‹ Histoire de France de 1870 à 1873 (volume 2)Chapitre 52 sur 102 · Lissagaray, Hisloire de la Commune, p · texte numérisé non relu

Lissagaray, Hisloire de la Commune, p

i. Lissagaray, ihid., p. 379. — Louis Fiaux, Histoire de la Commune, p. 510.

leurs façons dédaigneuses indisposaient depuis longtemps la garde nationale, et maintenant qu'à l'heure du danger, on s'apeiçoit de leurs précautions, c'est de la colère qu'ils inspirent. L'un d'eux, le comte de Beaufort, ayant rang de capitaine, est rencontré, le 24 au malin, par des hommes qu'il avait précédemment menacés de punition. Il est saisi, conduit houlevard Voltaire, au bureau d'un commandant. On l'accuse de trahir; on demande sa mort. Il se défend et prouve qu'il a loyalement servi, si bien que les hommes entrés dans la salle consentent à le laisser libre, mais les autres, au dehors ne veulent entendre à rien. Delescluze, venu sur les lieux, essaye en vain de les calmer. Ils menacent tous ceux qui s'opposent à leur vengeance, entraînent le comte de Beaufort dans un terrain vague et le passent par les armes.

Aux édifices livrés aux flammes dans la nuit du 23, les fédérés en ajoutaient de nouveaux le 24. Ils devaient ainsi poursuivre l'œuvre de destruction jusqu'au dernier jour. Ferré, avant d'abandonner la Préfecture de police, qu'il occupait comme délégué à la sûreté, y fit préparer l'incendie, ainsi qu'au Palais de Justice attenant. Des circonstances fortuites et la promptitude des secours au départ des fédérés limitèrent cependant les ravages du feu. L'ancienne Préfecture de police, les cours d'assises, la salle des Pas-Perdus, la bibliothèque des avocats, les chambres correctionnelles, le bureau de l'état civil furent seuls détruits. Le matin, pendant qu'on préparait l'incendie, Ferré se rendait au dépôt de la Préfecture de police. Il y prit Georges Veysset, détenu comme agent versaillais, et, sur le terre-plein du Pont-Neuf, le fit fusiller par les Vengeurs de Flourens. Le corps fut jeté à la Seine. Ferré, revenu au dépôt, demanda de nouveaux prisonniers. Les gardiens trouvèrent des prétextes pour ne pas les livrer et surent gagner du temps. L'incendie s'étendait à des bâtiments contenant de la poudre, qui pouvaient sauter, les soldais versaillais apparaissaient sur les quais, près du Pont-Neuf; aussi Ferré, abandonnant

les otages, se retira-t-il précipitamment avec sa suite. Dès l'avant-veille, il avait donné l'ordre à la prison de la Santé de fusiller ceux des otages qu'elle renfermait, si les Yersaillais attaquaient le quartier ^ Le directeur et ses employés désobéirent, le moment venu, et sauvèrent leurs prisonniers.

Cependant le 24, dans l'après-midi, l'Hôtel de Ville se trouva menacé. Quoiqu'il fût encore entouré de barricades, les larges voies environnantes, où les Versaillais avançaient graduellement, rendaient une plus longue défense incertaine. Les membres de la Commune présents sur le lieu décidèrent, malgré l'avis de Delesckize^ qui jugeait la retraite prématurée, de se transporter dans les quartiers dévoués, voisins de Belleville, à la mairie du XP arrondissement, boulevard Voltaire. Le Comité de salut public, les délégués à la guerre et à la sûreté s'y rendirent aussitôt, pendant que le Comité central retournait siéger rue Basfroi, derrière la Bastille. Les hommes abandonnant l'Hôtel de Ville avaient résolu d'en faire un monceau de ruines. La profusion avec laquelle le pétrole fut répandu et le temps que l'incendie eut de s'étendre, amenèrent son entière destruction. La perte de ce monument, qui avait servi de théâtre à quelques-uns des plus grands faits de leur histoire, devait être très sensible aux Parisiens. Avec lui périrent plusieurs belles œuvres des peintres contemporains et une riche bibliothèque. Le feu était mis en même temps, aux alentours de THôtel de Ville, à la mairie du IV^ arrondissement, au Théâtre-Lyrique, et à plus de trente maisons de l'avenue Victoria, de la rue de Rivoli, du boulevard de Sébastopol et des rues voisines. Ce quartier devint un nouveau centre d'où se répandirent l'horreur et l'épouvante. Sur les boulevards, l'incendie dévorait

1. Procès Caullet. Déposition Caullet {Gazelle des Tribunaux, 9-19 octobre 1871).

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