Amiral Saisset, Enquête parlementaire, p
rOpéra, les plus ardents s'engagent rue de la Paix, désireux encore une fois de se montrer devant l'état-major fédéré de la place Vendôme. Ils refoulent sans peine les quelques gardes nationaux détachés en avant-garde dans la rue ^ Pour empêcher l'envahissement de la place Vendôme, Bergeret, qui commande les fédérés, fait alors appel à toute sa troupe. Les homm(*s demeurés sur le boulevard et la place de l'Opéra, paisibles et sans armes, étaient venus dans des dispositions réellement pacifiques; mais les autres, marchant en avant, se montraient beaucoup moins calmes et retenus, et, si la majorité d'entre eux encore était sans armes, un certain nombre en portait de cachées, poignards, revolvers, cannes à épée. Donc les manifestants engagés rue de la Paix veulent à toute force pénétrer place Vendôme, malgré la défense des chefs fédérés et la sommation de se disperser, accompagnée de roulements de tambour ^. Pressés par derrière, ceux des premiers rangs serrent de plus en plus les fédérés, qui barrent le passage et résistent. Des clameurs s'élèvent, on en vient aux injures, puis à une mêlée. Ici les partisans de la Commune disent que les manifestants ont d'abord tiré des coups de revolver et ceux-ci le nient; ce qui est certain, c'est que les fédérés dirigent sur la masse humaine en face d'eux un feu irrégulier et prolongé, et qu'euxmêmes, soitavant,soitau mêmemoment, reçoiventquelques coups de revolver 3. Les manifestants s'enfuient, laissant sur le terrain huit tués et un plus grand nombre de blessés. Le gros du rassemblement demeuré sur le boulevard se dispersa à la hâte, et la plupart de ceux qui le composaient, dans leur indignation, allèrent se joindre aux gardes nationaux de l'amiral Saisset. Par degrés le Comité central se livrait à des actes abso-
1. Edouard Moriac, Paris sous la Commune, p. 29. — John Furley^ Epreuves et luttes d'un volontaire, p. 310.