‹ Histoire de France (volume 2)Chapitre 6 sur 51 · Les fors, fueros en espagnol · texte numérisé non relu

Les fors, fueros en espagnol

ordinaires en cas de guerre à celles qu’avait prises le parti huguenot,

A cette heure suprême et décisive, les chefs des réformés tirent encore un effort pour prévenir le conflit près d’éclater. La remontrance hautaine, adressée à Louis XIII le 2 janvier 1621 par l’assemblée de la Rochelle, fut désavouée tout haut par le duc de Bouillon, comme un acte pour lequel il implorait le pardon royal, et le vieux Lesdiguières, à qui la direction militaire du parti était offerte, au lieu de l’accepter, se rendit auprès du roi et en reçut la dignité de maréchal général, en même temps que Lüynes celle de conné1 table (avril IG2I ). Ni Rohan et son frère Soubise, ni la Trémoille, ni l’honnête Duplessis Mornay ne donnèrent à la cour de tels gages; mais le dernier écrivit à l’assemblée « qu’elle devait se soumettre à la nécessité et ne pas exposer la Rochelle à un siège, » et les trois autres ne se décidèrent à courir les hasards d’une lutte désespérée, qu’après s 'être entendu dire que, s’ils désertaient la cause, la cause saurait bien se défendre sans eux. Le fier Rohan mit dès lors son point d 'honneur à faire ce que réprouvait sa raison ; son indomptable courage et son génie pour la guerre, les ressources de sa haute intelligence et la puissance de sa parole, sa fortune enfin et sa vie, tout fut dévoué par lui, avec une entière abnégation, à une entreprise dont il savait le succès impossible. 11 reçut de l’assemblée de la Rochelle, qui agissait en souveraine , à l’exemple des états généraux des provinces unies, le commandement d’un des huit cercles de la France protestante, celui de. la haute Guyenne et du haut Languedoc; presque seul

il prit au sérieux sa commission; les sept autres chefs élus par l’assemblée, ou ne voulurent, ou ne purent soutenir l’effort des armes royales.

Louis Xlll se mit en marche le 29 avril. Il avait quelques jours auparavant publié une déclaration par laquelle il maintenait tous les édits publiés en faveur des réformés, n’entendant sévir que contre ceux qui s’étaient mis en état de rébellion. Ce n’était point le cas du loyal et sage Mornay, qui tenait depuis trentedeux ans la place de Saumur sans avoir jamais donné à Louis XIII plus qu’à Henri IV de légitime sujet d’ombrage. Le gouvernement de cette ville ne lui fut pas moins retiré, par une sorte de supercherie peu honorable pour la royauté. Nulle part en Anjou ni en Poitou, non plus qu’en Bretagne, le roi ne rencontra de résistance; partout les réformés livraient leurs armes. Saint-Jean-d’Angély, poste avancé de la Rochelle, que Rohan avait fortifié et dont il avait donné le commandement à Soubise son frère, arrêta seul les troupes royales pendant près d’un mois (30 mai- 25 juin). Faute de moyen d’attaquer la Rochelle par mer, en même temps que par terre, on se contenta de laisser sous ses murs le duc d’Épernon pour la resserrer, et la guerre fut portée dans la basse Guyenne, où toutes les villes ouvrirent successivement leurs portes, sauf la petite place de Clérac, qu’il fallut assiéger pendant douze jours (5 août). Le garde des sceaux du Vair, qui suivait l’armée, mourut là de maladie, et Luynes s’attribua sa succession, qu’il n’entendait sans doute détenir qu’à titre- provisoire; mais c’était trop affronter l’opinion publique que de se faire, même tempuraire-

ment, chef de la magistrature en même temps que chef militaire du royaume. Tel avait été cependant jusque-là le succès de la campagne contre les huguenots, qu’on n’hésita pas à se porter sur Montauban, le boulevard de la foi protestante et son dernier espoir dans cette partie de la France (18 août).

C’était le comte d’Orval, second fils de Sully, qui s’était chargé de défendre Montauban ; mais bientôt le marquis de la Force vint avec ses fils s’enfermer dans la place et en prendre le commandement : Rohan, posté dans lesCévennes, s’était donné pour mission de harceler l’armée royale, et de ravitailler la ville assiégée. Elle eût succombé, malgré la courageuse détermination des habitants et de la garnison, s’il y eût eu chezies assaillants une réelle unité de commandement. Mais entre le roi, le connétable, le duc d’Angoulême, les ducs deMayenne et deLesdiguières, il n’y avait nul concert. Luynes, à qui sa charge conférait la direction suprême des opérations du siège, n’avait aucune intelligence de la guerre ; le vieux Lesdiguières donna de sages avis que l’impatience de la jeune noblesse refusa de suivre, et le duc de Mayenne crut faire merveille en livrant, avant que la brèche fut suffisamment ouverte, un assaut où il se fit tuer (17 septembre). Luynes, commençant à douter du succès, demanda au duc de Rohan, son cousin par alliance, une entrevue sur la route de Castres ; mais ce fut en vain que par les plus brillantes promesses il s’efforça de le séparer de ses coreligionnaires. Rohan n’était pas un mécontent vulgaire qui avait pris les armes par cupidité ou par ambition : il repoussa tout arrangement dans lequel ne

serait pas compris le corps entier des églises (1 2 octobre). 11 était parvenu à faire entrer quelque secours dans la place, et pleins de confiance en lui, la Force et le maire Dupuy annonçaient la résolution de prolonger jusqu’aux dernières extrémités leur indomptable résistance. L’hiver approchait cependant, et l’on commençait à parler tout bas autour du roi de la nécessité de lever le siège ; Bassompierre seul trouva dans sa vaillance reconnue et dans sa familiarité avec le jeune monarque le courage d’ouvrir devant lui cet avis. Louis XIII y céda les larmes aux yeux (2 novembre) et le joug de Luynes, qui commençait à lui peser, sans qu’il osât le secouer, lui en devint plus importun. Le connétable, pour consoler l'orgueil royal de cet échec humiliant, imagina alors de clore la campagne par le siège de la petite place de Monheur qui ne pouvait tenir longtemps et se rendit le 1 1 décembre. Mais, trois jours après, la mort vint le frapper dans son campement, à peu de distance de la ville prise : il succomba à une épidémie qui ravageait l’armée, nç laissant pas plus de regret au roi qu’il la France. Louis XIII, de retour à Paris, y fut accueilli par les acclamations populaires, comme s’il eût achevé la destruction du parti huguenot.

La mort de Luynes cependant ne donnait pas à ce prince la force qui lui manquait de gouverner par luimême ; au lieu de se saisir du pouvoir qui lui appar-, tenait, nous allons le voir le laisser flotter pendant près de trois ans entre sa mère et le prince de Condé , jusqu’au jour où la porte trop longtemps fermée de ses conseils se rouvrira devant Richelieu.

C’est Richelieu lui-même qui nous apprend dans ses mémoires les efforts faits alors par les ministres pour écarter à tout prix « l’évêque de Luçon, en qui on reconnaissait quelque force de jugement et dont on redoutait l’esprit. » Cet esprit n’en commença pas moins à pénétrer dans les délibérations du cabinet royal, par l’organe de la reine-mère entièrement soumise à l'ascendant de l'habile prélat. La question qui se présentait avant toute autre au gouvernement, était celle de savoir s’il était expédient de reprendre au printemps la guerre contre les huguenots. La reinemère, sous l'inspiration de Richelieu, opinait pour que cette guerre fût ajournée, et que l’attention du roi se tournât tout entière au dehors, où chaque jour les intérêts de la France étaient plus sérieusement menacés. Elle appelait l’intervention française en Allemagne pour y empêcher la spoliation finale de l’électeur palatin, et au pied des Alpes pour ôter la Valteline des mains de l’Espagne. M. le Prince, au contraire, irréconciliable ennemi des huguenots, pour avoir trop été leur ami en d’autres temps, demandait que la guerre fût poussée contre eux à outrance; la mort du connétable lui donnait l’espérance d’avoir à en diriger les opérations. Les influences religieuses firent prévaloir son avis, que combattaient la plupart des hommes de guerre, et le 21 mars 1622 il fit sortir le roi du Louvre , comme à la dérobée , pour le mener à une seconde campagne contre les réformés. l.es affaires de ceux-ci s’étaient un peu relevées pendant l’hiver, Châtillon, tiède défenseur de la cause, avait été destitué de son commandement par l’assemblée provin- IV 5

Où

ciale de Nîmes et de Montpellier, et ces deux villes avaient célébré ce qu’elles appelaient leur affranchissement par la destruction de trente-six des plus belles églises du royaume et par des actes de violence contre les catholiques. Elles s'étaient ensuite rangées sous l’autorité du duc de Rohan. Soubise, pendant ce temps, infidèle à la capitulation qu’il avait jurée à Saint-Jeand’Angely, avait surpris par trahison Royan, place forte de Saintonge, située à l’embouchure de la Gironde, s’était remis en possession de son gouvernement nominal du Poitou et de la Bretagne, et à l’aide des Roeheliois, toujours maîtres de la mer, il s’était emparé des Sables d’Olonne et de plusieurs autres places, poussant ses courses jusqu’aux portes de Nantes. Ce fut contre lui que le roi marcha d’abord : il l’atteignit dans Pile de Rié, près de l’embouchure de la Loire, au milieu du désordre d’un embarquement précipité, que les eaux encore trop basses ne lui permirent point d’achever. Ce ne fut pas un combat, mais un massacre; plus de quinze cents hommes furent égorgés de sangfroid; plusieurs centaines fuient pendues ou envoyés aux galères, pour avoir violé avec leur chef la capitulation de Saint-Jean-d’Angely, et le duc de Soubise se réfugia, avec trente cavaliers seulement à la Rochelle, accusé tout haut dans le rapport du roi d’avoir lâchement abandonné les siens (16 avril). Les rigueurs déployées dans l île de Rié contre les huguenots, celles qui signalèrent ensuite la marche des troupes royales à travers la Guyenne, firent tomber les armes des mains du plus grand nombre de ceux qui les avaient prises. La Force et Châtillon reçurent pour prix de leur

soumission le bâton de maréchal de France, au même temps où Lesdiguières, l'entré au sein de l’église catholique, était récompensé de ses glorieux services par l'épée de connétable (25 juillet 1622). Personne ne la devait plus porter après cet illustre capitaine. Rohan l'estait seul désormais à soutenir la lutte. Un moment il compta sur L appui de l’aventurier allemand Ernest de Mansfeld, qui, chassé du Palatinat par les troupes impériales, vint fondre sur l’est de la France avec ses bandes mercenaires. Mais le duc de Ne vers, gouverneur de Champagne, amusa Mansfeld par un semblant de négociation , jusqu’au moment où, pris entre deux armées, l’intrépide condottiere n’eut de ressource que de se jeter dans le Hainaut pour rejoindre Maurice de Nassau avec ses débris (25 août). Le duc de Rohan, déchu de cette dernière espérance , prêta 1 oreille aux ouvertures de paix qui lui furent faites, au nom du roi, par Lesdiguières. Mais quand il s’agit de faire agréer les conditions de cette paix à la ville de Montpellier, qui voyait alors l’armée royale sous ses murs, un obstacle inattendu vint tout arrêter. Les habitants déclarèrent être prêts à ouvrir leurs portes au connétable, comme représentant l’autorité du roi, mais non au roi lui-même. Le motif de cette singulière exigence était la menace de M. le Prince de faire subir à la ville, même après le pardon royal, les horreurs qu’il avait fait subiràtant d’aùtres. 11 fallut donc entamer le siège * (30 août), et les premières opérations n’en furent point favorables aux assaillants. Mais les assiégés eux-mêmes furent bientôt au bout de leurs forces. Les pourparlers recommencèrent; Rohan et Lesdiguières se revirent,

et Condé, privé dans le conseil du roi de deux de ses adhérents que la mort venait de frapper coup sur coup, comprit que la paix allait sortir de ces négociations. 11 prétexta pour quitter l'armée l’accomplissement d’un vœu qu’il avait fait de se rendre en pèlerinage à Notre - Dame-de-Lorette. Ce ne fut pas encore sans beaucoup de peine que Rohan obtint de l’aveugle obstination des ministres réformés d’embrasser cette occasion, qui serait la dernière, de traiter au nom du corps entier des églises. Enfin il put aller lui-même annoncer à Louis XIII que les portes de Montpellier lui étaient ouvertes (‘20 octobre). La déclaration royale de Montpellier ôtait aux huguenots les deux gouvernements du Béarn et du Poitou, toutes leurs places de sûreté, sauf la Rochelle et Montauban, et ruinait leur organisation politique, en ne leur laissant la faculté de tenir leurs assemblées « que pour affaires ecclésiastiques. » Le roi s’engageait du reste à respecter toutes les garanties qui leur étaient accordées par l’édit de Nantes.

De Montpellier, Louis XIII se rendit, en traversant la Provence, à Lyon, où l’attendaient sa mère et la princesse de Piémont sa sœur. 11 y trouva avec elles l’évêque de Lucon, devenu enfin le cardinal de Richelieu', et le saint évêque de Genève, François de Sales, qui ne tarda pas à y mourir. Ce n’était pas pour une simple entrevue de famille que le roi avait pris la route de Lyon, au lieu de celle de Paris; il venait donner enfin son attention à une affaire que le duc de

1. 5 septembre 1622. Un des bruits du temps fut qu’il ressentit lin accès de folle joie et dansa dans sa chambre en recevant cette nouvelle depuis si longtemps attendue.

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Savoie ne cessait de lui recoin mander, à l’importante affaire de la Yalteline. Cette riche vallée, qui s’étend du lac de Corne au Tyrol, était depuis plus d’un siècle aux mains de la république des ligues Grises, mais n’avait pas cessé d’être convoitée par les deux branches de la maison d’Autriche, qu’elle eût mises en communication l’une avec l’autre. Or il arriva qu’en IG‘20 les Valtelins catholiques, opprimés par la seigneurie protestante des Grisons, se soulevèrent et appelèrent les Espagnols à leur secours. Le duc de Feria, gouverneur du Milanais , n’hésita pas à leur envoyer des troupes, qui battirent celles des Grisons et des cantons suisses, et pour prix de son assistance, il se fit livrer tous les points fortifiés de la vallée. Madrid et Vienne se donnaient ainsi la main à travers les Alpes,' et la France perdait la seule route qui lui fût restée libre pour entrer en Italie. Le duc de Savoie et la république de Venise, plus menacés que la France elle-même par ce coup audacieux et déloyal de la politique autrichienne, portèrent leurs plaintes à Paris, et le roi chargea Bassompierre d’aller les faire entendre, en même temps que les siennes, au cabinet de l’Escurial(mars 1621). Mais Philippe IV n’accorda aux réclamations de la France qu’une satisfaction illusoire, et le duc de Feria, loin de lâcher sa conquête, ne fit que s’y affermir par de nouvelles usurpations. Il savait Louis XIII occupé à guerroyer contre les huguenots et hors d’état de secourir ses alliés des ligues Grises qui furent écrasés par les bandes autrichiennes réunies aux Espagnols. Tel était l’état des choses au mois de décembre 1622, lorsque le roi

trouva à Lyon le prince de Piémont son beau-frère, et l’ambassadeur vénitien Giovanni Pesaro, venus pour ph* der auprès de lui la cause de l’Italie. Richelieu fit alors arriver à l’oreille du roi, par l’organe de Marie de Médicis, les conseils d’une politique ferme et mesurée tout ensemble, qui, sans aboutir à la guerre, en eût fait craindre la menaceà l’Espagne/« Cesconseils, dit-il, furent peu ou point suivis, » et l’on s’en retourna à Paris sans que rien eût été décidé. Là un arrangement fut conclu, en vertu duquel les places de la Yaltcline occupées parles troupes du duc de Feria devaient être remises en dépôt entre les mains du pape, jusqu’à l’entier accommodement du différend (février 1623). Mais ni les Espagnols ne se dessaisirent complètement des territoires valtelins qu’ils avaient usurpés, ni les Autrichiens ne rendirent ceux qu’ils avaient enlevés aux Grisons, et la négociation recommença pour traîner encore plusieurs années.

Les rivalités misérables auxquelles la cour était livrée, et la faiblesse croissante du pouvoir, qui, depuis deux ans flottait de main en main, faisaient alors beau jeu à l’ambition de la maison d’Autriche. Le vieux chancelier Brûlart de Sillery, rentré en possession des sceaux, et son fils Puisieux n’avaient qu’une pensée, celle d’exclure du ministère le cardinal de Richelieu. Une obscure intrigue venait d’en faire sortir le comte de Schonibcrg, surintendant des finances probe et capable, le seul des choix de Luynes qui lui eût fait honneur. Bassompierre proposa alors au roi de rappeler Sully dans ses conseils : on allégua contre lui sa religion, et la surintendance fut confiée au mar-

quis de la Vieuville, officier de guerre, qui n’avait d’autre titre à cet emploi que d’être le gendre d’un financier (28 janvier 1623). La Vieuville, écarté d’abord par les deux Brûlart de toute participation aux affaires politiques, remua tant qu’il s’y introduisit malgré eux, et entra bientôt avec eux en lutte ouverte. Cet antagonisme le rendit nécessairement hostile à l’Espagne dont ses adversaires étaient les amis déclarés. C’était l’époque où la France s’alarmait d’un mariage qui semblait résolu entre l’infante, fille de Philippe IV, et le prince de Galles, successeur futur de Jacques Ier. On savait que ce jeune prince, avec son favori Buckingham, avait traversé la France incognito, se rendant à Madrid, pour y surprendre par sa soudaine apparition et par l’offre spontanée de son crrur celle que la politique lui destinait pour épouse. On ne savait pas que ce voyage romanesque, si applaudi de la noblesse espagnole, allait aboutir à une rupture par les lenteurs de la cour de Rome à accorder les dispenses nécessaires, et par l’invincible antipathie du peuple anglais contre l’alliance castillane. Au môme temps où il poursuivait avec ardeur l’accomplissement de ce mariage, le cabinet de l’Escurial poussait Louis XIII à achever la ruine des huguenots, en lui offrant ses flottes pour réduire la Rochelle. Le chancelier et son fils opinaient pour que cette offre fût. acceptée. La Vieuville, aidé de Marie de Médicis, la fit rejeter. La disgrâce des Brùlart suivit immédiatement; les sceaux furent redemandés au chancelier, et donnés au conseiller d’fêtat d’Aligrc (janvier 1624). La Vieuville. restait maître du terrain, mais sans appui pour s’y

soutenir; ee fut alors qu’afin de s’assurer celui de la reine mère, il imagina de proposer au roi la rentrée au conseil du cardinal de Richelieu. Quelque discrétion que Richelieu se fût imposée à lui-même, et qu’il eût aussi imposée à Marie de Médicis dans sa conduite avec l’ombrageux Louis XIII, ce prince n’en résista pas moins durant quelques semaines aux instances de LaVieuville. Lorsqu’il eut acquiescé de guerre lasse à ce choix qui lui répugnait, ce fut le tour de Richelieu de fuir en apparence devant le but qu’il poursuivait depuis sept ans avec une si habile obstination. «Le cardinal, écrit-il dans ses mémoires, s’en défendit autant qu’il lui fut possible.... Il avouait que Dieu lui avait donné quelques qualités et force d’esprit, mais avec tant de débilité de corps, que cette dernière qualité l’empêchait de se servir des autres dans le bruit et le désordre du monde. » Il offrait en conséquence ses conseils, quand on les réclamerait, mais écartait toute idée d’un service assidu auprès du roi. « Ce furent raisons inutiles! car, ajoute-t-il, comme cet homme (La Yieuville) était violent en ses passions, il poussa cette affaire si vivement qu’il n’y eut pas moyen de résister aux mouvements du roi et de la reine-mère, qu’il fit intervenir en cette occasion. » Il n’est guère digne, ce nous semble, du génie d’un si grand homme d’avoir consigné, comme un fait sérieux, dans ses mémoires la scène de comédie qu’il crut devoir jouer dans cette circonstance. Il allait trop bien prouver, dès le lendemain de son élévation, à quel point lui était cher ce pouvoir auquel l'appelaient ses puissantes facultés et qu’il ne devait plus quitter qu’avec la vie.

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