. Campan du regret qu'elle avait de ne ponvoir contribuer h faire rappeler M. de Choiseul , et lui en confia les motifs. L'aUié de Yenuoad qui , jusqu'à l'époque de la mort de Louis XV, avait vécu avec M. Campan dans h plus étroite intimité , entra ches lui le second jour de l'arrivée de la eoor è Cholsy, et prenant un air sérieux et sévère : « Monsieur, lui dit-il , (a reine eut hier l'indiicié- « tion de vous parier d'on ministre auquel elle doit être atCachée , et qne ses aads « désiraient vivement de revoir auprès d'elle ; vous savez que nous devons reaonoer « à voir le duc li la cour; vous en connaisses les motifs; mais vons ignorai qne b « jeune reine m'ayant fait l'aveu de cet entretien , j'ai dfi , comme Inslitatanr et « comme ami , lui f^ire les représentations les plus sévères sur le ton qu'elle aiait « eu de vous communiquer les détails qui sont è votre connaissance. Je viens en ce « moment vous annoncer qoe, si vons continuel i profiter de la bienveiUaaee de voire « maîtresse pour vons initier dans les secrets de l'éUt , vous anrei en BM>i rennemi « le plus prononcé. La reino ne doit avoir id qne moi pour confident des choses qii • doivent être ignorées. •

M. Campan lui répondis qa*il n'enviatt pas la rAle important et dan eu que s*attribaait Tabbé de Yermond dans la nooTelle eoar ; qnMl se boraeratt anx fonctions de ses charges , asses satisfait des bontés constantes dont la reine Tboeorait poor ne rton désirer de plos. Cependant il rendit compte , dès le soir même , à la reine , de rtBJonetkm qu'il avait re«ue. Elle loi UYona qu'elle avait parié de sa converMtion li Tabbé; qu'il l'avait en elfet sérieusement grondée pour lui faire sentir la nécessité do aecrat dans les. aflbires, et elle ajouta : « L'abbé ne peut vous aimer, mon cher m Campan ; il ne s'attendait pas que je trouverais dans mon intérieur, en arrivant en « Fmce , un homme qui me conviendnit aussi parfaitement que vous. Je sais qu'il « en a conçu de l'ombrage; cela suffit : je sais aussi que vous êtes incapable de faire « tnprès de moi, poor le desservir, des tenUtives qui smient d'ailleurs inutiles; • je lui suis trop anciennement attachée. Soyés, de votre cAté , bien rassuré sur l'i- « niattlé de Fabbé, qui ne pourra vous nuire en aucune manière. Nous ne risquons « de faire des choses injustes que lorsque les personnes qui nous environnent ont « Fart perfide de nous déguiser les motifs de haine ou d'ambition qui les font « agir, m

L'abèé de Yermond, s'éUnt assuré , dans l'intérieur de la reine , le poste de confident unique, était cependant tremblant aussitôt qu'il apercevait le jeune monarque. Il ne (lonvait ignorer qu'il était placé par le doc de Cboiseol , et Uzé de tenir aux encyclopédistes contre lesquels Louis XVI avait une secrète prévention , malgré l'ascendant qu'il leur a laissé prendre sous son règne. L'abbé jugeait donc qu'il ne devait pas étro agréable au roi. i: avait de plus observé que jamais, étant dauphin, ce prince ne lui avait dit une seule parole , et que très-souvent il ne lui avait répondu que par un haussement d'épaules. Il prit alors le parti d'écrire à Louis XVI , et lui ■undat qu'il devait son état h la cour uniquement k la confiance dont le fen roi l'avait honoré; et que les habitudes contractées , pendant l'éducation de la reine , le plaçant aans cesse dans son intérieur le plus Intime , il ne pouvait jouir de l'honneur de rester auprès de. Sa Majesté sans en avoir obtenu le consentement du roi. Louis XVI lui renvoya sa lettre après y avoir écrit ces mots : Je eonsens à ce que ta»é de Vermemi eoHiimie see fenetUme mprèe àe la reine.

Quoique Louis XVI , h l'époque de la mort de son aïeul , n'eût pas encore joui des droits d'éponx , il commençait h être fort attaché à la reine. Les premiers tempe d'un deuil si imposant ne lui permettant pas de prendre le déla^eraent de la chasse , il lui proposa des promenades dans les jardins de Choisy : ils sortirent maritalement, le. jeune monarque donnant le bras h la reine , accompagnés d'une suite peu noaibrense. L'Infioenee de l'exemple sur l'esprit des courtisans produisit un si grand eflbt, qu'on ent le plaisir de voir, dès le lendemain , plusieurs époux très-anciennement désunis , et ponr de bonnes raisons , se promener sur la terraase avec cette même intimité conjugale. Ils passaient ainsi des heures entières, bravant, parfiatterie, l'insupportable ennui de leurs longs tête-è-téte.

Le dévouement de Mesdames pour le roi , leur père , pendant son affirense maladie, avKit prodoit sur leur santé l'eflet généralement redouté. Le quatrième jour de leur airivée à Choisy, les trois princesses furent saisies d'un violent mal de léto etd'un

eSO HISTOIRE DE FRANCE.

mal de cœur qol le litantt •non doute str levr état. Il fallet faire pn»ipleMBt partir la jenne ftmille royale ; et le chàleao de la Maette , dans le bote de Boata^ae , fat choisi poar la reeeToir. Cette habitation, fort rappfoebée de Paris , attira dans 1» enviroM une aflaence de monde si eonsidéraUe , que dès la pointe da jow la fbak était déjà établie aox grilles dn château. Les eris de ala« I0 roi/ qni eomnencaicat I six beores da matin , n'étaient presque point Interrompus jusqu'après le eouchar di soleil. L'espéranee qui naft d'nn règne nonveau , la défaTonr que le feu rai s'élait attirée pendant les dernières années du sien, ooeasionaient ces transports.

Un bijoutier à la mode fit nne grande fortnae en Yondant des tabatières de devii oâ le portrait de la jeune reine , placé dans une botte noire , faite de chagrin , amenait le calemboar snivànt : U eoMalelton dsM U ckagrw. Tontes les modes, toutes les coiffures, prirent des noms analogues à l'esprit do moment. Les symboles de l'alnadance forent partout représentés , et les coiffures des femmes étalmit sardnrfies d'épis de blé. Les poètes célébraient le noureau monarque ; tons les cœurs 00 plolAt toutes les tètes françaises étaient remplis d'un enthousiasme sans exemple. Jasais commencement de règne n'exclu des témoignages d'amour et d'attachement plusananimes. Il est è remarquer pourtant qu'an milieu de cette irresse le parti ansl«astricblen ne perdait pas la jeune reine de me , et guettait , avec la malicleose eoTie de lai nuire , les fautes qui pourraient échapper h sa jeuneaae et h son inexpèrienoe.

On eut k recevoir à la Muette les réyérenees de deuil de toutes les dames présealées à la eour; aucune d'elles ne erut pouyoir se dispenser de rendre hommage aux nouveaux souverains. Les plus vieilles , comme les plus jeunes damea, aeeoumrent pour se présenter dans ce jour de réception générale ; les petite bonnets noirs a grands papillons , les vieilles télcs chancelantes , les révérences profondes et répondant aa mouvement de la téle , rendirent , è la vérité, quelques vénérables douairières an pea grotesques ; mais la reine , qai avait beaucoup de dignité et de respect pour les coa venances , ne commit pas la fiute grave de perdre le maintien qu'elle devait obsertar. Une plaisanterie indiscrète d'une des dames du palais lui en donna cependant le tort apparent. Madame la marquise de Germont-Tonnerre , fatiguée de la longnev de cette séance , et forcée , par les fonctions de sa charge , de se tenir debout derrière la reine, trouva plus commode de s'asseoir h terre sur le parquet, en se cacbaat derrière l'espèce de muraille que formaient les paniers de la reine et des dames da palais. Le , voulant fixer Tattention et contrefaire la gaieté , elle tirait les jupes de ces dames, et faisait mille espiègleries. Le contraste de ces enfantillages avec le sérieux de la représentation , qui régnait dans toute la chambre de la reine, déconcerta 8a Majesté plusieurs fois; elle porta son éventail devant son visage pour cacher un sourire involontaire , et l'aréopage sévère des vieilles dames prononça que la jeune reine a'était moquée de toutes les personnes respectables qui s'étaient empressées de lui rendre leurs devoirs; qu'elle n'aimait que la jeunesse ; qu'elle avsit bmbqué è toutes les bienséances , et qu'aucane d'elles ne se présenterait plus à sa cour. Le titre de moqueuse lui fut généralement donné, et il n'en est point qui soit plo» défavorablement accueilli dans le monde.

Le lendemain , il circula une chanson fort méchante , et où le cachet du parti aa-

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