F. Damé, La résislance, p
avec le Comité central, personne dans Paris n'eût consenti à soutenir les maires au risque d'une bataille, dans le seul but de retarder les élections de quatre jours! Les délégués du Comité central, sûrs de leur avantage, se montraient donc inébranlables, déclarant au reste que, si les maires ne voulaient se prêter au voie le lendemain, ils se sentaient assez forts pour y procéder seuls. Les maires résistaient encore, lorsque le rapport d'un incident survenu la veille à l'Assemblée les fit céder.
L'amiral Saisset était de son côté fort préoccupé d'éviter la guerre civile, aussi cherchait-il tous les moyens d'apaisement. Lorsque la démarche entreprise par un certain nombre de maires, sous l'égide de M. Arnaud (de l'Ariège), lui fut connue, il s'empressa de l'annoncer par une affiche. Mal renseigné, il fit des déclarations absolument erronées : ((Je m'empresse de porter à votre connaissance, disait -il aux Parisiens, que d'accord avec les députés de la Seine et les maires élus de Paris, nous avons obtenu du gouvernement de l'Assemblée nationale : l" la reconnaissance complète de vos franchises municipales; 2' l'élection de tous les officiers de la garde nationale, y compris le général en chef; S"* des modifications à la loi des échéances; 4" un projet de loi sur les loyers favorable aux locataires, jusques et y compris les loyers de 1200 francs».
Cette annonce, reçue à Paris avec satisfaction, lorsque, le 24 au soir, elle fut connue à l'Assemblée, y produisit au contraire une véritable explosion de colère. Les monarchistes, qui soupçonnaient déjà le gouvernement de M. Thiers de faiblesse envers Paris et qui redoutaient un arrangement nuisible à leurs desseins, ne doutèrent plus d'être trahis, en lisant l'affiche de l'amiral Saisset, car elle les engageait contrairement à leurs vues. Ils se réuniront en grand nombre et, dans leur inquiétude, auraient parlé de préparer la Monarchie, en nommant le prince de Joinville lieutenant-général. Le bruit de celte proposition se répand, grossit, et, le 25 au matin, l'Assemblée
passe à Paris pour avoir comploté la veille de rétablir la Monarchie. Sur cette nouvelle, la majorité de ceux des maires et adjoints qui continuaient à se réunir à la mairie du II' arrondissement, cède au Comité central et s'engage, de concert avec lui, à appeler le lendemain 26 les électeurs au scrutin; six des députés de la Seine» MM. Clemenceau, Floquet, Greppo, Lockroy, Schœlcher et Tolain participent à cet accord. Les quelques maires et adjoints demeurés hostiles à toute action commune avec le Comité central, se retirent en refusant leur adhésion.
La résistance des maires avait pris fin. L'amiral Saisset renvoyait donc les gardes nationaux groupés autour de lui, et retournait de sa personne à Versailles. Désormais le Comité central et la garde nationale fédérée possédaient Paris sans conteste.
Les maires avaient cru que, rentrés dans leurs mairies, participant aux opérations électorales, ils contre-balanceraient l'influence du Comité central. Ils espéraient ainsi que la majorité du Conseil municipal à élire pourrait être formée d'hommes d'une certaine retenue. Ils furent complètement déçus. Un grand nombre de gens riches, conservateurs, étaient absents de la ville, d'autres ne prirent point part au vote, niant le droit des maires de se prêter aux élections, ou se maintenant dans cette insouciance née de l'égal dédain inspiré par l'Assemblée et le Comité central. De la sorte les abstentions furent nombreuses et le parti de la Commune eut le champ libre. Les maires, les adjoints ou leurs partisans présentés comme candidats n'obtinrent la majorité que dans quatre arrondissements, les l'% 11% IX' et XVP. Ils se trouvèrent une quinzaine dans le Conseil élu. Les autres membres appartenaient à l'extrême parti révolutionnaire jacobin, blanquiste, socialiste et, par leur nombre, allaient exercer une autorité décisive. Dès les premières séances de la Commune, les maires virent en effet adopter une série de mesures attentatoires à tous les droits de l'État, qui enlevaient
absolument au nouveau Conseil le caractère d'un corps municipal. Ils donnèrent donc leur démission de membres de la Commune et quittèrent presque tous la ville, en butte aux attaques et à la malveillance des deux partis, entre lesquels ils s'étaient inutilement interposés.