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CHAPITRE XXXIX

Société des Jacobins et Société royale.

La société des Jacobins , devenue redoutable par l'immensité de SCS affiliations , acquérait une telle influence, que les vrais amis du roi, c'est-à-dire les partisans de la monarchie constitutionnelle , dans l'intention de calmer le peuple et de donner à sa mobilité une direction louable , résolurent , peu de temps après la fédération de 1790, de former une société royale qui , constituée sur un plan plus vigoureux que lè club de 4789, obtiendrait de meilleurs résultats , si on parvenait à y faire entrer les fédérés qui se trouvaient encore au sein de la capitale, et dont la majorité avait manifesté beaucoup d'attachement pour le roi. Rentrés dans leurs départements, on leur prescrivit d'organiser d'autres sociétés sur le même mo-

dële. Le but apparent de cette institution devait être de correspondre avec la société royale de Paris sur tout ce qui sérail relatif à Torganisation de la garde nationale; mais Tintention réelle était d'anéantir le parti jacobin , pour constituer un pouvoir modérateur entre les exigences de rassemblée et les scrupules du roi. Ce projet hardi et courageux n*ayant pas tardé à être découvert, la société royale fut abandonnée par la faiblesse de ceux sur lesquels elle avait compté. Ses membres , réduits à un petit nombre , se réunirent au club monarchique que venait de fonder M. de Clermont-Tonnerre , de concert avec MM. Malouet , de Virieu , Mallet-Dupan , le mar* quis de Bonnay, le chevalier de Bouiflers.

Cette dernière société avait pour devise : Liberté, fidéUté, et pour principes invariables Vinviolabilité du roi et l'hérédité de la couronne; ses vues, quoique justes et sensées, étaient impraticables. En effet la société se proposait , la déclaration des droits de Thomme k la main , de combattre les efforts qu'on faisait pour anéantir la monarchie , en se servant des mêmes rarmes qui avaient été employées avec tant de succès contre le despotisme des privilégiés et de la cour. Aspirant à se placer au centre du mouvement pour le diriger, cette société espérait réunir tous les citoyens lassés de nos agitations civiles , en les ramenant , par Tamour du repos et de la paix, à la vraie monarchie constitutionnelle. Dans ce but, elle établit des points de ralliement dans les principales villes du royaume. La profession de foi politique qu'elle publia était ror marquable par une extrême modération de langage; mais des esprits aussi calmes, aussi sages, ne pouvaient , dans de tel- .es conjonctures, exercer aucune influence. La ma^ des hommes éclairés rêvait «les utopies et ne possédait pas assez

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d'idées fixes pour raccomplissement de pareils projets; tous voulaient la liberté , mais tous la voulaient à leur manière. Quant au reste des citoyens, Texpérience n avait point encore dissipé leurs illusions , et le mot de tyrannie , appliqué à la royauté , leur paraissait bien plus à craindre que la licence de la démocratie.

Bientôt le peuple ne vit que des ^nemis dans les membres du club des Amis de la Constitution momirekique ; il fallut tout le zèle de la garde nationale pour les soustraire à son ressentiment. Une troupe famélique , payée par des chefs jacobins , entoura le lieu des séances. M. de Clermont-Xonoerre se présente : à sa vue, la populace crie : A la lanterne! Il harangue les séditieux ; ses paroles conciliantes , au lieu de les calmer, redoublent leur fureur. L'attroupement, qui grossissait à chaque pas, allait lui devenir funeste , lorsque des députés ses amis, aidés par la force publique, parvinrent à TarraGfher aux assassins, qui poussèrent des cris de rage en voyant que cette proie leur avait échappé.

En vain le club monarchique essaya de captiver l'opinion pnblique. Les uns considérèrent ses membres comme^vendus à la cour , et les courtisans ne voulant à aucun prix tran»ger avec la révolution , ne pardonnèrent jamais à M. de Clermont- Tonnerre sa conduite lors de la réunion des ordres, et son discours du 1 4 juillet; persuadés qu'il combattait moins pour la monarchie que pour la constitution , ils se réjouirent de le voir exposé à la fureur du peuple que sa philanthropie avait trop préconisé.

Les jacobins, acharnés à renverser cette société, lui portèrent enfin les derniers coups : cinq à six cents de leurs affidés, soutenus par quelques gardes nationaux , auxquels se joignit

une foule de femmes perdues , entourèrent le club, sous le prétexte que ses membres étaient des agents de la cour et qu'ils voulaient arborer la cocarde blanche. A ees mots , des spectateurs furieux envahissent la salle où les monarchiens étaient assemblés; ils frappent les uns, culbutent les autres, blessent ceux qui veulent se défendre , et mettent le reste en fuite. La municipalité de Paris , au lieu de prêter Vappui des lois à cette réunion de gens de bien , prit un arrêté pour lui défendre de se rassembler, sous le prétexte qu'elle provoquait la fermentation publique.

Les mêmes scènes se répétèrent dans toutes les villes où il existait des clubs dévoués à la monarchie , avee des sentiments plus ou moins prononcés. A Perpignan , les membres de la société des Amis de la Paix , accusés d'avoir tiré sur les patriotes, furent traînés en prison par une foule insurgée contre laquelle le régiment de Vermandois refusa de préfier main-forte. Un événement plus grave encore survint à Aix , en Provence , et prouva à quels excès la populace était prête à se livrer contre ceux qui opposaient la résistance à ses volontés absolues. Dans cette ville, il existait deux chibs, lors* qu'il s'en forma un troisième qui osa leur déclarer la guerre , en se faisant appeler le cluh des amis du roi et du clergé. Cette dénomination et des propos inconvenants tenus par plusieurs de ses membres excitèrent la méfiance des autres sociétés , et elles se promirent de surveiller celle-là , surtout lorsqu'on eut la certitude qu'un grand nombre de nobles se rassemblaient pour correspondre avec les émigrés du Piémont , qui voulaient faire coopérer la Provence à leur plan de contre-révolution.

Quelques individus, voués aux jacobins, furent insultés

par les officiers du régiment de Lyonnais et des membres dn club des amis du roi et du clergé. Le peuple, indigné de cet outrage, en vint aux voies de fait : il saisit quatre officiers de ce régiment; leurs camarades veulent les délivrer, mais les soldats répondent qu'ils n'obéiront qu'aux ordres de la municipalité. Celle-ci parcourt la ville, fait entendre partout des paroles de paix , et parvient à calmer la multitude. Sa fureur semblait être apaisée » lorsqu'on reçut la nouvelle de la découverte du complot qui avait été tramé à Lyon ; alors on se rappelle que l'avocat Pascalis, le même qui s'était attiré Timmitié populaire pour avoir protesté contre la dissolution des ptriements» était accusé d'entretenir une correspondiince avec les émigrés de Nice. Sans égards pour la considération que lui avaient attirée ses lumières en jurisprudence et en adminislratioD , on le conduisit en prison ; mais il n'y resta pas longtemps. Le lendemain , un attroupement immense l'en arracha avec M. de La Roquette, et tous deux furent pendus aux arbres du Cours , devant la porte de leur maison. Six heures après , on amena de sa campagne M. de Guiramand , âgé de soixante-dix-huit ans. Après l'avoir fait passer sous les arbres ou les deux suppliciés étaient suspendus, ce malheureux vieillard subit le même sort. Ces crimes furent commis sous les yeux d'une garnison nombreuse , qui laissait emprisonner ses officiers et déclarait ne plus reconnaître que les volontés d'une tourbe infâme qui d'elle-même s'érigeait en bourreau.

Une sanglante émeute attrista la ville de Douai vers la même époque; elle eut pour cause un navire chargé de blés pour Dunkerque, que le peuple ne voulut pas laisser p<irtir le premier jour et qu'il déchargea le lendemain. L'assemblée liatio-

nale décréta l'arrestation de la municipalité qui n'avait pas fait SM devoir et l'envoi d'un commissaire à Douai.

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