CHAPITRE III
La Commune fut inaugurée, en grande pompe, le 28 mars, à l'Hôlel de Ville. Une estrade ornée de drapeaux rouges s'élevait devant le palais. Les membres du Comité central et les nouveaux élus l'occupaient, ceints de l'écharpe rouge. La garde nationale fédérée remplissait la place et les rues voisines. Deux membres du Comité central, Ranvier, Lavalelte, prononcent des discours accueillis par des applaudissements et les cris de Vive la Commune! Puis un autre membre, Assi, s'écrie : « Au nom du peuple, la Commune de Paris est déclarée!» Des salves d'artillerie retentissent, la garde nationale s'ébranle et les bataillons qui défilent, acclament la Commune. Après quoi elle tenait sa première séance à l'Hôtel de Ville. Le citoyen Beslay, président d'âge, expliquait dans un discours le sens à donner aux élections parisiennes; selon lui, les nouveaux élus devaient se restreindre à l'exercice d'un pouvoir purement municipal. Le même jour le Comité central déclarait ses funciions gouvernementales terminées par l'installation de la Commune. Cependant il restait constitué, pour redevenir, assurait-il, le grand conseil de famille de la garde nationale, et reprendre ainsi son rôle des débuts.
La Commune, par l'organe de son président d'âge, proclamait que ses attributions seraient exclusivement municipales, puis aussitôt se démentait. Dès ses premières
séances elle usurpait en effet sur tous les droits de l'État. Elle changeait les doyens des Facultés de droit et de médecine, abolissait la conscription, décrétait qu'aucune autre force militaire que la garde nationale ne pourrait être créée ou introduite dans Paris, interdisait l'affichage des écrits venus du gouvernemeut de Versailles. Le garde des sceaux, M. Dufaure, avait déposé à l'Assemblée nationale un projet de loi sur les loyers arriérés; il accordait aux locataires des délais de payement, sans aller jusqu'à réduire les sommes dues. La Commune rendait, elle, un décret qui faisait remise pleine et entière des termes d'octobre 1870, janvier et avril 1871.
Les grandes villes de province, troublées depuis le 4 septembre, s'agitaient à chaque mouvement de Paris. Aussi, après le 18 mars, des tentatives ne pouvaient-elles manquer de s'y produire, pour seconder l'insurrection parisienne.
Le 24 mars, des officiers de la garde nationale délibéraient à Lyon s'ils adhéreraient à l'Assemblée de Versailles ou à la Commune de Paris. La majorité pencha vers celte dernière, et, dans la soirée, la garde nationale des faubourgs, mise sur pied, s'emparait de l'Hôtel de Ville. La Commune fut proclamée et une Commission municipale établie; mais dès le lendemain elle tomba dans l'isolement. Le général Crouzat s'était maintenu à la gare de Perrache avec les troupes sous ses ordres, les gardes nationaux fidèles au gouvernement se ralliaient à lui. Menacée d'une attaque et délaissée de ses partisans, la Commission municipale abandonna l'Hôtel de Ville dans la nuit du 24, annonçant, par une proclamation, qu'elle résignait son mandat. La Commune lyonnaise s'évanouit ainsi d'elle-même. Il n'y eut plus à Lyon qu'une émeute, à laGuillotière, le SO^avril, que le préfet, M. Valentin, comprima énergiquement.
Les socialistes avaient tenté de proclamer la Commune à Saint-Élienne dès le 31 octobre. Le 25 mars, ils s'em-
parent de l'Hôtel de Ville. La préfecture est contiguë et le préfet, M. de l'Espée, demeure leur prisonnier. Il était gardé dans la grande salle de l'Hôtel de Ville par un ancien proscrit nommé Fillon, une sorte de fou^ qui au milieu du tumulte avait perdu tout sang-froid. La nuit, la foule surexcitée pressait en vain le préfet de reconnaître la Commune; à un moment où elle devient particulièrement menaçante, Fillon décharge son revolver, tue un des assistants et en blesse un autre. Immédiatement, les homme > armés, dans la salle, abaissent leurs fusils et font feu. Fillon est tué avec M. de l'Espée. Le lendemain un comité insurrectionnel dominait la ville, mais le meurtre du préfet soulevait une telle réprobation que personne ne se ralliait à lui. Deux jours après, à l'arrivée de quelques troupes, il vida l'Hôtel de Ville et ses partisans déposèrent les armes.
A Toulouse, les gardes nationaux insurgés, après s'être emparés du Capiiole, nommèrent une Commission executive. Elle chercha à dissimuler son caractère insurrectionnel, dans l'espoir de rallier une partie des républicains demeurés fidèles au gouvernement de Versailles, mais sans y réussir. Le général s'était retiré à l'arsenal, que les gardes nationaux n'osèrent attaquer. Le 27, M. de Kératry, nommé préfet, reprit possession de la ville à la tête des troupes. La Commission executive se soumit par un manifeste.
La Commune avait été proclamée à Narbonne, le 23 mars, par Digeon, devenu maître de la ville, après avoir désarmé les quelques soldats de la garnison. Digeon avait élevé des barricades, refusé le pardon offert s'il se soumettait et montré la détermination de se défendre à outrance. Cependant il se vit abandonné des siens le 31 mars, lorsque le général Zeutz arriva pour reprendre la ville, et l'ordre fut rétabli sans effusion de sang.
Les partisans de la Commune s'insurgèrent à Limoges