‹ Histoire de France (volume 4)Chapitre 38 sur 59 · CHAPITRE XXVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVIII

Prise du maréchal de Belle- lsle. — L'empereur Charles VII meurt; mais la guerre n'en est que plat vin.

Le roi de France, immédiatement après la prise de Fribourg , retourna à Paris , où il fut reçu comme le vengeur de sa patrie et comme un père qu'on avait craint de perdre. Il resta trois jours dans Paris pour se faire voir aux habitants, qui ne voulaient que ce prix de leur zèle.

Le roi comptant toujours maintenir l'empereur, avait envoyé à Munich , à Cassel et en Silésie, le maréchal de Belle- Isle, chargé de ses pleins-pouvoirs et de ceux de l'empereur. Ce général venait de Munich, résidence impériale, avec le comte son frère : Us avaient été à Cassel et suivaient leur route sans défiance dans des pays où le roi de Prusse a partout des bureaux de poste qui , par les conventions établies entre les princes d'Allemagne , sont toujours regardés comme neutres et inviolables. Le maréchal et son frère , en prenant des chevaux à un de ces bureaux dans un bourg appelé Elbingrode ,

appartenant à l'électeur de Hanovre, furent arrêtés par le bailli hanovrien, maltraités, et bientôt après transférés en Angleterre. Le duc de Belle-Isle était prince de l'empire, et par cette qualité cet arrêt pouvait être regardé comme une violation des privilèges du collège des princes. En d'autres temps un empereur aurait vengé cet attentat ; mais Charles VII régnait dans un temps où l'on pouvait tout oser contre lui, et où il ne pouvait que se plaindre. Le ministère de France réclama à la fois tous les privilèges des ambassadeurs et les droits de la guerre. Si le maréchal de Belle-Isle était regardé comme prince de l'empire et ministre du roi de France, allant à la cour impériale et à celle de Prusse , ces deux cours n'étant point en guerre avec le Hanovre , il parait certain que sa personne était inviolable : s'il était regardé comme maréchal de France et général , le roi de France offrait de payer sa rançon et celle de son frère , selon le cartel établi à Francfort, le 48 juin 4743, entre la France et l'Angleterre. La rançon d'un maréchal de France était de cinquante mille livres; celle d'un lieutenant-général, de quinze mille. Le ministre de Georges II éluda ces instances pressantes par une défaite inouïe : il déclara qu'il regardait MM. de Belle-Isle comme prisonniers d'état. On les traita avec les attentions les plus distinguées , suivant les maximes de la plupart des cours européennes qui adoucissent ce que la politique a d'injuste et ce que la guerre a de cruel par tout ce que l'humanité a de dehors séduisants.

L'empereur Charles YII , si peu respecté dans l'empire, et n'y ayant d'autre appui que le roi de Prusse, qui alors était poursuivi par le prince Charles, craignant que la reine de Hongrie ne le forçat encore de sortir de Munich, sa capitale, se

voyant toujours le jouet de la fortune, accablé de maladies que les chagrins redoublaient, succomba enfin et mourut à Munich, à l'âge de quarante-sept ans et demi, en laissant cette leçon au monde, que le plus haut degré de la grandeur humaine peut être le comble de la calamité. H n'avait été malheureux que depuis qu'il avait été empereur. La nature lui avait dès-lors fait plus de mal encore que la fortune : une complication de maladies douloureuses rendit plus violents les chagrins de l'Ame par les souffrances du corps, et le conduisit au tombeau : il avait la goutte et la pierre ; on trouva ses poumons, son foie et son estomac gangrenés, des pierres dans ses reins, un polype dans son cœur; on jugea qu'il n'avait pu dèslongtemps être un moment sans souffrir. Peu de princes ont eu de meilleures qualités : elles ne servirent qu'à son malheur, et ce malheur vint d'avoir pris un fardeau qu'il ne pouvait soutenir.

Le corps de cet infortuné prince fut exposé vêtu à l'ancienne mode espagnole; étiquette établie par Charles-Quint, quoique depuis lui aucun empereur n'ait été Espagnol, et que Charles VII n'eût rien de commun avec cette nation. Il fut enseveli avec les cérémonies de l'empire, et, dans cet appareil de la vanité de la misère humaine, on porta le globe du monde devant celui qui, pendant la courte durée de son empire, n'avait pas même possédé une petite et malheureuse province : on lui donna dans quelques rescrits le titre d'invincible, titre attaché par l'usage à la dignité d'empereur, et qui ne faisait que mieux sentir les malheurs de celui qui l'avait possédée.

On crut que, la cause de la guerre ne subsistant plus, le cahjie pouvait être rendu à l'Europe. On ne pouvait offrir l'empire au fils de Charles VII, âgé de dix-sept ans. On se flat-

lait en Allemagne que la reine de Hongrie rechercherait la paix comme un moyen sûr de placer enfin son mari, le grand duc, sur le trône impérial ; mais elle voulut et ce trône et la guerre. Le ministère anglais, qui donnait la loi à ses alliés, puisqu'il donnait l'argent, et qui payait à la fois la reine de Hongrie, le roi de Pologne, et le roi deSardaigne, crut qu'il y avait à perdre avec la France par un traité, et à gagner par les armes.

Cette guerre générale se continua parcequ'elle était commencée. L'objet n'en était pas le même que dans son principe : c'était une de ces maladies qui à la longue changent de caractère. La Flandre, qui avait été respectée avant 4744, était devenue le principal théâtre; et l'Allemagne fut plutôt pour la France un objet de politique que d'opérations militaires. Le ministère de France, qui voulait toujours faire un empereur, jeta les yeux sur ce même Auguste II, roi de Pologne, électeur de Saxe, qui était à la solde des Anglais; mais la France n'était guère en état de faire de telles offres. Le trône de l'empire n'était que dangereux pour quiconque n'a pas l'Autriche et la Hongrie. La cour de France fut refusée : l'électeur de Saxe n'osa ni accepter cet honneur, ni se détacher des Anglais, ni déplaire à la reine. 11 fut le second électeur de Saxe qui refusa d'être empereur.

Il ne.resta à la France d'autre parti que d'attendre du sort des armes la décision de tant d'intérêts divers, qui avaient changé tant de fois, et qui dans tous leurs changements avaient tenu l'Europe en alarme.

Le nouvel électeur de Bavière, Maximilien Joseph, était le

troisième de père en fils que la France soutenait. Elle avait fait

rétablir l'aïeul dans ses états ; elle avait fait donner l'empire au

père ; et le roi fit un nouvel effort pour secourir encore le jeune

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prince. Six mille Hessois à sa solde, trois iqjlle Patyifls, *t treize bataillons d'Allemands, qui sont depuis longtemps dw les corps des troupes de France, s'étaiept déjà joints am troupes bavaroises, tpqjoursî soudoyées par le rpL

Pour que ftnt de ç&wm fy§?ept efficaces fl fallait qjie les Jfciyarois se secourussent gift-m^pes; mais leur destipée était de succomber sous les Aptrinhjçpg : il? défendirent 31 pialfceurçusemept Xw\r& de leur piyç, que dès le co^paencement d'avril Je nouvel électeur 4e Jfeviàrg fin obligé de sortir de ce^e même capitale que §on père avait été forcé d# quitter tant de fois. Les malheurs de sa maison lg forcèrent enfin d'avoir recours à Marie-Thérèse elle-jnérpe, de renoncer à l'alliance 4e la France, et de recevoir l'argent des Anglais comme les autres.

le parti qu'on Prit fut de se défendre en Italie et eu «Allemagne, et d'agir toujours Qffeiisivement en Flapdre : c'était l'ancien théâtre de la guerre, et il n'y 9 pas 09 seul champ 4ans cette proyince quj n'ait été arrosé de gang, due anpéQ vers ]fi Mein empêchait les Autrichiens de se porter contre le roi de Prusse, alors allié de la France, avec des forces trop supérieures. Le maréchal de Maillebois était parti de l'Allemagne pour ritalie ; et le prince de Conti fut chargé de la guerre vers le Dfeip, qui devenait d'une espèce toute contraire à celle qu'il *)vait faite daqs les Alpes.

J-e roi voulut aller lui-même achever en Flandre les conquêtes qu'il avait interrompues l'année précédente. U venait de marier le dauphin avec la seconde infante d'Espagne, au mois de février ; et ce jeune prince, qui n'avait pas seize ans accomplis, se prépara à partir au commencement de mai avec sou père.

LOUIS XV. i«

Le roi, abandonné de ceux pour qui seuls il avait commencé la guerre, fut obligé de la continuer, sans avoir d'autre objet que de la faire cesser; situation triste, qui expose les peuples et (pli ne leur promet nul dédommagement.

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