‹ Histoire de France (volume 3)Chapitre 1 sur 41 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

Les événements de la révolution française qui vont se succéder rapidement à Versailles, à Paris et dans toute la France, auront tout l'effet d'un grand drame, et cependant nul ne pourrait appliquer à ces récits la manière et le style des historiens de la Grèce et de Rome. Gela vient de la différence de situation des hommes qui ont écrit l'histoire avant ou depuis l'ère chrétienne. L'histoire de nos jours est philosophique et politique. Elle était toute en action chez les anciens.

Toutes les imaginations sont remplies des brillants récits de l'antiquité. Les historiens alors étaient presque tous poètes et orateurs. .Tel est le caractère des Hérodote, des Thucydide, des Xénophon, des Salluste | des Tite-Live , des Tacite. Ils s'atta- T. I. a

ehent à peindre les Immmes plus que les choses, ce qui donne à Thisloire Tintérét du drame cl cet éclat extérieur qui éblouit et chai'me fcsprît.

Chez les modernes, les hommes qui ont écrit riiistoire ne se sont pas laissé dominer par l'imagination et par la passion; ils ont jugé les faits et les pei*sonnages au point de vue le plus élevé.

Sans doute les anciens sont supérieurs aux modernes par la beauté des formes et par Téclat littéraire, maisThistoire écrite parmi nous est aussi supérieure à l'histoire chez les anciens que les sociétés chrétiennes sont supérieures aux sociétés païennes, que riiomme moral moderne est supérieur à Thomme moral de la Grèce et de Rome. Sous le rapport de la philosophie morale et politique, de l'idée, de la raison et du progrès intellectuel , les modernes sont , dans 1 histoire, autant au-dessus des anciens que Raphaël et Michel-Ange remportent sur les sta«tuaires et les peintres de l'antiquité , par le sentiment et la pensée, quoique très-loin d'eux pour cette pureté, cette correction, cette beauté des lignes et des couleurs qui distinguent Fart antique.

Bans les temps anciens l'histoire est toute individuelle. Chez les Grecs , elle se compose des rivalités

PUÉFACt;. VI

do pelitcs républiques sous les noms de leurs chefs, magistrats ou guerriers; chez les Romains, des rivalités (l'ambition des consuls et des tribuns du peuple. Los écrivains de Tantiquité ont rédigé de brillantes annales. IMais rhistoiro moderne embrassant tous les peuples dans leurs rapports, les rap-» proche et les compare dans ses tableaux , et suit, à travers la multiplicité des événements, la marche progressive de l'esprit humain.

L'histoire de l'antiquité nous offre partout des images dont la grandeur ne déguise pas l'obscurcis^ sèment du sens moral. C'est toujours le vœ victis de Brennus. Où trouverez- vous, dans les auteurs de la Grèce et de Rome, la condamnation du droit de conquête et de rapines? L'impudicité était divinisée parmi ceux qui avaient des esclaves et des gladiateurs. La perversité même, dans l'antiquité, ne fut flétrie que lorsqu'elle ne fut pas unie à la gloire. Alexandre est blâmé par son historien d'avoir tué son ami , mais il ne l'est pas d\ivoir immolé tant de peuples à son ambition. Nous n'aurions pas eu Tacite et Suétone, si Néron et Tibère avaient réalise pour Rome les grandes prospérités de César et d'Auguste.

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