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LE GOUVERNEMENT DE LA COMiMUNE. 75
durent s'expliquer. La minorité de la Commune, qui voyait avec inquiétude les empiétements du Comité, s'éleva contre ses exii^ences et proposa même de faire arrêter ses membres. La majorité ne prit aucune résolution, laissant le Comité de salut public libre de décider. Celui-ci fit alors le partage d'attributions réclamé par le Comité central. Rossel dut se résigner à voir son autorité amoindrie. Il eut bientôt à subir une nouvelle atteinte. Le Comité de salut public, toujours inspiré par Félix Pyat, remit à Dombrowski le commandement de toutes les forces actives. Rossel obtint, il est vrai, le retrait de cette mesure, mais il n'en demeura pas moins annihilé par le Comité central. L'anarchie la plus complète régnait au ministère de la guerre. On avait été obligé d'y recruter, à la hâte et de toutes mains, des commis, pour remplacer ceux, qui sur l'ordre du gouvernement de Versailles, avaient quitté leur poste. L'unité de direction qui eût seule permis le bon emploi d'un personnel ainsi improvisé manquant absolument, les conflits et le désordre s'étendaient à toutes les parties du service. Le 9 mai, le fort d'Issy était définitivement occupé par les Yersaillais, et Rossel, tenu responsable, quoique sans autorité, donna sa démission.
La perte du fort d'Issy fit chercher des remèdes aux conflits dont souffraient les affaires de la guerre. La Commune écarta du Comité de salut public Félix Pyat, pour avoir soutenu les prétentions du Comité central. Elle mit à la guerre Delescluze qui, par son ascendant, était l'homme le plus capable de se faire obéir dans les bureaux. Et comme il ne pouvait se produire de revers sans qu'on soupçonnât les chefs, elle décida l'arrestation de Rossel, accusé d'avoir laissé prendre le fort d'Issy. Il se présenta à l'Hôtel de Ville, sous la garde d'un membre du premier Comité de salut public, Gérardin, pour être interrogé par la Commune; lorsque, informé que le président de la cour martiale chargée de le juger était un homme indigne, un certain Collet qu'il avait vu
défaillir au combat^, il s'évada avec son gardien et se tint caché.
Le désordre s'étendait des bureaux de la guerre aux opérations sur le terrain. La Commune, par les mêmes motifs qui l'empêchaient de se donner un président permanent, évitait de mettre à la tête de ses forces un général en chef. Quand les délégués à la guerre avaient été des officiers comme Cluseret et Rossel, ils avaient pu suppléer, dans une certaine mesure, à l'absence du commandement supérieur ; leur connaissance du métier leur avait permis de suivre tout au moins sur le terrain l'exécution des ordres donnés; mais lorsque le délégué fut un civil, Delescluze, il dut se restreindre, dans le cabinet, aux soins ministériels et alors la privation d'un général, exerçant le contrôle au dehors, se fit cruellement sentir. Les chefs auxquels la Commune avait distribué des commandements n'étaient point propres à remédier au manque de direction supérieure. En même temps que des officiers qui, sans avoir atteint les hauts grades dans les armées, étaient cependant instruits et expérimentés, fîombrowski, Wrobleski, La Cécilia, le Comité central et la Commune avaient nommé généraux des hommes à peine initiés aux connaissances militaires, tels que Brunel, un ex-lieutenant de chasseurs d'Afrique, et Bergeret, un ^mcien sergent, ou même sans aucune notion appropriée, comme Duval, un ouvrier fondeur, et Eudes, un ancien étudiant en médecine. Cependant le désaccord de chefs trop nombreux et l'inexpérience de ces généraux absolument improvisés étaient de telles causes de défaite que la Commune dut enlever les principaux postes aux chefs trop ignorants. A la fin, lorsqu'elle trembla pour son existence, elle concentra le commandement aux mains de ses meilleurs officiers. Dombrowski, Wrobleski, La Cécilia furent ainsi placés à la tête de trois armées censées mises sur pied; mais, toujours poursuivi de la crainte de la