M. Cousin, Journal des Savants, 1861 et
fois une autre, et de gouverner suivant les vrais intérêts de la France, ce sont d heureux accidents au milieu des errements incertains d'une politique mesquine et égoïste : le gouvernement de Marie de Médicis lui-même avait eu quelques-unes de ces bonnes fortunes. Nous voyons bien Luynes essayant de se concilier la faveur publique par quelques réformes, et à cet effet, conduisant le monarque à Rouen pour y tenir une assemblée des notables (24 novembre 1617); nous voyons bien de sages propositions soumises par les ministres à cette assemblée qui les approuve ; l'edi t même qui devait leur donner force de lois fut rédigé, mais il ne fut point publié, et les notables se séparèrent sans avoir obtenu rien de plus que les États de 1614. La mai n trembla à Luynes, au moment de faire décréter par le roi les mesures utiles dont il avait provoqué le vote : il craignit de faire de tous ceux qui vivaient des abus autant de mécontents qui se rallieraient à la reine mère. Assez d’inimitiés s’amassaient déjà sur sa tête, et, moins d’une année après le meurtre du maréchal d’Ancre (avril 1618), Bentivoglio écrivait au cardinal secrétaire d’Étal Borghèse: « La haine et le mépris croissent chaque jour contre Luynes. » C est qu’en effet la fortune du nouveau favori, en si peu de temps, était montée bien au-dessus de celle de Conciui; nonseulement toute la confiscation de celüi-ci lui avait été attribuée, mais il avait ajouté à la lieutenance générale de la Normandie , le gouvernement de l’Ile de France, et il venait, pour comble d honneur, de se marier à l’un des plus grands partis de France, à la belle Marie de Rohan, si connue plus tard sous le nom
de duchesse de Chevreuse. En même temps il tendait la main à ses deux frères Cadenet et Brantes, et leur préparait une élévation presque à l égale de la sienne.
Mais toutes ces richesses, toutes ces grandeurs ne le rassuraient qu’à demi contre le retour tous les jours possible de Marie de Médicis; aussi ne négligeait-il rien pour rendre le roi irréconciliable avec sa mère. L’évêque de Luçon, conseiller trop habile, avait été forcé de se séparer d'elle, et bientôt même envoyé en exil à Avignon. Le château de Blois était plein d’espions qui livraient à Luynes les secrets, trop aisés à surprendre, d’une âme violente et ulcérée : on imagina même un piège honteux où elle se laissa sans peine attirer. On facilita sa correspondance avec son ancien intendant Barbin, enfermé à la Bastille, et leurs lettres saisies servirent à la fabrication d'un complot supposé sinon contre la vie, du moins contre l’autorité du roi. L’ombrageux Louis XIII reçut docilement les impressions qui lui étaient données contre sa mère, et Barbin fut cité devant une commission de membres du grand conseil. La majorité d'une seule voix le sauva de la peine de mort (août 1 61 8). Il était impossible que ces procédés iniques et violents ne transpirassent point dans le public, et n'ajoutassent pas au mécontentement qui existait déjà contre Luynes. Marie de Médicis, naguère l’objet de tant de haines, n excitait plus que de l’intérêt, depuis qu'on la voyait persécutée et sacrifiée par le roi à son favori. Parmi les grands euxmêmes, ceux qui avaient été les plus dangereux ennemis de son gouvernement, le duc de Bouillon, les Guises, le duc de Mayenne, lui transmirent de secrè-
tes assurances de leur dévouement. D’Épernon fit plus; il oublia les offenses qu’il avait reçues d’elle pour ne se souvenir que de celles de Luynes et entreprit de la délivrer. Ce fut un des traits les plus extraordinaires de l'audace de ce seigneur , en même temps qu’un remarquable témoignage de sa puissance féodale, que cette marche de trente jours accomplie par lui, avec une nombreuse escorte, de Metz à Angoulême, et ensuite d’Angoulême à Blois, pour aller tirer la reine-mère de sa prison. Dans la nuit du 22 février 1619, Marie descendit, par une échelle de cordes, d’une des fenêtres de son appartement, et quatre heures après, elle était à Loches, sous la protection du duc d’Épernon, qui la conduisit sans tarder dans son grand fief de l’Angoumois. Mais nulle part les peuples ne remuèrent pour elle, ni pour son libérateur, tandis que les troupes marchaient de tous côtés contre le sujet audacieux, qui, selon le langage dicté à Louis XIII, « avait osé entreprendre sur la liberté de la mère de son roi. » Luynes n’en comprit pas moins que dans une guerre réprouvée par le sentiment public, il y aurait péril pour lui à rechercher une trop complète victoire ; il se détermina à entrer en accommodement. Le cardinal de la Rochefoucauld fut chargé de la négociation; on lui adjoignit le saint fondateur de l’Oratoire en France, le P. de Bérulle, à qui Marie de Médicis accordait la plus grande confiance. Sur l’avis d’un autre religieux, le P. Joseph du Tremblay, de l’ordre des capucins, on tira l’évêque de Luçon de son exil, pour s’aider de l’influence qu’il avait aussi prise sur l’esprit de la reine-mère, iv 4
Richelieu n’oublia point plus tard ce serv ice du P. Joseph. Ce fut à Angoulème que fuient réglées les conditions de la paix entre la mère et le fils (30 avril) : Marie de Médicis reçut, en échange du gouvernement de la Normandie , celui de l’Anjou , avec six cent mille livres et la jouissance de tous ses biens; cinquante mille écus indemnisèrent d Epernon de la perte de Boulogne. Cet arrogant seigneur ne consentit point à ce qu’il fût question pour lui de pardon ; il tint à ce qu’on déclarât « qu’en servant la reine, il avait aussi servi le roi. » Le traité avait stipulé que Louis Xlll reverrait sa mère pour cimenter leur réconciliation. Quatre mois se passèrent avant qu’eût lieu cette entrevue: elle fut très-cordiale (5 septembre). «Dieu ! mon lils, que vous êtes grandi, s’écria la reine. — Ma mère, répondit le roi, j’ai crû pour votre service. » Luynes n’entendait pas que cette parole fût suivie d’effet. Après douze jours passés ensemble à Tours, Marie de Médicis et Louis XIII venaient à peine de se séparer, que le favori s’empressa de dicter au monarque une mesure destinée à rallumer la discorde entre le Louvre et la petite cour d’Angers. Il alla tirer le prince de Condé de la Bastille (20 octobre).
Pendant que les factions de cour continuaient à agiter ainsi la France, des événements d’une gravité bien autrement redoutable se passaient à ses portes ; la guerre de Trente ans venait de commencer en Allemagne.
La Bohême en donna le premier signal. L’empereur Mathias ayant ordonné dans cette contrée ladémolition dedeux temples protestants, les agents qui lui avaient
conseillé cette mesure furent jetés par les fenêtres du palais de Prague (23 mai 1618), et la guerre civile suivit immédiatement cet acte de rébellion. Elle devint plus furieuse, lorsque Mathias mourut l'année suivante (20 mars 1619). Si Henri IV eût vécu, cette occasion n’eût pas été manquée sans doute d’enlever la couronne impériale à la maison d’Autriche, et de la placer sur latêtedu duc de Bavière. Mais LouisXIIl, avec Luynes pour conseiller, ne porta ni si loin, ni si haut ses vues : il ne prêta nul concours aux électeurs protestants qui voulaient donner le Bavarois pour chef à l'Empire. Unis entre eux, ils eussent encore pu emporter le vote, mais c’était le moment même où un violent déchirement venait de se faire au sein du protestantisme. La Hollande avait été le premier théâtre de la querelle théologique entre les Gomaristes, partisans fanatiques de la sombre doctrine de Calvin sur la prédestination, et les disciples du pasteur de Leyde Arminius, qui revendiquait, en les exagérant, les droits de la liberté humaine. Des bancs de l’école le débat était bien vite passé dans la sphè re plus haute des intérêts politiques, et l’adhésion du vénérable Barnevelt au dogme arminien servit de prétexte à Maurice de Nassau pour faire monter sur l’échafaud son ancien bienfaiteur , rival de son influence. La même désunion s’introduisit dans le collège électoral de l’Empire ; l’électeur de Saxe, fidèle au luthéranisme, se sépara de l’électeur de Brandebourg et du palatin, sectateurs de Calvin, et il en résulta que l’archiduc Ferdinand de Styrie succéda sans obstacle à Mathias (28 août 1619). C’était pour
l’Europe un bien grave événement que la prise de possession du trône impérial par ce prince, chez qui une foi ardente se joignait à des talents supérieurs et à une rare énergie de caractère. N’étant encore âgé que de dix neuf ans, il avait fait vœu, dans le sanctuaire de Notre-Dame de Lorette, de ne prendre aucun repos jusqu’à ce qu’il eût extirpé l’hérésie de ses États. Ce fut la pensée de toute sa vie, et du jour où il fut empereur, la puissante action de la maison d'Autriche passa de Madrid à Vienne; Ferdinand 11, comme nous le disions plus haut, fut le Philippe II de l’Allemagne. Le seul fait de son élection précipita la révolution de Bohême; l’électeur palatin, Frédéric V, fut appelé au trône par les peuples de cette contrée, joints à ceux de la Moravie, de la Silésie et de la Lusace : la Hongrie, soulevée en même temps, se donna pour roi le prince de Transylvanie Bethleni Gabor ; l’archiduché d’Autriche lui-même fut entraîné dans ce formidable mouvement d’insurrection. Il ne fallut rien moins que legrand caractère de Ferdinand II pour ne pas se laisser abattre, au début de son règne, par ces coups redoublés de la mauvaise fortune : l Espagne lui prêta ses secours, le duc de Bavière Maximilien, prenant conseil de sa foi plutôt que de ses intérêts , joignit ses troupes aux troupes impériales ; Spinola et Tilly devinrent les généraux de l’empereur, et les affaires de ce prince étaient déjà moins désespérées, lorsqu'au mois de décembre 1619, il envoya à Paris en ambassade extraordinaire le comte de Furstemberg pour réclamer en faveur de la religion catholique l’assistance du roi très-chrétien.
Louis XIII avait à choisir entre deux politiques, ou tendre la main à Ferdinand qui la lui demandait, ou le laisser écraser par ses ennemis et s’unir même à eux. Mais ces ennemis de l’empereur avaient pour frères et pour alliés les huguenots de France, qui donnaient à cette époque de vives inquiétudes à l’autorité royale, et le comte de Furstemberg émut grandement le roi et son conseil, lorsqu’après leur avoir peint les ravages faits par le protestantisme dans les pays catholiques de l’Allemagne, il fit valoir l'intérêt commun des couronnes à se prêter appui « contre l’introduction partout imminente de nouvelles républiques. » Ce n’était pas là une vaine alarme pour qui réfléchissait sur l’organisation toute républicaine des églises réformées du royaume, et sur les étranges actes de souveraineté populaire dont l’exemple venait de leur être donné. Ferdinand, menacé, comme il l’était encore, sur son trône, parut moins redoutable au vieux Jeannin,à Schomberg et aux autres conseillers de Louis XIII que ne l’était l'esprit démocratique de la réforme en deçà et au delà du Rhin, et la conscience du roi se crut obligée à ne pas permettre que la foi orthodoxe achevât de périr en Allemagne sous les coups de l’hérésie. 11 fut donc résolu, non pas que la France accorderait son assistance à l'empereur, mais qu’elle se porterait comme médiatrice dans la grande querelle qui partageait l’Empire en deux camps. Une ambassade composée du comte d’Auvergne, devenu duc d’Angoulême , fils naturel de Charles IX, du comte de Béthune, frère de Sully, et de l'abbé de Préaux, qui fut plus tard le marquis de
Château neuf, se rendit dans la ville impériale d’LIlm, et fit signer aux représentants des deux ligues catholique et protestante une convention par laquelle On s'engageait de part et d’autre à poser les armes (juillet 1620), et à circonscrire la lutte sur le théâtre où elle s’était engagée entre lEmpereur et-ses sujets révoltés de Bohême. Cette transaction, dans son apparente impartialité, était toute favorable à Ferdinand, qui, aux termes même du traité, gardait les secours de la Bavière, ceux des archiducs, souverains des Pays-Bas , et les bandes auxiliaires de Spinola. Quelques mois s'étaient à peine écoulés, et l’on vit avec quelle habileté il s’était servi de la France pour désarmer et jouer ses ennemis : l’électeur palatin fut chassé de la Bohême (novembre), dépouillé même de ses états héréditaires, et le protestantisme réduit aux abois en Allemagne. Luynes, au même temps, laissait échapper une occasion d’ébranler, et peut-être de détruire en Italie la domination espagnole. S’il ne révéla pas au cabinet de l’Eseurial le projet formé par le duc d’Ossuna de se faire couronner roi à Naples, il laissa ce seigneur, dont il avait accueilli d’abord les ouvertures, exposé aux rigueurs de Philippe III (mai 1620). Son soin unique était toujours d’agrandir sa fortune et de la défendre.
Elle était alors à son apogée. Louis XIII l’avait créé duc et pair au mois d’août 1619, et peu après la même dignité, avec celle de maréchal de France, avait été conférée à l’aîné de ses frères Cadenet, marié à l’héritière de Chaulnes. Branles, le plus jeune, nommé aussi maréchal, contracta une alliance plus illustre
encore, en épousant Marguerite, duchesse de Luxembourg-Pi ney. Tous trois, dans la promotion de l'année \ 61 9, avaient enfin reçu le cordon du Saint-Esprit. Avec leur puissance et leurs honneurs, avait crû nécessairement leur impopularité; Luynes le sentait, et il ne pouvait non plus se dissimuler qu’en rendant Condé à la liberté, il avait violemment froissé l’âme altière et vindicative de Marie de Médicis. Mais il avait calculé que Monsieur le Prince, attaché à lui par le lien de l’intérêt, lui serait un nouvel appui contre les grands et la reine-mère. Henri de Bourbon, en effet, pendant les trois années de sa captivité, avait désappris ses velléités factieuses. Avec le mauvais renom que lui avaient fait les mœurs honteuses de sa jeunesse et ses infidélités politiques, avec sa fortune toujours délabrée, il éprouvait le besoin de se relever dans l'estime publique et de s’assurer en même temps les solides avantages dus à sa naissance. 11 comprit qu’il trouverait tout cela dans le rôle de fidèle sujet, et désormais il mit au service de la royauté les qualités de son esprit plus élevées que celles de son cœur, sans perdre jamais de vue les profits de son dévouement . Nous le verrons un des instruments les plus utiles du gouvernement de Richelieu. 11 avait alors à se laver de la tache de ses anciennes alliances avec le parti huguenot; sa conduite dissipa promptement sur ce point les scrupules de conscience et les ombrages politiques de Louis XIII.
Le traité d'Angoulême n’avait été entre Marie de Médicis et Luynes qu’une trêve mal observée de part et d'autre. Si la reine, en eût cru l’évêque de Luçon, elle fut allée au Louvre, disputer le terrain au favori et
porter ses griefs à l'oreille de son fils. Mais d’autres conseils prévalurent auprès d’elle. Jamais la haine des grands n’avait été aussi forte contre Concini qu elle l’était alors contre Luynes; les ducs de Longueville, de Mayenne, de Vendôme, de Nemours et de Retz, avec le jeune comte de Soissons et sa mère, venaient de quitter la cour, préliminaire accoutumé des prises d’armes seigneuriales ; en même temps les huguenots, menacés depuis deux ans des coups du pouvoir royal, n’attendaient qu’une occasion favorable d’entrer contre lui en campagne.il ne fut pas difficile de faire croire à Marie de Médicis que, de tous ces mécontentements qui venaient à la fois aboutir à la petite cour d’Angers, se formerait un vaste orage sous lequel le favori serait écrasé. Le duc de Longueville répondait de la Normandie, le comte de Soissons du Perche, la reine-mère était maîtresse de l’Anjou, les ducs de Rohan et de la Trémoille du Poitou, d’Épernon de l’Angoumois et de la Saintonge, Mayenne enfin de la Guyenne : la première étincelle de la guerre civile allait ainsi embraser, de Dieppe à Bayonne, tout l’ouest du royaume. Monsieur le Prince, qui résidait alors en son gouvernement de Berry, est à peine informé de ces pratiques séditieuses qu’il accourt au Louvre, y entre à cheval et se présente au roi tout botté et couvert de boue et de poussière, pour le presser de se mettre aux champs sans retard et d’étouffer cette nouvelle rébellion dans sa naissance (juillet 1620). Luynes, plus circonspect, ne veut courir le hasard des combats qu’après avoir tenté pour le maintien de la paix un dernier effort, et il détermine Louis XIII à envoyer à sa mère une ambas-
sade composée des plus notables personnages, pour la conjurer de ne point replonger la France dans la guerre civile. Rien n’est écouté; toute cette cohue factieuse, rassemblée à Angers, crie à la fois aux armes, et commet une faute insigne en faisant rejeter par la reine-mère le conseil d’homme de guerre et d’homme politique qu'a donné Rohan de choisir la Guyenne pour théâtre principal des opérations militaires. Marie de Médicis resta en Anjou, attendant qu éclatassent tous les mouvements annoncés en sa faveur; ou ils n’éclatèrent pas, ou ils furent promptement étouffés, et l’armée royale, conduite par Louis XIII, Condé et Luynes, arriva sans obstacle au Pont de Cé, à quelques milles d’Angers. Comme on y était entré en pourparlers, une escarmouche s’engagea entre les avant-postes des deux armées, et le jeune roi, n’écoutant que son instinct guerrier, lança ses troupes contre les faubourgs et les retranchements de la place, qu’elles enlevèrent par un coup de main (7 août). La reine-mère ne devait point s'attendre, après cet échec, à ce qu’on lui accordât les conditions qui lui étaient offertes la veille; elle les fit néanmoins réclamer par les deux prélats qui étaient le plus avant dans sa confiance, le cardinal de Sourdis et l’évêque de Luçon. Luynes, toujours prudent et commençant à craindre son allié Monsieur le Prince presque autant que Marie de Médicis son ennemie, consentit à reprendre la négociation dans les mêmes termes qu’avant la prise du Pont deCé, et le traité d’Angers, promptement conclu, ne fut guère que la reproduction et la confirmatitm de celui d’Angoulème (13 août). Un acte d’amnistie fut pu-
blié, par lequel le roi déclarait « que tout ce qu’avaient fait sa mère et tous ceux qui s’étaient joints à elle n’avait eu d’autre but que le bien de son service et de son état. «Louis Xlll et Marie de Médicis se revirent avec une mutuelle effusion de tendresse et de larmes; mais Luynes n’en resta pas moins le maître à la cour, ménageant l’évêque de Luçon, s’alliant même à lui par un mariage de famille, et n’en faisant pas moins échouer à Rome par une secrète intrigue la demande faite officiellement pour lui du chapeau de cardinal.
La facilité avec laquelle venait d’être dissipé l’armement si menaçant en apparence de la ligue aristocratique encouragea Louis XIII, aussi bien que son favori, à frapper le coup depuis trois ans suspendu sur les têtes du parti huguenot.
Deux motifs différents les poussaient vers cette hasardeuse entreprise. 11 y avait encore en France un très-grand nombre de catholiques qui n'avaient pas compris la nécessité de l’édit de Nantes, et dont les consciences mal éclairées repoussaient la tolérance légale accordée à l’hérésie. Cette opinion avait ù la cour des organes puissants et respectables, également écoutés du roi, de la reine-mère et de Luynes. L’édit était pour ces personnes un pacte impie, qui dev ait être déchiré au plus vite, fùt-ce à la pointe de l'épée. D’autres conseillers, rendant un juste hommage à la sagesse de l’œuvre de Henri IV, ne s'en effrayaient pas moins de la situation indépendante (pie les réformés s étaient faite dans le royaume, et ils en effrayaient à bon droit le jeune monarque. Ce n était plus en effet l’édit qui était alors la grande charte des huguenots, c était
le règlement général que nous avons vu dressé à Saumur en IGM, et qui rétablissait l’union, interdite par l’édit, de toutes les églises, instituant dans chaque province un conseil autorisé à se mettre en rapport avec ceux des provinces voisines, et de ces différents conseils tirant un conseil suprême, lequel exerçait une véritable souveraineté. Il y avait là, à proprement parler, un état dans l’État, et Ion venait de voir le parti huguenot se prévaloir de cette organisation pour donner la main à la dernière rébellion des grands. On le savait en outre quelquefois en disposition et toujours en mesure de fournir aux ennemis du dehors un allié redoutable au sein du royaume. A cette heure- même, les protestants du Béarn, comptant sur l’appui du corps entier de leurs coreligionnaires, se refusaient à l’exécution des ordonnances royales qui, depuis le règne même de Henri IV, s’étaient succédé pour opérer dans leur pays le rétablissement du culte catholique. Le petit royaume de Navarre avait reçu de Jeanne d’AIbret un régime intérieur, tel que celui de Genève, fondé sur l’exclusive domination du protestantisme; il en coûtait aux réformés de France de voir leur échapper cette contrée où ils avaient été cinquante ans les maîtres : c’était une raison pour Louis XIH de commencer par le Béarn la nécessaire soumission de ce parti trop puissant à l’autorité royale.
Avant de se porter en avant contre la province rebelle, il adressa une dernière sommation au parlement de Pau d’enregistrer l’édit qui ordonnait la restitution des biens ecclésiastiques usurpés depuis cinquante ans par les ministres reformés; puis, cette sommation
ayant été repoussée : « Allons à eux » dit-il en fila de Henri IV, chez qui le goût des armes venait de se développer dans sa courte campagne d’Anjou, il n'eut pas toutefois à tirer l’épée ; tout se soumit à son approche, et en entrant dans Pau, il trouva prête à le recevoir la principale église de la ville de nouveau consacrée au culte catholique (15 octobre). Maître bientôt de Navarreins, la forteresse et l’arsenal du Béarn, il compléta la soumission de la contrée par une ordonnance qui réunissait à la couronne les débris français de l’ancien royaume de Navarre (20 octobre). Mais dès que le roi et les troupes royales se furent éloignés, la crainte fit chez les Béarnais place à la colère, et l’on ne songea plus qu'à restaurer de vive force les privilèges* abolis de la province et la suprématie religieuse du protestantisme. Du pied des Pyrénées, l’esprit de révolte gagna bientôt les populations réformées desCévennes et celles du sud-ouest du royaume, et malgré les défenses expresses du roi, malgré le vœu même des chefs du parti, une assemblée générale des églises se réunit à la Rochelle (novembre). La turbulence démocratique des ministres y prévalut sur la pacifique influence de Duplessis Mornay et de Rohan luimême, et des levées de deniers furent résolues pour se préparer à la guerre, pendant que des écrits factieux étaient répandus pour rallumer le feu des passions religieuses. La presse catholique de son côté était animée du même esprit de haine et de violence, et le gouvernement royal répondit par les mesures de finances