CHAPITRE IV
l'armée de la LOIRE
Les Allemands, après l'investissement de Paris, ne voyant aucune force sérieuse les menacer, ne s'étaient point avancés au loin. La délégation du gouvernement de la Défense nationale à Tours avait pu disposer autour d'eux un cordon étendu entre Gournay et Neufchâtel en Normandie, puis par Évreux, Dreux, Chartres, Arthenay et Pithiviers. Les fragments de corps ainsi dispersés se composaient presque exclusivement de garde nationale mobile et de francs-tireurs.
La Délégation formait cependant des concentrations sur deux points, dans les Vosges et à Orléans. Dans les Vosges, le général Cambriels improvisait une armée ; mais, après une série d'affaires malheureuses à la Bourgonce, Cussy, Châtillon-le-Duc, où se révélait toute son insuffisance^, il était contraint de se réfugier dans Besançon. A la suite des paniques ayant amené l'évacuation momentanée d'Orléans, la Délégation se décidait à y grouper des forces, pour s'y maintenir et refouler la cavalerie ennemie venue dans la Beauce. Le 5 octobre, une colonne partie d'Orléans la découvrait à Toury, la rejetait sur Étampes et lui enlevait un convoi de vivres. L'état-major prussien, désireux de se garder de ce côté, dirigeait alors sur Orléans le P' corps
1. Général Grouzat, Le 20* corps, p. 3. — La République et la guerre à Besançon, par un patriote comtois, p. 45.
bavarois, la XVIP division' prussienne et trois divisions de cavalerie sous les ordres du général bavarois von der Thann. Le 15*^ corps, commandé par le générai de la Motte- Rouge, n'était encore qu'en partie réuni autour d'Orléans, lorsque, le 10 octobre, les Bavarois en rencontrèrent une fraction près d'Arlhenay et la mirent en déroute. Le lendemain, Orléans était attaqué. Quelques régiments isolés firent seuls une défense vigoureuse à la gare des Aubrays et à l'entrée des faubourgs. Le général de la Motte-Rouge montra la même faiblesse que ses prédécesseurs à Orléans^; il abandonna tout de suite la ville, pour se couvrir de la Loire, repliant le 15* corps, en désordre, sur la Ferté-Saint-Aubin.
Le général d'Aurelle de Paladines, appelé à remplacer le général de la Motte-Rouge, s'établit à Salbris, entre Orléans et Yierzon. Il choisit la ligne de la Sauldre pour rallier son corps d'armée et en former un nouveau, le 16*. Il s'appliqua, par des mesures sévères, à organiser ses jeunes troupes, qui, en peu de jours, acquirent une réelle discipline. Le 24 octobre, un Conseil de guerre, réuni à Salbris par M. de Freycinet, délibéra de reprendre Orléans, en partant de Blois et en s'avançant sur la rive droite de la Loire. Le 26, un nouveau Conseil tenu à Tours, en présence de M. Gambetta, et auquel assistait le général d'Aurelle, arrêta définitivement la reprise d'Orléans*.
Le 27 octobre, l'armée formée des 15" et 16" corps et connue maintenant sous le nom d'armée de la Loire, est transportée par chemin de fer de la Sauldre à Blois, pour s'avancer sur Orléans. Le 9 novembre, elle rencontrait les Bavarois à Coulmiers, sortis d'Orléans. Elle se rangea en bataille au milieu d'une plaine unie, dans un ordre parfait qui montrait ses progrès rapides; à droite, jusqu'à la
1. Baguenault de Puchesse, Uarmée de la LoirCy p. 28. — Auguste Boucher, Journal <f un bourgeois d'Orléans, p. 1 8.