V. DE PERRODIL, ÉDITEUR, i PARENT-DESBARRES, ÉDITEim
PLACE DO PALAIS-BOTAL, 241. | RUl GAiSim, M.
PRÉFACE
La liberté politique ou représentative rétrograda, comme toutes les autres, sous les Valois. La dernière assemblée générale qui, après Louis XII, ait participé à cet esprit de nationalité dont nous n'avons cessé de retracer les progrès, fat celle que François !«' réunit à Cognac, après la bataille de Pavie, pour statuer sur le traité de Madrid, par lequel le monarque prisonnier avait cédé la Bourgogne à Cbar^ les-Quint. Les deux fils du roi étaient en otage, et ja décision des états semblait seule pouvoir les dégager. L'assemblée se tint à Cognac en 1526 ; les ambassadeurs de Charles- Quint y assistèrent, et Touverture s'en fit par la lecture du traité de Madrid. Les députés de Bourgogne prirent la parole \ ils représentèrent que leur province s'étant donnée volontaire*, ment à la France sous les premiers successeurs de Clovis, leroi n'avait pas le droit de les aliéner sans leur aveu : « Le « serment fait par vous à Tempereur , lui dirent-ils , est nul « puisqu'il a été fait par un prisonnier et arraché par la vio- « lence; puisqu'il est contraire à un premier serment que vous « prêtâtes à la nation en recevant Fonction sacrée -, puisquUl « est contraire aux libertés de votre peuple et aui lois fonda- « mentales de la monarchie. Si toutefois vous persistez à « rejeter de fidèles sujets , si les Etats-Généraux du royaume « nous retranchent de leur association , il ne vous appartient « plus de disposer de nous; rendus à nous-mêmes, nous T. XIII. a
u PRÉFACE.
« adopterons telle forme de gouverDement qu'il nous plaira. « Nous déclarons d'avance que nous n'obéirons jamais à des « maîtres qui ne seraient pas de notre choix. » L'assemblée entière se réunit aux députés de la Bourgogne, et tous ensemble supplièrent le roi de ne plus insister sur une demande qu'il n'était pas en leur pouvoir d'accorder. Le roi chargea les ambassadeurs de rendre compte à leur maître de ce dont ils venaient d'être témoins, et lui offrit deux millions d'écus d'or en remplacement de la Bourgogne.
L'assemblée s'étant séparée, la cour ne trouva d'autre moyen de se procurer la somme nécessaire à la rançon des deux princes , que de la demander à la nation ; mais comme les députés qui retournaient dans leurs foyers a'avaient point mandat pour voter cette somme, et que les élections générales auraient entraîné des lenteurs inconciliables avec la situation où l'on se trouvait , on convoqua une grande assemblée de notables , qui se tint à Paris en 1527. Les trois ordres s'em-^ pressèrent d'accorder les sommes nécessaires pour radieter ia Bourgogne et les fils de France. Le prévôt et les édievins de Paris déclarèrent : « Que les fils de France leur apprenaient « à un titre plus spécial qu'à tout le reste 4u royaume, puis^ a qu'ils étaient enfants de Paris^ et qu'ils voulaient contribuer « à leur rançon dans une proportion plus forte que les autres « villes. » Bien que ces paroles aient été prononcées dans «08 assembiée de notables, elles méritent d'être rapportées, car le prévôt et les écbevins de Paris étaient élus par les citoy^s.
Ceci se passait en 1527. Peu de temps après, les troubles rdigieux éclatèrent, les parlements s'^gèrent en inquisiteurs, les bûchers s'élevèrent dans Paris ; le massa(»^e des Vaudois , prélude d'atrocités générales, marqua d'un caractère de sang la grande crise qui commençait, il faut parcourir vinj^t années de crimes et d'horreurs sans voir apparaître une assemblée politique , et la première qui se montre à nos regards , sous le nom d'Ëtats-Généraux , n'est qu'une assemblée de potables : cette réunion, convoquée sous Henri 11 en 1558, se composait ées prélats, des baillis et sénéchaux, des maires et échevins ies
PRÉFACE. m
villes , et des premiers présidents de tous les parlements. L*un de ces présidents remercia le roi, dans la séance d'ouverture, (( de ce qu'il avait formé, et uni aux états du royaume, un « quatrième ordre distingué des autres, qui était celui des «( magistrats qui rendent la justice en son nom. » Les parle^^ inents, qui commençaient à s'enivrer de leur importance, espéraient sans doute établir un précédent pour les véritables Ëtat&-Généraux ; mais il n'en fut pas ainsi. Du reste , cette assemblée des notables accorda les subsides demandés, et comme il s'agissait de chasser les Anglais de Calais, le dernier point du territoire qu'ils occupassent , la nation paya. Alors parut sur la scène politique un de ces hommes vertueut qui, dans ces époques de confusion, ne pouvant s'élever aux causes des désordres pour les dominer, veulent faire le bien au milieu du mal, et mettent toute la force de leur caractère à lutter contre des effets. Nous désignons ici le chancelier L'Hos^ pital, qui, dans les nobles illusions de son patriotisme, voulut reprendre les institutions où Louis XII les avait laissées, et continuer un progrès dont toutes les conditions étaient détruites. L'Hospital fut le jouet des grands méchants hommes de son temps, qui se servirent de son patriotisme pour augmenter les désordres qu'il espérait faire cesser : tant il est vrai que, sous l'empire des causes de désorganisallon , le mal marche, même par les vertus des bons, comme dans les époques d'amélioration le bien s'accomplit, même par les vices des pervers. L'Hospital n^avait rien trouvé de mieux, pour terminer les dissensions religieuses , que d'accorder la ligue naissante avec la réforme, en appelant le duc de Guise et l'amiral Coligny dans une sorte d'assemblée de notables, ou de grand conseil, convoquée à Fontainebleau en 1560, sous la présidence iu roi, pour chercher les moyens de conciliation entre les deux partis. Cette conférence n'aJ)outit qu'à un déÛ de guerre civile : l'amiral , se déclarant le chef de la nouvelle religion, présenta une requête au nom des protestants, en disant qu'elle serait bientôt signée par dix mille personnes. « Et moi, s'écria le « duc de Guise , j'en présenterai une contraire que cent mille
IV PRÉFACE
« hommes , dont je suis le chef^ signeront de leur sang. » Dans ce grand conseil, L'Hospital, qui avait à cœur de remettre la nation en possession de ses assemblées politiques, obtint que les Etals-Généraux seraient convoqués immédiatement. Guise favorisa ce projet ; mais il n'y voyait qu'un moyen de se défaire d'un ennemi puissant , le prince de Gondé 9 qui , à son instigation , fut arrêté à Orléans où il s'était rendu , sur l'invitation du roi, pour assister aux états, et mis en jugement devant une commission pour les faits de la conjuration d'Amboise.
Cette assemblée, commencée sous de pareils auspices, offrit la représentation du désordre et de la division qui régnaient dans la société. « Jamais , dit Meunier, les Etats-Généraux du « royaume n'avaient été convoqués dans des circonstances « aussi tristes. Que pouvait-on espérer d'une assemblée nau tionale, quand le peuple était divisé par des factions; quand « l'intolérance et le fanatisme éclataient partout avec fureur 5 « quand les disciples de Calvin , animés du désir de la ven- « geance, s'efforçaient de dominer à leur tour? Sont-ce des . te hommes prêts à s'égorger qui pourront s'occuper de leur « félicité commune ? »
L'Hospital ouvrit l'assemblée par un discours fort éloquent. Il était d'usage que la réponse fût faite au nom des trois ordres; mais les protestants refusèrent de délibérer en présence du clergé , et suggérèrent à la noblesse et au tiers-état la résolution de voter séparément , afin de faire retomber sur le clergé tout le poids des subsides. Ainsi, le progrès le plus important du système représentatif, la réunion des trois ordres pour une délibération commune, disparut devant rii\térêt protestant. Ce fait, immense dans ses résultats , a vicié l'institution représentative, divisé les assemblées et la nation elle-même, et frustré la France de tout le bien qu'elle espérait de ces réunions. Nonseulement les trois ordres formèrent trois chambres, mais il y eut dans chaque ordre des divisions et des subdivisions d'opinion , et il fallut présenter plusieurs cahiers pour chaque ordre, après avoir vainement tenté de les concilier. Les sujets en déli*