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Histoire de France

Nous entrons dans la période des grandes fautes du règne de Louis XIV. Viendra ensuite celle des grands malheurs.

Quelque Gèrequefût la France du succès de ses armes, quelque goût qu elle eût pris pour les conquêtes, elle n'en sortait pas moins fatiguée de la lutte qu'elle venait de soutenir contre l’Europe presque entière. Aussi Colbert, sur qui reposait toujours le soin principal de T administration intérieure du royaume, n avait-il pas attendu la lin des négociations de Mimé* gue pour mettre la main à 1 œuvre pénible de réparation qui devait remplir les dernières années de v 1

sa vie. Dans le courant même de l’année 1678, il avait fait agréer au roi une première réduction de la taille et de la gabelle. Sa pensée était de ramener les dépenses publiques au taux où elles étaient en 1672. Il ne paraît pas que Louis XIV ait réprouvé en principe les vues sages et bienfaisantes de son ministre; il avait trop de clairvoyance et de justesse dans l’esprit pour ne pas reconnaître la situation réelle de la France et le besoin qu elle avait d’être soulagée des charges excessives de la guerre. Mais Louis XIV n est plus, après la paix de Nimègue, ce qu'il était en 1661 , dans la première innocence de sa vie royale. Ni l'honnêteté naturelle de son âme, ni la rectitude de son jugement n’ont pu échapper à l'influence corruptrice du pouvoir absolu ; il écoute, à cette époque, la passion plus volontiers que la raison, et Louvois de préférence à Colbert. S il concède à celui-ci l'emploi de tous les moyens que son expérience lui suggérera pour rétablir l’ordre dans les finances, s'il lui permet d'assigner en projet une limite aux dépenses de chaque année, c est à condition de dépasser à son gré cette limite et de ne se rien refuser de ce qu il trouvera bon pour agrandir sa puissance ou rehausser l’éclat de sa couronne.

11 était impossible de ne pas réduire le prodigieux armement dont le fardeau avait été imposé aux peuples pendant les dernières années. L armée de terre ne s était pas élevée à moins de deux cent quatre-vingt mille hommes : la moitié en fut immédiatement licencié!*. Centquarantemillesoldats maintenus sous les armes étaient bien au delà de ce qui était nécessaire pour

garder en temps de paix le royaume; on avait fait avec de bien moindres forces la campagne de 1607. Mais la paix, telle que l’entendaient Louis XIV et Louvois, était, on le verra, une paix armée, qui ne devait être guère moins menaçante pour les nations voisines, ni moins coûteuse pour la France que ne l avait été la guerre elle-même. Ce ne fut pas sans des frais énormes que s’accomplirent ces annexions de territoires, dont la plupart, encore qu’ordonnées par arrêt de justice, n en eurent pas moins le caractère violent de la conquête; ce ne fut pas non plus sans des dépenses considérables que la France s’entoura alors de la vaste ceinture de fortifications, destinée à couvrir toute l'étendue de ses frontières. L historien manquerait d’équité, comme de patriotisme, s’il ne rendait ici hommage à la haute pensée de Louis XIV, dont Vauban fut le si digne exécuteur. Dès l’année IG77, Vauban, nommé commissaire général des fortifications, avait commencé les grands travaux, systématiquement conçus dans son esprit, pour la mise en défense du royaume. Il les poussa dans les années qui suivirent avec une infatigable activité, tour à tour aux ordres de Colbert et de Louvois, creusant pour l un des ports et armant puissamment les côtes, pour l’autre réparant ou augmentant des places déjà construites , en construisant de nouvelles , et dans toutes portant l’art de la défense au degré de perfection où il avait su porter celui de l’attaque. Il y aurait a citer les noms de trois cents places, plus ou moins importantes, si l’on voulait énumérer toutes celles qui furent fortifiées par Vauban; qu’il nous

suffise de choisir dans ce nombre Toulon, la plus belle peut-être des créations de son génie; Brest et Rocbefort dont il agrandit et perfectionna les ouvrages; Dunkerque, dont les magnifiques travaux devaient trop peu lui survivre; Lille et Besançon, puissants boulevards élevés à la frontière du nord et à celle de l'est du royaume, Perpignan à celle du sud; Strasbourg enfin, dont nous le verrons faire tout à I heure la plus formidable des barrières pour fermer à F Allemagne l’entrée de la France. Et nous passons sous silence ce que Vauban conçut sans pouvoir l’exécuter ! Il y a, répétons-le, pour Louis XIV un droit incontestable à la reconnaissance nationale pour avoir ouvert une telle carrière à 1 intelligente et patriotique activité du grand ingénieur, pour avoir laissé après lui le royaume, de l’Escaut et du Rhin aux Alpes et aux Pyrénées, protégé contre l’invasion étrangère par une chaîne non interrompue de forteresses. En confiant aux mains des soldats une partie considérable des travaux de fortifications, Louvois sut en modérer la dépense : tout dans cette oeuvre immense se fit avec une rigoureuse économie. On voudrait que Louvois n’eût jamais servi autrement Louis XIV.

Mais il se faisait, en même temps, de tout autres constructions, dont l’intérêt public ne légitimait point la coûteuse magnificence. Le château de Saint - Germain était encore, en 1(i79, le séjour le plus ordinaire de la cour ; mais le moment approchait où le roi allait quitter cette demeure de son père devenue pour lui trop étroite, et tout s’apprêtait pour l'installation définitive de la royauté dans la résidence de Ver-

sailles’. Ce fut au lendemain de la paix de Nimègue que Louis XIV ordonna les travaux destinés à faire de ce palais le plus grand et le plus splendide qu’il y eût au monde; ce fut alors que l'art deMansart et celui de Lebrun s’unirent pour l’éblouissante création de la galerie des glaces et que les plafonds offrirent aux regards du superbe monarque le spectacle partout répété de son apothéose; ce fut alors que la construction entamée des deux ailes qui prolongent le château au nord et au midi, celle des vastes écuries qui y font face, celle enfin de l’orangerie et de son majestueux escalier donnèrent une idée du plan colossal dont les années suivantes devaient voir l’accomplissement. La critique moderne a fait justice des exagérations fabuleuses accréditées par Saint-Simon et par d autres après lui sur le montant des dépenses faites à Versailles ; mais il n'en demeure pas moins vrai que ces dépenses, continuées jusqu’au milieu de la.guerre de la succession, entrèrent pour leur part dans l’épuisement final du royaume. Marly, avec ses douze pavillons qui entouraient celui du maître et la machine laborieusement compliquée qui lui portait à si grands frais les eaux de la Seine, doit être compté parmi les fantaisies royales, pardonnées à cette brillante époque de prospérité, mais reprochées plus tard à Louis XIV, lors de ses malheurs.

Le règne orgueilleux de Mme deMontespan, quoique sur son déclin, durait encore : maîtresse en titre, elle s’étalait dans la splendeur illégitime de son rang

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