‹ Histoire de France de 1870 à 1873Chapitre 86 sur 178 · WickharnlHoffmann, Camp,lcourt andsiege^ 1. 1, p · texte numérisé non relu

WickharnlHoffmann, Camp,lcourt andsiege^ 1. 1, p

de circonstances qui l'amenaient, dans le moment, à concéder la paix au prix de 3 milliards d'indemnité et de l'Alsace et de la Lorraine allemande en arrière de Metz*; mais il déclarait que si, rejetant ces termes, on faisait faire à l'Allemagne les sacrifices nécessaires pour prendre Paris et vaincre ailleurs toute résistance, il comprendrait plus tard Metz dans le territoire à céder et accroîtrait l'indemnité de guerre. M. Tliiers, convaincu que les hostilités ne pouvaient se poursuivre avantageusement avec des armées improvisées, pensait qu'il fallait se résigner à la paix, en profitant des concessions, quelles qu'elles fussent, que la résistance de Paris arrachait à l'ennemi. Cependant, dès qu'il se fut rencontré de nouveau avec M. Jules Favre, il apprit combien la paix était impossible dans l'état des esprits. Non seulement on n'avait pas voulu cette fois le laisser entrer dans Paris, crainte des risques ; mais M. Jules Favre avait dû sortir à la dérobée pour s'aboucher avec lui dans une maison déserte du bois de Boulogne; le général Trochu avait évité de se rendre à l'entrevue, redoutant l'irritation que causerait une semblable démarche de sa part, et il s'était fait remplacer par le général Ducrot, chargé de traiter la question militaire. M. Jules Favre, qui personnellement désirait la paix^, montra l'impossibilité de faire accepter aux habitants de Paris un armistice sans ravitaillement, alors qu'ils venaient de s'insurger à la seule mention d'un armistice accordant cependant le ravitaillement. Les négociations engagées continuaient à éveiller les plus vives défiances d'une partie de la population, qui voyait dans [tout projet d'armistice une insigne faiblesse. Et sur cette question le gouvernement eût eu tout le monde contre lui, même les classes conservatrices et l'armée. Le général Ducrot, un ardent conservateur,

1. Thiers, Enquête parlementaire y 1. 1, p. 27. — Buuchcr, Journal d'tin bourgeois d'OrléanSy p. 319. — Chaper, Rapport sur Les procèsverbaux des séances du gouvernement de la Défense nationale, p. 60.

2. Jules Favre, Le gouvernement de la Défense nationale, t. II, p. 25. — Thiers, Enquête parlementaire, t. I, p. 24.

prit la parole, lorsque M. Thiers eut révélé les conditions de la Prusse, pour dire qu'il les jugeait inacceptables; qu'un armistice sans ravitaillement était contraire au droit des gens; que, sans s'illusionner sur ses forces, sans même croire débloquer Paris, il fallait poursuivre une défense qui relevât des honteux désastres de Sedan et de Metz^; que, si la génération actuelle en devait sou^rir, les suivantes bénéficieraient de Fhonneur sauvé. M. Jules Favre ne pouvait prendre à lui seul de décision; et il se réserva d'envoyer à M. Thiers, à Versailles, la réponse définitive. Le soir même, le général Trochu, dans le Conseil, exprimait le sentiment unanime de ses collègues, en disant qu'accepter les conditions de l'ennemi serait un déshonneur, qu'on devait au pays et à son avenir, sinon de vaincre, du moins de ne succomber qu'après avoir vaillam* ment combattu. Le gouvernement repoussa donc les termes de M. de Bismarck, et M. Thiers, invité à rompre les négociations, quitta Versailles, le 7 novembre, pour retourner à Tours.

Subsidiairement, M. de Bismarck avait proposé de laisser faire les élections sans armistice, promettant la plus complète liberté électorale sur le territoire occupé par ses troupes. Le gouvernement refusa cette offre; il lui parut que les élections sans armistice nuiraient à la défense et indiqueraient le désir de la paix à tout prix. La rupture des pourparlers d'armistice répondait aux sentiments de la majorité des Parisiens et quelques-uns l'accueillirent même avec des signes de joie. La fm des négociations, le plébiscite, l'élection des maires et adjoints avaient enlevé aux partisans de la Commune leurs princi^ paux moyens d'agitation; aussi voit-on s'ouvrir une nouvelle période de calme relatif dans les esprits et de tranquillité dans la rue, pendant laquelle le gouvernement pourra se consacrer tout entier au soin de la défense.

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