RÉGENCE DO DUC D’ORLÉANS ET MINISTÈRE DE MONSIEUR LE DOC
Il n’est guère dans notre histoire d’époque aussi mal famée que celle de la Régence, et l’on ne saurait nier que ce mauvais renom soit mérité. Le paradoxe historique, dans ses plus grandes audaces, ne s’est jamais risqué à entreprendre la réhabilitation morale du duc d'Orléans et du cardinal Dubois ; le triste éclat qu’ils ont donné l'un et l’autre à leurs vices a découragé l’apologie. Il y a cependant une distinction à faire entre leur vie, que nous appellerions privée, si leurs scandales ne l'avaient rendue si publique, et la conduite de leur gouvernement. Si tout est à flétrir dans l’une, il y a dans l’autre une part à faire à l’éloge, aussi bien qu’au blâme. Nous ne pouvons accepter sans examen le préjugé trop longtemps répandu, qui a mis sur le compte de la Régence le déclin de la monarchie, comme si ce déclin ne remontait pas à Louis XIV lui-même II est douteux que le grand roi ait prononcé le mot fameux : « 1 État c est moi »; mais ce qu'il y a de certain, c’est que ce mot est la formule de son règne. Il avait tellement concentré tout
le pouvoir en sa personne, que, le jour où il vint à manquer, ce pouvoir, faute d'être saisi par une main aussi forte et aussi redoutée que la sienne, devait nécessairement tomber. Le relâchement ne pouvait pas ne pas succéder à la tension excessive de tous les ressorts du gouvernement; tout devait, par la force des choses, aller en se décomposant dans le vieux corps de cette monarchie, « formée au hasard de pièces irrégulières », que l’effort d’une puissante volonté avait été seule capable de maintenir ensemble; comme on l’a très-bien dit, le régime laissé par Louis XIV à la France devait être « un despotisme sans despote1. » Le règne de Louis XV va nous offrir le continuel spectacle d’un gouvernement absolu, qui n'a d’appui dans la constitution de l’État, ni dans l’opinion publique, et qui, dans l’exercice journalier de sa prérogative, ne fait que l’user et la dégrader.
On a vu comment Louis XIV avait tout combiné dans son testament pour ne laisser au duc d'Orléans que le titre de la régence, et en conférer tous les pouvoirs au duc du Maine. Mais la mort n’avait pas encore fermé les yeux du monarque et déjà deux dépositaires du secret de son testament, Villeroy et le chancelier Voysin, l’avaient livré au duc d Orléans; déjà le maréchal de Villars, le duc de Nouilles, neveu de Mme de Maintenon, le duc d’Antin, fils de Mme de Montespan, le duc de Guiche, qui commandait le régiment des gardes, et d’autres avec eux avaient promis à ce prince leur concours intéressé pour annuler les