F. Strauss, Briefe an Emtt Renan, p
que le retrait des sympathies de l'Europe, à mesure que la guerre se prolongeait, les impressionnât désagréablement, le trouble et l'eiïroi suscités par leurs victoires les remplissaient d'aise, leur donnant la sensation de leur force nouvelle. Âh ! on tremblait devant eux, on se plaignait de leur dureté ! Au moins on ne les traiterait plus de rêveurs et de maîtres d'école 1 Leur patriotisme si longtemps contrarié, maintenant qu'il se satisfait, prend le caractère d'une passion farouche, jalouse de tout partage. Il assume cette forme rétrécie du patriotisme antique, qui ne conçoit l'amour du pays qu'accompagné de dédain envers l'étranger. Tout ce qui à l'intérieur n'est pas exclusivement national, tout ce qui, en politique ou en religion, peut avoir des affinités avec des formes analogues hors des frontières, est regardé d'un mauvais œil, tenu pour suspect, ou même dénoncé comme coupable envers la patrie allemande.
Pendant que la guerre se poursuivait, en Allemagne, les journalistes, les prédicateurs S les hommes politiques s'élevaient contre la France, pour exiger son châtiment et empêcher qu'on ne lui Ht la moindre concession. Elle était dénoncée comme une nation que sa légèreté, ses vices, sa corruption avaient précipitée dans une irrémédiable décadence. Quelques socialistes, qui demandent seuls que la France républicaine soit ménagée, sont sommairement mis en forteresse, tenus coupables de lèse-patrie. L'opprimé, le vaincu a la mémoire longue et, chez lui, le souvenir des offenses se conserve vivant. Les entreprises que les Français avaient pu autrefois se permettre contre l'Allemagne, leur étaient maintenant rappelées, sans souci des dates, comme autant de dommages à réparer. Avec cette méthode d'accumuler les faits, il n'existait plus d'époques historiques et de différence de culture entre les divers âges; le temps présent se trouvait chargé de tous les