Général Boyer, ibùi., t. IV, p
communication, le 18 au matin, des offres de M. de Bismarck. Dans le Conseil, une minorité, dont le général Frossard faisait partie, montrait en toute occasion son attachement à l'Empire; mais, en somme, la majorité répugnait à se laisser entraîner sur le terrain politique. Déjà, le 10 octobre, les généraux avaient hésité à sanctionner des ouvertures faites sous le couvert d'une convention militaire ; maintenant qu'il s'agissait d'un pacte éclatant avec l'ennemi impossible à déguiser, leur résistance devait s'accroître. Le général Boyer se chargea de la vaincre. Dans sa première entrevue à Versailles, il était resté trois heures en conversation avec M. de Bismarck. Celui-ci avait traité toutes sortes de sujets, donné son opinion sur le gouvernement de la Défense nationale, parlé du voyage de M. Thiers en Europe*, surtout exposé sous de sombres couleurs l'état de la France: elle était dans le désarroi, le gouvernement de la Défense nationale n'était pas reconnu partout, le drapeau rouge flottait à Lyon, dans l'Ouest le parti clérical allait vraisemblablement s'agiter. Même il avait dit qu'il ne croyait pas rencontrer de résistance dans le Nord ; certaines villes de celte région ne devaient pas être éloignées d'appeler des garnisons prussiennes pour leur sécurité ; il est vrai, avait-il ajouté, que c'étaient des villes manufacturières, Roubaix, peut-être aussi Rouen. Le général Boyer, dans le récit qu'il fait au Conseil de guerre de sa mission, répète, en le chargeant, le sinistre exposé de M. de Bismarck, et le point le plus douloureux, celui de villes appelantl'ennemi, qui lui a été présenté comme simple hypothèse éventuelle, il le transforme en événement déjà survenu et dit aux généraux : « Rouen et plusieurs autres villes ont, pour leur sécurité, appelé des garnisons prussiennes. i> M. de Bismarck lui avait remis des journaux qui eussent infirmé son récit, il se garde d'en donner connaissance^.