CHAPITRE XXXII
Saite de la conquête des Pays-Bas autrichiens. — Bataille de Liège on de Rocroui.
Le roi de France étant parti pour Paris , après la prise d'Ostende, apprit en chemin que Nieuport s'était rendu» et que la garnison était prisonnière de guerre. Bientôt après , le comte de Clermont-Gallerande avait pris la ville d'Ath. Le maréchal de Saxe investit Bruxelles au commencement de l'hiver. Cette ville est , comme on le sait , la capitale du Brabant et le séjour des gouverneurs des Pays-Bas autrichiens. Le comte de Kaunitz , alors premier ministre , commandant à la place du prince Charles , gouverneur-général du pays , était dans la ville ; le comte de Lannoy, lieutenant-général des armées , en était le gouverneur particulier; le général Vander-Duint, delà part des Hollandais, y commandait dix-huit bataillons et sept escadrons : il n'y avait de troupes autrichiennes que cent cinquante dragons et autant de hussards. L'impératrice-reine s'était reposée sur les Hollandais et sur les Anglais du soin de défendre son pays , et ils portaient toujours en Flandre tout le poids de cette guerre. Le fdd-maréchal.Los*Rios; deux
primas de Ligne , Tu général d'infanterie» l'autre de earaferie; le général Ghanefes, qui mil rendn Osleade, emq tientenants-généraux autrichiens, avec «ne foule de nobles» ae trouvaient dans celte rille assiégée, eà la rené de Hongrie avait en effet beaucoup plus d'officiers que de soldats.
Les débris de l'armée ennemie étaient vers Matines 90m le prince de Valdeek, et ne pouvaient s'oppeaer au siège. Le maréchal de Saxe avait fait subitement marcher son armée sur quatre colonnes par quatre chemins diftrents. On ne perdit à ce siège d'homme distingué que le chevalier d'Aubeterre , colonel du régiment des vaisseau. La garnison, avec tous les officiers-généraux , fut faite prisonnière. On pouvait prendre le premier ministre , et on en avait plus de droit que les Hanevriens n'en avaient eu de saisir le maréchal de Belle-Iale : en pouvait prendre aussi le président des Etats-Généraux; mais non-seulement on laissa en pleine liberté le comte de Kaunitz et le ministre hollandais, on eut encore un soin particulier de leurs effets et de leur suite; on leur fournit des escortes; on renvoya au prince Charles les domestiques et les équipages qu'il avait dans la ville ; on fit déposer dans les magasins toutes les armes des soldats, pour être rendues lorsqu'ils pourraient être échangés.
Le roi , qui avait tant d'avantages sur les Hollandais, et qui tenait alors plus de trente mille hommes de leurs troupes prisonniers de guerre, ménageait toujours cette république. Les Etats-Généraux se trouvaient dans une grande perplexité ; l'orage approchait d'eux; ils sentaient leur faiblesse. La magistrature désirait la paix ; mais le parti anglais , qui prenait d$à toutes ses mesures pour donner un stathouder à la nation , et qui était secondé du peuple , criait toujours qu'il
fallait la guerre. Les étals , ainsi divisés , se conduisaient sans principes , et leur conduite annonçait leur trouble.
Cet esprit de trouMe et de division redoubla dans les Provinces-Unies, quand on y apprit qu'à l'ouverture de la campagne le roi marchait en personne à Anvers, ayant à ws ordres esat ving t bataillons et cent quatre-vingtrdii escadrons. Autrefois, quand la république de Hollande s'établit par les armes, elle détruisit toute la grandeur d'Anvers, la ville la plus commerçante de l'Europe; elle lui interdit la navigation de l'Escaut, et depuis elle continua d'aggraver sa chute, surtout depuis que les Etats-Généraux étaient devenus alliés de la maison d'Autriche. Ni l'empereur Léepold , ni Charles VI 9 ai sa fille, l'impératrice-reine, n'eurent jamais sur l'Escaut d'autres vaisseaux qu'une patache pour les droits d'entrée et de sortie. Mais quoique les Etats-Généraux eussent humilié Anvers à ce point , et que les commerçants de cette ville en gémissent, la Hollande la regardait comme un des remparts de son pays ; ce rempart fut bientôt emporté.
Le prince de Conti eut sous ses ordres un corps d'armée séparé avec lequel il investit Mons, la capitale du Hainaut autrichien; douze bataillons qui la défendaient augmentèrent le nombre des prisonniers de guerre ; la moitié de cette garnison était hollandaise. Jamais l'Autriche ne perdit tant de places, et la Hollande tant de soldats. Saint-Guillain eut le même sort; Charleroi suivit de près: on prend d'assaut la ville basse après deux jours seulement de tranchée ouverte. Le marquis, depuis maréchal de la Fare, entra dans Charleroi aux mêmes conditions qu'on avait prises toutes les villes qui avaient voulu résister, c'est-à-dire que la garnison fut prisonnière. Le grand projet était d'aller à Mastricht, d'où l'on
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domine aisément dans les Provinces-Unies ; mais, pour né laisser rien derrière soi , il fallait assiéger la ville importante de Namur. Le prince Charles, qui commandait alors l'armée , fit en vain ce qu'il put pour prévenir ce siège. Au confluent de la Sambre et de la Meuse est située Namur, dont la citadelle s'élève sur un roc escarpé; et douze autres forts bâtis sur la cime des rochers voisins semblent rendre Namur inaccessible aux attaques. Le prince de Gavres en était gouverneur pour l'impératrice-reine ; mais les Hollandais, qui gardaient la ville, ne lui rendaient ni obéissance ni honneurs. Les environs de cette ville sont célèbres par les campements et par les marches du maréchal de Luxembourg , du maréchal de Boufflers, et du roi Guillaume , et ne le sont pas moins par les manœuvres du maréchal de Saxe : il força le prince Charles à s'éloigner, et à le laisser assiéger Namur en liberté.
Le prince de Clermont fut chargé du siège de Namur : c'était en effet douze places qu'il fallait prendre. On attaqua plusieurs forts à la fois, ils furent tous emportés. M. de Brulart , aide-major-général , plaçant les travailleurs après les grenadiers dans un ouvrage qu'on avait pris, leur promit double paie s'ils avançaient le travail ; ils en firent plus qu'on ne leur en demandait , et refusèrent la double paie.
Comment passer sous silence le fort Ballart, pris en plein jour par quatre officiers seulement, M. de Launai , aide-major; M. d'Amère, capitaine dans Champagne , M. le chevalier de Fautras, alors officier d'artillerie, et M. de Clamouze, jeune portugais du même régiment , qui, sautant seul dans les retranchements, fit mettre bas les armes à toute la garaison?
La tranchée avait été ouverte le 40 septembre devant Na-
mur, et la ville capitula le 19, La garnison fut obligée de se . retirer dans la citadelle et dans quelques autres châteaux , par la capitulation; et, au bout de seize jours, elle en fit une nouvelle, par laquelle elle fut toute prisonnière de guerre: elle consistait en douze bataillons, dont dix étaient hollandais.
Après la prise de Naraur, il restait à dissiper ou à battre l'armée des alliés : elle campait alors en-deçà de la Meuse» ayant Mastricbt à sa droite et Liège à sa gauche. On s'observa, on escarmoucha quelques jours; le Jar séparait les deux armées. Le maréchal de Saxe avait dessein de livrer la bataille; il marcha aux ennemis, le 11 octobre, à la pointe du jour, sur dix colonnes. On voyait du faubourg de Liège , comme d'un amphithéâtre, les deux armées: celle des Français de cent vingt mille combattants, les alliés de quatre-vingt mille. Les ennemis s'étendaient le long de la Meuse , de Liège à Vise t, derrière cinq villages retranchés. On attaque aujourd'hui une armée comme une place , avec du canon. Les alliés avaient h craindre qu'après avoir été forcés dans ces villages, ils ne pussent passer la rivière. Ils risquaient d'être entièrement détruits , et le maréchal de Saxe l'espérait.
Le seul officier-général que la France perdit en celte journée fut le marquis de Fénélon , neveu de l'immortel archevêque de Cambrai. Il avait été élevé par lui , et en avait toute la vertu , avec un caractère tout différent; vingt années employées dans l'ambassade de Hollande n'avaient point éteint un feu et un emportement de valeur qui lui coûta la vie. Blessé au pied depuis quarante ans, et pouvant à peine marcher, il alla sur les retranchements à cheval ; il cherchait la mort , et il la trouva. Son extrême dévotion augmentait encore t. xv. 27
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son intrépidité; il pensait que l'action la plus agréable à Ken était de mourir pour son roi. Il faut avouer qu'une armée composée d'hommes qui penseraient ainsi serait invincible. Les Français eurent peu de personnes de marque blessées dans cette journée. Le fils du comte de Ségur eut la poitrine traversée d'une balle qu'on lui arracha par l'épine du dos ; et il échappa à une opération plus cruelle que la blessure même. Le marquis de Lugeac reçut un coup de feu qui lui fracassa la mâchoire , entama la langue, lui perça les deux joues. Le marquis de Laval, qui s'était distingué à Mette, le prince de Monaco, le marquis de Vaubecour, le comte de Balleroi, furent blessés dangereusement.
Cette bataille ne fut que du sang inutilement répandu, et une calamité de plus pour tous les partis. Aucun ne gagna ni ne perdit de terrain : chacun prit ses quartiers; l'armée battue avança même jusqu'à Tongres ; l'armée victorieuse s'étendit de Louvain dans ses conquêtes, et alla jouir du repos auquel la saison d'ordinaire force les hommes dans ces pays, en attendant que le printemps ramène les cruautés et les malheurs que l'hiver a suspendus.