Lissagaray, Histoire de la Commune, p
saillesle20 mars. M. Clemenceau, maire du XVIII* arrondissement et député de la Seine, fidèle à la promesse faite aux envoyés du Comité central de demander à l'Assemblée de promptes élections municipales, déposait sans tarder le projet de loi suivant : (( l*" Il sera procédé, dans le plus bref délai, à l'élection d'un conseil municipal pour la ville de Paris, composé de quatre-vingts membres; 2" le conseil nommera, dans son sein, son président, qui aura le titre et exercera les fonctions de maire de Paris. » Un second projet de loi portait que les officiers de la garde nationale seraient nommés à l'élection directe, jusqu'au grade de capitaine, et, ensuite, jusqu'à celui de général en chef, par le suffrage, au second degré, des officiers. Enfin M. Millière présentait un projet, prorogeant de trois mois le payement des effets de commerce. Après explications de MM. Clemenceau et Tirard disant que, si Ton voulait rallier le peuple de Paris, il fallait entrer dans leurs vues, les ministres acceptèrent qu'on prit en considération les projets.
Le lendemain, 21 mars, l'Assemblée votait une adresse au peuple et à l'armée pour les rappeler à la fidélité. Puis une longue discussion s'engagea. MM. Clemenceau, Tirard et autres députés de la Seine demandaient que l'on accordât à Paris les avantages réclamés la veille et que, surtout, on présentât une loi qui permît des élections immédiates. MM. Tliiers et Jules Favre répondaient qu'ils ne voulaient point priver Paris de libertés municipales, mais qu'il n'obtiendrait que le droit commun, et, puisqu'on allait déposer une loi électorale applicable à toute la France, il en profiterait au même titre que les autres villes. Ils s'indignaient, du reste, contre les insurgés parisiens qu'ils traitaient de scélérats, faisant comprendre que le refus de présenter une loi spéciale à la ville de Paris, venait de la volonté de ne rien leur accorder. Les députés de la Seine répondaient que leur demande n'avait point pour but d'amener l'Assemblée à concéder quoi que ce fût aux insurgés, mais uniquement de permettre aux hommes
Opposés au Comité central de rallier la population, et, en faisant les élections clans des circonstances favorables, de créer une autorité municipale dévouée à l'ordre. MM. Thiers et Jules Favre répliquaient qu'avant de se prêter aux concessions, ils eussent voulu voir à Paris celte population désireuse de se rallier, dont parlaient les maires, qui ne se montrait nulle part, qu'enfin c'était grandement s'illusionner que d'espérer faire des élections sincères sous un pouvoir insurrectionnel décidé à renverser les urnes si le scrutin lui était contraire. Au terme de cette discussion, l'Assemblée votait l'ordre du jour suivant : « L'Assemblée, résolue, d'accord avec le pouvoir exécutif, à reconstituer, dans le plus bref délai possible, les administrations municipales de Paris et des déparlements sur la base des conseils élus, passe à Tordre du jour. »
Le lendemain, M. Vacherot lisait le rapport de la Commission chargée d'examiner les projets de loi introduits par les députés de la Seine. La Commission, vu Tordre du jour de la veille, refusait de légiférer exceptionnellement en faveur de Paris. Elle écartait donc les projets de loi. Mais aussitôt le ministre de l'intérieur déposait la loi promise pour établir les conseils municipaux dans toute la France. Paris en obtenait un de soixante membres ; cependant le gouvernement nommerait le préfet chargé de l'administrer, ainsi que les maires de ses vingt arrondissements. Les députés de la Seine firent tout de suite savoir, par une affiche, qu'ils avaient obtenu un conseil électif et les élections à bref délai, et ils grossissaient ces avantages le plus possible. Mais aux yeux des Parisiens ils n'en parurent pas moins éconduits,car ils avaient demandé que l'Assemblée fît à Paris des concessions spéciales, telles qu'un maire et un général de la garde nationale élus, et elle s'y était refusée.
Pendant ce temps les maires s'occupaient, à Paris, de groupiîr les gardes nationaux restés en dehors de la Fédération, pour opposer une force armée à celle du Comité central. Ils avaient commencé à rallier des défenseurs
i6 HISTOIRE DE FRANCE DE 1870 A 1873.
dans la journée du 20, à la mairie du II'' arrondissement, où ils se réunissaient. Sur les neuf bataillons de cet arrondissement, trois seulement obéissaient au Comité central, les autres s'étaient offerts pour garder la mairie ^ Le lendemain, les bataillons fidèles du P"" arrondissement se mettaient à leur tour sous les armes. Dans le XVP arrondissement, les bataillons dévoués aux maires interdisaient l'entrée de Passy aux fédérés. Le 21 mars, M. Thiers nommait un des députés de la Seine, l'amiral Saisset, général en chef de la garde nationale. Les maires ratifièrent sa nomination et il organisa aussitôt la résistance au Comité central. Il s'établit au Grand Hôtel, fit occuper d'un côté le palais de la Bourse, pour se rattacher aux mairies des IP et P"" arrondissements, de l'autre, la gare Saint-Lazare, pour se maintenir en communication avec Versailles. Y compris les hommes venus isolément se joindre aux bataillons déjà réunis, il disposa d'environ 12000 hommes ^ En même temps, trente et un journaux de toute couleur politique déclaraient illégale, dans un avis culleclif, la convocation des électeurs faite par le Comité central, en engageant les citoyens à n'en tenir point compte.
Le20 mars, un capitaine de la garde nationale, M. Bonne, avait placardé une affiche, où il invitait les hommes d'ordre à s'unir contre la Révolution. Par suite, plusieurs centaines d'hommes sans armes, rassemblés le 21 sur le boulevard des Capucines, se livrèrent à une manifestation pacifique. Après avoir parcouru le boulevard au cri de Vive l'ordre! et s'être rendus place Vendôme, à l'état-major des fédérés, ils s'ajournèrent au lendemain, pour se trouver plus nombreux. Le 22 mars, ils revinrent en effet au nombre de 4 à 5000. L'amiral Saisset était présent de sa personne. Pendant que le gros des manifestants stationne indécis sur le boulevard des Cnpucines et la place de