os^.q\, Papiers posthumes
dictature et des trahisons, le Comité de salut public déléguait aussitôt un membre de la Commune auprès de chacun d'eux, à litre de commissaire civil,
La Commune, déjà réduite à prendre ses généraux parmi des officiers subalternes, devait former les cadres de la garde nationale avec des hommes dépourvus de toute science militaire. Aussi ne pouvait- elle organiser ces services de guerre et ces corps spéciaux qui exigent des connaissances techniques. Elle demeurait sans intendance, sans véritable état-major, privée de cavalerie et d'artillerie de campagne. Elle ne pouvait même utiliser comme pièces de position qu'une faible partie des canons entre ses mains, tant les artilleurs se trouvaient peu nombreux parmi les gardes nationaux fédérés.
Les membres du Comité central, de la Commune et leurs partisans ne cessaient de répéter qu'ils sauraient repousser au rempart toutes les attaques des Versaillais, mais qu'enfin, au cas où l'enceinte de Paris serait forcée, ils poursuivraient derrière les barricades une résistance inébranlable. L'érection anticipée de barricades, comme moyen de défense intérieure, était ainsi devenue un grand souci et donnait lieu à toutes sortes de projets. La Commune chargea de la construction et de l'armement des barricades le citoyen Gaillard père, avec le titre de commandant des barricadiers. Les ouvrages à établir ne pouvaient prendre de réelle valeur qu'autant qu'ils seraient distribués avec art, en lignes combinées, sur des positions choisies. Mais Gaillard, cordonnier de son état, ignorait la science de l'ingénieur. Il se contenta d'élever, sur certains points, au Trocadéro, à la place de la Concorde, des barricades très fortes en elles-mêmes, toutefois isolées et par conséquent faciles à tourner. A la fin le vice des travaux apparut et Gaillard, dont l'incompétence frappait désormais tous les yeux, donna sa démission le 15 mai. La Commune n'eut point le temps d'entreprendre des ouvrages supplémentaires; aussi les Versaillais, entrés dans Paris, surent- ils éviter les barricades
construites par Gaillard, en les tournant par les rues latérales.
La Commune disposait sur le papier d'une immense armée. Les états publiés le 5 mai au Journal officiel portent les gardes nationaux touchant la solde à 190 000, 94- 000 sédentaires et 96 000 dans les bataillons de marche. En réalité le chiffre des hommes sous les armes resta toujours fort inférieur à ce dénombrement. Beaucoup en effet, qui par crainte n'osaient refuser le service d'une manière ostensible, savaient se soustraire à l'appel, quoique inscrits sur les rôles. Puis les chefs de bataillon, dans le désir de plaire, les officiers payeurs, pour accroître le montant de la solde à palper, se laissaient facilement entraîner à gonfler les effectifs. Malgré cela, le nombre des défenseurs de la Commune se fût encore trouvé énorme, si tous ceux qui se rendaient à Tappel eussent agi par dévouement. Mais ils ne prenaient en majorité les armes que parce que la Commune maîtresse de Paris les y contraignait, ou, s'ils le faisaient de plein gré, c'était dans le seul but de toucher une paye. Car, faute de travail, la solde de la garde nationale était devenue indispensable à une grande partie de la population.
On peut évaluer de 40 à 50000 le nombre des gardes nationaux qui se battaient résolument; cependant, comme ils restaient confondus avec ceux qui d'abord lâchaient pied ou n'opposaient qu'une faible résistance, leur courage se produisait presque toujours en pure perte. On éprouvait toutes sortes de difficultés à entreprendre une opération quelconque. Il était impossible de prévoir au juste l'effectif d'un appel. Selon l'esprit du jour ou l'opinion des quartiers, le même nombre de bataillons convoqués donnait un chiffre d'hommes fort différent. Souvent, lorsque les postes sont exposés, ceux qu'on y met se refusent à les tenir. On avait institué une cour martiale, d'abord présidée par Rossel, pour connaître des cas de désobéissance le*s plus graves; elle prononça, diverses fois, la peine de mort. La Commune n'osa exécuter les juge-
ments qu'elle commua en détention, et la cour martiale, incapable après cela d'inspirer de terreur, ne put imposer la discipline. Ne sachant jamais, quand on relevait un bataillon sur un point périlleux, si celui qu'on désignerait après lui répondrait à l'appel ou bien comment il se comporterait réuni, on maintenait indéfiniment au danger les bataillons éprouvés; de la sorte, pendant que certains s'épuisaient aux remparts ou aux avancées, les autres louchaient la solde à l'intérieur sans faire aucun service utile. Le désordre de l'administration et du commandement, l'ignorance des officiers, l'indiscipline des hommes rendaient donc infructueux les actes de courage individuels, et chaque jour la garde nationale fédérée perdait du terrain devant l'armée de Versailles.
Lorsque M. Thiers et les ministres avaient abandonné Paris, ordonnant aux fonctionnaires et aux employés de les rejoindre à Versailles ou tout au moins de ne point servir l'insurrection, les administrations publiques s'étaient désorganisées. La Commune avait essayé de les rétablir^ sous la direction de ceux de ses membres ou de ses partisans que des aptitudes spéciales semblaient recommander. A la Poste, à la Monnaie, dans les ministères, aux mairies d'arrondissement, les nouveaux chefs tâchaient de faire fonctionner les services à l'aide de quelques employés subalternes promus en grade et d'un personnel improvisé. Les résultats obtenus étaient des plus médiocres, et aucune des administrations n'eût répondu aux besoins, si l'activité de la ville, au lieu d'être suspendue, eût suivi son cours habituel.
Un des premiers soins des vainqueurs du 18 mars avait été de s'assurer des ressources financières. Grâce à cette double face qui en faisait à la fois un pouvoir municipal et un gouvernement, la Commune s'appliquait, sans distinguer, le produit des impôts et des taxes perçues séparément, en temps normal, par la ville de Paris et par l'État. Malgré ce cumul, les rentrées étaient faibles. Les percepteurs s'étaient retirés emportant leurs rôles. D'ailleurs
les contribuables, avertis que les sommes versées ne seraient point reconnues plus tard par le fisc, se refusaient à rien payer. La Commune n'obtenait donc qu'une somme insignifiante de l'impôt direct ou mobilier. Les recettes de •l'octroi, principale source du revenu municipal, étaient fort réduites, puisque la ville en partie investie ne recevait presque plus de denrées. Jourde, délégué aux finances, avait trouvé dans les caisses du Trésor 4 658000 francs ; les impôts, contributions, redevances de toute nature ne produisaient, pendant son administration, que 24 millions environ : or, comme les dépenses devaient s'élever à plus de 46 millions, il lui avait fallu combler le déficit. Il s'était adressé, dans ce but, à la Banque de France.
La solde de la garde nationale constituait la principale dépense, chaque jour près de 350000 francs ^ La Commune n'eût pu sans risques mettre le moindre relard à la payer; aussi, lorsque le Trésor élait vide, se tirait-elle d'embarras en recourant à la Banque. Son secours lui était ainsi devenu indispensable et, pour se l'assurer, elle y avait délégué un de ses membres, le citoyen Beslay. Celui-ci, homme modéré, s'était entendu avec le sous-directeur, M. de Plœuc, demeuré à son poste. Il lui avait promis des ménagements; la Commune s'abstenait en effet d'occuper la Banque et la laissait à la garde du bataillon formé par les employés; mais il fut admis qu'elle y puiserait. Chaque fois que le délégué aux finances en sentait le besoin, il envoyait donc une réquisition. Le sous-directeur, protestant d'abord, cherchait à faire réduire la somme demandée le plus possible, puis il cédait, sur la remarque péremptoire de Jourde et de Beslay, que le payement exigé était pour la Banque la rançon de son existence. Les délégués aux finances et à la Banque éprouvaient en effet de grandes difficultés à contenir les violents de la Commune, qui voulaient qu'on s'emparât, d'un seul coup, de toute l'encaisse et du portefeuille. La Commune, même au der-