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c vins de la gloire des rois et du salut des peuples ! >
Cette exhortation semblait être, pour la substance et pour les expressions , d'un autre temps que le nôtre : on la qualifia d'homélie; elle choqua le roi d'Angleterre au lieu de Tadoucir. Il fit porter ses plaintes aux États-Généraux , de ce que leur ambassadeur avait osé lui envoyer des remontrances d'un roi ennemi, sur la conduite qu'il avait à tenir envers des sujets rebelle. Le duc de Neucastle écrivit que c'était un procédé inouï ; les États-Généraux réprimandèrent vivement leur ambassadeur, et lui ordonnèrent de faire excuse au duc de Neucastle , et de réparer sa faute. L'ambassadeur, convaincu qu'il n'en avait point fait , obéit, et écrivit c que c s'il avait manqué , c'était un malheur inséparable de la conc dition humaine. » Il pouvait avoir manqué aux lois de la politique , mais non à celles de l'humanité : le ministère Anglais et les États-Généraux devaient savoir combien le roi de France était en droit d'intercéder pour les Écossais : ils devaient savoir que quand Louis XIII eut pris La Rochelle , secourue en vain par les armées navales du roi d'Angleterre Jacques Ier, ce roi envoya le chevalier Montaigu au roi de France, pour le prier de faire grâce aux Rochelois rebelles ; et Louis XIII eut égard à cette prière : le ministère anglais n'eut pas la même clémence.
Il commença par tâcher de rendre le prince Charles Edouard méprisable aux yeux du peuple, parce qu'il avait été terrible. On fit porter publiquement dans Edimbourg les drapeaux pris à la journée de Culloden : le bourreau portait celui du prince ; les autres étaient entre les mains des ramoneurs de cheminée ; et le bourreau les brûla tous dans la place publique. Cette farce était le prélude des tragédies sanglantes qui suivirent.
On commença, le 40 auguste 4746, par exécuter dix-sept officiers. Le plus considérable était le colonel du régiment de Manchester, nommé Townley ; il fut traîné, avec huit officiers, sur la claie au lieu du supplice, dans la plaine de Kennington, près de Londres ; et après qu'on les eut pendus, on leur arracha le cœur dont on leur battit les joues, et on mit leurs membres en quartiers. Ce supplice était un reste d'une ancienne barbarie ; on arrachait le cœur autrefois aux criminels condamnés, quand ils respiraient encore. 11 n'y eut aucun d'eux qui ne protestât , avant de mourir, qu'il périssait pour une juste cause , et qui n'excitât le peuple à combattre pour elle. Deux jours après, trois pairs écossais furent condamnés à perdre la tête.
On sait qu'en Angleterre les lois ne considèrent comme nobles que les lords, c'est-à-dire les pairs. Ils sont jugés, pour crime de haute trahison , d'une autre manière que le reste de la nation. On choisit , pour présider h leur jugement, un pair à qui on donne le titre de grand-steward du royaume : ce nom répond à-peu-près h celui de grand sénéchal. Les pairs de la Grande-Bretagne reçoivent alors ses ordres ; il les convoque dans la grande salle de Westminster, par des lettres scellées de son sceau et écrites en latin. II faut qu'il ait au moins douze pairs avec lui pour prononcer l'arrêt. Les séances se tiennent avec un grand appareil ; il s'assied sous un dais ; le clerc de la couronne délivre sa commission à un roi d'armes, qui la lui présente à genoux ; six massiers l'accompagnent toujours, et sont aux portières de son carrosse quand il se rend à la salle et quand il en sort , et il a cent guinées par jour pendant l'instruction du procès. Quand les pairs accusés sont amenés devant lui et devant les pairs 9 leurs juges , uu sergent d'armes
crie trois fois, Oyez! en ancienne langue française : un huissier porte devant l'accusé une hache dont le tranchant est tourné vers le grand-steward ; et quand l'arrêt de mort est prononcé , on tourne alors la hache vers le coupable.
Ce fut avec ces cérémonies lugubres qu'on amena à Westminster les trois lords Balmerino , Kilmarnock , Cromarty. Le chancelier faisait les fonctions de steward : ils furent tous trois convaincus d'avoir porté les armes pour le prétendant, et condamnés à être pendus et écartelés selon la loi. Le grand-steward qui leur prononça l'arrêt leur annonça en même temps que le roi , en vertu de la prérogative de sa couronne , changeait ce supplice en celui de perdre la tête. L'épouse du lord Cromarty, qui avait huit enfants et qui était enceinte du neuvième, alla avec toute sa famille se jeter aux pieds du roi > et obtint la grâce de son mari.
Les deux autres furent exécutés. Kilmarnock, monté sur l'échafaud, sembla témoigner du repentir. Balmerino y porta une intrépidité inébranlable ; il voulut mourir dans le même habit uniforme sous lequel il avait combattu. Le gouverneur de la tour ayant crié, selon l'usage , Vive le roi George ! Balmerino répondit hautement, Vivent le roi Jacques et son digne fils ! 11 brava la mort comme il avait bravé ses juges.
On voyait presque tous les jours des exécutions ; on remplissait les prisons d'accusés. Un secrétaire du prince Edouard, nommé Murray, racheta sa vie en découvrant au gouvernement des secrets qui firent connaître au roi le danger qu'il avait couru ; il fit voir qu'il y avait eu effet dans Londres et dans les provinces un parti' caché, et que ce parti avait fourni d'assez grandes sommes d'argent ; mais, soit que ces aveux ne fussent pas assez circonstanciés, soit plutôt que le gouvernement crai-
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gnlt d'irriter la nation par de? recherches odieuses, on se contepta de poursuivre ceux quj avaient une part évidente à la rébelliop. Dix furent exécutés à Yorck, dix à Carlisle, quarantesept à Londres. Au mois de novembre, on fit tirer au sort des soldats et des sous-officiers, dont le vingtième subit la mort, et le reste fut transporté (lans les colonies. On fit mourir encore y\ même mois soixante et dix personnes à Penrith, à Brumpton et à York ; dix à Carlisle , neuf à Londres. Un prêtre anglican, qui avait eu l'imprudence de demander au prince Edouard J'évêché de Carlisle, tandis que ce prince était en possession de cptte ville, y fut mené à la potence en habits pontificaux : il harangua fortement le peuple en faveur de la famille du roi Jacques, et il pria Dieu pour tous ceux qui périssaient comme lpi dans cette querelle.
Celui dont le sort parut le plus à plaindre fut le lord Devenwater. Son frère aîn£ ^vait eu la tête tranchée à Londres , en 1 71 5, pour avoir combattu dans la même cause ; ce fut lui qui voulut que son fils, encore enfant, montât sur l'échafaud, et qui lui dit : « Soyez couvert de mon sang, et apprenez à mou- € rir poqr vos rois. » Son fils'puîné , qui , s'étant échappé alors, alla servir en France , avait été enveloppé dans la condamnation de son frère aîné. 11 repassa en Angleterre dès qu'il sut qu'il pouvait être utile au prince Edouard ; mais le vaisseau sur lequel il s'était embarqué avec son fils et plusieurs officiers, des armes ef de l'argent , fut pris par les Anglais. Il subit la même mort que son frère, et avec la même fermeté, en disant que le roi de France aurait soin de son fils. Ce jeune gentilhomme , qui n'était point né sujet du roi d'Angleterre, fut relâché, et revint en France, où le roi exécuta en effet ce que son père Refait promis, en lui donnant une pension à lui et à sa sœur,
Jjq dpfqier pair qui mourut par la main du bourreau fut le lord Lovât, âgé de quatre-vingts ans ; c'était lui qui avait été le premier moteur de l'entreprise. Il en avait jeté les fondements vers Tannée 4740 ; les principaux mécontents s'étaient assemblés pecrètement chez lui ; il devait faire soulever les clans , en 4743 , lorsque le prince Charles Edouard s'embarqua. Il employa, autant qu'il le put, les subterfuges des lois à défendre un reste de vje qu'il perdit enfin sur l'échafaud ; mais il mourut avec autant de grandeur d'âme qu'il avait mis dans sa conduite de finesse et d'art ; il prononça tout haut ce vers d'Horace avant de recevoir le coup :
Boise et deeoraoi est pro patrtâ mort.
Ce qu'il y eut de plus étrange, el ce qu'on ne peut guère yoir qy'en Angleterre, c'est qu'un jeune étudiant d'Oxford, nommé Painter, dévoué au parti jacobite, et enivré de ce fanatisme qui produit tant de choses extraordinaires dans les imaginations ardentes, demanda à mourir à la place du vieillard condamné. Il fit les plus pressantes instances, qu'on n'eut garde d'écouter. Ce jeune homme ne connaissait point Lovât, mais il savait qu'il avait été le chef de la conspiration , et le regardait comme un homme respectable et nécessaire.
Le gouvernement joignit aux vengeances du passé des précautions pour l'avenir; il établit un corps de milice subsistant vers les frontières d'Ecosse : on#dépouilla tous les seigneurs écossais de leurs droits de juridiction qui leur attachait leurs tribus; et les chefs qui étaient demeurés fidèles furent indemnisés par des pensions et par d'autres avantages.
Dans les inquiétudes où l'on était en France sur la destinée du prince Edouard, on avait fait partir, dès lç mois de juin,
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deux petites frégates, qui abordèrent heureusement sur la côte occidentale d'Ecosse où ce prince était descendu quand il commença cette entreprise malheureuse. On le chercha inutilement dans ce pays et dans plusieurs lies voisines de la côte du Lockaber. Enfin, le 29 septembre, le prince arriva, par des chemins détournés, et au travers de mille périls nouveaux au lieu où il était attendu. Ce qui est étrange, et ce qui prouve bien que les cœurs étaient à lui, c'est que les Anglais ne furent avertis ni du débarquement, ni du séjour, ni du départ de ces deux vaisseaux. Ils ramenèrent le prince jusqu'à la vue de Brest; mais ils trouvèrent vis-à-vis du port une escadre anglaise : on retourna alors en haute mer, et on revint ensuite vers les côtes de Bretagne, du côté de Morlaix. Une autre flotte anglaise s'y trouve encore; on hasarda de passer à travers les vaisseaux ennemis; et enfin le prince, après tant de malheurs et de dangers, arriva, le 10 octobre 1746,auportdeSaint-Polde Léon, avec quelques-uns de ses partisans échappés comme lui à la recherche des vainqueurs.
Pendant que le prince Edouard avait erré dans les montagnes et dans les iles d'Ecosse, et que les échafauds étaient dressés de tous côtés pour ses partisans, son vainqueur, le duc de Cumberland, avait été reçu à Londres en triomphe; le parlement lui assigna vingt-cinq mille livres de rente, c'est-àdire, environ cinq cent cinquante mille livres, monnaie de France, outre ce qu'il avait déjà. La nation anglaise fait ellemême ce que font ailleurs les souverains.
Le prince Edouard ne fut pas alors au terme de ses calamités; car étant réfugié en France, et se voyant obligé à la fin d'en sortir pour satisfaire les Anglais, qui l'exigèrent dans le traité de paix, son courage aigri |>ar tant de secousses ne vou-
lui pas plier sous la nécessité : il résista aux remontrances, aux prières, aux ordres, prétendant qu'on devait lui tenir la parole de ne le pas abandonner. On se crut obligé de se saisir de sa personne; il fut arrêté, garrotté, mis en prison, conduit hors de France : ce fut là le dernier coup dont la destinée accabla une génération de rois pendant trois cents années.
Charles Edouard, depuis ce temps, se cacha au reste de la terre. Que les bommes privés, qui se plaignent de leurs petites infortunes, jettent les yeux sur ce prince et sur ses ancêtres.