‹ Histoire de France (volume 4)Chapitre 41 sur 59 · CHAPITRE XXXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXI

AAires d'Allemagne. — François de Lorraine, grand-dne de Toscane , éheaperear. — Armées autrichiennes et saxonnes battues par Frédéric 111 , roi de Prusse. — Prise de Dresde.

Les prospérités de Louis XV s'accrurent toujours dans les Pays-Bas; la supériorité de ses armées, la facilité du service en tout genre, la dispersion et le découragement des alltfs, leur peu de concert, et surtout la capacité du maréchal de Saxe, qui , ayant recouvré sa santé, agissait avec plus d'activité que jamais , tout cela formait une suite non interrompue de succès qui n'a point d'exemple que les conquêtes de Louis XIV. Tout était favorable en Italie pour don Philippe. Une révolution étonnante en Angleterre menaçait déjà le trône du roi George II ; mais la reine de Hongrie jouissait d'une autre gloire et d'un autre avantage qui ne coûtait point de sang, et qui remplit la première et la plus chère de ses vues. Elle n'avait jamais perdu l'espérance du trône impérial pour son mari, du vivant même de Charles VII; et après la mort de cet empereur elle s'en crut assurée, malgré le roi de Prusse qui lui faisait la guerre, malgré l'électeur palatin qui lui refusait sa voix t et malgré une armée française qui n'était pas loin de Francfort , et qui pouvait empêcher l'élection. C'était cette même armée commandée d'abord par le maréchal de Maillebois, et qui passa, au commencement de mai 1745, sous les ordres du prince de Conti ; mais on en avait tiré vingt mille hommes pour l'armée do Fontenoi. Le prince ne put em-

pécher la jonction de tontes les troupes que la reine de Hongrie avait dans cette partie de l'Allemagne , et qui vinrent couvrir Francfort, où l'élection se fit comme en pleine paix.

Ainsi la France manqua le grand objet de la guerre, qui était d'ôter le trône impérial à la maison d'Autriche. L'élection se fi t le h 3 septembre \ 755 . Le roi de Prusse en fit protester la nullité par ses ambassadeurs; l'électeur palatin , dont l'armée autrichienne avait ravagé les terres , protesta de même ; les ambassadeurs électoraux de ces deux princes se retirèrent de Francfort ; mais l'élection ne fut pas moins faite dans les formes ; car il est dit dans la bulle d'or, c que si des électeurs c ou leurs ambassadeurs se retirent du lieu de l'élection avant c que le roi des Romains , futur empereur, soit élu, ils sec ront privés cette fois de leur droit de suffrage , comme étant « censés l'avoir abandonné. »

La reine de Hongrie , désormais impératrice, vint à Francfort jouir de son triomphe et du couronnement de son époux. Elle vit du haut de son balcon la cérémonie de l'entrée; elle fut la première à crier vivat, et tout le peuple lui répondit par des acclamations de joie et de tendresse ; ce fut le plus beau jour de sa vie. Elle alla voir ensuite son armée rangée en bataille auprès de Heidelberg, au nombre de soixante mille hommes ; l'empereur son époux la reçut l'épée à la main h la tête de l'armée ; elle passa entre les lignes, saluant tout le monde, dina sous une tente , et fit distribuer un florin à chaque soldat.

C'était la destinée de cette princesse et des affaires qui troublaient son règne, que les événements heureux fussent balancés de tous les côtés par des disgrâces. L'empereur Charles VII avait perdu la Bavière pendant qu'on le couronnait empereur,

et la reine de Hongrie perdait une bataille pendant qu'elle préparait le couronnement de son époux François Pr; leroi de Prusse était encore vainqueur près de la source de l'Elbe a Sore.

11 y a des tempe où une nation conserve constamment sa supériorité; ce qu'on avait vu dans les Suédois sous Charles XII , dans les Anglais sous le duc de Marlborough; c'est ce qu'on voyait dans les Français en Flandre sous Louis XV et sous le maréchal de Saxe, et dans les Prussiens sous Frédéric III. L'impératrice perdait donc la Flandre , et avait beaucoup à craindre du roi de Prusse en Allemagne , pendant qu'elle faisait monter son mari sur le trône de son père.

Dans ce temps-là même, lorsque le roi de France» vainqueur dans les Pays-Bas et dans l'Italie , proposait toujours la paix, le roi de Prusse, victorieux de son côté , demandait aussi à l'impératrice de Russie , Elisabeth , sa médiation. On n'avait point encore vu de vainqueurs faire tant d'avances, et on pourrait s'en étonner ; mais aujourd'hui il est dangereux d'être trop conquérant. Toutes les puissances de l'Europe prennent les armes tôt ou tard, quand il y en a une qui remue ; on ne voit que ligues et contre-ligues soutenues de nombreuses armées. C'est beaucoup de pouvoir garder par la conjoncture des temps une province acquise.

Au milieu de ces grands embarras on reçut l'offre inouïe d'une médiation à laquelle on ne s'attendait pas ; c'était celle du grand-seigneur. Son premier visir écrivit à toutes les cours chrétiennes qui étaient en guerre , les exhortant à faire cesser l'effusion du sang humain , et leur offrant la médiation de son maître. Une telle offre n'eut aucune suite; mais elle devait servir au moins à faire rentrer en elles-mêmes tant de puissances

LOUIS XV. Ml

ckrétttMCB qui, ayant commencé la guerre par intérêt, k oontuuaient par obstination , et ne la finirent que par nécessité. Au reste cette médiation du sultan des Turcs était le prix de la paix que le roi de France avait ménagée entre l'empereur d' Allemagne Charles VI , et la Porte ottomane , en 4 739.

Le roi de Prusse s'y prit autrement pour avoir la paix et pour garder la Silésie. Ses troupes battent complètement les Autrichiens et les Saxons aux portes de Dresde ; ce fut le vieux prince d'Anhalt qui remporta cette victoire décisive. Il avait fait la guerre cinquante ans; il était entré le premier dans les lignes des Français au siège de Turin , en 1 707 ; on le regardait comme le premier officier de l'Europe pour conduire Tin- . fanierie. Cette grande journée fut la dernière qui mit le comble à sa gloire militaire , la seule qu'il eût jamais connue ; il ne savait que combattre.

Le roi de Prusse , habile en plus d'un genre, enferma de tous côtés la ville de Dresde ; il y entre suivi de dix bataillons et de dix escadrons, désarme trois régiments de milice qui composaient la garnison; se rend au palais, où il va voir les deux princes et les trois princesses , enfants du roi de Pologne, qui y étaient demeurés; il les embrassa; il eut pour eux les attentions qu'on devait attendre de l'homme le plus poli de son siècle ; il fit ouvrir toutes les boutiques qu'on avait fermées , donna à dîner à tous les ministres étrangers, fit jouer un opéra italien : on ne s'aperçut pas que la ville était au pouvoir du vainqueur, et la prise de Dresde ne fut signalée que par les fêtes qu'il y donna.

Ce qu'il y eut de plus étrange , c'est qu'étant entré dans Dresde le 4 8 , il y fit la paix le 25 avec l'Autriche et la Saxe, et laissa tout le fardeau au roi de France

Marie-Thérèse renonça encore malgré elle à la Silésie par cette seconde paix ; et Frédéric ne lui fit d'autre avantage que de reconnaître François Ier empereur. L'électeur palatin , comme partie contractante dans le traité , le reconnut de même; et il n'en coûta au roi de Pologne , électeur de Saxe, qu'un million d'écus d'Allemagne , qu'il fallut donner au vainqueur avec les intérêts jusqu'au jour du paiement.

Le roi de Prusse retourna dans Berlin jouir paisiblement du fruit de sa victoire ; il fut reçu sous des arcs de triomphe; le peuple jetait sur ses pas des branches de sapin , faute de mieux, en criant: « Vive Frédéric-le-Grand ! > Ce prince, heureux dans ses guerres et dans ses traités, ne s'appliqua plus qu'à faire fleurir les lois et les arts dans ses états , et il passa tout d'un coup du tumulte de la guerre à une vie retirée et philosophique; il s'adonna à la poésie, à l'éloquence, à l'histoire : tout cela était également dans son caractère ; c'est en quoi il était beaucoup plus singulier que Charles XII. Il ne le regardait pas comme un grand homme , parce que Charles n'était qu'un héros. On n'est entré ici dans aucun détail des victoires du roi de Prusse, il les a écrites lui-même : c'était h César à faire ses commentaires.

Le roi de France , privé une seconde fois de cet important secours, n'en continua pas moins ses conquêtes. L'objet de la guerre était alors , du côté de la maison de France , de forcer la reine de Hongrie , par ses pertes en Flandre, h céder ce qu'elle disputait en Italie, et de contraindre les Etats-Généraux à rentrer au moins dans l'indifférence dont ils étaient sortis.

L'objet de la reine de Hongrie était de se dédommager sur la France de ce que le roi de Prusse lui avait ravi. Ce projet,

reconnu depuis impraticable par la cour d'Angleterre» était alors approuvé et embrassé par elle; car il y a des temps où tout le monde s'aveugle. L'empire donné à François I" fit espérer que les Cercles se détermineraient à prendre les armes contre la France; et il n'est rien que la cour de Vienne ne fit pour les y engager.

L'empire resta neutre constamment , comme toute l'Italie l'avait été dans le commencement de ce chaos de guerre , mais les cœurs des Allemands étaient tous à Marie-Thérèse.

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