‹ Histoire de France de 1870 à 1873Chapitre 172 sur 178 · Voy. Baldamus, Literatur des deutsch-frafuônsche Krieges · texte numérisé non relu

Voy. Baldamus, Literatur des deutsch-frafuônsche Krieges

crimes, vrais ou supposés, que pouvait fournir une longue suite de siècles.

Quant à eux, ils ne savaient assez s*atlmirer. L'idée qu'ils possèdent en propre quelque chose de plus que les autres hommes, que leur force, leur sagesse, leurs vertus sont incomparables, se fait jour de toutes parts. Et cependant, au moment où cette croyance leur venait, tout montrait au contraire sa fausseté, car les particularités se manifestant chez eux étaient les mêmes qui, en France, s'étaient produites dans des circonstances analogues. Aujourd'hui en Allemagne, comme autrefois en France, nulle retenue dans la victoire, le désir de jouir en entier des avantages présents, sans préoccupation des retours de l'avenir, et, comme conséquence, de ces blessures infligées au vaincu dont l'oubli lui devient impossible.

L'Europe, au spectacle de la guerre entre la France et l'Allemagne, avait fini par ressentir une horreur profonde. Elle s'était déshabituée de ces luttes, où les peuples se combattent jusqu'à épuisement, l'un pour la conquête, l'autre pour la vie. Dans l'histoire, toute la partie sauvage de la guerre avait été perpétuellement tenue dans l'ombre, les actions d'éclat, les batailles et les victoires avaient seules fait l'objet des récits. L'imagination, de toute antiquité, avait d'ailleurs paré la guerre de ses couleurs brillantes, elle y avait mis la « gloire », les guerriers étaient devenus des « héros », les chefs victorieux des empereurs et des demi-dieux. En dernier, la littérature et les arts français, demeurés dans la tradition du classicisme latin et éblouis par les victoires nationales, avaient tout à fait idéalisé le métier des armes. Le tableau que l'on avait sous les yeux redonnait aux choses leur vraie physionomie.

Au dix-neuvième siècle les peuples s'étaient rapprochés, le développement de la culture et de la compréhension avait élevé la moralité et adouci les mœurs. Et avec la rapidité et l'abondance jusqu'alors inconnue des nouvelles, la guerre perdait son lustre et s'avilissait. A la vue de ces scènes de carnage, de ces populations vaincues et dé-

pouilléesy de ces milliers de victimes innocentes, de l'étalage que fait à côté de cela le victorieux de sa joie et de son insolence, les spectateurs n'éprouvaient plus qu'un pénible serrement de cœur. Jusqu'à ce jour, la conception de « l'héroïque )> dans la guerre et du « héros » sur le champ de bataille avait été associée à un déploiement de force individuelle, se produisant dans une action dramatique; mais les énormes armées modernes munies d'engins perfectionnés, dirigées par des généraux devenus des savants de cabinet, ne laissant plus place à l'imagination et appelant, au contraire, la raison à juger froidement, celle-ci se révoltait à voir les découvertes de la science, appliquées à un objet qui frappait d'horreur l'être sensible.

L'armée allemande ne devait donc point hériter du prestige poétique qui avait entouré Tannée française : douée à tous les yeux d'une force incomparable, elle n'inspirait aucune sympathie. A la fin de la guerre, l'Allemagne, par la dureté montrée au vaincu, avait perdu une partie de sa bonne renommée, et cette sérénité, majestueuse, qu'on s'était plu à lui attribuer, en étendant à la nation entière les qualités personnelles du grand Gœthe.

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