CHAPITRE XXVI
Suite des particularités et anecdotes.
A la gloire, aux plaisirs, à la grandeur, à la galanterie, qui occupaient les premières années de ce gouvernement, Louis XIV voulut joindre les douceurs de l'amitié; mais il est difficile à un roi de faire des choix heureux. De deux hommes auxquels il marqua le plus de confiance , l'un le trahit indignement, l'autre abusa de sa faveur. Le premier était le marquis de Vardes, confident du goût du roi pour madame de La Vallière. On sait que des intrigues de cour lui firent chercher à perdre madame de La Vallière, qui par sa place devait avoir des jalouses, et qui par son caractère ne devait point avoir d'ennemis. On sait qu'il osa, de concert avec le comte de Guiche et la comtesse de Soissons, écrire à la reine régnante une lettre contrefaite, au nom du roi d'Espagne, son père. Cette lettre apprenait à la reine ce qu'elle devait ignorer, et ce qui ne pouvait que troubler la paix de la maison royale. 11 ajouta h cette perfidie la méchanceté de faire tomber les soupçons sur les plus honnêtes gens de la cour, le duc et la duchesse de Navailles. Ces deux personnes innocentes furent sacrifiées au ressentiment du monarque trompé. L'atrocité de la conduite de Vardes fut trop tard connue ; et Vardes, tout criminel qu'il était, ne fut guère plus puni que les innocents qu'il avait
accusés, et qui furent obligés de se défaire de leurs charges, et de quitter la cour.
L'autre favori était le comte depuis duc de Lauzun; tantôt rival du roi dans ses amours passagers, tantôt son confident, et si connu depuis par ce mariage qu'il voulut contracter trop publiquement avec Mademoiselle, et qu'il fit ensuite secrètement malgré sa parole donnée à son maître.
Le roi, trompé d^qs §es pty>jx, dit qu'il avait cherché des amis, et qu'il n'avait trouvé que des intrigants. Cette connaissance malheureuse des hopmes, qu'on acquiert trop tqrd, lui faisait dire aussi : Toutes las foi» que je donne une place vacante, je fai$ cent mécontenté et un ingrat.
Ni les plaisirs, ni les embellissements des mww royates et de Paria, ni les tojns de la police dp royaume» ne discontinuèrent pendant b guerre de \ 666.
Le roi dansa dans les ballets jusqu'en 4670. Il avait alors trente-deux ans. On joua devant lui à Saint-Germain la tragédie de Britannicus; il fut frappé de ce? vers :
Pour toute ambition , pour vertu singulière , U excelle à conduire on dur dans la carrière , A disputer des prix indignes de ses mains, A se donner lui-même en spectacle aux Romains.
Dès-lors il ne dansa plus eq public, e\ ]e poète réforma le nponqrque. Son upipn avec iqadame la duchesse c(e La Vallièrç subsistait tpujours, malgré les infidélités fréquentes qu'il lui (gisait. Ces infidélités lui coûtaient peu de soins. Il ne trouvait gufcre de ffjmwes qui lui résistassent, et revenait toujours à celle qui, par la douceur et par la bonté de son caractère, par uq amour vrai , et même par les chaînes de l'habitude ravajt su^q^é s*p art. Hlais, dès Tan 1669, elle s'apçrçut que
madame de Montespan prenait, de l'ascendant; elle combattît avec sa douceur ordinaire; elle supporta le chagrin d'être témoin longtemps du triomphe de sa rivale, et sans presque se plaindre : elle se crut encore heureuse, danssa douleur, d'être considérée du roi qu'elle aimait toujours, et de le voir sans en être aimée. Sa conversion fut aussi célèbre que sa tendresse. Elle se fil carmélite à Paris, et persévéra. Se couvrir d'un ciliée , marcher pieds nus , jeûner rigoureusement , chanter, la nuit, au chœur dans une langue inconnue: tout cela ne rebuta point la délicatesse d'une femme accoutumée à tant de gloire, de mollesse et de plaisirs. Bile vécut dans ses austérités depuis 4676 jusqu'en 4740, sous le nom seul de sœur Louise de la Miséricorde.
On sait que quand on aqnonça & sœur Louise de la Miséricorde la mort du duc de Verraandois qu'elle avait eu du roi, elle dit : Jfc dois pleurer sa naissance encore plus que sa mort. 11 lui resta une fille, qui fut de tous les enfants du roi la plus ressemblante à son père, et qui épousa le prince Armand de Gonti, neveu du grand Condé.
Cependant la marquise de Montespan jouissait de sa faveur, avec autant d'éclat et d'empire que madainç de La Vallière avait eu de modestie.
Tandis que madame de La Vallière et madame de Montespan se disputaient encore la première place dans le eoeur du roi, toute la cour était occupée d'intrigues d'amour. Lou vois même était sensible. Parmi plusieurs maîtresses qu'eut ce ministre, dont le caractère dur paraissait si peu fait pour l'amour, il y eut une madame du Frénoy, femme d'un de ses commis, pour laquelle il eut depuis le crédit de faire ériger uue charge ohez la reine; on la fit dame du lit : elle eut les grandes entrées.
Le roi, en favorisant ainsi jusqu'aux goûts de ses ministres,
voulait justifier les siens.
Mademoiselle, après avoir refusé tant de souverains, après avoir eu l'espérance d'épouser Louis XIV, voulut faire à quarante-quatre ans la fortune d'un gentilhomme. Elle obtint la permission d'épouser Péguilin , du nom de Caumont, comte de Lauzun , le dernier qui fut capitaine d'une compagnie de cent gentilshommes au bec-de-corbin , qui ne subsiste plus, et le premier pour qui le roi avait créé la charge de colonel-général des dragons. 11 y avait cent exemples de princesses qui avaient épousé des gentilshommes : les empereurs romains donnaient leurs filles à des sénateurs ; les filles des souverains de l'Asie, plus puissants et plus despotiques qu'un roi de France, n'épousent jamais que des esclaves de leurs pères.
Mademoiselle donnait tous ses biens, estimés vingt millions, au comte de Lauzun ; quatre duchés, la souveraineté de Bombes, le comté d'Eu, le palais d'Orléans qu^on nomme le Luxembourg. Elle ne se réservait rien, abandonnée tout entière à l'idée flatteuse de faire à ce qu'elle aimait une plus grande fortune qu'aucun roi n'en a fait à aucun sujet. Le contrat était dressé : Lauzun fut un jour duc de Montpensier. il ne manquait plus que la signature. Tout était prêt, lorsque le roi, assailli par les représentations des princes, des ministres, des ennemis d'un homme trop heureux, relira sa parole, et défendit cette alliance. 11 avait écrit aux cours étrangères pour annoncer le mariage; il écrivit la rupture. On le blâma de l'avoir permis, on le blâma de l'avoir défendu. 11 pleura de rendre Mademoiselle malheureuse. Mais ce même prince, qui s'était attendri en lui manquant de parole, fit enfermer
Lauzun, en novembre 4670, au château de Pignerol, pour avoir épousé ai secret la princesse qu'il lui avait permis , quelques mois auparavant , d'épouser en public. Il fut enfermé dix années entières.
Ceux qui ont douté de ce mariage secret n'ont qu'à lire attentivement les Mémoires de Mademoiselle. Ces Mémoires apprennent ce qu'elle ne dit pas. Oo voit que cette même princesse, qui s'était plainte si amèrement au roi de la rupture de son mariage, n'ose se plaindre de la prison de son mari. Elle avoue qu'on la croyait mariée ; elle ne dit point qu'elle ne l'était pas; et quand il n'y aurait que ces paroles : Je ne puis ni ne dois changer pour lui, elles seraient décisives.
Lauzun et Fouquet furent étonnés de se rencontrer dans la même prison ; mais Fouquet surtout , qui dans sa gloire et dans sa puissance avait vu de loin Péguilin dans la foule, comme un gentilhomme de province sans fortune , le crut fou , quand celui-ci lui conta qu'il avait été le favori du roi , et qu'il avait eu la permission d'épouser la petite fille de Henri IV , avec tous les biens et les titres de la maison de Montpensier.
Après avoir langui dix ans en prison , il en sortit enfin ; mais ce ne fut qu'après que M"- de Montespan eut engagé Mademoiselle à donner la souveraineté de Bombes et le comté d'Eu au duc du Maine encore enfant , qui les posséda après la mort de cette princesse. Elle ne fit cette donation que dans l'espérance que M. de Lauzun serait reconnu pour son époux ; elle se trompa : le roi lui permit seulement de donner à ce mari secret et infortuné les terres de Saint-Fargeau et de Tiers , avec d'autres revenus considérables que Lauzun ne trouva pas suffisants. Elle fut réduite à être secrètement sa femme , et &
ses. Les principales dames de Bruxelles, de Gand, venaient voir cette magnificence. Le roi les invitait à sa table ; il leur [faisait des présents pleins de galanterie. Tous les officiers des troupes en garnison recevaient des gratifications. 11 en coûta plusieurs fois quinze cents louis d'or par jour en libéralités.
Tous les honneurs , tous les hommages étaient pour Mme de Montespan , excepté ce que le devoir donnait à la reine. Cependant cette dame n'était pas du secret. Le roi savait distinguer les affaires d'état des plaisirs.
Madame , chargée seule de l'union des deux rois et de la destruction de la Hollande , s'embarqua à Dunkerque sur la flotte du roi d'Angleterre Charles II , son frère, avec une partie de la cour de France. Elle menait avec elle Mlle de Kéroual, depuis duchesse de Portsmouth , dont la beauté égalait celle de Mme de Montespan. Elle fut depuis en Angleterre ce que Mm' de Montespan était en France, mais avec plus de crédit. Le roi Charles fut gouverné par elle jusqu'au dernier moment de sa vie; et, quoique souvent infidèle, il fut toujours maîtrisé. Jamais femme n'a conservé plus longtemps sa beauté; à l'âge de près de soixante et dix ans, elle avait une figure encore noble et agréable , que les années n'avaient point flétrie.
Madame alla voir son frère à Cantorbéry , et revint avec la gloire du succès. Elle en jouissait, lorsqu'une mort subite et douloureuse l'enleva à l'âge de vingt-six ans , le 30 juin i 670. La cour fut dans une douleur et dans une consternation que le genre de mort augmentait. Cette princesse s'était crue empoisonnée. L'ambassadeur d'Angleterre , Montaigu , en était persuadé; la cour n'en doutait pas; et toute l'Europe le disait. La cour et la ville pensèrent que Madame avait été empoisonnée dans un verre d'eau de chicorée , après lequel
die éprouva d'horribles douleurs . et bientôt les convulsions de la mort. Mais la malignité humaine et l'amour de l'extraordinaire furent les seules raisons de cette persuasion générale. Le verre d'eau ne pouvait être empoisonné, puisque M™* de La Fayette et une autre personne burent le reste sans ressentir la plus légère incommodité. Il y avait longtemps que Madame était malade d'un abcès qui se formait dans le foie. Elle était très-malsaine, et même avait accouché d'un enfant absolument pourri. Son mari, trop soupçonné dans l'Europe, ne fat ni avant ni après cet événement accusé d'aucune action qui eût de la noirceur; et on trouve rarement des criminels qui n'aient fait qu'un grand crime. Le genre humain serait trop malheureux s'il était aussi commun de commettre des choses atroces que de les croire.
On prétendit que le chevalier de Lorraine , favori de Monsieur, pour se venger d'un exil et d'une prison que sa conduite coupable auprès de Madame lui avait attirés, s'était porté à cettfhorrible vengeance. On ne fait pas attention que le chevalier de Lorraine était alors à Rome, et qu'il est bien difficile à un chevalier de Malte de vingt ans, qui fst k Rome, d'acheter à Paris la mort d'une grande princesse.
Il n'est que trop vrai qu'une faiblesse et une indiscrétion du vicomte de Turenne avaient été la première cause de toutes ces rumeurs odieuses qu'on se plait encore à réveiller. Il était à soixante ans l'amant de M"" de Goatquen , et sa dupe , comme il l'avait été de M" de Longueville. Il révéla à cette dame le secret de l'Etat, qu'on cachait au frère du roi. M"* de Coatquen, qui aimait le chevalier de Lorraine, le dit à son amant : celui-ci en avertit Monsieur. L'intérieur de la maison de ce prince fut en proie à tout ce qu'ont de plus amer les re-
lu HISTOihÉ ÉE i^ANCE.
ferbchfes et les jalousies. Cfes ttoubleà éclatèrent avant lé Voyage de Madame : l'ataertume redoubla à son retour. Les empdrtetiiètiis dé Monsieur, les querelles de ses favoris avec les athis de Madame , remplirent sa maison dé confusion et de douleur. Madame, quelque temps avant sa mort, reprochait, avec dés plaihtes douces et attendrissantes , à la fflarqtiisë dé fcbatquen, les malheurs dont elle était catise. Cette dame à genoux auprès de son lit, et arrosant ses mains de larmes, né lui répondit que pair ces vers de Vehceslàs :
J'allais.*, j'étais... l'amour a sar noi tant d'empire... Je me confonds, madame, et ne yoos pais rien dire...
Le chevalier de Lorraine, auteur de ces dissensions, fut d'abord envoyé parle foi à Pierîe-Encree; te comte de Marsan , de là maison de Lorraine , et le marqui6 depuis maréchal de Yillerbi, fufent exilés. Enflh on .regarda comme ta staîtè coupable de ces défoéléft la moh naturelle de celte rtial- WiurëUse prtoeWste:
Ce qui confirma te public dans te soupçon de poison , c'est que vers fe temps oft comtaehçà & connaître ce crime eii France: On n'avait point employé cette vengeance des lâches dans les hôtteuts de la pierre civile. Ce crime , par une fouillé singulière, infecta la France dans te temps de ta gloire et des plaisirs qui adoucissaient les mœurs, ainsi qu'il se glissa dans l'ancienne Rome attx plds beaux jours de la république.
Deux Italiens , dont l'un s'appelait Êxlli , trâtaillferënt lôttgtelnps avec tih apothicaire allemand, nomihé Glaser, a chercher ce qu'on appelle la pierre philosophait. Les deux Hâ~ lteitë y perdirent le peu qu'ils avaient, et voulurent par te cHifié réparer lé tort dé leur folie. Ils vendirent secrètement
des posons* Les deux Italiens soupçonnés fartent mis à 1b Btetllle } l'on des deux y mourût. Exili y resta saris être eon- Taincu > et du fond de sa prison il répandit dans Paris ces funeste* secrets qui coûtèrent la vie au lieutenant civil d'Atibrni et à sa famille , et qui firent enfin ériger la chambre des poisobs, qu'on nomme la chambre ardente.
L'amour fut la première source de ces horribles aventures. Le marquis de Brinvilliers, gendre du lieutenant civil d'Âubrai, logea chez lui Sainte -Croix, capitaine de son régiment , d'une trop belle figure. Sa femme lui en fit craindre les conséquences. Le mari s'obstina à faire demeurer ce jeune homme avec sa femme , jeune, belle , et sensible. Ce qui devait arriver arriva : ils s'aimèrent. Le lieutenant civil, père de la marquis? , fut assez sévère et assez imprudent pour solliciter une lettre de cachet , et pour faire envoyer à la Bastille le capitaine , qu'il ne fallait envoyer qu'à son régiment. Sainte- Croix fût mis malheureusement dans la chambre où était Exili. Cet ililien lui apprit à se venger : on en sait les suites, qui font frlmir. La marquise n'attenta point à la vie de son mari 9 qui avait eu de l'indulgence pour un amour dont luimême était la cause ; mais la fureur de la vengeance la porta à empoisonner son père, ses deux frères et sa sœur. Bile fut brûlée en 4 076 , après avoir ed la tête tranchée. Mais depuis 4670 qu'Bxili avait commencé h faire des poisons, jusqu'en 4680, ce trime infecta Paris. On ne peut dissimuler que Peoadtier, le receveur général du clergé, ami de cette femmes fat accusé quelque temps après d'avoir mis ses secrets en usage, et qu'il lui en coûta la moitié de son bien pour supprimer les accusations.
La Votait» , la Vigoureux , un prêtre nommé te Sage ; et
d'autres, trafiquèrent des secrets d'Exili, sous prétexte d'amuser les âmes jeûneuses et faibles par des apparitions d'esprit. On crut le crime plus répandu qu'il n'était en effet. La chambre ardente fut établie à l'Arsenal , près de la Bastille , en 4680. Les plus grands seigneurs y furent cités, entre autres deux nièces du cardinal Mazarin , la duchesse de Bouillon, et la comtesse de Soissons, mère du prince Eugène.
La duchesse de Bouillon ne fut décrétée que d'ajournement personnel , et n'était accusée que d'une curiosité ridicule trop ordinaire alors, mais qui n'est pas du ressort de la justice. L'ancienne habitude de consulter des devins , de faire tirer son horoscope , de chercher des secrets pour se faire aimer» subsistait encore parmi le peuple , et même chez les premiers du royaume.
A la naissance de Louis XIV on avait fait entrer l'astrologue Morin dans la chambre même de la reine-mète, pour tirer l'horoscope de l'héritier de la couronne. Le duc d'Orléans , régent du royaume, fut curieux de cette charlatanerie, qui séduisit toute l'antiquité; et toute la philosophie du célèbre comte de Boulainvilliers ne put jamais le guérir de cette chimère.
La Reynie, l'un des présidents de cette chambre, fut assez mal avisé pour demander à la duchesse de Bouillon si elle avait vu le diable : elle répondit qu'elle le voyait dans ce moment, qu'il était fort laid et fort vilain , et qu'il était déguisé en conseiller d'état. L'interrogatoire ne fut guère poussé plus loin.
L'affaire de la comtesse de Soissons et du maréchal de Luxembourg fut plus sérieuse. Le Sage , la Voisin, la Vigoureux et d'autres complices étaient en prison, accusés d'avoir
vendu des poisons qu'on appelait ta poudre de succession; ib chargèrent tous ceux qui les étaient venus consulter. La comtesse de Soissons fut du nombre. Le roi eut la condescendance de dire à cette princesse que, si elle se sentait coupable, il lui conseillait de se retirer. Elle répondit qu'elle était très-innocente , mais qu'elle n'aimait pas à être interrogée par la justice. Ensuite elle se retira à Bruxelles , où elle est morte sur la fin de 1 708 , lorsque le prince Eugène son fils la vengeait par tant de victoires, et triomphait de Louis XIV.
François-Henri de Montmorency-Boutteville , duc, pair et maréchal de France, qui unissait le grand nom de Montmorency à celui de la maison impériale de Luxembourg, déjà célèbre en Europe par des actions de grand capitaine , fut dénoncé à la chambre ardente.
Le Sage , Bonard , la Voisin , la Vigoureux , et plus de quarante accusés , ayant été enfermés à la Bastille , le Sage déposa que le maréchal s'était adressé au diable et à lui pour faire mourir une femme qui n'avait pas voulu rendre des papiers; leurs complices ajoutaient qu'ils avaient assassiné la Dupin par son ordre, qu'ils l'avaient coupée en quartiers, et jetée dans la rivière.
Ces accusations étaient aussi improbables qu'atroces. Le maréchal devait comparaître devant la cour des pairs ; le parlement et les pairs devaient revendiquer le droit de le juger; ils ne le firent pas. L'accusé se rendit lui-même à la Bastille ; démarche qui prouvait son innocence sur cet assassinat prétendu.
Le secrétaire d'état Louvois, qui ne l'aimait pas, le fit enfermer dans une espèce de cachot de six pas et demi de long, où il tomba très-malade. On l'interrogea le second jour,
I* HISTOIRE DB VBANCE.
et on le laissa ensuite cinq semqipes entières sans commencer son procès; injustice cruelle envers tout particulier, et plus condamnable encore envers un pair du royaume. Il voulut écrire au marquis de Louvoi? pour s?en plaindre , on ne le lpi permit pas ; il fut enfin interrogé. On lui demqndq s'il n'avait pas (lonné des houtejlles de vin empoisonnées pour faire mourir le frère de la Dupin , et une fille qu'il entretenait.
Tout son malheur venait d'avoir vu une fois le Sage , et dç lui avpir demandé des horoscopes.
Parmi les imputations horribles qyi faisaient la base du procès , le Sage dit que le maréchal duc de Luxembourg avait fait un pacte ^vec le diable, afin de pouvpir marier son fils à la fille du marquis de Louvois. L'accusé répondit : Quand Matthieu de Montmorency épousa la veuve de Louis-Je-Oms , il uç s'adressa point m diable , mais aux états généraux , 9m' déclarèrent que , pour acquérir au roi mineur l'appui des Moutmoretwy , il fallait faire ce mariage.
petto réponse était fière, et n'était pas {l'un coupable. Le procès dura quatorze mois : il n'y eut de jugement ni pour u\ contre lui. La Voisin , la Vigoureux , et son frère , le prêtre , qui s'appelait aussi Vigoureux , furent brûlés avec le Sage, à la Çrèvç. Le maréchal de Luxembourg alla quelques jours à la çaippagne, et revint ensuite à la cour faire les fonctions do capitaine des gardes , sans voir Louvois, et sans que le roi lui parlât de tout ce qui s'était passé.
Nous avons vu comment il eut depuis le commandement des armées, <|u'il ne demanda pas, et par combien de victoires il imposa silence à ses ennemis.
On peut juger quelles rumeurs affreuses toutes ces accusa-
LODIS XIV. fi
tions excitaient dans paris, ^e suppliée du feu , dont la Ypj^H et ses complices furent punis, mit fin aux recherches et aux crimes. Cette abomination ne fut que le partage de quelques particuliers , et ne corrompit point les mœurs douces de la nation; mais elle laissa dans les esprits un penchant funeste à soupçonner des morts naturelles d'avoir été violentes.
Ce qu'on avait cru de la 4$twéq mafteureiise de w^fcme Henriette d'Angleterre, Qfl le crut ensuite 4e sft fille 4for% Louise, qu'on maria , en \ 079 , an rpî 4'Pw*np Gtwte? V- Gttte jeune princesse partit * ffigret pour Ma^r^- Va^QiT selle avait souvegt dit à Monsieur, frèrfi du rp^ ; Ne meygt JW « «Wlftt tz^ré? /?/(* 4 to cçur; elle sery trop malheurç^ <#4wi. Cette jeune prjuçessç voulait épouggr ^o«$eign^r* Je vous fais reine d'Espagne , lui dit le roi ; que ponrrui$-jç dfDbp PW ;»# fille! — 4hl répppdjt-eye, v$ft jyupiez 9b*vwr Mve nièce. 01e fut enlevée au mtâb m 16S9, m même âge que ça »ère. \\ paspa pour copiant que le conseil autrichieq de Charles II voulait se défaire d'elle, parce quelle aii^it m pays, et qu'elle pft«yait^mp^bftr iç roii m «tari i de ge déclarer pofir les aîjips çootrç |$ F^spe,. Oq lui çpvoja mé#e 4? Versailles 4e ce qu'on croit 4u cpQtrç- Qûppp ; précaution trfcs-incertaifle, puisque çç qui peut guérir une espèce de mal peut envenimer l'autre, et qu'il q'y 9 ppint AflMpte général ; le pQUtfe-poisop pjétçpdy arriva après sa mort.
La princesse palatine succéda à Henriette d Angleterre , gt f|)t mèrç d|) duc d'Orléans , régeqt du royau^. 11 fallut qu'elle renonçât an calvifljsme pour épouser tyçqsieçr.
^'avçntuje infortunée d'une fille d'fcopflir 4e la rçiqe, 9ft \Wh àm* M * m nWe| ftMiwuiflpt, fy nflllpr
est connu par le sonnet de Y Avorton , dont les vers ont été tant cités :
Toi que l'amour fit par un crime , Bt que l'honneur défait par on crime a son tour, Funeste ouvrage de l'amour, De l'honneur funeste victime... etc.
Les dangers attachés à l'état de fille , dans une cour galante et voluptueuse , déterminèrent à substituer aux douze filles d'honneur, qui embellissaient la cour de la reine , douze dames du palais; et , depuis, la maison des reines fut ainsi composée. Cet établissement rendait la cour plus nombreuse et plus magnifique, en y fixant les maris et les parents de ces dames; ce qui augmentait la société, et répandait plus d'o-
La princesse de Bavière, épouse de Monseigneur, ajouta, dans les commencements, de l'éclat et de la vivacité à cette cour. La marquise de Montespan attirait toujours l'attention principale; mais enfin elle cessait de plaire, et les emportements ailiers de sa douleur ne ramenaient pas un cœur qui s'éloignait. Cependant elle tenait toujours à la cour par une grande charge , étant surintendante de la maison de la reine ; et au roi par ses enfants , par l'habitude , et par son ascendant.
On lui conservait tout l'extérieur de la considération et de l'amitié , qui ne la consolait pas; et le roi, affligé de lui causer des chagrins violents , et entraîné par d'autres goûts , trouvait déjà dans la conversation de madame de Maintenon une douceur qu'il ne goûtait plus auprès de son ancienne mattresse. U se sentait à la fois partagé entre madame de Montespan , qu'il ne pouvait quitter, mademoiselle de Fon langes,
LOUIS XIV. if
qu'il aimait , et madame de Maintenon , de qui l'entretien devenait nécessaire à son âme tourmentée. Ces trois rivales de faveur tenaient toute la cour en suspens. Il parait assez honorable pour Louis XIV qu'aucune de ces intrigues n'influât sur les affaires générales , et que l'amour, qui troublait la cour, n'ait jamais mis le moindre trouble dans le gouvernement.