CHAPITRE IL
Saere de Henri III, -« Evasion du dac d'Alençon et da prince de Navarre.
Le mariage et le sacre du roi eurent lieu à Reims presque en même temps (février 1 575). Possesseur d'une épouse charmante, Henri s'empressa de la montrer aux parisiens, qui , déjà fort attachés à la maison de Lorraine , se flattèrent que cette maison deviendrait encore plus puissante par le crédit de la jeune reine. Mais Louise, modeste et timide , ne réalisa pas les espérances de ses parents : peu éblouie d'une couronne qui lui avait coûté le sacrifice le plus douloureux , elle ne prit aucune part aux afiaires, et, constamment soumise aux volontés de son époux , elle ne s'attacha tendrement à lui , que lorsque des malheurs trop mérités lui eurent aliéné tous les autres cœurs.
Ce monarque, qui montrait la plus profonde sécurité au moment où tant d*abimes étaient ouverts sous ses pas, avait pour favori Louis Bérenger Duguast» entièrement dévoué à la reine-mère. Cet homme» doué de toutes les qualités extérieu-
res, mais aveuglé par sa fortune subite, avait adressé ses vœux à la reine de Navarre , qui , déjà consolée de la mort de La Mole, passait pour n'être pas insensible auxhomma^ ges du fameux Bussy d'Amboise , Tidole des femmes de ce temps. Repoussé par cette princesse , à laquelle il n'avait pro* bablement voulu s'attacher qu'afm d'obtenir la révélation de ses secrets , Duguast conçut contre elle la haine la plus violente : ayant tenté en vain d'assassiner Bussy, il rendit publique son intrigue avec Marguerite, et fit rougir le roi de Na* varre du déshonneur que cette découverte répandait sur lui. Le jeune prince , entièrement subjugué par M""' de Sauve , était fort indififérent à la conduite de sa femme ; cependant il crut devoir lui témoigner son mécontentement , et il la contraignit à chasser M""* de Tasigny , l'une de ses filles d'honneur, soupçonnée de favoriser ses entrevues secrètes avec Bussy. Marguerite , piquée au vif, exhala sa colère contre un époux dont elle n'était pas habituée à éprouver la jalousie. « La
< douleur que je ressentis, dit-elle dans ses Mémoires, banc nissant toute prudeuce de moy , m'abandonna à l'ennuy , et c je ne pus plus me forcer de rechercher le roy mon mary :
< de sorte que de Guast et M*"' de Sauve d'un costé l'estran- « géant de moy, et moy m'éloignant aussy, nous ne couc chions plus et ne parlions plus ensemble, j»
Elle se lia plus intimement avec le duc d'Alençon, rival de son époux près de M""' de Sauve; elle lui fit sentir qu'il était joué par une femme artificieuse et coquette, réveilla son ambition , que cette inclination étouffait , lui représenta que les protestants et les politiques n'attendaient que lui pour commencer la guerre civile , et parvint à le faire échapper de la cour (4 5 septembre). Le duc se mit aussitôt à la tête d'uno
armée grossie par les renforts que le prince de Coiidé avait obtenus en Allemagne. Le duc de Guise , envoyé contre lui , remporta ûil avantage assez considérable près de Dormans, et ce fut là qu'il reçill au visage la blessure qui lui fit donner le nom de Balafré, Catherine, effrayée de l'enthousiasme qu'excitait cette victoire , se pressa de lier une négociation : elle y employa les maréchaux de Montmorency et de Cessé, qui fiirent mis eti liberté , et elle obtint une trêve de six mois fort désavantageuse pour le roi.
Ce^iètidânl t)ùguast, contre qui s'élevait la haine de toiis les partis , fut inopinément tué dans le palais : on attribua , mais sans fondement , ce crime à la reine de Navarre, qui venait dé recevoir de lui le plus sanglant outrage , et l'on prétefadil iiiémé qli'âyânt àj)pelé la nuil l'assassin dans son appcirteifaent, elle ne s'était pas bornée à lui promettre de faire sa tbhune. Cette iinputatioii liè semble t)as s'accorder avec le caractère de Marguerite , qui , ne cherchant au milieu des plus affrèiix désasti'es qii'à mener ime vie douce et voluptueuse, h'e knbii bel jamais de criiautë. Otiolqu'il en soit, le roi reçut friiîdëhiënl; Id nouvelle de l'assaissiilslt de soti favoH ; il ne témoighâ ni regret ni colère, et l'on ptit dës-lorè prévoir le sort de ceûi qui s'attacheraient à lui.
Le roi de Nâvarire iiâésa l'hiver â la cour sahis témoigner qu'il voulût suivre l'exemple du duc d'Alençon ; mais, averti pat* cette fetiiiide cju'on tramait contre lui qlielque noir projet, et fatigué d'àilleuh dé la vie oisive qu'il menait depuis son mariage, il feignit , dans les preiniers jours du printemps; une grande partie de chasse, et parvint à se dérober à ses surveillants.
Cette éVà^bû , qui dérangeait tous les jplans de Henri III et .
HENRk m. r
de sa mëre , les remplit d*effr6i Û de côaitoux; ils s'en prirent à Marguerite, qui kepeiidant y conimë bn Vi Vu, ne vivait plus avec son mari , et liii firent subit une prisoti rigoureuse dans son appartement. Cette princesse, qui à l'âge de vingt-trois ans s'était mêlée de tant d'intrigues galantes et politiques , privée alors de tbht ce qui lui avait procuré des distractions agréables , ne trouva de consolation que dans la culture de son esprit. Ses dispositions heureuses pour les lettres se développèrent dans la solitude, et les méditations auxquelles elle se livra lui firent même embrasser des objets beaucoup plus élevés, c Je reçus , dit-elle dans ses Mémoires , ces deux « biens de la tristesse et de l'isolement à ma première capti- « vite , de me plaire à Testude et de m'adonner à la dévotion, c bien que je ne les eusse jamais goûtées entre les vanités et < magnificences de ma première fortune. » Heureuse si le cours des événetnlmts né Tkût pas fait rentrer bientôt daris le tourbillon dû ihonde et des affaires !
A peine Ife roi de Navarre fUt-il libre, tju'îl abjura la religion catMolique , et renthi dans lis sein de l'Eglise protestante. 11 établit i Nérac sa jeune sœur Catherine; qtii^ aussi iëléë pour le culte nouveau que l'avait été leur ifaferfe leîinhe d'Albret , ne laissait pas cependant d'aimer les plaisirs et db bulliver les arts agréables : plus sage que la reine de Navarre sA belle-sœur, mais aussi empressée qu'elte dé prendre part 'i\ik affaires politiques, elle faisait; si l'on en fcrbit l'un dessbigneurs qui étaient admis dans son intimité, les délices de sa petite tour. <Eile avait; dit-il; de belles qualités, était c douée d'une figure charmante, chailtait des tnieut, jodait c fort joliment du luth, coibpôsait qutelqUes rimes; de sorte c ^u(S , l|ii rendant l'honneur qttë je lui dbis^ elle iMte di-
« sait familièrement ses conceptions et moy les miennes. ^ Le duc d*Âlençon, reconnu jusqu'alors pour le chef des protestants et des politiques, fut bientôt effacé par le roi de Navarre, qui déploya les plus grands talents militaires; et il perdit toute influence dans un parti qu'il n'avait embrassé que pour satisfaire de petites passions. Le prince de Condé , qui le méprisait , entra en France avec une armée de reistres, pénétra dans le Bourbonnais, et déclara qu'il n'obéirait qu'au roi de Navarre ; ainsi, moins de quatre ans après la Saint-Barlliclemy , les protestants avaient un chef bien plus redoutable que l'amiral.