CHAPITRE II
L'armement de Paris avait été commencé sous le, ministère de Palikao ; mais la chute de l'Empire était survenue si rapide, qu'au 4 septembre il était loin d'être achevé. A partir de ce jour on hâte les travaux, on coupe les routes, on élève des portes, on rase les maisons devant les remparts, on barricade les avenues et rentre les approvisionnements. La mise en état des murs et des forts, d'une place immense comme Paris, avec la construction des embrasures, blindages, traverses, abris pour les hommes et les poudres, nécessitait d'énormes travaux et, malgré toute diligence, les ouvrages ne furent définitivement terminés qu'au milieu d'octobre. On avait employé aux constructions les ingénieurs civils. Avec l'aide de l'industrie privée, le ministre des travaux publics, M. Dorian, put fondre et armer des canons, transformer les vieux fusils en fusils à tir rapide, plus tard fabriquer des chassepots.
La fortification de Paris comprenait une enceinte bastionnée de 34 kilomètres de tour, avec quinze forts et six redoutes détachés. Le mur d'enceinte, divisé en neuf secteurs, six sur la rive droite et trois sur la rive gauche, fut assigné aux bataillons de la garde nationale, qui s'y répartirent d'une manière fixe. On arma les forts et les remparts de 200 canons du plus gros calibre fournis par la marine et de 2500 pièces prises dans les arsenaux. Sur la Seine
LE 3t OCTOBRE, stationnaient des batteries flottantes et des canonnières blindées. Les ouvrages de Paris avaient été tracés en llSiO et depuis la portée de l'artillerie s'est tellement accrue qu'ils ne suffisaient plus à proléger la ville conire un hoinbardement. Les forts du sud se trouvaient surtout dominés à une courte distance. On s'était mis à construire, pour masquer ce point faible, une redoute sur la hauteur de Chatillon et des ouvrages au Moulin-Saquet et aux Hautes- Bruyères, en avant des forts d'Ivry et de Bicêtre; les travaux inachevés avaient été abandonnés lors du combat de Ch&titlon. Le 23 septembre, une sortie, à l'aube du jour, permit de réoccuper Villejuif, le Moulin-Saquet et les Hautes-Bruyères et, dans cette direction, la ville n'eut plus à craindre le bombardement.
On avait puisé à toutes les sources pour constilui^r l'armée de défense, La marine donnait 14000 matelots, répartis entre six forts ou formés en une division mise, à Saint-Denis, sous les ordres de l'amiral de la Floncière. On avaitfaîtvenir des douaniers, des gendarmes, des gardes forestiers. Les 13' et ii' corps, les recrues, les hommes pris dans les dépôts, quelques échappés de Sedan, composaient les troupes de ligne, 70000 à 80000 hommes. Les corps francs s'élevaient à 15 000 hommes, la garde mobile à 115000, 100000 environ venus des départements et le reste tiré de Paris. Les mobiles étaient arrivés en blouse, avec de vieux fusils, on dut les équiper et les exercer. Il fallait enfm accoutumer au feu toutes ces recrues et relever le moral du véritable noyau de l'armée, les 13' et 14' corps; on livrera dans ce but plusieurs combats.
Les Prussiens en arrivant sous Paris avaient examiné les divers moyens à employer pour le réduire. Quoiqu'on ne put leur opposer que des troupes sans solidité, l'enceinte H l'abri de l'escalade et la force des ouvrages extérieurs leur laissaient peu d'espoir de réussir dans une all^nine brusquée de vive force. Du reste, s'ils tentaient un ;i--^nii repoussé, l'échec serait grave et diminuerait le pi'<'-.iii;i; qu'ils tiraientde victoires ininterrompues. Leur état-MiiLjor,
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établi à Versailles avec le roi Guillaume, se borna donc à envelopper Paris de manière à obtenir un blocus rigoureux. Les trois corps de Tarmée de la Meuse, IV% XII* el la garde, s'étendirent de Croissy à droite à la Marne à gauche, leur front passant par Bezons, Ârgenteuil, Épinay, Pierrefitte, Stains, Dugny, le Bourget, Sevran, Livry, Chelles. La troisième armée tint le reste du périmètre, les Wurtembergeois sur la Marne à Noisy-le-Grand, Villiers, Cœuilly et Champigny; les XP corps, VP, IP bavarois, V" occupant à la suite Chennevières. Sucy-en-Brie, Mont- Mesly, Choisy-le-Roi, Thiais, Chevilly, THay, Bourg-la- Reine, Bagneux, Châtillon, Clamart, Bellevue, Sèvres,. Saint-Cloud, Garches et Bougival. Sauf des changements de détail, ces dispositions furent maintenues jusqu'à la fin du siège.
La première grande sortie des défenseurs de Paris eut lieu le 30 septembre. Lé 13' corps, partant du Moulin- Saquet et des Hautes-Bruyères, s'élança sur Thiais, Chevilly et THay; son but était d'élargir de ce côté le cercle d'investissement et de détruire un pont de bateaux jeté sur la Seine à Choisy-le-Roi. Mais il trouva les villages transformés par des barricades et des levées de terre en véritables forteresses. A peine put-il s'emparer momentanément de quelques maisons. Repoussé, après trois heures de combat à découvert contre un ennemi presque invisible, il avait perdu cinq fois plus d'hommes que lui, 2000 contre 400.
Le 13 octobre, une reconnaissance fut dirigée des forts de Montrouge et de Yanves sur Bagneux, Clamart et Châtillon. On y employa environ 20000 hommes fournis par le 13" corps et les bataillons de mobiles les meilleurs, que l'on commença à joindre aux soldats de la ligne. Les troupes sorties de Paris brusquent l'attaque, prennent Bagneux et Clamart aux Bavarois, puis se portent sur Châtillon et l'enlèvent en 'partie. Mais les Bavarois se maintinrent dans le haut du village ou des renforts leur arrivaient. La reconnaissance, en révélant les positions
des assiégeants, avait atteint son but; on se repliait donc successivement de Châtillon sur Bagneux. et Clamart et de là sur les forts. Les pertes se balançaient, environ 400 hommes de chaque côté.
La presqu'île de Gennevilliers, par sa configuration et celle des alentours, offrait de grands avantages pour tenter une percée au dehors, aussi les généraux se proposaientils de l'utiliser dans ce but. Cependant l'ennemi, établi à Bougival et déjà maître de Chatou et de Bezons, poussait ses avant-postes jusqu'à Rueil, dans un bas, où il était à couvert du Monl-Valérien. Par là il eût pris de flanc les défenseurs de Paris qui eussent voulu traverser la presqu'île *. Le général Ducrot, pour en dégager les abords, se porte, le 21 octobre, à la tète de 10000 hommes pris dans le 14** corps et les mobiles, sur les positions prussiennes vers Bougival. Il enlève d'abord le château et le parc de la Malmaison, puis attaque la hauteur de la Jonchère. Là l'ennemi se maintient et, bientôt renforcé, rentre dans le parc de la Malmaison. Le général Ducrot se retira d'une façon décousue, en perdant deux canons. Les Prussiens revinrent sur leurs positions à Bougival et à la Malmaison, mais s'abstinrent désormais de s'étendre plus avant vers le Mont-Valérien.
Ces engagements avaient relevé le moral de l'armée. Le doute ressenti le soir du combat de Châtillon, lorsqu'on s'était demandé si l'on réussirait à se défendre, même derrière les murs, avait donc complètement disparu. Les craintes qu'on eût pu éprouver de voir fléchir les Parisiens s'étaient également dissipées. Paris, sombre et sévère, cessait d'être une ville de luxe et de plaisirs; ses habitants se transformaient en soldats, prêts à tout pour assurer le salut du pays, ils se sentaient élevés par la grandeur du but poursuivi au-dessus du découragement et de la faiblesse.. Mais cette tension d'âme, si elle était une source de constance, produisait une sensibilité ex-