CHAPITRE XXVII
Suite des particularités et anecdotes.
La jeunesse , la beauté de mademoiselle de Fontanges, un fils qu'elle donna au roi , en 4 680 , le titre de duchesse , dont elle fut décorée, écartaient madame de Maintenon de la première place qu'elle n'osait espérer, et qu'elle eut depuis; mais la duchesse de Fontanges et son fils moururent en 4 684 .
La marquise de Montespan n'ayant plus de rivale déclarée, n'en posséda pas plus un cœur fatigué d'elle et de ses murmures. La nouvelle favorite, M"" de Maintenon, qui sentait le pouvoir secret qu'elle acquérait tous les jours, se conduisait avec cet art si naturel aux femmes , et qui ne déplaît pas aux hommes. Elle écrivait un jour à Mme de Frontenac , sa cousine, en qui elle avait une entière confiance : « Je le renvoie touc jours affligé , et jamais désespéré. » Dans ce temps où sa faveur croissait, ou Mme de Montespan touchait à sa chute, ces deux rivales se voyaient tous les jours, tantôt avec une aigreur secrète , tantôt avec une confiance passagère , que la nécessité de se parler et la lassitude de la contrainte mettaient quelquefois dans leurs entretiens. Elles convinrent de faire, chacune de leur côté, des Mémoires de tout ce qui se passait à la T. xv. *
cour. L'ouvrage ne fui pas poussé fort loin. Mmc de Montespan se plaisait à lire quelque chose de ces Mémoires à ses amis, dans les dernières années de sa vie. La dévotion, qui 9e mêlait à toutes ces intrigues secrètes, affermissait encore la faveur de Mme de Maintenon > et éloignait Mtoe de Montespan. Le roi se reprochait son attachement pour une femme mariée; Cette situation embarrassante subsista jusqu'en 4 685 * année mémorable par la révocation de l'édit de Nantes. On voyait alors des scènes bien différentes : d'un côté le désespoir et la fuite d'une partie de la nation ; de l'autre de nouvelles fêtes à Versailles ; Trianon et Marly bâtis ; la nature forcée dans tous ces lieux de délices, et des jardins où l'art était épuisé. Le mariage du petit-fils du grand Condé avec M*u <te Nantes , fille du roi et de Mtoe de Môtrtespan , fut le dernier triomphe de cette maîtresse, qui commençait à 'se retirer de là coût*.
Le roi matfà depuis detix enfants qu'il avait eus d'telle : M"? de Blois avec le duc de Chartres , que nous avons vu depuis régent du royaume; et le duc du Maine à Louise- Bénédicte d"e Bourbon , petite-filte du grand Condé , et stëttV de monsieur le Duc , princesse célèbre par son esprit et par te goût des arts.
Avant la célébration du mariage de M. le Duc avec M1U de Nantes-, le marquis de Seiguelay, à cette occasion , donna au roi une fëte digne de ce monarque , dans les jardins de Sceaux , plaBtés pan* Le Nôtre avec autant de goût que ceux de Versailles. On y exécuta l'idylle de la Paix, composée par Racine. 11 y eut dans Versailles un nouveau carrousel ; et après te mariage , le roi étala une magnificence singulière, dont le cardinal Mazarin avait donné la première idée en 1656. On établit , dafts te salon de Mariy, quatre boutiques rompîtes de ce
LOUIS XÏV. \%
que l'industrie des ouvriers de Paris avait produit tîe plus riche et de plus recherché. Ces quatre boutiques étaient autant dé décorations superbes , qui représentaient les quatre saisons de Tannée. M"* de Montespan en tenait une avec Monseigneur. Sa rivale , Mme de Maintenon , en tenait une autre avec le due du Maine. Les deux nouveaux mariés avaient etafctn la leur ; M. le Duc avec Mme de Thianges ; et Mtt* la Duchesse, à qui la bienséance ne permettait pas d'en tenir une avec un homme, à cause île sa grande jeunesse , était avec la duchesse de Chevreuse. Les dames et les hommes nommés du voyage tiraient au sort les bijoux dont ces boutiques étaient garnies. Ainsi, le roi fit des présents à toute la cour, d'une manière digne d'un roi . La loterie du cardinal Mazarin fut moins ingénieuse et moins brillante. Ces loteries avaient été mises en usage autrefois par les empereurs romains ; mais aucun d'eux n'en releva la magnificence par tant de galanterie.
Après le mariage de sa fille , If** de Montespan ne reparut plus à la cour. EHe vécut à Paris avec beaucoup de dignité. Elle avait un grand revenu, mais viager ; et le roi lui fit payer toujours une pension de mille louis par mois. Elle allait prendre tous les ans les eaux à Bourbon, et y mariait des filles du voisinage , qu'elle dotait. Elle mourut à Bourbon en < 707.
Un an après le mariage de MHe de Nantes avec M. le Duc, mourut à Fontainebleau le prince de Coudé , à l'âge de soixante six ans , d'une maladie qui empira par l'effort qu'il fit d'aller voir M** la Duchesse , qui avait la petite vérole.
Cependant après le mariage de Mmê la Duchesse, après l'éclipsé totale de la mère , Mmt de Maintenon victorieuse prit un tel ascendant, et inspira à Louis XIV tant de tendresse et de scrupule, que le roi , par le conseil du P. La Chaise, l'épousa
secrètement , au mois de janvier 4686, dans une petite chapelle qui était au bout de l'appartement occupé depuis par le duc de Bourgogne. Il n'y eut aucun contrat, aucune stipulation. L'archevêque de Paris, Harlay de Chanvalon, leur donna la bénédiction ; le confesseur y assista ; Montchevreuil , et Bonteins, premier valet de chambre, y furent comme témoins. 11 n'est plus permis de supprimer ce fait , rapporté dans tous lès auteurs, qui d'ailleurs se sont trompés sur les noms , sur le lieu et sur les dates. Louis XIV était alors dans sa quarantehuitième année , et la personne qu'il épousait , dans sa cin quante-deuxième. Ce prince , comblé de gloire, voulait mêler aux fatigues du gouvernement les douceurs innocentes d'une vie privée : ce mariage ne l'engageait à rien d'indigne de son rang : il fut toujours problématique à la cour si Mm° de Maintenon était mariée. On respectait en elle le choix du roi , sans la traiter en reine.
La destinée de cette dame parait, parmi nous, fort étrange, quoique l'histoire fournisse beaucoup d'exemples de fortunes plus grandes et plus marquées, qui ont eu des commencements plus petits. La marquise de Saint-Sébastien, que le roi de Sardaigne Victor- Amédée épousa, n'était pas au-dessus de Mm° de Maintenon : l'impératrice de Russie, Catherine , était fort audessous; et la première femme de Jacques II, roi d'Angleterre, lui était bien inférieure , selon les préjugés de l'Europe , inconnus dans le reste du monde.
Elle était d'une ancienne maison, petite-fille de Théodore- Agrippa d'Aubigné , gentilhomme ordinaire de la chambre de Henri IV. Son père, Constant d'Aubigné, ayant voulu faire un établissement à la Caroline, et s'élant adressé aux Anglais, fut mis en prison au château Trompette, et en fut délivré par
la fille da gouverneur, nommé Cardillac, gentilhomme bordelais. Constant d'Âubigné épousa sa bienfaitrice en 4627, et la mena à la Caroline. De retour en France avec elle au bout de quelques années , tous deux furent enfermés à Niort en Poitou par ordre de la cour. Ce fut dans cette prison de Niort que naquit, en 1 635, Françoise d'Aubigné, destinée à éprouver toutes les rigueurs et toutes les faveurs de la fortune. Menée à l'âge de trois ans en Amérique; laissée par la négligence d'un domestique sur le rivage, près d'y être dévorée par un serpent ; ramenée orpheline , à l'âge de douze ans ; élevée avec la plus grande durelé chez Mma de Neuillant , mère de la duchesse de Navailles , sa parente , elle fut trop heureuse d'épouser, en 1 651 » Paul Scarron , qui logeait auprès d'elle dans la rue d'Enfer. Scarron était d'une ancienne famille du parlement , illustrée par de grandes alliances ; mais'le burlesque dont il faisait profession l'avilissait en le faisant aimer. Ce fut pourtant une fortune pour M11* d'Aubigné d'épouser cet homme , disgracié delà nature, impotent, et qui n'avait qu'un bien très-médiocre. Elle fit, avant ce mariage, abjuration de la religion calviniste, qui était la sienne comme celle de ses ancêtres. Sa beauté et son esprit la firent bientôt distinguer. Elle fut recherchée avec empressement de la meilleure compagniede Paris : et ce temps de sa jeunesse fut sans doute le plus heureux de sa vie. Après la mort de son mari , arrivée en 1 660 , elle fit longtemps solliciter auprès du roi une petite pension de quinze cents livres, dont Scarron avait joui. Enfin , au bout de quelques années , le roi lui en donna une de deux mille , en lui disant : c Madame , je vous ai fait attendre longtemps; mais vous c avez tant d'amis , que j'ai voulu avoir seul ce mérite auprès < de vous. »
Cependant, il est prouvé, par des lettres m^WO de Mme de Itfaintenon , qu'elle dut à Mme dçi Montespan ce léger secours , qui la tira de ta misère. On se ressouvint d'elle quelques années après , lorsqu'il fallut élever en secret le duc du Maiue , que le roi avait eu en 4670 de la marquise de Montespan. Ce ne fut certainement qu'en 1 672 qu'elle fut choisie pour présider à cette éducation secrète. Elle dit dans une de ses lettres: Si les enfants sont au roi , je le veux bien; car je ne me chargerais pas sans scrupule de ceux de Mmc de Montespan : ainsi U faut que le roi me l'ordonne ; voilà mon dernf,çr mot. ÎHme de Montespan n'avait deux enfants qu'en 4672, je duc du Bflaiue et le comte de Vexin.
Le duc du Maine était né avec un pied difforme. Le premier médecin , d'Aquin , qui était dans la confideuce , jugea qu'il fallait envoyer l'enfant aux eaux de Barège. On chercha une personne de confiance , qui pût se çhargçr fle ce dépôt. Le roi se souvint de Mme Scarron. M. de Lotyvoiç alla secrètement à Paris lui proposer ce voyage- Elle eut soin depuis ce tcpiips-ty de l'éducation du duc flu Maine , nommée à cet emploi par le roi , # uw poiflt par Hme (le Moutespaij , comme ou l'a dit. Elle écrivait au roi directement ; ses lettres, plurent beaucoup. Voilà l'origine de sa fortune : son mérite fit tout le le reste.
Le roi, qui ue pouvait d'abord s'accoutumer à elle, passa de l'aversion à la confiance, et de la confiance à l'amour. Les lettres que nous avons d'elle sont un monument bien plus précieux qu'on ue pense : elles découvrent ce mélange de religion et de galanterie, de dignité et de faiblesse, qui ssç trouve si souvent dans le cœur humain , et qui était dans celui de Louis XIV. Celui de MB< de Maintenon paraît à la fpis pjçiq
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d'une ambition et d'une dévotion qui ne se combattent jamais. Son confesseur Gobelin approuve également l'une et l'autre; il est directeur et courtisan ; sa pénitente , devenue ingrate envers Mmc de Moutespan, se dissimule toujours son tort. Le confesseur nourrit cette illusion ; elle fait venir de bonne foi la religion au secours de ses charmas usés , pour supplanter sa bienfaitrice, devenue sa rivale.
Ce commerce étrange de tendresse et de scrupule de la part du roi , d'ambition et de dévotion de la part de la nouvelle maîtresse, parait durer depuis 1681 jusqu'à 1686, qui fut l'époque de leur mariage.
Son élévation ne fut pour elle qu'une retraite. Renfermée dans son appartement , qui était de plain-pied à celui du roi , die se bornait à une société de deux ou trois dames retirées comme elle; encore les voyait-elle rarement. Le roi venait tous tys jours chez elle après son dîner, avant et après le souper, et y demeurait jusqu'à minuit. Il y travaillait qvec ses ministres , pendant que Mme de Maintenon s'occupait à la lecture , ou à quelque ouvrage des mains; ne s'empressant jamais de parler d'affaires d'état, paraissant souvent les ignorer; rejetant bien loiq tout ce qui avait la plus légère apparence d'intrigue et d^ cabale; beaucoup plus occupée de complaire à celui qui gouvernait que de gouverner, et ménageant son crédit en ne l'employant qu'avec une circonspection extrême. Elle ne profita point de sa place pour faire* tomber toutes les dignités et tous les grands emplois dans sa famille. Son frère» le comte d'Aubigné, ancien lieutenant-général, ne fut pas même maréchal de France. Un cordon bleu , et quelques parts secrètes dans les fermes générales, furent sa seule fortune ; aussi disaiHl au maréchal dp Vjyowaç , frfcre de ty,no fa
Montespan , qu'il avait eu son bâton de maréchal en argent comptant (4).
Le marquis de Villette, son neveu ou son cousin , ne fut que chef d'escadre. M*6 de Gaylus , fille de ce marquis de Villette, n'eut en mariage qu'une pension modique donnée par Louis XIV. Mm de Maintenon , en mariant sa nièce d'Aubigné au fils du premier maréchal de Noailles , ne lui donna que deux cent mille francs : le roi fit le reste. Elle n'avait ellemême que la terre de Maintenon , qu'elle avait achetée des bienfaits du roi. Elle voulut que le public lui pardonnât son élévation en faveur de son désintéressement. La seconde femme du marquis de Villette , dépuis Mme de Bolingbroke , ne put jamais rien obtenir d'elle. Mme de Maintenon oubliait tout quand elle craignait de choquer les sentiments de Louis XIV. Elle n'osa pas même soutenir le cardinal de Noailles contre le père Le Tellier. Elle avait beaucoup d'amitié pour Racine; mais cette amitié ne fut pas assez courageuse pour le protéger contre un léger ressentiment du roi. Un jour, touchée de l'éloquence avec laquelle il lui avait parlé de la misère du peuple en 4698, misère toujours exagérée, mais qui fut portée réellement depuis jusqu'à une extrémité déplorable, elle engagea son ami à faire un Mémoire qui montrât le mal et le remède. Le roi le lut; et en ayant témoigné du chagrin, elle eut la faiblesse d'en nommer l'auteur, et celle de ne le pas défendre. Racine, plus faible encore, fut pénétré d'une douleur qui le mit depuis au tombeau (2).
Du même fonds de caractère dont elle était incapable de
(f ) Voyet les lettres a son frère : Je tout conjure de vitre commodément , et de manger les dix-huit mille francs de t affaire que nous avons faite : noua en feront feutra. (*) Ce fait a été rapporté par le fils de l'illustre Racine, dans la vie de son père.
rendre service , elle l'était aussi de nuire. L'abbé de Choisy rapporte que le ministre Louvois s'était jeté aux pieds de Louis XTV pour l'empêcher d'épouser la veuve Scarron. Si l'abbé de Choisy savait ce fait , Mm* de Maintenon en était instruite; et non-seulement elle pardonna à ce ministre; mais elle apaisa le roi dans les mouvements de colère que l'humeur brusque du marquis de Louvois inspirait quelquefois à son maître.
Louis XIV, en épousant madame de Maintenon, ne se donna donc qu'une compagne agréable et soumise. La seule distinction publique qui faisait sentir son élévation secrète, c'est qu'à la messe elle occupait une de ces petites tribunes ou lanternes dorées, qui ne semblaient faites que pour le roi et la reine. D'ailleurs, nul extérieur de grandeur. La dévotion qu'elle avait inspirée au roi, et qui avait servi à son mariage, devint peu à peu un sentiment vrai et profond, que l'âge et l'ennui fortifièrent. Elle s'était déjà donné à la cour et auprès du roi la considération d'une fondatrice, en rassemblant à Noisy plusieurs filles de qualité; et le roi avait affecté déjà les revenus de l'abbaye de Saint-Denis à cette communauté naissante. Saint-Cyr fut bâti au bout du parc de Versailles en 1 686. Elle donna alors à cet établissement toute sa forme, et fit les règlements avec Godet-Desmarets, évéque de Chartres, et fut ellemême supérieure de ce couvent. Elle y allait souvent passer quelques heures ; et quand je dis que l'ennui la déterminait à ces occupations, je ne parle que d'après elle. Qu'on lise ce qu'elle écrivait à Mma de la Maisonfoit, dont il est parlé dans le chapitre du quiétisme.
« Que ne puis-je vous donner mon expérience ! que ne « puis-je vous faire voir l'ennui qui dévore les grands, et la
3$ HISTOIRE QÇ FRANCE.
% p#ine qu%, ont ^ remplir Içwrs jpufu^! Nç voye^-vç^s
* pas qye je m$urs fle tristessç, dans urçç fortune qu'où a^ai^ f peioe à imaginer? J'ai été jeune et jolie; j'su goûté les p]aif sirs; j'ai été aimée pa\rtou$. Dans un âge plus avancé, j ai % passé <l.cs années dans te commerce flç. Vçsprit ; je suis vec uu$à la faveur; et je vous proteste, pa chèçe fille, que tous
* les états fissent un yidç affreux. »
Si quelque chose pouvait détromper de l'ambition, ce serait assurément cette lettre. Madame de Maûntenop, qui pourtant VLïyafc d'autre chagrin que l'uniformité de sa vie auprès 4' un grand roi, disait urç jour au comte d'Aubjgné, son frèrp :
* Je n'y puis plus tenir, je vou^ra^s être morte. » Ou sait quelle répons? il |ui fit : \qus avez <kw papote d'épouseï; Diey. légère?
A \* mort du roi, elle se retira entièrement h Saint-Cyr. Ce qui JtfVt surprendre, c'est que |e \o\ nç Jui ^vait presque çien awytf- U 1? repofflp^n^a ^ulem^m au fac fl'Qrlftns. $\ç np voulut qu'upe peusfan de qu^rç-yingt mille livrçs qui tyi fqt e^ctopent payéç jusque W W^» açrivép en 171^, le ^ d'avril. Qn ^ trop affecté d'qublier (laps son épitapbç Je nojfy 4fi Scarjun : ce noiq p'est P^M ay^is^apt, et l'opiigsiop ne sq*t qu'à fyire penser qu'jl peut lôtre-
^ cpur fut mpins v^vp pt plus sérieuse, depuis que te xo\ coipiuenç* i\ flouer avçc tpadstypç flftjiaiptenoq unç yie plus retirée; çt la maladie considérable qu'il put en 168Q cantrib.u^ eucore ^ lui ftter le go,ût dp ces fê^ galantes qui ^y^ent jusque-là signée presque tqufes SÇ9 années. Il fut attaqué d'qpe fistule dans le dernier des intestins. L'qrt de h\ chirurgie , qqi fjt sqi$ ce rfcgpe plus fa progrès eç[ f rance qpe daqs, tout le W# & VPWNpP» u'éme P*s e^ore f^wil^r^é ^yçç cette flrç-
lovis xiy. $z
bdie. Le cardinal dç Richelieu eu ét^it npçtfl, {aqte d'avoir été bien traité. Le dapgçr du roi émut tputela France. Le$ églises furent remplies d'un peuple innombrable, qui demandait la guérison de sen roi, les larmes aux yeux. Ce mouvement d'un attendrissement général fut presque semblable à ce que nous avons vu, lorsque son successeur fut en danger de mort à Metz en 4744. Ces deux époques apprendront à jamais aux rois ce qu'ils doivent à une nation qui sait aimer ainsi.
Dès que Louis XIV ressentit les premières atteintes de ce niai, son premier chirurgien Féli$ alla dans les hôpitaux chercher des malades qui fussent dans le même péril; il consulta les meilleurs chirurgiens; il in,vcnta avec eux des instruments qui abrégeaient l'opéra tiop, et qui h rendaient moins douloureuse. \je roi la souffrit sans se plaindre. 11 fit travailler ses ministres auprès de son lit le joi\r m£me ; çt, $fia que la nouvelle de son danger ne fit aucun changement clans les coijrs de l'Europe, i donna audience le lendemain aux ambassade^. A ce courage d'esprit se joignait la ups^n^niinité avec laquelle il récompensa Félix ; il lui donna jjne terre qui valait alors plus de cinquante mille écus.
Depuis ce temps Je rpi n'alla plus aux spectacles. La <\auphine de Qavière, devenu^ mélancolique çt attaquée d'une maladie de l^pg\\ç\ir qui la fit enfin mourir eu 1 69.0, se refusq à tpus les plaisirs, et resta obstinément dans son appartement. Elle aimait les lettres, elle avqit même fait des vers ; mais dans sa mélancolie, elle n'aimait plus que la solitude.
Ce fut le ÇQuvent de Saiut-Cyr qui ranima le goût des choses d'esprit. Madame de Mainteno,n pria Racine, qui avait renoncé au théâtre pour le jansénisme et pour la cour, de faire *W K?$é$e <[\\\ pfo èiW représentée par ses élèves. Çlle vpu)u(
un sujet tiré delà Bible. Racine composa Esther. Cette pièce, ayant d'abord été jouée dans la maison de Saint-Cyr, le fut ensuite à Versailles devant le roi, dans l'hiver de 4689. Des prélats, des jésuites s'empressaient d'obtenir la permission de voir ce singulier spectacle. Il paraît remarquable que cette pièce eut alors un succès universel, et que deux ans après, Athalie, jouée par les mêmes personnes, n'en eut aucun. Ce fut tout le contraire quand on joua ces pièces à Paris, longtemps après la mort de l'auteur, et après le temps des partialités. Âthalie, représentée en 1717, fut reçue comme elle devait l'être, avec transport ; et Esther, en 1 721 , n'inspira que de la froideur, et ne reparut plus. Mais alors il n'y avait plus de courtisans qui reconnussent avec flatterie Esther dans madame de Ma in tenon, et avec malignité Vasthi dans madame de Montespan, Aman dans M. de Louvois, et surtout les huguenots persécutés par ce ministre dans la proscription des Hébreux.
Ces amusements ingénieux recommencèrent pour l'éducation d'Adélaïde de Savoie, duchesse de Bourgogne, amenée en France à l'âge de onze qns.
On éleva un petit théâtre dans l'appartement de Mme de Maintenon. La duchesse de Bourgogne, le duc d'Orléans , y jouaient avec les personnes de la cour qui avaient le plus de talents. Le fameux acteur Baron leur donnait des leçons, et jouait avec eux. La plupart des tragédies de Duché, valet de chambre du roi , furent composées pour ce théâtre ; et l'abbé Genêt , aumônier de la duchesse d'Orléans, en faisait pour la duchesse du Maine , que cette princesse et sa cour représentaient.
Ces occupations formaient l'esprit , et animaient la société.
Aucun de ceux qui ont trop censuré Louis XIV ne peut disconvenir qu'il ne fût, jusqu'à la journée d'Hochsledt, le seul puissant, le seul magnifique, le seul grand presque en tout genre. Car, quoiqu'il y eût des héros , comme Jean Sobieski , et des rois de Suède, qui effaçassent en lui le guerrier, personne n'effaça le monarque. 11 faut avouer encore qu'il soutint ses malheurs , et qu'il les répara. 11 a eu des défaute , il a fait de grandes fautes ; mais ceux qui le condamnent lauraientils égalé s'ils avaient été à sa place ?
La duchesse de Bourgogne croissait en grâces et en mérite. Les éloges qu'on donnait à sa sœur en Espagne , lui inspirèrent une émulation qui redoubla eu elle le talent de plaire. Ce n'était pas une beauté parfaite; mais elle avait le regard tel que son fils , un grand air, une taille noble. Ces avantages étaient embellis par son esprit , et plus encore par l'envie extrême de mériter les suffrages de tout le monde. Elle était, comme Henriette d'Angleterre, l'idole et le modèle de la cour, avec un plus haut rang : elle touchait au trône : la France attendait du duc de Bourgogne un gouvernement tel que les sages de l'antiquité en imaginèrent , mais dont l'austérité serail tempérée par les grâces de cette princesse , plus faites encore pour être senties que la philosophie de son époux. Le monde sait comme toutes ces espérances furent trompées. Ce fut le sort de Louis XIV de voir périr en France toute sa famille par des morts prématurées , sa femme à quarante-cinq ans , son fils unique à cinquante ; et un an après que nous eûmes perdu son fils, son petit-fils le dauphin, duc de Bourgogne, la dauphine sa femme, leur fils aîné le duc de Bretagne, furent portés à Saint-Denis au même tombeau , au mois d'avril 4742 ; tandis que le dernier de leurs enfants, monté
30 HISTOIRE ttfe FftANCE.
depuis sut le trône , était danâ son berceau aux portes de la mort. Le dtic dfe Beïri , frère du duc de Bourgogne, les suivit deux àbs après ; et &a fille , dans le même temps , pâSèa dû bercean au Cercueil.
Ce temps lie désolation laissa dahs tes cœurs une impression si profonde, que, dans la minorité de Loute XV, plusieurs personnes ne pariaient de ces pertes qu'en versant des larmes. Le plus à plaindre de tous les hommes, au milieu de tant de morts précipitées, était Celui qui semblait devoir hèmeï bientôt dn ïoyaume.
Ces mêmes soupçons qu'on avait eus à ta mort de Madame l*t à celle de Mârre-Loûise, teine d'Espagne, se réveillèrent avec une fureur singulière. L'excès de la douleur publique attrait presque excusé la calomnie, si elle avait été excusable. H y avait dû délire à penser qn'on eût pu taire périr par un trime tant de personnes royales, en laissant vivre le seul qui pouvait les venger. La maladie qui emporta le dauphin , duc de Bourgogne, sa femme et son fils, était une rougeole pourprée épidémique. Ce mal fit périr à Paris, en moins d'un mois, plus de tînq cents personnes. M. le duc de Bourbon , petit-fils dû prince de Coudé , le duc de la Trîmouille, H"" de îa Vriîlièfre, Mme de Listenay, en furent attaqués à la cour. Lé marquis de Gondrin , fils du duc d'Antin , en mourut en deux jours. Sa femme, depuis comtesse de Toulouse, fut à l'agonie. Cette maladie parcourut toute la France. Elle fit périr en Lorraine lès aines de ce d«c de Lorraine , François, destiné à être un jour empereur, et à relever la maison d'Autriche.
Cependant ce fut assez qu'un médecin nommé Boudin , tomme de plaisir, hardi et ignorant, eût proféré ces paro-
LOUIS XIV. Il
les : * Notas n'entendons rien à 4e pareilles maladtes ; * t\fk fut assez, dis-je , pour que la calomnie n'eût point dé total. Philippe, doc d'Orléans, neveu de Louis XIV, avait un laboratoire, et étudiait la chimie, ainsi que beaucoup d'autres arts : c'était une preuve sans réplique. Le éri puMic était affreux. Le marquis de Caniltoc, au milieu de tette da* tueur publique , va le voir datts sMi palais. H le trouve étende à terre , versant des larmes , aliéné par le désespoir. Soi chimiste , Humbert , court se rendre * là Bastille pbfat se 'constituer prisonnier : mais on n'avait point dVrdre de lé ïe* cevoîr; on le réfbsè. Le pritfcé (qui lé croirait?) demande lui-même , datas l'excès de sa douleur , à être mis en prisoft > il veut que des formes juridiques édahtissent son innocence; sa ftière demande avec lui cette justification cruelle. Là lettre de cachet s'expédie , mais eHe n'etft point «ignée : et le nftr»qute de Cânillac, dans cette émotion d'esprit, conserva seul asse* de sang-froid pour sentir les conséquences d'une démarche Si désespérée. 11 fit que la mère du prince s'opposa h cette lettre de cachet ignominieuse. Le monarque qui l'accordait, et son neveu qui la demandait» étaient également 'malheureux.