‹ Histoire de France (volume 3)Chapitre 41 sur 41 · PIÈGES JUSTIFICATIVES · texte numérisé non relu

PIÈGES JUSTIFICATIVES

nistration de la ville. La mnltitade dit qu'il fallait mander le prévAt des marchands. On le fit dire à M. de Flesselles, qui demanda une réquisition en forme : on Ini députa MM. Bancal des Essarts , de Lentre , Legrand de St-Réné. Us ramenèrent M. de Fiesselles , anx applaudissements de tout le peuple qui était dans la place. M. de Gomy, procureur du roi , MM. Buffant , Yergué , Rouen et Sagerer, échevins; M. Yeitard , greffier, s*y réunirent , et le bureau de la ville se trouva complet. Le bureau ne voulut rien faire sans se joindre aux électeurs ; et il était prudent , devant un peuple disposé k reprendre ses droits , qu*une municipalité qui n'était pas de son choix , s*appuylt de citoyens qu'il avait lui-même nommés. On déféra la présidence à M. de Flesselles , comme chef de cette municipalité. H ne voulut exercer d'autorité que celle qui lui serait donnée par les habitants de la capitale ; et par acclamation , tout ce qui était là le nomma président. Alors on délibéra , et l'on arrêta que les citoyens se retireraient dans leurs districts ; que M. le lieutenant de police serait invité h se rendre à l'Hêtel-de- VUle , pour donner les détails qui lui seraient demandés ; qu'il serait établi un comité permanent nommé par l'assemblée actuelle , et augmenté à volonté par des électeurs , lorsqu'ils seraient tous réunis; que ce comité se diviserait en autant de sections que l'exigerait l'expédition des affaires ; qu'il serait en relation suivie avec chaque district ; que , pour former la milice parisienne , chaque district commencerait par fournir deux cents hommes ; que tous ceux qui ont des armes iraient les porter au district , pour qu'elles fussent distrftuées également par les chefs ; que les attroupements étaient expressément défendus ; enfin , que les districts seraient priés de sanctionner les dispositions qui venaient d'être faites par l'assemblée , et qu'elles seraient iinprimées et affichées. Ainsi , voilà le premier acte d'autorité légale et municipale qu'aient exercé par eux-mêmes et librement les citoyens de Paris.

Tout à coup on est venu annoncer que les drapeaux de la ville, qu'on avait rapportés, étaient enlevés une seconde fois. Les nouvelles désastreuses se succédaient ; l'incendie des barrières, la cessation de tous droits, le pillage de Saint-Lazare et du Garde- Meuble. On annonçait des troupes qui s'avançaient vers la barrière du Trône ; la place était pleine de voitures d'approvisionnements de toute espèce qui y étaient conduites, de voyageurs arrêtés. LHôtel-de-Ville retentissait des plaintes des personnes empêchées dans leurs affaires , et sur l'interruption de la circulation du commerce , et an milieu de tout ce désordre, on demandait au comité de fournir des armes. M. de Fiesselles déclare que M. de Pressoles , manufacturier de Charleville , leur avait promis douze mille fusils qui devaient être apportés d'un moment à l'antre; il promettait encore quatre-vingt mille fusils sous peu de jours : on n*a point su ni quand ni comment M. de Flesselles avait fait ce marché. On a, en conséquence, renvoyé toutes les démarches à cinq heures du soir.

Le comité permanent s'est occupé du plan d'organisation provisoire et précipitée de la milice parisienne. L'ordonnance du comité fut publiée à deux heures. Ainsi, ce plan, en moins de quatre à cinq heures, fut rédigé, discuté, adopté, imprimé et affiché ; mais l'urgence des circonstances exigeait cette célérité. H ne s'agissait pas tant de bien faire que de faire promptement. Les électeurs, par leur courage et leur activité, ont sauvé M ville de Paris. Les commissaires étaient MM. de la Safle, de CorDy,

Ito HISTOIRE m FRANCE.

de iMrtre, Nyon, Legrand de Saint-Rénê. La milice devait dire composée de sooante blIailloiM, formant seiae légions, commandée par des coramandants^énéraix, on majorrgénéral et an aide-major-général. On avait pris la veille, pour marque distinctive, nn mkan vert; oenx qni ne trouvaient pas de rutian prenaient les feailles des arbres. C'était la eonleur d*nn prince, anjonrd'hùl on la rejette ; on adopta les couleurs de la la ville, la cocarde Uene et ronge. Tons ceux qni la porteraient sans être enregistrés an dialrict seraient arrêtés. Les armes distribuées dans les corps-de-garde y seront laissées après le service, et les olBciers en seront responsables. Je rapporte ces dispositions coflune très-sages , et il aurait été bien è souhaiter qu'elles eussent été maintenues.

Jfcntfi iAjuiUei. — Nous ne quittons un jour mémorable que pour passer è'un autre. Tons les jours de cette semaine ont été marqués par de grandes scènes. Cependant rassemblée, quoique pénétrée de douleur et d'inquiétude sur le danger de la dMMe publique, revenait ii ses travaux ordinaires, aussitôt que les événements et les soins du mnment lui en laissaient le temps. L'essentiel, le plus pressant, celui vers lequel tendaient tous les vœux, était la constitution. Mais quel serait le mode de travail, si on laissait la liberté de proposer des questions? La diversité des objets, la eottfusion des idées, la divagation des opinions rendaient l'ouvrage long et dUBcile. Gonunent concilier les avis et réunir les volontés, au milieu de questions profondes et de grands intérêts, sans beaucoup de temps? M. Pétion de Villeneuve a proposé le moyen le plus expéditif, celui de former un comité de huit membres choisis au scrutin, qui s'occuperaient à tracer nn plan de constitution pour être porté à l'assemblée générale, y être discuté et délibéré. Cette proposition a été débattue et discutée. On est revenu sur la déclaration à placer avant ou dans la constitution. On a dit qu'il fallait tracer les lois qui règlent la liberté avant de l'établir en principe; la liberté est le droit naturel, le premier bien de l'homme ; mais le bien dont il peut user âi son gré dans l'état de la nature, il faut qu'il apprenne k en jouir dans l'état sodal, sans quoi il nuirait et aux autres et à lui-même. U eût peut-être été à souhaiter que ce principe eAt dirigé l'assemblée , et qu'elle eût aperçu les précautions qui devaient supi^éer aux barrières qu'on allait renverser. La proposition du comité a été fortement appuyée. Je n'ai pris que le temps d'aller dîner : je suis revenu ; la salle et la cour étaient remplies de monde, il y en avait beaucoup dans l'avenue. Ce mouvement peignait l'agitation des esprits , entretenue et sans cesse augmentée par les nouvelles qn*on recevait, ou par les bruits alarmants qui se répandaient. Mous allions sans cesse an bord de l'avenue; et les yeux se tournaient involontairement sur Paris. On disait que les chemins et le pont de Sèvres étaient interceptés; M. le prince de Robeck arriva, nous assura que cela n'était pas vrai. C'est alors que je vis passer avec la rapidité de l'éclair M. le prince de Lambesc, entouré de plusieurs officiers. Sa voiture avait été saisie, brûlée la veille; il fuyait la fureur du peuple irrité. Mais la nouvelle de son incursion et des excès commis aux Tuileries était venue k Versailles; et j'entendais dire autour de moi que s'il n'avait pas été au milieu de beaucoup d'officiers serrés sans doute à dessein près de sa personne, on aurait tiré sur lui. De temps à autre, des bruits parvenaient jusqn'b n^us, que rinsnrrection était générale à Paris, que

PIÈCES JUStlPICAtiVES. 4M

I» pMpié DurcbaU k Versailles. On ajoutait que les troupes de Sèvres avaient ordre d'arrêter son passage ; puis on disait qn*on entendait le canon qui y était placé. I^ moindre bruit était de l'artillerie; nous portions l'oreille k terre pour mieux entendre. Les esprito étaient eontinnellement tendus, et les alarmes sans cesse renaissantes. On venait dire que le roi partirait la nuit; et en effet, on assurait qu'une voiture était attelée tons les soirs.

Il est de fait que les gardes^u-eorps, depuis quelques jours, ne quittaient pas leurs bottes. On ajoutait que les gardes francises paraissaient nous être renvoyés dès le soir même; 11 paraissait donc que le roi, en partant, nous laissait sons la garde et k la merci de plusieurs régimento étrangers et allemands, campés è l'Orangerie. Si ces bruits étaient fondés, ils cachaient quelque grand projet désastreux; ils étaient appuyés sur un fait dont nous étions sûrs. Dans l'après-midi, H. le comte d'Artois et madame la duchesse de Polignae avaient été se promener k l'Orangerie. Les officiers, les soldats mêmes, avaient été caressés; la duchesse avait ramené les officieB cbet elle , et leur avait fait servir, dit-on , des raffraicbissementa et des liqueurs. Les intentions pouvaient être plus ou moins éloignées, mais cette conduite avait des intentions : quelques-uns soupçonnaient des proscriptions pour la nuit suivante. Toutes ces nouvelles, toutes ces pensées nous jetaient dans la consternation, mais sans mms décourager. C'est ainsi que se reforma l'assemblée à cinq heures du soir. Il a été Ift nn acte de la noblesse de Vendéme , qui reconnaissait le vœu de la nujorité des représentants de la nation aux États-Généraux, librement énoncé par les députés, et votait des remercimente aux quarante-sept gentilshommes qui se sont rendus le 25 juin dans la salle de l'assemblée nationale. On a lu cinq délibérations, et de la commission intermédtaire du Dauphiné et des villes de Laon, d'Aurillac, de Joigny et de Iledé , qui toutes félicitaient l'assemblée et adhéraient aux décrète et li la réunion des ordres. Si l'on j<tot ces adresses k t<Mites celles qui avaient été reçues depuis un mois, on connaîtra les dispositions générales. Nous étions approuvés surtout; nous n'aurions eu d'inquiétude que sur le vœu des provinces. Assurés de la confiance du peuple, sûrs de n'exprimer dans nos résolutions que la volonté nationale, nous pouvions braver le danger, comme des citoyens qui soutiennent leurs droite et qui remplissent leur devoir. A ce moment, la constitution était sûre, et la régénération commencée; les commettante auraient soutenu ou vengé leurs députés. Alors, Mirabeau , qui avait (ait le premier la motion pour le renvoi des troupes, demanda qu'elle fût renouvelée ^ l'insrtant, qu'on insistât constamment et qu'on suspendit tous travaux jusqu'à ce qu'on eût satisfaction. Cette partie de sa motion nous aurait fait trahir les besoins et l'e^ranoe du peuple ; elle eût favorisé d'ailleurs le ministère , qui trouvait que nous en avions trop fait et désirait notre inaction; elle fut unanimement rejetée. Mate on a décrété la députation ; au moment même, un de nos collègues, le vicomte de Noailles, arrivant de Paris, nous a exposé les détails alarmante de tout ce qu'il a vu et entendu : le ressentiment du peuple porté à son comble et à une insurrection générale; les Invavalides pr», les canons livrés ii ce peuple, et le projet d'assiéger la BastUle. Il a dit que les familles nobles avaient été tontes obligées de se renfermét dans leurs mateons. Un antre député, jeerote M. Wimpfen, revenant aussi de Parte, a peint l'effroi gé-

%n HISTOIRE DE FRANCE.

nénl, a raeonté comment II avait été arrêté et eondait à la Ville , ou une mnltitade innée lai avait montré te cadavre vêtu de noir d'an homme décapité , en lai annonçant qne lui-même allait bientêt être exécuté. On disait que cet homme était H. Delattnay, gouverneur de la Bastille.

tJn ordre des électeurs rendit il M. de Wimpfen sa lil^erté. D*après ces faits alarmants, on ne s'est pas arrêté à nommer une nouvelle dépatation, on a chargé celle qui a été éhvoyée hier au roi de retourner vers lui. M. de Lafayette, occupant le fanteail, a observé qu*il était de la dignité comme du devoir de rassemblée de reprendre ses thiVaux ; mais la pensée de Paris éloignait toutes les autres, et dirigeait toutes les motions. On a proposé d'établir une communication et des courriers, pour avoir des nouvelles tontes les deux heures ; de rester séance tenante ja^n'aprës l'établissement des fois constitutionnelles, ou au moins jusqu'après le danger ; mais l'arrivée des nouvelles sinistres ont suspendu ces propositions.

Je ^ats donner le détail des événements de la journée à Paris.

La nuit s'était passée assez tranquillement dans tous les quartiers , mais dans des alarmes perpétuelles à l'Hôtel-de-Ville , à qni on annonçait perpétuellement l'arrivée des troupes. C'est dans ce moment qu'on montra aux donneurs d'avis des barils de pondre, en leur disant : On fera sauter l'Hôtel-de-Ville ; et ils se retirèrent. Le comité permanent était sans cesse en activité ; comme les gens sans travail et souvent sans aveu étaient dangereux dans ce moment, on r'ouvrit les travaux de la Gare. L'agitation avait redoublé avec le jour. Les voitures saisies arrivaient toujours et remplissaient la ptaee; les rues étaient pleines d'une multitude innombrable et armée, qui les parcourait sans ordre et sans chefs. On renouvela les ordres affichés, de se rendre à son district , de s'y faire inscrire dans le rôle de milice , et de ne paraître armé que sous des chefs. Mais ces chefs , mais leurs soldats n'avaient point d'armes ; mais les promeàses, les ordres donnés la veille n'avaient point été remplis. On s'était présent aux Chartreux, il n'y avait pas un i\isil; & l'Arsenal, il n'y avait point de cartouches; de là de nonveaui soupçons et de nouveaux cris de trahison. Le comité a envoyé M. de Comy aux Invalides, pour demander au gouverneur les armes qui pourraient s'y trouver.

Il a fatt défendre de r'ouvrir les spectacles ; il a fait établir des gardes au trésor royal et à la caisse d'escompte, dont on lorgnait le pillage. Une foule effrayée est venue dire que Tes troupes de Saint-Denis s'étaient avancées jusqu'à la Chapelle, que Royal-Âlleinand et Royal-Cravate entraient au faubourg Saint-Antoine, et massacraient tout sans dlètlndion d'Age ni de sexe. Malgré l'incertitude de ces bruits, et en attendant le retour des courriers envoyés pour s'en informer, autant pour rassurer les esprits alarmés par les dangers plus ou moins réels « que pour préparer les défenses en cas de danger Véritable, on a ordonné de sonner partout l'alarme, de dépaver les rues, de creuser des fossés , de former des barricades ; on a fait rassembler et marcher dans les faubourgs le pins grand nombre possible de gardes françaises et de citoyens armés. La position du comité permanent était embarrassante et critique : entouré de nouvelles désaâfreuses et des images de tous les désordres , croyant à tout moment voir arriver 0 renvahissement des propriétés et la dissolotion générale, le comité, sans pouvoir

I4ÊCE8 ItlStlFtCÂtlVË^. I#^

\6pl anmitleil de tous les pooroirs détnitis, répondait de la ville di; Pirts, il totis ^ eotiâtoyeiH, au rbi et li la nation. H n'aralt pour titre que le choix du penple, ihals U n'avait pas re^a le pouvoir d'adhiinistrer; ce choix lui donnait droit I la confiance, iz néeessité a fait le reste. Les électeurs avaient eu la prndehce dé jolhd'rê lenlr dimité an bureau de la Ville, qui dans ce moment étiit une autorité constltnéè; mâl^ devaient-ils opposer la force armée aux tîpoupes du roi , si efleis entraient dans Péris , éomme on Tânnon^it de toutes parts? Ils en décidèrent par lés sentiments et les plirolès du roi Ini-iÂême. Le roi avait dit : « Vous pouvez assurei* lés ISilitMïénétiinx que les troupes iussemblées autour de PaHs ne sont destinées 4n*à réprimef , 6u phl^ prévenir de nocieaux desordres, 3i mainleikir le bon ordre et l'exercice des lois, ii assurer et protéger même la liberté, qui doit régner dans leurs d^ibératlons. » Le comité pensa que les désordres ne pouvaient être mieux réprimés que par la g^rdé Bburgeolse; que c'était aux magistrats dii peu))!e, échevins et électeurs k y veiller; qiie leurpromier devoir était de calmer ses inquiétudes, de ne s'opposer même & ses mouvemeRts, en eûtnl de répréhentdbles , que d'une manière pmdentb et paternelle , qui n'établit pas un massacre dans la ville. Car lorsque la masse entière du peuple agitée pAr l'effroi, se soulève pour sa défense, la loi n'est plus la règle : c'est le saint du peuple qui est la loi. Le roi leur aurait demandé compte du sang des Franfuis; ils jogèrent donc que si des troupes entraient dans Paris sans se concerter avec eux, et Dxerçant des violences on des rigueurs, elles agissaient contre les intentions du roi; et ne venaient point par ses ordres ; et il a inscrit sur son procès-verbal «qu'il ne pouvait donner nne marque plus signalée de sa fidélité k son devoir, et de son dévouement aux volontés du roi, comme aux intérêts de la patrie , qu'en opposant une défense légitinw à une attaque criminelle. »

Qn vint lui rendre compte que Royal-Allemand n'occupait que les dehors de la bt^ rière du TrOne, et que les troupes de Saint-Denis ne s'étaient pas avancées même jusqu'il la Chapelle. Cependant, il est difficile de croire que les troupes n'eussent pas reçu des ordres de marche» ordres qui furent suspendus, puis révoqués. Voici ce qii le fait croira, et paraît même le démontrer : on avait arrêté toutes les lettres h la poète ; le peuple assemblé dans la salle de rHétel-de-Vilie , avait exigé bnpérieuseBMnt qu'elles f»fisent lues. Il y en avait « qui étaient écrites k des personnes domiciliées k Paris, par des officiers campés aux environs de Paris. Ces officiers instruisaient les Parieieus du pompt trajet qu'on leur avait fait faire pour se rendre au poste qu'ils occupaient, Hw projets hostiles qu'ils attribuaient k leurs chefs contre la ville de Paris; fueiques-unsannoi^ient avoir vu l'ordre de s'approcher davantage de la capitale; d'autres attendaient le même ordre ï chaque instant. On lisait dans l'une : Mous craignons qne les soldats ne veuillent point obéir; dans l'autre : Nous marchons h l'einemi. • Dans une antre lettre trouvée dans la poche de M. de Flesselles, ui eonunis de l'intendance écrivait è sa femme , pour elle seule et pour une antre personne : « Sois tranquille, tout ici l'est parfaitement; on ne craint rien, et on va prendre des mesures pour vous seoonrir. »

Q|i était un peu ransué sur le danger des troupes, pur le nombre oonsidérable de foldets des végimevlsaimteiinésm enfirons, qal se rendirieBt I Pirisponr i^rvlr la

4M HISTOIRE t>E FRANCE.

■aliM. Oi t Minié dfli oMeis H doué aes ksveto k M. de b $iUe, laonne e^ tÊUtàuA-ftmèai ; k M. Desandrois, cowaaodjuit-géiiéfal en secood; M. de b GmkIdièra, ■^•fèBénl; M. d'Enuipy, niûor-MpplétBt. Ces ofliciers wmtnieiit astnt de eowife et de déTOMaeit q«e de patriotiwe, car il y arait alon biea dn da«ger k eoMuider les troepes royales oa plutôt minlstérieUes.

Q«oiq«*ib festent aatoriaés par le eonseil pemanent, qui n'avait agi qoe par la b^ ceiitti et pov Maver la Tille, qa*aaraient fatt ces raiaoas légitimes contre le ponvoir arbitraire , qsi eftt vonla répandre et de TelTroi et des exemples f La eompagnie de l'Arqiebise a iait le senriee. M. Soolès a offert de lever nne compagnie de eanlerie. On a étaMi six hommes d'ordonnance de cliaqae district fe THdtel-de-Ville, ponr porter les ordres aax distrids.

M. de Comy avait été envoyé anx Invalides pour avoir des armes, mais Timpatience des citoyens ne permettait pas d'attendre son reionr. U fallot expédier de nonveanx ordres. M. de Comy est revenn et a dit : « Qn'ayant été d'abord diei M. de Soobrcna, gonvemenr de THétel, cet oflicier loi avait dit qn'ayant prévn dès bier œ qoi arrive, et n'étant qne gardien et dépositaire des annes, U avait cm devoir , ponr se mettre en rkgle, envoyer nn coarrier k Versailles ponr deaunder des ordres; qu'il désirait qne l'on vonlât bien attendre la réponse qn'il attendait Ini-méme; qo'il répétait, an sorplna, les protestations les pins sincères d'attacbement, de déférence et d'amitié, tant pomr THMel-de-ViHe qne ponr Ions les dtoyens de la capitale. » M. de Comy fit part de cette réponse k la fonle assemblée an-dehors, qai en fat d'abord satisfaite. M. deSombreiil vint Ini-méme, fit ouvrir la grille et parla an people. On l'écontait asseï; nn senl homme récbme , et dit qne tont délai était an péril nouveau, et dans l'instant la foule se précipiU dans l'Hôtel; les invalides furent désarmés; toutes les armes, toutes celles qui étaient en dépdt furent prises; on s'empara des canons, on y attela les chevaux de la voiture de M. de Gorny, tons ceux qoe l'on pot trouver, et on les rameni en triomphe. L'étatHnajor a été invité de veilie^k la conservation et k l'osage de ces eanens, et de prévenir l'abus de cette immensité d'armes pillées , et non distribnées aux meilleurs citoyens. On y est retourné dans la journée ; cent mille kmes aasiégeaient raétel pour demander les armes qui n'y étaient plus. L'Ildtel était près d'être pillé. M. de Sombreuil fit avertir la Ville. On a envoyé M. de Lentre , électeur; sa présence a un peu cabné les esprits : il leur a dit qu'il venait visiter la maison, et leur a proposé de lui adjoindre quatre conunissaires. Us ont été nommés sor-le-cbamp, et M. de Lentre a voulu leur laisser bire seub la visite, en leur remettant tous les pouvoirs.

Ces marques de confiance et de loyauté ont calmé le peuple. On a fait b visite, on n'a rien trouvé ; la multitude s'en est allée, et THMel a été préservé de tout doiunuige. Cependant, deux ofiielers aux gardes ont amen^ devant l'Hétel-de-Ville deux delenn compagnies; ils sont venus sur un billet ainsi conçu, sans date et sans signature :

« Les deux compagnies de b caserne de viendront k onie heures précises se

' mettre en bataille devant i'Hétel-de- Ville. » Les ofilders croyaient qoe le billet leur venait de l'Hétel-de-Ville : Ib offraient leurs services. On leur a demandé s'ib vonblent recevoir les ordres de b coaunnne et lui prêter serment. Os' ont répondu qn'il blblt consulter lenn diefs. Sur ces entrebites, mie abnne de troupes qui sç

ptéBentaitatdaiitile fanboarg Saint-Antoiiie, a fait qd*on levr a proposa d'y aller; ils ont refosé. Les soldats ont dit qu'ils marcheraient, et on les a fait partir sous les ordres de M. de Rnlhières; c'était encore nne faosse alarme comme on en donnait mille ptr jonr.

Dès les knitheansdn matin, on avait aasoDcé qne les canons de la Basdlle étaient braqnès s«r la rae Saint-Antoine. Le comité dépnU MM. Bellon , oflBcier de 1* Arquebase; Bdlelbrd, sergent-major d'aitillerie ; Ghaion, ancien sergent des gaides d'artillerie ; et GkalOB» ancien Mrgent des gardes françaises, pour engager M. Delaunay, gou- Temenr de la Bastille, à retirer ses canons, fe ne commettre aucune hostilité, l'assurant de leur côté que le peuple ne se porterait h aucune entreprise contre lui ni contre le cMteau. La députatlon n'était pas revenue, et les mêmes craintes se manifestaient; déjà mémo on disait que des citoyens avaient été Uessés par le feu de la place. Il y a bien lieu de conclure que de tous les bruits faux et de toutes les alarmes qu'on semait partout, qu'on voulait entretenir, accroître l'agitation , et pousser au siège de la Bas* tille. M. Thuriot de la Roiâère arriva; il en venait, il y avait été envoyé par son district, celui de Saint-Louis-de-la-Gulture. Il a dit qu'il était entré à la Bastille, h tra^ vers un peuple iaunense qui déjà l'environnait; qu'il avait vu, en effet, les préparatifs dff défense, mais que le gouverneur lui avait donné sa parole de ne pas tirer s'il n'é« tait pas attaqué. Les trois députés sont revenus et ont dit la même chose; et l'on allait fidre proclamer cette réponse , lorqu'on a entendu un coup de canon du côté de kl Bastille. On a apporté un homme blessé au bras, et de toutes parts on crie à la trahison. Le fort tirait avec avantage : les citoyei» , pêle-mêle , sans ordre et sans armes, avaient besoiirde chefs et de secours. Le comité avait un parti i prendre, et, dans cette dreoBStanee si critkfne et si pressante , une députation vient accuser M. de Flesselles d'avoir amusé et trompé les citoyens, en leur promettant des armes. Nous réunirons bientêt ces laits. Cest pourtant au milieu de ces agitations , de ce tumulte, de, l'effroi général, du danger particulier pour le comité sans cesse accusé et menacé, qu'il fal* latt délibérer; on prit l'arrêté suivant : Le comité permanent de la milice parisienne, considérant qu'il ne doit y avoir à Paris aucune force militaire qui ne soit sous la main de la Ville, charge les députés qu'il adresse li M. le marquis Delaunay, gouverneur de la Bastille , de lui demander s'il est disposé à recevoir dans cette place les troupes do la milice parisienne, qui la garderont de concert avec les troupes qui s'y trouvent ao* tuellement, et qui seront aux ordres de la Ville. Le comité, en invitant M. Delaunay à prendre ce parti, espérait épargner le sang des citoyens. L'arrête fut porte par MM. de Lavigne, Chignard, et l'abbé Fauchet, auxquels s'est joint M. de Boutelliers, députe suppléant ii l'assemblée nationale. On amena trois invalides pris en dehors de la Bastille, et accusés d'avoir tiré sur le peuple. Un d'eux, froid et tranquille au milieu des menaces de la mort, disait : « Gomment aurais-je tiré sur les citoyens , puisque j'étais sans armes ! »

On aftcta de les traiter avec rigueur, et on les envoya en prison pour les sauver* Bientêt on amena un homme qu'on disait être le gouverneur de la Bastille ; il avait éte battu, maltraite: il était tout couvert de contusions; il aurait péri sans le courage de M. Desaudra», qui fut blessé d'un coup desabre h la tête; et de M. de Lasalle, qui

4M HISTOBffi DE PlUtiCE.

aflhevi 4e le délifwr 4e eeox qai 6M Tovlaiflnlliia vie. Ce l'était fif il c*étatt M. CloMt, Eégiseear des peadeee.

L*iiiqiiàta4e el Tagitatioi 4i peuple s'étaient ehiBgta en Ivew; H veoht ribeofaiment forcer la Bastille, et il y avait liea de craindre que le fen de la place ne fit une boneherie de It aalfltide^ La secwnde dépitafion n*étaitfis reveiae ; on inget iiéeesseiie d'en envostar une troisième, nwis av«e4es signes ^iaiseeit feconnattre, e^est^ à-dire un tanbour et 4» drapew. Ia seconde 4téputaÉiqn est reienne; ib ent dit ^'arrivés à la BestiHe, ils wi tu tiror d*4Ui iuMt et d*en ins sur k fort : ils ont fidt des signaux, le feu n'a pus cessé ; ^'après airok fait le 4onr, s*èbtt psésenlés wx différentes portes, après «voir engagé plasieors troupes de citoyens è cesser le fen, pour gne leuK signaux fussent mieux compris, les uns y ont aecédé, les nôtres s*y seat refusés. Il était) en effet, assec difiieâe de s'entendre et d'obtenir un aecwd commun, eenlentt et sniri par nne gcande mnliitude. Le fint, c'est «pi'on vent ie siège de JaBastflle, sa destruction, la moit 4u gouverneur. On «èpète partout que plusieurs citoyens s'était approebés pour demander des armes, le gonveineor en avait fnt entaer un cerfata nombre, qui avaient été fusillés dans la première cour.

Celte ttaUson du gouverneur , ont dit les commlssaiMs , a été le signal de ta giene qu'il a déclarée è ses concitoyMs , et qu'il pontt décidé ii eontûmer, pnisqu*# a lef usé d^entendre noire dépntatlon. On a demandé de nonvean et à grands eris le siège de la Bastille ; on a demandé dn canon : le cbevaller Desandrais on a fait mai^ cher dnq pièoes. M. de Corni est revenu avec la troisième dépntntion ; il a rapporté que , s'étant placés bien en vue de la plnte^fonne , ils «raient Meignaler le drapeau; qn'akNB on avait vu arborer sur la plate-forme un pavillon blanc ; ^ne les soldats aMient renversé leun fusils le canon en bas. On parie même d'un billet4]ne M. Éiie •valt entre les mains , billet far lequel la gainison de la BastiUe annonçait la volonté de se rendre. « Nous avons vingt milliers de pondre ; nous Isnms^sanler la gandaen et tout le quartier, si vous ne l'acceptée. » Mais au milien des eris et du tutaolte , ce billet ne fuH ni vu ni «ntendu. Les eonmiiasaires n'en font point mration ; ils dtsent qu'en conséquence des signes de paix , ils «valent engagé le peuple è se retirer dans les districts , et que cette retraite commençait è s'effectuer, lorsqu'on a <vu pointer un OMon du fut et foire nne décharge 4e mousqoeterie qui a jeté trois personnes aux pieds ies ceniniasairos. Alors la foreur a transporté tous ceux qui étaient préaenls ; les commissaires eux^némes ont été maltraités , ont couru des nsqnes , et ils sent-reiwnus , ayant rencontré en route une multitude de gens armés., trois cents gardes fançaises et des canons, qui allaient former en règle l'attaque de la BastiUe. Le.comité , eu milieu des soins de détail qu'exigeait l'état de la capitale , était environné de deux caufles.de trouble et de danger : l'une était le 4éslr de prendre la Sastille, l'anUe eeloi d'nvoir des armes ; désir plusieurs fois trompé , désir qtt'«n ne pouvait satisAdre. On soupçonnait le comité , surtout M. de Flesselles ; on les menaçait ; on pariait tout bwt 4e les égorger, de mettre le fen à l'Hdtel-4e-yille. Un vieiOard dit : « Mes anie , que faisons-nous avecces trattres t Marchons è la BastiUe. » tCela faieait présager ^Mraitleietour. C'est dans ces aomeata que ie comité apris l'arrêté, et wvoyé k r^sMtaUèe Mtienale k dépntatien dontf al |Mrié.

PIÈCES JUSTIFICATIVES. m

tes PP. Chartrenx sont venus se plaindre qn*on les ait exposés , en envoyant chercher chez enx des armes qu'ils n'avaient pas. D'auti^ ont reproché k If. de FlesseUes lés douze mille fusils promis , les Chartreux sans armes , et l'arsenal sans cartouches, et les promesses , et les délais , et les espérances frustrées. Il répondait qu'il avait été indignement trompé. M. Dassavlx et plusieus électeurs ont défendu M. de Fieaieiies , et rendu témoignage il son zèle et k son assiduité.

On venait à tout moment avertir le comité de la fermentation qui existait «t dans la maison commune , et dans la place. On disait autour d'eux qu'ils tmvaiUaient Jii en seeret et hors de la présence des citoyens , pour les trahir. M. de flesseUes avec 1« membres du comité , ont passé dans la grande saUe. Cependant on pariait de trahison, de complots , de manœuvres ; on accusait hautement M. de FlesseUes ; alors il dit ^ « Puisque je suis suspect à mes concitoyens , il est indispensable que je me retire ; » et Ht a voulu descendre de son estrade : on l'en a empêché. On lui a redemandé les clés 4u magasin de la ville ; on a parlé de se servir de lui et de le garder comme otage; d'autres opinaient pour le conduire an Cfaâtelet ; d'autres ont proposé de le mener au Palais-Royal , pour qu'il y fût jugé ; cet avis est devenu général. M. de FlesseUes n répondu simplement : « Eh bien , messieurs , aUons au Palais-Royal. » Il est descendu jde l'estrade , a traversé la salle , est sorti , la multitude se pressant autour de lui et sur ses pas f mais sans lui £gtire aucune violenGe. Il a traversé la place de même , et an coin du quai PeUetier, un inconnu lui a tiré un coup dejpistdetdans la tète. M. de FlesseUes s'a donc pas été la victime de la fureur populaire ; il a été réeUement aasaasinéi Il est bien vrai que , vu la disposition des esprits , il courait de grands cisques en aUant au Palais-Royal ; mais enfin , dans l'Hôtel-de-Ville , dans la place , le pei^ qui l'entourait l'avait respecté. Il semble que quelqu'un ait eu intéPét à le faite disparaître. Mais enfin , avaitHm raison de le soupçonner? Jivait-U trahi la confiance dP> peuple? C'est une question que je n'ai pu résoudre , et que l'avenir seul éclairera; car, d'une part, qu'est-ce que ce marché d'armes que personne ne oQttpais^it, ces promesses et ces remises perpétuelles, ces caisses marquées orUUerie et lomplies de vieux linge ; ces ordres donnés aux Chartreux où il n'y avait point d'armes , et k l'Arsenal où il n'y avait point de cartouches. Pourquoi ces ordres n'4taientrUs pas eo»* ditionnels , en exprimant le doute où il devait étie sur des approvisionnements qu'il ne eonnaissait pas ?

Pourquoi avait-il dans sa poche h lettre du commis de l'intendance , ^pii maïquidt.: «n va vous secourir ? D'un antre côté , pourquoi est-U venu à l'Hôtel -dfr'YiUe , et s'esta il fait requérir, au lieu de donner sa démis^on comme l'a fait M. de Crosne ? Pourquoi a-i^ voulu que h présidence lui fftt déférée par les citoyens ? N'est-ce pas en avoir reconnu l'autorité? Les électeurs lui rendent témoignage de zèle et de constance , travaiUant de concert avec eux depuis deux jours et deux nuits k la défense eoiiunune.«On a prétendu qu'il avait voulu feindre de servir, pour retarder les préparatifs , atténuer les moyens de défense , et donner le temps aux secours d'arriver ; ce crime de trahison ne doit pas être ajouté légèrement au malheur de sa mort. Je me suisiwcné ici à rap* porter les faits ; le temps peut-être donnera des éclaircissements qui accuseront ou justi» fieront sa Bién<Hre.

IHSTMRE l>E FRANCK.

OnHIOU DE CkWÈ MORELLCT SUR LFS f».VÉKEIlEKTS DE Là RÉVOLUTM.

Tert h la 4e 17SS té bteaint déjà sentir ivee forée les mooTeneals ^ei prépiraleit la réfoletkm fraicaise.

L'antaUée des aolaMes, eohfoqoée aa bmU de fevrter de Tanée préeèisate, anil cewBWBBé k afiler les esprits. Am hmiIs d'aTril, rarefaeré^oe de Sens avait saeeédé h M. de Galonné. Le «5 aoAt 1788 il avait cédé le ministère k M. Necker. Gelai-ei avait eonvoqné de nonveaa les notables en octobre. La nouvelle assenblée avait «a poar prlndpal objet de ses délibérations, la fonae b donner aax Etats-Génènn pveiais far le roi.

Pallalt-ll snivre la Ibnne de 16 U, où les dépatés de la noUesee, do dofgt et dn tiers, intervenaient en noaibre b pea près égal? on donneraitron an tiers u noadNre de dépatés doable et égal an noaibre des dépatés da clergé et de la aoUene réanisi

L'exaawa de cette qaestion occupant la seconde assemblée des notables, ses déhsti portés devant le public et saivis dans les clabs qai commençaient b se multiplier et à •*édianflfer davantage, donnèrent b la nation entière, et sartoat b la capitale, ane agitation qa'il fat bieatét ln^»ossible de maîtriser.

Sitôt qae le lièvre fat laacé, aae foale de ebassenrs se mirent b le poarsaivre. Nooh bre d'écrivains traitèrent la qaestion chacan b lear manière, et dans des systèmes opposés»

J'écrivis moiHnèflM, et je fls imprimer des observations sar la forme des états de 1614, ol je défendis l'opinion dn bareaa de Monsieur , qai était poar le douMencat da tiers.

A cet écrit, j'en ajoatai bientdt on antre qai avait le même bat, et que j'intitobi : Képonse an mémoire des princes.

Je dirai ici avec douleur que cet ouvrage apporta quelque amélioration b la bien> teillance que m'avaient montrée jnsque-Ib plusieurs personnes distinguées , et entre les autres, madame la comtesse de Boufflen.

Mon opinion contraria fortement la sienne. Elle s'expliqua sur ma brochure avec beaucoup de cbaleur b M. le maréchal de Beauveau. J'arrivai un jour chei lui poar dtner, comme elle en sortait. Mon cher abbé, me dit-il, si vous étiez Tenu un moment pktt tét, vous auriez entendu chanter vos louanges par ma cousine, madame de Bouftfers, qui m'a dit de vous pis que pendre; et je vous avertis que vous doTei prendre cette expression b h lettre, car elle vous sait un mal de mort pour votre réponse aax princes. Mais comme je partage vos toris , je ne vous ferai pas pire chère : allons dtner.

Je conçus fort bien, et j'excusai la colère de madame de Boufflers; ses idées babitnelles, ses liaisons, les préjugés de son état devaient l'irriter contre moi, et je fns moins blessé de ce petit ressenttanent, qu'affligé de perdre la société d'une fenune aimable et spirituelle qui n'avait toujours fort bien accneilli. Je n'abetias d'aller b

MÈCKS JUSTIFICATIVES. Sot

vi)ir jnsqu^eii 179^ où sortie de prisco, après la mort de Robespierre, ille d^ira elle même renouveler noire liaison.

Lorsqu'on porte ses yeux sur les événcuieuti postérieurs, on est, il faut Tavoner, bien naturellement conduit k blâmer celle opinion, et » rendre ceux qui Pont défendue, responsables des muilieurs publics* qu'on regarde cuaime autant de suites de la composition de la première assemblée.

Mais si Ton ne vent pai se presser de ccndwœncr, on reomoaltra peut-être la véiité de quelques rateons qui doivent nous «bioudrc.

D*abord, au moment où Ton a accorde le doublement du tiers, on ne pouvait plus le refuser. Ensuite cette mesure n'est devenue funeste que par les fautes du gouver* Qcmeat, qui furent alors si nombreuses, et qu'on pouvait éviter. Enfin, après afoir consenti au doublement , on a négligé d'organiser les assemblées primaires, et la représentation elle-même sur leurs véritables principes, c est-à-dire de fonder les droits politiques qu'on rendait k la nation , sur la base de la propriété, seul correctif puissant et efficace II l'introduction du tiers dans l'administration.

Ponr se convaincre d'abord que le gouvernement, lorsqu'il a accordé le doublement du tiers, n*était plus en mesure de le refuser; il faut se reporter an moment où U question a été dôïidée, et se rappeler réchauffement général des esprits, l'agitation, Tinquiétude, l'opinion presque universelle que les intérêts du tiers seraient encore sacrifiés dans une assemblée nationale , si par sou n'ambre même il n'était pas en état de s'y défendre , que la n'furnie des abus ne pouvant se faire , en beaucoup de points importants, qu'aux dépens des privilégiés, et riufluence de leur rang, de leur ricliesse devant attirer i leur parti beaucoup de membres du tiers, celui-ci perdrait nécessairement toutes ses causes ; qu'après tout, les premiers ordres ne pouTaient craindre pour leurs justes droits , les suites du doublement du tiers , parce qu'ils auraient toujours de leur côté le roi et son relo (qu'on ne s'était pas encore avisé de mettre en question ) ; qu'il était ridicule de prétendre que 2i millions d'hommes formant le tiers, n'eussent pas autant de représentants dans une assemblée nationale, que 100 oa 200,000 nobles ou prêtres composant les deux ordres privilégiés; qu'enfin, argument bien plus fort que tous ceux-là, ces 24 millions d'hommes le voulaient : et il était ▼rai, en effet, qu'on était parvenu k le leur faire vouloir.

Cest aux personnes qui ont eu ces circonstances sous les yeux , qui ont vu et observé alors Paris et les 4)rovinoes j dont la plupart suivaient l'exemple debi capitale, et n'étaient gnères moins ardentes qn'elle ; c'est U ces personnes ^ prononcer s'il était possible de résister à ce torrent. Quant 2i moi comme la plupart des hommes instruits et raisonnables que je ci nnaissais, j'ai cm qu'il fallait s'y laisser aller, parce que toute résistance serait inutile , mais en tftchant de conduire b barque pour éTiter les écoeils.

J'ai dit encore que le doublement du tiers n'est devenu funeste qu'à la suite de fautes graves et multipliées, commises par le gouvernement et par les deux premiers ordres eux mêmes.

J'ai dit : il faut se dcfendr j du sophisme , pcsl hoc » ergà propter hoc , et c'est cihii des ef>prits routinier^ , qui pronon'^l ?prêâ coup que le doublement du tiers

condidratt néeessairemeiift kla destnietion dn dergé et de la noUesse , k Fanéantissement de Tantorité royale; enfin, k tons les excès, car lear fprand argument c'est qae des excès ont été commis*

Hais en raisonnant ainsi, on oublie, on l'on feint d'oublier que ces funestes effets ponyaient être prévenus par un gouYcmement ferme et sage , et qae si on ne les a pas arrêtés , c*est ({ne Ton a commis des fautes grossières , impardonnables et décisiTes.

La première de ces fautes a été de retarder la convocation des Etats-Généraux, dont on ne pouvait plus se défendre , depuis que les parlements avaient déclaré leur imeompétence k enregistrer l'impét. Le mal était fait , si c'en était un , et il allait tourner tontes les mesures k aifaiblir on à diriger l'action de ces grandes assemblées. En brusquant la convocation, on eût donné dans le sens des agitateurs; mais on leur eAf dté les prétextes et une partie de leurs moyens. Les notables , en délibérant si longuement sur l'organisation des états , disaient perdre un temps précieux. Si leur opinion devait coïncider avec l'opinion populaire , qui était déjà trop forte pour qu'il flit permis de la contrarier, U n'y avait qu'à convoquer les Etats d'après cette opinion; si elle devait y être contraire, on voyait dès-lors qu'il ne serait pas possible de la suivre; comme en effet on ne la suivit pas, l'avis du seul bureau de Monsieur ayant été adopté contre celui des autres six burfoux, parce qu'on jugea avec raison qu'on ne pouvait plus faire autrement.

Une autre fiiute a été le retardement de l'assemblée générale après Tarrivée des députés, en avril 1789, causé par le refîis des deux premiers ordres de vérifier leurs pouvoirs en commun. U était d'abord déraisonnable de refuser de vérifier en commun des pouvoirs qui , au moins dans beaucoup de circonstances , devaient s'exercer en commun ; et cette vérification commune n'avait pour les deux ordres aucun danger. n est dair que, dans la position où se trouvaient la noblesse et le dergé, réduits l'un et l'autre à la défensive tout en commençant , il ne fallait pas s'obstiner à garder un petit poste sans importance , mais se replier plutôt , et conserver ses forces pour un moment plus critique.

Cette complaisance eût été d'ailleurs d'un bon effet pour adoucir les esprits, dont la tendance générale était et devait être d'attaquer les privilèges abusifs du clergé et de la noblesse, qu'on avait l'air de vouloir défendre en chicanant dès l'abord.

Le peuple croyait difficilement, et les malintentionnés le détournaient de croire que la noblesse et le dergé renonceraient à leurs anciens abus, et se soumettraient à l'impêt comme les autres citoyens; que la noblesse abandonnerait les droits seigneuriaux, la tyrannie dés chasses; que le clergé améliorerait le sort des curés à portion con^ grue, et cette incrédulité étant la plus grande force qu'on pouvait employer contre les deux premiers ordres, on devait voir qu'il n'y avait rien de plus pressé que de réaliser promptement toutes les réformes si, en effet, la noblesse et le dergé s'y prêtaient de bonne foi. Ces concessions, faites plus promptement, abattaient tout à coup la malveillance et calmaient l'agitation dirigée contre les deux ordres , en portant aussitôt les délibérations de l'assemblée et l'intérêt dn peuple sur d'autres questions générales, âoxqaelles te àoUes et b dergé a^étaleat plas Intérossés que wmm citoyens.

PlÊCaSS JUSTIFICATIVES. m»

On devait voir , de j^los , à l'ardear des esprits échauffés depuis près de deux ans , par les assemblées des notables et par les clubs, et par des écrits sans nombre, qu'il ne fallait pas donner un aliment nouveau à ce feu couvant encore, mais tout prêt à éclater en un grand incendie.

Genx qai ont observé Paris dès la première assemblée des notables, en 1787, savent quelle agitation 8*y faisait sentir : on ^sentait dans les dobs tontes les questions, tous les plans, tons les projets; et ces clubs se multipliaient sous toutes les formée , et le nombre de leurs associés s'augmentait tous les jours. C'est sans doute à ces réunions qu'il faut attribuer la rapidité avec laquelle se propagea ce grand mouvement des esprits dans la capitale, et de là dans les provinces, avant-coureur de mouvements bien plus violents et plus dangereux.

Aux clubs qu'on pouvait appeler publics, tels que tous ceux du Palais-ftoyal et des environs, il s'en joignit bientôt quelques autres particuliers, moins nombreux, plus actifs, el, par là même, se dirigeant mieux au but.

Le plus hardi de ces clubs était celui qui s'assemblait chea Adrien DuporI, conseil- 1er au parlement. l se trouvaient Mirabeau, Turgot, Roederet, Dupont, l'évêque d'Autun ; et d'après les noms de ces membres dominants , on peut crelre que , dans leurs projets de réforme, ces messieurs ne marchaient pas avec une extrême timidité. On a prétendu que dès-lors ils projetaieut l'abolition des ordres, la spoliation du clergé , et quelques autres opérations de cette force. Gela se peut , et comme je n'étais point de ces assemblées , je ne puis rien nier ni affirmer avee assurance; mais outre que ces grands changements ne sont qu'un jeu en comparaison de ceux qu'on a faits depuis , j'observe qu'en général les hommes ne franchissent pas de plein saut de si grands intervalles , et que souvent on se fait honneur d'ayoir tout voulu pour laisser croire qu on a tout prévu.

J'ai peine à croire, d'ailleurs, que ceux-là même aient voulu d'abord tout ce qui s'est fait depuis; et je n'entends pas parler, sans doute, des spoliations, des infamies, des cruautés. Je fonde cette opinion sur ce que j'ai connu par ma propre expérience, des dispositions de plusieurs d'entre eux qui venaient aussi chez vioi. En elfet, j'étabHs alors une petite assemblée du même genre, mais où ne se produisaient que des sentiments plus modérés, et qui, par cette raison, peut-être, ne se soutint pas si longtemps. Je réunissais le dimanche matin, Rœderer, Laborde, Maseville, l'évèque d'Autun, Lenoir, avocat du Dauphiné; Dufresne Saint-Léon, depuis commissaire à la U- ^idation de Vaines, et l'Etang, depuis commissaire à la trésorerie; Garât, avocat de Bordeaux ; Pastoret, Trudaine, Lejeune, Lacretelle.

Cette espèce de conférence se tenait, je dois le dire , d'une manière édifiante. On I discutait le plus souvent sans disputer ; on y apportait des observations écrites ; on y proposait de grandes questions. Mais de tous ceux que j'ai nommés, et dont plusieurs ont eu dans l'assemblée des opinions très^vioîentes, je déclare qu'aucun n'en a montré de semblables parmi nous; ce qui n'est pas une petite preuve de l'altération progressive que le temps seul a apportée dans les opinions, et des suites funestes du délai.

I*ef9i] a»tiNrel d^ ce délai iKt Tacçroiesefiiej^ sejisible d« l'agitatlou des esprits;

504 IIISTOIftE DE FRANCE.

e*esl pendtnt ee iMips perda qse la pin iiiflne jK»palaee, m nelttit wx nenibres da TIecs, 8*est tMoatUBée ï faire eanse commane et k s'identifier, pour ainsi dire, «Tee eux, et qu'elle les a, d'one antre part, animés, éehaofés, entraînés i TexagératioB et k la violence des mesnres, en lenr annonçant Tappoi dn penple entier. C'est pendaat ee délai qne s'est élevée anx regards des dépntés, Tidole de la popolarité : idole impitoyable, il qni il a lUla bieniAt , comme ii Moloeb , des Tictimes hnmaines. C'est enib pendant ces six semaines , qne le Tiers s'est avisé peu k pe« de se regarder ooBune fbrmant k Ini senl h nation, et qu'aidés des sopbismes de l'abbé Sieyès , les dépntés se sont familiarisés avec cette étrange erreur, que la nation tonte entière était représentée par une assemblée oà n'étaient ni les nobles ni le dergé, possesseurs d'une grande partie de la propriété et de la richesse nationale.

Ce délai produisit donc nu effet dangereux, qu'on n'a pas, je crois, assez remarqué: e fut de rendre, dès l'abord, impuissante et nulle, Tinflnence naturelle que devaient donner dans l'assemblée, aux deux premiers ordres, leur ancienne dignité, leur crédit, leur fortune, et les droits de la propriété.

Cette influence , fondée sur la nature même des hommes et des choses , se serait exercée naturellement , si les ordres se fassent aussitôt réunis ; la présence des noUes et dn dergé au milieu du Tiers , dès l'origine, eût contenu entre de certaines limites les mouvements de l'assemblée; les opinions exagérées, combattues h propos, se seraient modifiées , au lieu qu'en leur laissant le champ libre , comme il est arrivé dans l'assemblée du Tiers-Êtat seul , elles n'ont plus connu de frein.

Les nobles et le dergé supérieur, refusant k ee moment de se réunir avec le Tiers, m'ont paru commettre la même faute qu'un homme sans armes , qui , ayant alfiiire k un ennemi armé d'un long biton , ne cherche pas k se prendre corps k corps avec lui , et court plus de risque parce qu'il n'est pas assez près de son ennemi.

On était si loin de penser que le seul doublement du Tiers pût donner aux ennemis de la noblesse et du dergé une puissance exorbitante , que je me souviens trèsdistinctement d'avoir vu dqç hommes éclairés et d'intention droite , avant la composition du dergé et la convocation telle que la fit M. Necker, penser que le Tiers double en nombre , mais attaqué par l'influence et la suprématie naturelle des nobles et du dergé , pourrait k peine encore défendre ses droits les plus justes , et obtenir des deux premiers ordres les sacrifices les pins légitimes : bien entendu qu'on supposait la noblesse non divisée en partis , et le veto conservé au roi.

C'est la réunion trop tardive des ordres qui a augmenté sans mesure la force et la malveillance du Tiers , en tenant pendant si longtemps en opposition avee le penple et séparés de lui , tous les gens riches , et surtout le plus grand nombre des propriétaires. Par l'obstination même qu'ils ont mise k se tenir séparés, ils ont revêtu le caractère d'ennemis ; tandis qu'en se rapprochant plus têt, en se confondant avec le Tiers-Êtat , ils cessaient d'être un but particulier vers lequel se dirigeait tonte l'aetiott si puissante et si terrible de cette masse informe qu'on appelle le peuple. Dans une réunion volontaire , ils eussent trouvé l'occasion et la force de détonmer on d'amortir les coups qu'on devait lenr porter ; ils eussent obtenu des modifications et de la mesure, non pour oeoz de leurs privilèges qu'on pouvait regarder comme injustes et

PIÈCES JUSTIFICATIVES. il05

oppressife, nais en faveur de leur possenlon et de leur propriété. Ils eussent gigaé m moins de B*aYoir pour ennemis qne les dépotés do Tiers dans rassemblée nationale , an lien qu'ils sont devenns les ennemis du peuple Ini-méme , on plutôt d'une popalaee sans frein , qui , dénuée de toute propriété , ne craint pas de violer les droits de la propriété.

Û fant joindre aux fautes que je viens de relever, plusieurs clauses maladroites de la dédtration du 23 juin ; le refiou de H. Neeker de concourir à cette mesure ; la faveur qne le roi témoignait k quelques hommes , tels que M. de Broglie et M. de Bretenil, eonnns par leur opposition aux réformes que demandait Topinion ; enfin , le renvoi si imprudent du ministre qui avait la confiance publique.

Qne dirai-je de Tétourderie et de la légèreté qui ont fait mettre en avant et puis retirer les troupes ; laissé le peuple forcer les prisons , piller les Invalides, s'emparer de rArsenal , prendre la Bastille T

En considérant toutes les circonstaiices et cette multitude de fiutes énormes, qui seules ont rendu funeste le doublement du Tiers , comment ose-t-on rejeter tous nos malheurs sur ceux qui , cédant k une impulsion invincible de Topinion publique , ont consenti h une représentation véritablement plus égale , et que la justice semblait réclamer?

Oai , on pouvait doubler le Tiers , et en même temps payer la dette nationale , conserver les propriétés inviolables , maintenir la force publique et sauver la nation et la monarchie. C'est la mon intime conviction , que j'espère faire passer dans l'esprit de tout homme impartial , et qui est au moins mon excuse.

MM. Meunier, de Lally, et une foule d'antres citoyens , zélés défenseurs de la cause publique , ont voulu le doublement du Tiers , et par conséquent ils ont voulu armer le Tiers d'une force qu'on pouvait redouter ; mais ils ont supposé qu'il resterait an roi assez de puissance pour arrêter la violence du mouvement de la majorité contre la noblesse et le clergé, dans les questions o& il ne s'agirait pas de leurs pnviléges pécuniaires et des autres abus véritables dont on pouvait et devait désirer la réforme ; ils ont supposé aussi que la noblesse et le clergé réunis auraient assez de force pour se défendre , et défendre en même temps la prérogative royale.

Ils ont cru que pour rendre les États de quelque utilité , pour la réforme des abus , il fallait consentir à une mesure juste et légitime ; mais ils n'ont pu prévoir que l'insurrection du peuple armé , la faiblesse et les fautes du ministère feraient perdre en un instant an roi la force qu'il avait entre les mains , pour défendre et sa propre autorité , et les propriétés des nobles et dn clergé , envahies avec tant de violence et d'injustice après le sacrifice h\i par les deux ordres de ce qu'il y avait d'abusif dans leurs privilèges ; elles n'ont ni prévu , ni pu prévoir la corruption de l'armée , l'effervescence dn peuple , et son influence tyrannique sur les dtiibérations de l'assemblée ; ils n'ont ni prévu , ni pu prévoir que des manœuvres infernales , qu'une corruption sans pudeur appelleraient , derrière les députés du Tiers , un peuple agité , disposé a toutes les résolutions violentes , qui insulterait les défenseurs des opinions modérées contraires k celles qu'on lui suggérait , et dont les menaces sanguinaires étoufferaient toutes ré-

«M nSVOlBB DE VRANGE.

)iis ; qa'oiie «senAlée qjai deftU ré|^ la destinée d'une grande nation , serait sens liberté et sans police intérieure ; que les opinions y arriveraient tontes formées par on seul parti dans les assemblées populaires ; ils n*ont ni prévu, ni pu prévoir qoe, sor snr «ne simple hésitation du roi à sanctionner les décrets de l'importance la plus grave, cent mille hommes armés se porteraient & Versailles , ensanglanteraient le palais de nos rois ; qae des assassins ponrsuivndent la reine jusque dans les bras de son époux ; qa'on forcerait le monarque à Tenir se remettre aux mains de ce même peuple , où tonte résistance lai deviendrait impossible, où, perdant tonte liberté de refuser sa sanction ^ il n'entrerait pour rien dans la balance des pouvoirs.

Les partisans de l'opinion contraire insistent, et prétendent qn*on aurait pu et du prévoir ce qu'ils ont eux-mêmes prévu. Us ont annoncé , disent-ils , que sitôt qu'on donnerait au Tiers l'égalité de voix , il abuserait de sa force pour opprimer les deux premiers ordres , objets de sa jalousie et de son mécontentement ; ils ont annoncé que ee n'était pas connaître les hommes que de croire qu'on peut leur donner la toolepuissance , sans qu'ils abandonnent la rente de la justice et du devoir.

J'ai répondu d'abord k ce Keu commun , en &isant observer que la toute-puissance n'était pas donnée au Tiers dans un état de choses où le souverain , selon les instruclions uniformes de tous les cahiers , gardait son veto absolu , sans lequel il n'est plus colégislateur ; et j'ai indiqué les circonstances impossibles h prévoir, qui ont £ait perdre ce moyen de salut et disparaître le roi de la constitution.

n est aisé d'être prophète après coup , et je n'hésite pas h dire que c'est là le seul don que je reconnaisse 4ans ceux qui , ne pouvant opposer à notre opinion k raison et la vérité , la combattent par des faits Indépendants de cette opinion. jGardons-nous bien de prendre pour sagacité et prévoyance , ce qui n'est que crainte et pusillanimité. Celui qui craint tout , prévoit tout ; l'imagination de l'homme effrayé parcourt le champ vaste des possibilités, et à force de terreurs, il est assuré de ne voir rien arriver qu'il n'ait annoncé d'avance , et qui ne l'ait déjà fait trembler.

^i un grand intérêt concourt à augmenter ces craintes , sa prévoyance sera plus pénétrante- encore sans que je l'admire et que je l'envie davantage. Cette espèce de divination a dû être celle de toutes les personnes qui , ayant beaucoup à perdre dans un changement , ont vu la ruine entière de l'État dans les moindres altérations. Mais la ruine n'est pas arrivée par l'endroit que leurs plaintes accusent, et elle a eu bien d'autres causes qu'il était facile de prévenir.

Je vais donc essayer, dans ma dernière observation, d'assigner la principale caase des maux et des désordres qui ont suivi la convocation des Etats-Généraux et le doublement du Tiers. Cette cause a été l'erreur ou l'oubli qui a fait méconnaître les vrais principes, tant dans la composition des assemblées primaires et des assemblées d'électeurs, que dans celle de l'assemblée des représentants; on n'a pas vu que la propriété territoriale seule, devait donner même les premiers droits politiques, et à plus forte raison qu'à elle seule appartenait le droit de la représentation dans une assemblée qui allait changer peut-être la constitution et la légisktion, ou, ce qui est la même chose, le gouvernement des propriétés.

Oa soBt )tm fod to dô|d>teiii6ttt du Tkis daw la représeotatioD; pouvait être plus

PIÈCES JUSTIFKATIVSS. «0»

oa moins dangerenx pour les nobles et le dergé, selon que Téleetion des représentants serait faite dans des vues plus on moins démoeratiqaes, par des classes plus ou moins infimes du peuple ; selon qu'on exigerait pour être représentant plus ou moins de fortune et de propriétés. Que serait-ce, si Ton n'exigeait rien ?

Après avoir décidé ou accordé le doublement du Tiers, M. Necker devait songer à bien composer la représentation qui formerait ce Tiers double, puisqu'il allait mettre dans ses mains le destin de la France. C'était k lui, plus qu'à personne , à chercher les moyens d'avoir des représentants pris dans de telles classes de la société , qu'ils eussent eux-mêmes un intérêt de propriété qui les détourn&t de violer la propriété d'autrui; des députés qui n'eussent point des vues d'une démocratie exagérée; qui ne fussent pas ennemis de l'autorité royale. Négliger de veiller sur l'organisation d'une assemblée qui allait faire la destinée publique, c'était oublier le premier de ses devoirs , et Caire courir les plus grands risques à la fortune des particuliers et de l'état.

Or, telle est la faute impardonnable commise par H. Necker. Après avoir doublé le Tiers, il a laissé au oonseil à débattre , comme autant de questions oiseuses , quelles conditions il faudrait remplir pour assister aux assemblées primaires et nommer les électeurs, quelles pour élire, quelles pour être élu.

Le conseil lui-même, séduit par les idées populaires, a prescrit des conditions presque illusoires, par la facilité qu'on avait à les remplir; le paiement d'une imposition de trois journées de travail pour être admis aux ««^semblées primaires ou aux premiers droits politiques, ce qui faisait entrer dans ces assemblées les cinq-sixièmes des mâles adultes du royaume , c'est-k-dire environ cinq millions d'hommes ; et pour être représentant, le paiement d'une imposition de la valeur d'un marc d'argent, ce qui ne suppose qu'une propriété insuflSsante k faire vivre le propriétaire, et avec laquelle il peut n'avoir ni intérêt véritable à la prospérité publique, ni instruction, ni loisir, ni, enfin, aucune des qualités nécessaires dans le représentant d'une grande nation.

Sitôt que la composition des assemblées primaires, électorales et nationales eut été réglée, sans égard aux droits de b propriété territoriale , dès-lors durent naître de grandes inquiétudes dans l'esprit des hommes modérés qui avaient voulu le doublement du Tiers, pour vamcre la résistance que pouvaient opposer les deux premiers ordres k la réforme des abus .dont ils profitaient, mais qui n'avaient pas voulu que la propriété, ce paUadium de la société, fdt livrée sans défense aux entreprises d'une multitude indifliérente et avide. Que feraient ces assemblées primaires, composées en partie d'hommes sans propriété? Elles nommeraient des représentants qui, pour la plupart, n'en auraient pas davantage, et le sort des propriétés se trouverait dans les mains d'une assemblée , dont plus de la moitié n'aurait aucun intérêt k leur conservation, et un grand nombre des intérêts contraires.

C'est cet oubli de la propriété dans la formation des Etats -Généraux , qui a été la véritable source de nos malheurs.

Il est évident qne, dans la disposition des esprits au moment de ce grand acte politique, on ne pouvait mettre des barrières trop fortes au-devant de la propriété menacéo de tous cdtés .p«r 1« noayeneats popqlaires. U propriété teirito^e doTatt

être uriMt protégée : car, dans cette maltitnde qui allait envirouner l*asseintilée et tefier sur ses délibératkHis, les rentiers étaient en assez grand nombre ponr défendra lenrs intérêts.

Or, e*est mallievreasenient que des homnies trës-éclairés et très-bien intentionnés ont reeonnn trop tard, qae la faute n'est pas dans le doublement du Tiers : elle est dans la forme de eonvocation. Sans doute, Tempirc des anciens usages ne permettait de eonroquer rassemblée que par ordre ; mais on devait ne la laisser composer, dans diaqoe ordre, et même dans le Tiers-Etat, que de propriétaires, si Ton voulait sauver I* propriété, on, ce qui est la même chose, la société politique toute entière.

Lorsqu'on traitait de la composition des assemblées nationales, au temps qui a pié< eédé la convocation, et ii Toocasion des états de Bretagne et de Dauphiné, ou opposait les nobles et le clergé au Tiers-Etat, sans considérer ni les nus ni les antres comme propriétaires. Les nobles et le clergé, possesseurs d'une grande partie des biens territorianx, et qui pouvaient faire valoir ce titre avec tant d'avantage , ne s'en avisaient pas ; ib alléguaient des privilèges anciens, qui leur donnaient le droit de concourir à la législation , ou du moins de consentir k Timposifion selon tels et tels usages, et non leur titre de propriété qui aurait fondé leur droit sur une base bien plus solide.

Les nobles et le clergé ne disaient pas : « La propriété territoriale, ce grand objet de Tintérètde toute nation, est presque en entier dans nos mains. II importe ii la nation et même ï la partie de la nation qui est occupée des travaux de la culture et des arts, sans lesquels l'ordre social ne pourrait subsister, de défendre les propriétés de toute atteinte. Il est donc bien nécessaire qu'une assemblée nationale revêtue d'un grand pouvoir , soit composée d'bommes intéressés à la conservation des propriétés, asseï éclairés pour connaître ce qui peut la blesser, ayant assez de loisir pour se livrer exclusivement i ce soin; et toutes ces qualités, en général, ne se trouvent réunies que dans les propriétaires. »

Ce raisonnement, qui eût embarrassé les partisans d'une représentation démocratique, les nobles et le clergé ne le faisaient pas; ils se défendaient généralement comme ordres, comme jouissant de privilèges qu'ils croyaient justes; mais ils ne faisaient pas valoir leur véritable titre, leur véritable droit, celui de la propriété et la nécessité de la défendre pour le bien de tous.

En redierchant les sources d'une méprise si grossière , on les trouve , il faut le dire , dans l'orgueil et les préjuges des deux premiers ordres , qui les détournaient d'invoquer le principe de la propriété , parce que , même en supposant qu'on l'adoptât, nombre de bourgeois , d'hommes de lois , de négociants , d'entrepreneurs de différents genres d'industrie , eussent siégé avec eux au même titre , puisque c'eût été comme propriétaires. Et ils ne voyaient pas qu'en les y admettant comme tels , ils eussent acquis autant de défenseurs de leurs droits réels et légitimes.

Le Tiers , de son cêté , se bornait k contester les privilèges que s'arrogeaient les deux premiers ordres , et comme il les entendait de même , il n'avait pas de peine k les trouver fondés sur de faux titres. II disait que les anciens usages , ou antérieurs , quand on les eût supposés ocmstauts et uniformes , malgré le témoignage de toute

PIÊGRS JUSTIFICATIVES. «09

l%iiUilra , M pMTaient praurire contre U jusiioe et b raisoii , ni 6lre «èlier les liesoins dn peiple et ses droits. Mais ils ne répondaient pas à nne olijeetlon qn'on ne lear faisait pas , et qui eût eonsisté à invoqner, ponr les deax premiers ordres , le droit qne la propriété leur donnait d'inflaer sur le gonvemenent , qoi n'est après tont qnn la protection des propriétés.

Le Tiers ne disait pas non pins ponr Ini-mène, qne , depnis pinsienn siècles , la fNfihtt» territoriale a jnt cessé pen k pen d*ètra excInsiTOBMnt entre les nMins de la noblesse , par les progrès de la richesse et da conunerce , par la décadence des lois féodales , par les aliénations , les dénMBBbrements , les inféodations , les anoUisaements , ane grande partie des terres dn royaume avait passé dans les mains des konunes dn Tiers , et qn*è ce titra lenr appartenait sans doute aussi le droit de par» tkiper au goaferaeaMnt de la propriété. Le Tiers n'alléguait point cet argument en faveur de ses droits; il n'opposait h la noblesse et au clergé qne le nombra ininiaMit supérieur de ses meadires , et nullement sa qualité de propriétain , droit BM>ina rss* pectabie à ses yeux que celui qu'il tirait du nombre seul de plus de vingt-cinq millions d*bonunes, contrastant avec les trois ou quatre cent mille nobles on gens du clergé.

Les deux partis opposés , faisant ainsi abstraction de leurs véritables titres , ropinisB fut conduite à ne considérer les nobles et le clergé , d'une part, et le Tiers de l'autn i que par le seul rapport de leur nombro comparé. En ne considérant les bonunes que comme des unités numériques, on ne vit plus la nation que le ou l'on voyait le plus grand nombra ; d'où ce raisonnement répété dans tous les écrits du temps contra les prétentions des ordres, et notaaunent dans celui de Sieyès, Qu'esl-ce f«é le Tient Opposes , disait-on , trois on qnatra cent mille nobles ou prêtres, aux ving^uatn millions qui forment le Tiers-Êtat , la nation ne peut étro que dans les vingt-qnatra millions , et non dans le million restant. Si donc les représentants de ces vingt-quatre millions se donnent un gouvernement et des lob , sans le concours des représentants de ce million , ce gouvernement ne sera-t-il pas le gouvernement légitime de cette na* tion , et ces lois ne seront-elles pas obligatoires ponr tous?

J'en dirai ici ma conlpe avec franchise : C'est ainsi qne j'avais raisonné BMi-aiéBM dans l'affaire particulière de la Bretagne contre sa noblesse et son clergé , et contra la forme de ses États. YoiUi sans doute une grande méprise pour la Bretagne comme pour le reste du royaume ; mais l'erreur en moi était moins une erreur positive que l'omis» sion volontaire d'une volonté dont on ne croyait pas encore avoir besoin pour combattre kl forme vicieuse des Êtau de Bretagne , et pour établir l'uniformité dans le gouver* nement. Malgré cette excuse , je me reprocherai toujours de n'avoir pas dès-lors énoncé le vrai principe de la représentation.

Il n'est pas douteux , et depuis de longues années je ne doutais point qne le droit de constituer, de réformer le gouvernement n'appartienne exclusivement aux propriétaires. Ce sont bi des principes établis par la plupart des philosophes appela économistes , tels que MM. Dupont, Letréne , Saint-Peravy, Targot, et ces principes ont toujours été les miens.

On trouvera cette doctrine exposée et prouvée en dix endroits de mes diven on*

•M nsvome m i^akge.

1I10M mt féMMnle fiUkiM, d«M mes wmAmvx mniiscrits , «t fsitoit du» le 9rÊUé êÊ9 émit foUâfi€9, Et eependant , la manière dont la qneefion des Étals- Cénénux a été posée d'abord , a écarté des esprits cette idée si juste et si vraie , qui deviM être la base , non-senlement de tonte organisation d'ane assend)Iée nationale , mais encore des assemblées primaires et de celles où Ton nommerait les représentants.

C'est la doetrine qu'il eât faHn prêcher hautement , et dès le premier jonr ; car on deimt voir bien dairament qve si rassemblée nationale était composée en grande partie #hommes sans propriété territoriale , comme Tétaient les trois quarts des menrikes du elergé , presque tout le Tiers , et même un assez grand nombre de nobles , on metlait en péril le pvemlor intérêt social , celui de la propriété , qui se trouverait violem- UMBt attaquée et insuiisamment défendue.

Il foUait déeiarer ipie les nobles eux-mêmes n'avaient de Jféritdde titra que leur ptoprlAté , et que le haut clergé y entrait aussi à titre de propriétaire usufruitier. Ce dernier titre surtout a été oublié avec autant d'imprudence que d'iiqustice , dans la eenpomtion de Tordre du clergé , imaginée et favorisée , k ce qu'il paratt , par M. Neder.

Il était cependant aisé de voir qu'en laissant entrer dans la représentation plus de étasL cents cuvés à portion congrue , la propriété usufruitière ecdéslastique n'était plus représentée ; qu'on était ainsi tout moyen de défense à cette partie du clergé , qui seule avait quelque intérêt , quelques propriétés , quelque chose h défendre ; et ^ne ces mêmes hommes enfin , ennemis de leurs supérieurs par état , Tétaieitf aussi de la noblesse , comme appartenant an Tiers par leur naissance. On avait donc plus que doublé le Tiers , puisque, dès le premier jour , il se trouvait aux £tat&4>énéraBX huit cents représentants nés parmi le peuple , et ii peine quatre cents députés appartenant lui bauA clergé et à la noblesse.

Il jrésulte de tout ce qui précède , que le doublement n'est pas ici la véritable faute , mais que cette mesure est devenue funeste ensuite par de nombreuses fontes qu'on voulait éviter, et surtout par la composition videuse de l'assemblée , dont les membres , pour n'avoir pas été choisis parmi les propriétaires , ont fait 4>on marché des intérêts de k propriété , et favorisé toutes les entreprises suggérées contre elle par une populace avide de pillage et d'usurpation.

Tous ces débats a^ant été terminés par un arrêt du conseil , du 27 décembre 17^, qni Jéglait le doublement du Tiers , on -s'occupa des élections , et les assemblées primaires furent ouvertes.

Je me rendis à Thumer, dans le mois de février 1789, la veilledu jonr où devaient s'4)ttvrir le&fissemblées primaires à Gbftteauneuf. £n y assistant réfolièrement, j'appris ee que j'ignorais encore, c'est que ces assemblées, formées de l'espèce de peuple que je voyais Oli , étaient inaccessibles k Tordre , au bon sens , incapables de discussion , ingonviemablee enfin ; je pris dès-lors des hommes assemblés une très-mauvaise idée, qne les évéuements n'ont fait ensuite qu'aifennir et fortMier.

Je «e fus pas ^u , et je revins à Paris avec ma courte honte. Cependant , pour n'avoir rien à me reprocher, et cédant aux instances de mes amis , je me raidis encore )t4- aiienblée primiim des eeelésiastiquM <de «a «eeHon , qui se tenait dans la maison

PIÈGES JOmnCIATIVBS. U4

étjmré 4e SeliiNRMè : nous étioM Mi Miixaiite4h ou qntre^ngte. Ttm mec bon nombre de Toii ; mais sept oa huit prêtres , e« qt\ je ne ponvtis réeUement «opposer plas de oomaifemiees pditiqoes qtt'k moi , me forent préférés. l*utt â*entre enx était i'abbé Faoïdiet , qoi s'est condolt dans U première assemblée et dans la GonYention en wû iee^bin , mais foi depuis , ayant tooIb s'arrêter en si beav chemin , a été eonvamea de n'^tm pins asseï patriote , et qae ses eoopératenrs ont envoyé k f éefaafaiid aTac tant jd'aatres , pour n'atoir pas Tonla les snivre jnsqa'an boitft.

i^es^eoUoDS faites, les députés ae rasscptUèient k VenalRes; et4oitiesoile fé» leva une noavetie question : Détibéiera-t-on par téteg on par ordres t

il semble que cette question ne pouvait plus en être une , poisqu'aprèe avoir accordé au Tiers ia double représentation , il n'était pas raisonndde de lui disputer la délibératioii par tètes , sans laquelle celte double représentation n'avait plus aucun avantage pQttr lui.

Ensuite on opposait li la détibératton par ordres, de fortes et paissantes raisons ? c'était donner à l'esprit de corps , naturellement ennemi de l'esprit pnbUc, une force et une aetiwté qui le feraient léiister il tout bien ; diseoter et délibérer par ordres , c'est juger chaque cause entre les ordres , en n'^écmMaat qu'une seule partie ; on , e-il peut reskor dans un tel tribunal des avocats de ki chose publique , c'est les faire plaider devant des ju^^es intéressés «t prévenus ; e'est fouinir ii l'intérêt particulier un moyetf focile de cacher sous le voile de l'intérêt de corps-, ce qui , dans la sphère réHécie de la morale de beaucoup de gens , suffit pour justifier ft leon yeux les plus manvaisee causes. On dispense alors chaque {particulier de lépondre de son opinion , qi'ilne dooM plus comme sienne , mais comme celle du corps dont il est membre ; et biénibt , il ji'f aura plus de honte ni de remords k soutenir les opinions les plus injustes ; car la humle et le (remords , en se partageant , s'airaibliasent ets'jol&iient.

S'opposer à la délibération par tètes , disait-on encore , c'est , en d'atttaes tennea, convenir que ies droits des privilégiés sont de telle iiatuw , qu'on ne ^«t les diseiter dans nue assemblée formée d'un nombre égal de privilégiés et de non*^ rivilégiés, êoêb qae ceux-lk perdent infailliblement leur cause , aveu qui équivaut à cette antre ^p<H sitioa : les .privilèges ne peuvent sontenir une discussion contradictoire ,et un^xame» iai^itiaL

MateqwQi ! leur cause n'est^eUe pas manvaise? JLa possession des privilégiés a4<eii» qneltpio londament dans la justice et dans la raison? Alors cette justice , «cette.rakMB pauveat^eoaserver toute leur force sur l'esprit de quelques membres du Tient , tandis qu'elles seront , d'un autre côté , soutenues dans l'écrit des privilégiés par la logiqiM' puissante .de Tintérèt. iLes privilèges trouvèrent donc to^)ours unedéCsMe .saffisaate , au moins en tout ce qu'ils peuvent avoir de juste , de compatlhle avec l'Inléiètde la patrie.

£n laissant subsister les ordres jeomme tels , on ne peut au moins se dispenser de les faire délibérer par tètes dans toutes les questiuns où il s'agit des privilèges contre lesquels rédame l'ordre non privilège ; autrement on déeideniit , an jsgement des privilégiés , tontes les questions relatives asx privilèges. Pour les autres .points eà les privilèges n'entrent pas , y a^-U qoalqae ridaende «e pas les faire décider h tojdmittê

ili HISTOIRE DE FRANCE.

4et nftifei àe tanin nyiéseatints, la re|»réseiiUtioii étant supposée fofmée, coonft 0ile doit l*ê(re , pov riHérèt de la latk»!

▼oill ce fw disatt le Tien-Êtat ; et qnand h méthode de délibérer par ordres B*^^ paaeoeinrié trop Mènent lea raet qa*oa avait aanoBeées , les droits de la natioa, li léfonM des abos , il Crat eoBvenlr q«*h T^oqee oà Tiat s'agiter eette question, il était devin imposaiMe de résister jnsqn'an bout an denundes dn Tters; ceax qiieat observé à eette épofM l'état de Paris et dn royaame, savent qn'on eonrait les plai finndi daifen ei s* j retaant. N'onbUons jamais qn'en ee lumient , l'opinion pabliqae entraînait tont devant elle , et qn'il y avait de la foliée vonbrir la combattre. (M, repinkm pnUiqne est bien redontable , loraqn'die prend ponr objet on bomate oi lae daase d'hommes qu'elle sépara , qu'elle distingue , et qui devient le but contre leqael elle se dirige; car c'est alors qu'elle exerce sapins grande énergie , parce qu'elle réaait plus bcilement ses moyens et ses annes. Or, dans tout le royaume , la querelle s'éto' bUasait entre le peuple d'un celé, c'est4i-dire , la nmase de la nation appelée eaeore TIen-Êtat , et 1m nobles et le dergé de l'autre. La querelle éuit fort vive en Langiez doe , en Provence , en Bretagne , k Paris ; mais elle était plus ou moins animée dans b France entière. Les gens raisonnables prévoyaient que si l'opinion du peuple venait à se ixer b la fois sur les nobles et sur le clergé , pour les voir comme des ennemis jurés qu'il avait désormais à combattre , la situation de ces deux ordres devenait borriUciMnt dangereuse. C'est ce qui arrivait infoiliibleBMnt pour peu qu'on s'obstinftt k laisser dam une cbaadbre les représentants du Tiers, et la noblesse et le clergé dans une ou desx antrea ; siiét que cette séparation serait foite , les nobles et les ecdésiastlqaes devenaient le but contre lequel se porterait plus forteosent que jamais l'opinion publique , à la moindre cause , au BMlndre prétexte que le Tiers pourrait saisir.

S'U y avait , an contraire , quelque iMiyen d'éloigner le péril , c'était de réunir les ordres ; c'était de foire cesser, si l'on pouvait , cette division.

Je suppose, en eflTet , une résolution anti-populaire passée dans l'assemblée M" tionale, formée des trois ordres et délibérant par têtes ; je suppose quelques lois, oa sur la perception des impôts, ou sur la liberté civile, moins fovorables aux droits da peuple que le peuple ne l'eét désiré; il eét vu dans une pareille résolution l'opinioa de ses représentants, ou plutôt celle de tons les représentants de la nation, le vceu de l'as* seuddée générale, et non celui des ordres contre lesquels il avait déjb des prèventiom justes on injustes. Mais , si une loi qn'il attendait eût été rejetée dans la chambre des nobles ou dans celle du clergé , et que leur refos en eût empêché la sanction , ks deux ordres étaient en butte an mécontentement public.

On dira peut-être : Eh bien ! cette opinion , ce mécontentement des communes , on les eût bravés , on y eût résisté.

L'événement n'a prouvé que trop combien cette résistance était dangereuse, ou plo* tôt impoosiMe ; mais j'ajoute que le résultat pouvait se prévoir ; on pouvait au moim prévoir, jusqu'il on certain point , les progrès de l'effervescence publique , et le peu de fond qn'il y avait h foire sur la force des armes. On pouvait aussi reconnaître qae l'agiUtion de la mnltitnde et la corruption des troupes deviendraient de pins en plm à craindre , st l'oo donnait h ces deux geimes fonestei le temps de se développer. Oa

MÈCÈS JUSTIFICATIVES. 51 â

n^eii perdit pas moins les mois de mai et de juin 1 789, en dêlnts presqoe ridicnles , et qni doivent sortent nous faire gémir aujonrd'liai , quand nous nous rappelons , instruits par une cmelle expérienee , la marebe rapide des révolalions , et que nous nous disons à nous-mêmes que ce temps précieux edt suffi peut-être encore pour sauver notre malheureuse patrie.

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