Général Tamisier, Enquête parlementaire, t. H, p
ibO HISTOIRE DE FRANGE DE 1870 A 1873.
raient^. Insultés et en butte aux invectives, ceux-ci veulent protester; les cris, les imprécations, le roulement du tambour, le va-et-vient des envahisseurs couvrent leur voix. H. Rochefort, pour parler, monte sur la table des délibérations; il a lui-même, comme membre du gouvernement, perdu son influence et n'est point écouté. Sorti de la salle, il invite encore la foule, dans le vestibule, à se retirer; n'obtenant aucune attention, il quitte les lieux.
Flourens arrive acclamé. Il monte sur la table avec Millière. Tous deux s'efforcent en vain de dominer le tumulte; de guerre lasse, Millière descend. Flourens resté seul finit par obtenir le silence et Taccord de ses hommes: ensemble ils demandent que le gouvernement se démette. Le cri: t La démission ! > part de tous côtés. Un papier est présenté à cet effet à la signature du général Trochu et de ses collègues, qui le repoussent d'une façon péremptoire.
Flourens passe outre. Il dit à ses hommes qu'ils viennent de renverser un gouvernement, qu'il s'agit d'en constituer un nouveau. Il donne les noms qui doivent être acclamés et soumis au peuple sur la place. Il se nomme le premier — on murmure, — puis désigne Mottu, Victor Hugo, Louis Blanc, Delescluze, Blanqui, Avrial, Rasp^il, Félix Pyat, Millière, Ledru-Rollin, Ranvier^, Rochefort dont le nom soulève des protestations, Dorian qui esi au contraire salué par d'unanimes applaudissements. Son activité et son intelligence,comme ministre des travaux publics, pour la fabrication des armes et les travaux de défense, avaient mis M. Dorian tout à fait en vue. Les hommes de guerre n'inspiraient plus aucune confiance et c'est lui qui tiré de la sphère secondaire, où il s'était signalé, devait maintenant diriger au premier rang la défense. A l'appel de son nom, M. Dorian monte sur la table, il refuse d'abandonner ses collègues, dit qu'il veut se renfermer dans ses
1. iules Simon, Souvenirs du A Septembre, L II. p. 138. — Génênl Trochu, La politique et le siège de Parts, p. 11^ t, Flourens, Ports livré, p. 140.
attributions spéciales, se déclare impropre au grand rôle qu'on lui offre ^ Il n'en est que davantage acclamé, on crie: «: Dorian ministre de la guerre! Dorian président du gouvernement! 3> Incapable de se faire écouler, il se rassied en renouvelant ses refus.
Flourens, qui, pour constituer le nouveau gouvernement, demande à se mettre à part, soulève d'universels murmures. Ses hommes déclarent qu'on n'agira pas comme au 4 septembre, que tout cette fois-ci aura lieu en présence du peuple. Il est obligé de céder et les chefs du parti de la Commune continueront à délibérer au milieu de la cohue.
Le sort des membres du gouvernement restait à fixer. Il faut les faire prisonniers, les retenir comme otages, les conduire à Mazas! On les fusillera en route ! Ces propositions se formulent tout haut. Néanmoins ils avaient alors des amis dans la salle. Le iOG*' bataillon de la garde nationale, appartenant au faubourg Saint-Germain, était arrivé à Tétat-major, sur la place Vendôme, à un moment où la plupart des bataillons refusaient le service. Sur l'ordre d'aller défendre l'Hôtel de Ville, le commandant Ibos avait été abandonné par une partie de ses hommes; environ quatre cent cinquante' lui étaient restes, avec lesquels il se mettait en marche. Contournant l'Hôtel de Ville, il v entrait par une porte de derrière restée ouverte. Le palais, vaste édifice, renfermait un grand nombre de cours, de galeries et d'escaliers, il était difficile à garder et à surveiller, surtout la nuit venue. Tout le monde alors dans Paris allait armé et portait un même uniforme et, une fois entremêlés, amis et adversaires de la Commune ne se distinguaient plus.
Le 106°, à l'intérieur du palais, avait occupé un escalier donnant accès sur l'antichambre de la salle où les membres du gouvernement étaient retenus. Le commandant
1. Jules Favre, Le gouvernement de la Défense nationalef t. I, p. 335.
t. ibos, Enquête parlementaire^ t. il, p. 245.
Ibos, entré dans la salle, forme le projet de les délivrer. Il groupe près de lui un certain nombre de ses hommes, dispose les autres sur Fescalîer, puis prévient de ses préparatifs le général Trochu. Celui-ci se lève brusquement et se dirige avec ses collègues vers la porte % ceux de la Commune se précipitent pour les retenir, les gardes nationaux du lOô*" veulent au contraire les emmener. Les gardes nationaux sont couchés en joue par les volontaires de Flourens, qui tenaient leurs chassepots chargés. Dans la bagarre, ils redescendent cependant Tescalier sans obstacle et sortent de l'Hôtel de Ville ; mais ils n'étaient parvenus à entraîner que le général Trochu et HM. Jules Ferry et Emmanuel Arago. Les autres, MM. Jules Favre, Jules Simon, Garnier-Pagès, général Le Flô, général Tamisier, demeuraient prisonniers. Il était huit heures du soir^.
Blanqui était arrivé à THôtelde Ville à six heures ^. Il avait signé et expédié une série de dépêches, ordre de fermer les portes de la ville, de s'emparer de certaines mairies, d'appeler les bataillons dévoués ; puis il s'était joint à Minière, Mottu, Flourens, Ranvier et Tibaldi; Delescluze, quoique avec eux, ne donna aucune signature; Félix Pyat, crainte de se compromettre, avait quitté l'Hôtel de Ville. Les chefs du parti de la Commune occupaient une pièce, communiquant avec celle du coin, où se trouvaient les membres du gouvernement, par cette antichambre qui ouvrait en même temps sur le palier de l'escalier. Le commandant de Crisenoy avec son bataillon, le 1 7%resté fidèle au gouvernement, a renouvelé la manœuvre du commandant Ibos. Il est entré par derrière le palais et il pénètre maintenant jusque dans l'antichambre, en montant l'escalier. Lorsqu'il arrive, Blanqui et Flourens gardaient, dans la salle du coin, les membres du gouvernement; les autres chefs de la Commune se tenaient dans la pièce op-
1. Général Trochu, La poUtiqiie et le siège de PariSy p. 125.
2. Jules Ferry, Enquête parlementaire^ t. I, p. 396. 3> Blanqui, La patrie en danger, p. 198.
posée. Le commandant de Crisenoy placé au passage, dans l'antichambre, arrête leurs intermédiaires et déchire leurs papiers. Ceux de la Commune, au milieu du désordre, furent quelque temps à s'apercevoir que leurs communications étaient interrompues. A la fin, Blanqui et Tibaldi viennent reconnaître ce qui se passait; M. de Crisenoy les fait saisir et emmener. Au bruit, les volontaires de Tibaldi enfoncent la porte fermée et les hommes du 17* voient une soixantaine de chassepots dirigés sur eux. De leur côté ils arment leurs fusils. Le silence s'est fait entre les deux troupes, lorsqu'un des officiers s'écrie: «A bas les Prussiens ! La crosse en l!air ! » Ce cri produit un effet magique*, les fusils se relèvent et M. de Crisenoy peut se retirer avec ses hommes. Hais dans l'intervalle M. Charles Ferry, qui s'était chargé d'emmener Blanqui et Tibaldi, les avait reperdus au milieu d'une galerie occupée par les partisans de la Commune. Les membres du gouvernement de la Défense nationale, restés prisonniers, sont maintenant retenus comme otages, gardés, dans l'embrasure d'une fenêtre, par les tirailleurs de Flourens. Ordre a été donné de les fusiller, en cas de nouvelles tentatives de délivrance. Cependant un changement subit venait de se produire au dehors, dans l'état des esprits.
La ville était demeurée toute la journée indifférente, lorsque, le soir, un bruit sinistre se répand : Blanqui et Flourens, les pires révolutionnaires, sont maîtres de l'Hôtel de Ville. On ne s'était point attendu à pareil événement. L'irritation du matin fait soudain place à l'inquié'^ tude. On s'effraye. Dans le désarroi amené par la séquestration du gouvernement, M. Picard, ministre des finances, le premier, était survenu pour donner des ordres ; dès qu'il avait vu, à l'Hôtel de Ville, la salle des délibérations envahie, au lieu de garder son siège, il avait eu la présence d'esprit de se lever et de se frayer passage hors du palais. Rentré à son ministère, il le faisait garder ainsi que le