‹ Histoire de France de 1870 à 1873 (volume 2)Chapitre 16 sur 102 · Abbé Vidieu, Histoire de la Commune, p · texte numérisé non relu

Abbé Vidieu, Histoire de la Commune, p

3. Lanjaliey et Corriez, Histoire de la révolution du 18 Mars,^ p. 100.

lument contraires à sa promesse des débuts, de ne point s'attribuer les fonctions d'un gouvernement. 11 s'emparait des services administratifs ; le départ d'un grand nombre d'employés les ayant désorganisés, il les remettait à ses membres ou à des hommes k lui. Après s'être saisi de la caisse municipale, il percevait les droits d'octroi, prenait un premier million à la Banque de France et continuait ainsi à payer la solde de la garde nationale. Il suspendait la vente des objets engagés au Mont-de-Piété, prorogeait d'un mois les échéances, interdisait aux propriétaires de congédier leurs locataires. Le Journal officiel publiait des articles qui cherchaient à démontrer le caractère rénovateur et socialiste de la révolution nouvelle et témoignaient l'intention d'exercer la pleine souveraineté. Toutefois la résistance des maires, la protestation des journaux l'obligeaient à retarder les élections. Il leur assignait, comme nouvelle date, le 26 mars, pour se donner le temps de vaincre les résistances. Il adressait des menaces aux journaux, qui niaient son droit de convoquer les électeurs. En réponse aux prises d'armes organisées par les maires, il entourait la place Vendôme de barricades, interceptait aux BatignoUes 4es communications de l'amiral Saisset avec Versailles. Les députés du parti de la Commune, Delescluze, Millière, Malon, qui jusqu'alors avaient assisté à la réunion des maires, la délaissaient.

M. Desmarest, maire du IX' arrondissement, était allé avec quelques collègues trouver M. Thiers. Il en obtenait une lettre, aussitôt publiée, promettant de ratifier les mesures de pardon et d'oubli que les maires pourraient prendre. Le ministre de l'intérieur s'engageait en même temps à convoquer les électeurs le 3 avril. En outre, un certain nombre de maires et d'adjoints se rendirent à Versailles le 23, désireux de se présenter à l'Assemblée et d'entretenir ses membres. M. Arnaud (de l'Ariège), maire du VIP arrondissement et député de la Seine, se leva dans l'Assemblée pour faire connaître le sentiment

de déférence qui in?;pirait leur visite. Le président et les questeurs leur avdent offert une tribune, où ils entrèrent ceints de leurs l'charpes. Les députés républicains, comuie bienvenue, les saluèrent, debout, du cri de Vive la République! aussitôt répété par eux. Mais cette manifestation de l'opinion contraire à la leur, indigne les monarchistes. Ils réclament le rappel à l'ordre, interpellent avec violence le président, se couvrent et quittent leurs sièiçes. M. Baze, un des questeurs, exprima son blâme, et le président, dans l'embarras, leva brusquement la séance. Le soir, à une nouvelle séance, on voulut réparer l'effet fâcheux que cette scène ne pouvait manquer de produire à Paris. M. Arnaud (de l'Ariège) introduisit des résolutions conciliantes, certain, disait-il, qu'adoptées elles assureraient le rétablissement de l'ordre dans Paris. L'urgence était déclarée à l'unanimité. Les maires se montrèrent de nouveau dans une tribune, cette fois silencieux et sans écharpes. Le président expliqua que, s'il avait levé la séance précédente à leur entrée, c'était uniquement parce que l'ordre du jour était épuisé.

Toutes ces réparations n'empêchaient point que l'esprit de la majorité hostile à la République et à Paris ne se fût produit au grand jour. La plupart des députés monarchistes repoussaient en effet l'entremise des maires. Ils suivaient avec inquiétude M. Thiers, dans ses moindres actes, et craignaient toujours qu'il n'inclinât à des concessions. C'est qu'ils voyaient fort bien que toute entente avec Paris insurgé, permettant de rétablir la paix, sans avoir au préalable écrasé la révolte, ne pouvait profiter qu'à la République. Le travail des maires et des députés de la Seine auprès de M. Thiers et de l'Assemblée tendait en effet à leur arracher, pour apaiser Paris, la reconnaissance de la République comme gouvernement définitif. Que fût devenu alors le pacte de Bordeaux, qui réservait l'avenir, et que fût devenu surtout l'espoir des monarchistes de restaurer la royauté ! Au contraire, si l'Assemblée soumettait Paris, par la force, la citadelle de la Révo-

lution serait entre ses mains et la République, croyait- , elle, à sa merci. Paris s'insurgeait, disait-il, pour défendre la République contre l'Assemblée qui aspirait à rétablir la Monarchie; eh bien, soit! les monarchistes acceptaient la question posée en ces termes et ils se promettaient, en châtiant la révolte, de préparer le terrain au gouvernement de leur choix. Aussi bien l'Assemblée refusait de légiférer à part en faveur de Paris, elle ne lui accordait aucun avantage. Or, dans l'orgueil où l'avait mis sa résistance aux Prussiens, ' pareil traitement lui semblait une véritable indignité. De telle sorte que les essais de transaction, loin de produire l'apaisement espéré, ne faisaient qu'accroître la colère de Paris contre l'Assemblée.

Dans ces conditions la résistance au Comité central ne pouvait ni s'étendre, ni durer. Cette partie de la population que les maires se flattaient de rallier, si M. Thiers et l'Assemblée eussent fait droit à leurs demandes, continuait à se désintéresser de la chose publique et s'abstenait; les classes populaires, en lisant les discours tenus à Versailles pour flétrir une insurrection à laquelle elles avaient participé, sentaient leur haine grandir et adhéraient d'autant plus au Comité central. Il ne restait donc aux maires que les quelques mille gardes nationaux groupés autour de l'amiral Saisset, et encore mal armésS presque sans munitions et découragés par la vue de leur petit nombre, devant l'immense armée des fédérés.

Lorsque l'impuissance des maires à obtenir des concessions fut démontrée, le Comité central crut le moment venu d'agir. Dans son Journal officiel du 24- mars, après avoir récapitulé ses griefs contre l'Assemblée, il déclarait que, pour assurer le triomphe du peuple et la victoire de la République, il fallait élire immédiatement la Commune. Il rendait en même temps un décret, appelant trois

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