CHAPITRE PREMIER
Eupo^iion dn système féoéAl.
L'avènement de Hngaes Capd; ent poor résultat de dé« origineet vefaq^pcr le sytikme féodal ea le consolidant Déjà, sous ^2^7 1» pnmièFe ime, les sdgneurs avaient ren^ la ooncestAÊù des bénéfices, irrévocable et héréditaire dans leurs faoBoilles : les coutoneft germidnes autorisant les posse&-
seurs des terres à considérer comme leur bien propre nonseulement le sol acquis y mais encore tout ce qui existait ou se trouvait sur le sol au moment de la concession ou de la conquête, ils se crurent bientôt en droit d'exercer la puissance civile ) judiciaire et militaire, dans leurs domaines j en vertu de leur seul titre de propriétaires. L'autorité s'établit donc par la possession ; et c'est à la terre même que, par une fiction bizarre, le pouvoir fut attaché. Cet usage ne changea point lorsque Charles-Martel eut institué une nouvelle espèce de bénéfices , en les rendant héréditaires sous le nom de fiefs , et à charge de service militaire et d'hommage au prince de la part des possesseurs : les nouveaux bénéficiaires furent n(»nmés vassatix. Telle fut en France l'origine de la féodalité.
Sous la seconde race les rois, sacrifiant toujours Tavenir au présent, avaient successivement abandonné aux ducs et aux comtes tous les droits régaliens ou royaux^ ceux de lever des troupes, de rendre la justice, de battre monnaie, de faire la paix et la guerre , de se fortifier ; et du moment où ils eurent, par l'édit de Kersy, reconnu l'hérédité des charges comme légale , les ducs et les comtes se crurent possesseurs des provinces, où leur volonté seule faisait la loi. Indépendants de fait de la couronpe, la plupart lui demeurèrent cependant encore subordonnés par le lien du serment de fidélité. Ils distribuèrent de leur chef des domaines aux seigneurs, qui les reçurent à charge de foi et d'hommage; et ceux-ci accordèrent, au même titre, des bénéfices inférieurs à des hommes libres. Un grand nombre de propriétaires indépendants, inquiétés par les ravages des ennemis extérieurs et par la comme» tion des discordes civiles, cherchèrent un appui auprès de leurs ptUssants voisins, et l'obtinrent , en leur faisant hom-
LIYBE I. CHAPITRE I. 145
mage de leurs terres, et les recevant ensuite comme fiefs de ceux à qui ils les offraieut, c'est-à-dire comme entraînant désormais avec leur possession l'obligation de servir fidèlement leur suzerain. Dans cet acte, celui qui donnait un bien territorial en fief devenait le suzerain de celui qui le recevait à ce titre , et qu'on nommait vassal ou homme lige. Les terres furent ainsi considérées , dans toute rétendue du royaume de France , comme sujettes ou vassales les unes des autres. Ce système, étendu aux provinces comme aux simples domaines privés, établissait un lien entre toutes les parties du territoire. Dans la hiérarchie des souverainetés , celle qui avait le titre de royaume était considérée commme la première : ce titre, lors du couronnement de Hugues Capet, fut acquis à Fancien duché de France, qui par sa position centrale, par le caractère belliqueux de ses habitants, et par Textinction du titre de roi dans les États voisins, se trouva en mesure d'obtenir dans la suite une suprématie réelle.
Le système féodal embrassa rapidement l'ancienne Gaale^ l'Italie, TAllemagne, et s'étendit ensuite sur toute TËarope ; ce fut lui qui prépara la formation des grands États, et qui tint lieu deux cent quarante ans de lien soda! et de législation.
La première partie de cette période ressemble à un interrègne durant lequel le roi n'était distingué des autres seigneurs que par des prérogatives honorifiques. Chaque La forteresse de quelque importance donnait à son possesseur rang parmi les souverains ; et les discordes civiles faisant sentir aux grands la nécessité de s'attacher un nombre considérable d'hommes pour leur sûreté personnelle , ils divisèrent leurs domaines en une multitude de parcelles qu'ils donnèrent en fief; ils accordèrent à leurs vassaux
146 DBOXÙtfS ÉPOQUE.
la permisaioa de se fc»rtiûer, qu*ils avaient eux-mêmes ar« rachée à Louis le Bègue; et une noullitude de châteaux s'élevèrefit autour de la forteresse priaeipale. C'était une opinion générale que la prestation d'txonuiuige pout «■ fief anoblissait; et la noblesse naquit ainsi, en majeve partie, du neuvième au dixième siècle. Le droit rendu aux sujets de pourvoir par eux-mêmes à leur défense arrêta les dévastations des étrangers , retrempa le caractère national, fit renaître dans les hommes , membres d'une classe nombreuse, une salutaire estime pour eux-mêmes, et les autorisa à exiger des égards mutuels de ceux doni ils tenaient des terres comme de ceux à qui ils en cédaient, le contrat féodal étant annulé par la violation des obligations contractées de part et d'autre. Cette subordination nouvelle reposait en partie sur la foi du serment, et le respect pour la parole donnée, ou la loyauté, devint un de& traits distinctifs du caractère de la noblesse.
La principale obligation contractée dans ce système envers le suzerain était celle d'un service militaire de quarante jours à chaque expédition. Les anciens plaids de la nation furent remplacés par les plaids de a)mté, dans lesquels les vassaux se jugeaient entre eux sous la présidence du comte; le combat judiciaire fut remis en usage, et devint la base de la jurisprudence entre les gentilshommes. Dès lors disparurent complètement les différents codes de lois qui avaient si longtemps subsisté dans les diverses nations indigènes ou conquérantes de la Gaule. U fut gêné» ralement admis que nui ne pourrait être jugé que par se& pairs y et l'on entendait car pairs les vassaux d'un même Grands rang. Les grands vassaux de la couronne, les ducs de Nor.
vassaux w w
^Fnskw ^^^^^^^9 d'Aquitaine , de Bourgogo/e, les comtes de Flan* dre, de Toulouse et de Champagne furent nommés pain
LIVAB I* CHÀPITBS I. I47
de France; à ce» six pairies laïques on adjoignit dans la saite six pairie* ecclésiastiques : lorsqu'un pair de Franbe était cité au tribuiMil des autres, le roi présidait an jo^ement. Tontes ces lois, ces conventions, ecs usages, ne concernaient que la noblesse ; le peuple était compté pour rien : les nobles ou gentilshommes, isolés de lui par leurs habitations, s'en distinguèrent encore par leur costume et par leurs armes , et ne parurent plus au dehors qu'à «fccval ^revêtus d'une pesante armure; c'est ainsi qu'ils maintinrent dan» le respect et dans la crainte les population» misérables ^ dénuelBs de tous moyens de défense. L'art militaire changea; la cavalerie fut dès lors la plus grande force des armées; les exercices du corps, l'équitation, le maniement de la lance et de l'épée, firent l'unique occupation de la noblesse, et la vente des armures devint la principale branche de commerce en Europe.
Cette première période de la confédération féodale vit naître la chevalerie, le respect pour les femmes, la langue et la poésie modernes : tels furent les principaux effets de ee système en ce qui touche la politique générale et le» intérêts de la noblesse; il reste à l'examineç dan» ses rapports avec l'Église et avec le peuple.
La religion, depuis l'invasion des Francs dans les Gaules , consistait priiwipalemeut, pour la masse du peuple, dans des cérémonies extérieureset dans de pieuses pratiques cpi'entrctenaient la vue des reliques, celle des images de la Vierge et des saints, et des tableaux représentant les mystères de lareligion, les actions du Christ, des apôtres et de» premiers iidèle» : la magnificence du culte exerçait me grande influence, et les prêtres sous les Carlovingiens imposaient aux peuples , et surtout aux grands , par kw iMPtoac et par leur puisswice. Mais l'Église, qui dans
Clei^é.
le cioqaième et le sixième siècle avait résisté seule à i*inviCsion de la barbarie, fut moios forte cootre la corraption qu'entraîne l'excès des richesses : des barbares étaient entrés en grand nombre dans le clergé , dont les vertus et les lumières s'évanouirent presque entièrement du huitième au dixième siècle; à leur défaut , Punique moyen qu'eût encore TÉglise, dans ces temps malheureux, de conserver de l'ascendant sur les esprits était de rester riche et puissante; et à l'époque de l'établissement progressif du système féodal , elle vit avec effroi les grands vassaux empiéter sur ses domaines. Le clergé comprit bientôt que, toute l'autorité résidant entre les mains des possesseurs de fiefs, il devait faire lui-même partie de la confédération nouvelle. Il prêta donc foi et hommage pour les domaines qu'il possédait ; ensuite il les divisa en de nombreuses parcelles dont il fit autant de fiefs , et se donna ainsi des suzerains et des vassaux. L'obligation du service militaire étant inséparable de la possession des fiefs , le clergé y fut soumis comme tous les autres vassaux ; il se rendit en armes à l'appel de ses suzerains , et contraignit ses hommes liges à se battre pour lui : dès lors un grand nombre d'évêques et d'abbés vécurent de la vie des nobles; les armes les occupèrent autant que le culte, et ils délaissaient les plus saints devoirs de la religion pour la licence des camps. Partout où les membres du clergé n'avaient point embrassé la vie guerrière, les seigneurs temporels obtenaient sur eux un immenseavantage,etil fallut souvent que les évêques et les abbés se missent sous la protection d'un noble payé pour les défendre; ce protecteur eut les noms d'at^ou^ ou de vidame. Le clergé, par son oi^anisation féodale, acheva de se détourner du but de son institution; le peuple trouva plus rarement en lui des
LIYAB I. CHAPITRE I. 149
coDSolatioDS et des secours, et la plupart des dignitaires de TËglise se rangèrent au nombre des oppresseurs.
L'immense majorité du peuple vivait dans une condi* ^^e^^ tion servile : la classe des hommes libres, ainsi que nous l'avons dit précédemment, avait en grande partie disparu sous les Garlovingiens ; la bourgeoisie s'était considérablement affaiblie à mesure que l'importance des villes diminuait, et il n'y avait, pour ainsi dire, à la fin du dixième siècle point de classe moyenne entre les nobles, seuls en possession de toutes les jouissances de la vie, et les malheureux dont les humbles cabanes entouraient le pied des châteaux forts, et qui furent nommés serfs, ou hommes de servitude, attachés à la glèbe, c'est-à-dire à la terre qu'ils cultivaient : ils étaient achetés et vendus avec elle, sans pouvoir la quitter librement pour s'établir ailleurs lorsqu'ils s'y trouvaient trop cruellement opprimés. Désignés sous le nom de vilains, ils ne possédaient rien en propre , ni leurs chaumières , ni leurs instruments de travail , ni le fruit de leur labeur, ni leur temps , ni leurs enfants : tout appartenait au seigneur ; et s'ils se rendaient coupables de quelque faute à ses yeux , ils ne pouvaient invoquer pour leur défense aucune loi , aucune autorité ; le droit de justice seigneuriale , de vie et de mort , était absolu.
La condition des hommes libres non possesseurs de fiefe et habitants des domaines seigneuriaux semblait presque aussi déplorable ; à peine jouissaient-ils du droit de se marier à leur gré , ou de disposer librement de leurs biens. Tous furent graduellement accablés de charges intolérables, ou soumis à d'humiliantes obligations : rien ne les protégeait, et ils avaient sans cesse à craindre quelque amende, quelque taxe nouvelle ou la confiscation de leurs
biens. Un grand nombre se réfugièrent dans les villes, où d'aussi grands maux les suivirent ; les comtes y exercèrent sur eux une autorité pareille à celle des seigneurs dans leurs terres; les péages, les droits de toute espèce s'y multiplièrent à l'infini ; les villes furent dans la suite assujetties , comme les campagnes, à un impôt arbitraire nommé taille ; elles étaient obligées de défrayer leur seigneur et ses gens quand il se présentait dans leur enceinte : vivres, meubles, chevaux, voitures, tout était alors enlevé de vive force aux habitants, suivant le caprice du maître et des hommes de sa suite, sans rétribution ou dédommagement d'aucune espèce; en un mot, la force sociale résidait tout entière dans les possesseurs des fiefs, qui seuls avaient des libertés, des pouvoirs et des jouissances.
Tel fut le système qui, sous le nom de féodalité, pesa sur l'Europe pendant des siècles : il la tira de l'anarchie et du chaos où elle était plongée, et fut le premier et grossier essai d'organisation sociale conçu par la société ellemême depuis la chute de l'empire romain. Dans ce vaste «ystème, la hiérarchie n'existait souvent qu'en principe, rindépendance des plas forts était un fait; il en résulta des maux incalculables. Le territoire de l'ancienne Gaule fut longtemps une arène sanglante ouverte à l'ambition des rois et des seigneurs ; mais ce défaut d'union dans les oppresseurs tourna enfin à l'avantage des opprimés, soutenus par l'autorité royale lorsque celle-ci, par ses conquêtes, prépara de nouvelles et plus heureuses destinées à la Franee. Un progrès important vers un ordre de choses meHIeur fut en effet celui qui constitua une force centrale Msez puissante pour imposer à tous et pour détruire la tyrannie des seigneurs, et qui, créant une classe moyenne «i*e la noblesse et les serfis, accorda à une partie du peu-
LIVBS f. CHAVITfiC II. 151
pie les droits (es plus précieux de la liberté civile. L'histoire nous montre les Français marchant vers ce double but à travers de longues convulsions , au milieu des discordes intérieures et des guerres étrangères : pendant des siècles ils s'en approchèrent sans l'atteradre ; ils furent redevables de leurs premiers progrès au concours d'événements suscités par la Providence autant qu'à leurs propres efforts; et ces causes réunies amenèrent pour premier résultat Taccroîssement rapide de la puissance des rois , la décadence de l'autorité seigneuriale, le réveille l'industrie et raffranefaissement des habitants des villes.