‹ Histoire de France (volume 2)Chapitre 34 sur 90 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

Règne du roi Jean.

ATéDe- Les désastres de ht dernière guerre avec les Anglais , "Ifs^ les prodigalités, les fraudes, les exactions du roi Jean, et les malversations de ses ministres , furent les principales causes qui rendirent sous son r^ne les états généraux ind^eadants de la couronne, et leur donnèrent une autorité noowlte et presque absolue. Cette révohitfon M aussi due en partie à l'importance croissante de la bourgeoisie ou du tiers état en nombre et en fortune. Des rapports continuels aTCc les Italiens et les peuples d'Orient avaient développé rapidement dans la iM>blesse flrançabe les habitudes d'un grand luxe ; au quatorzième sièele surtout les goûts dispendieux firent des progrès marquants, et donnèrent Tessor à de nouvelles branches dMndustrie, qui ajoutèrent à l'aisance de la dasse bourgeoise. Celle-ci , en acquérant d«s biens, acquit aussi le sentiment de sa fbrce, et mit plus de courage et de persévérance à invoquer et à défendre les droits de la liberté individuelle et de la propriété. *d?*!f Jusqu'au règne du roi Jean les membres de cette classe ^JJ^*; n'avaient paru animés d'aucun esprit national ; ils semtiewéut. jjiaient être restés étrangers aux intérêts politiques du royaume : la patrie était restreinte pour eux à l'enceinte de la cité ; ils abandonnaient aux grands vassaux et au roi le soin de veiller sur les destinées de l'État; et toute leur énergie se déploya d'abord , non contre le gouvernement, qui les avait souvent protégés, mais contre l'oppres*

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sien tyraoBiqae de leurs seigneurs respeelifs. OpeiNlaBt, lorsqu'à sou tour l'autorité royale les eut aeeablés sous un Joug intolérable, ils saisifent pour Kii résister le moment eè ils la virent ébranlée par des malbenrs inouïs et des fenites incroyables, et s'unirent contre elle à la noblesse et au dergé.' Les élats généraux prirent dès lors un aspect imposant; maïs le résultat de leurs efforts énergiques fut passager. Bientôt les deux premiers ordres de la nation s'effrayèrent des succès obtenus dans les états eontre l'autorité du prince ; ils s'Indignèrent de l'importanee que Tordre du tiers état avait subitement acquise, et comprirent que les intérêts de cet ordre , qui tendait à l'égalité sodate, étaient directement opposés aux intérêts des leurs, qui vivaient de privilèges : iks l'abandonnèrent donc à luimême. Hostiles à la couronne sous d'autres rapports, ils 8*uiHrent à elle contre le tiers-état; et les désastres dont la bourgeoisie fut accablée, à la suite de quelques triomphes éphémères, tournèrent au prc^t du despotisme royal.

Jean était âgé de plus de trente ans lorsqu'il succéda, en 1350, à ^ilippe de Valois, son père. Son éducation, quoiqu'elle eût été soignée, avait fait de lui bien plus un vaâknt chevalier qu'un roi sage et expérimenté : impétueux de caractère, irrésolu d'esprit, téméraire autant que brave, prodigue, obstiné, vindicatif et plein d'orgueil, parfaitement instruit des lois de la chevalerie et ignorant les devoirs du trône , il fut toujours prêt à sacrifier aux préjugés de l'honneur, tel qu'on l'entendait alors, les droits de ses sujets et les intérêts de l'État. La France était épuisée à l'époque de son avènement, et cependant il n'épargtia rien jour les fêtes de son sacre ; la dépense fut Si prodigieuse j et l'appauvrissement du trésor royal était

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tel , que le roi dès Tannée suivante se vit obligé de convoquer les états du royaume.

Violacés Les premiers actes de son règne furent caractérisés par rorjew*^ la violence et le despotisme : il s'empara de la personne ûS^cimte ^u comte d'En, connétable , qui , prisonnier des Anglais^ ^'^' et libre sur parole, était venu en France pour recueillir sa rançon. Jean l'accuse de trahison , et lui fait trancher la tête sans jugement. Il rend la même année dix-huit ordonnances pour altérer les monnaies , en augmentant et diminuant tour à tour la valeur du marc d'or, et confisque les créances des marchands juifs et lombards établis dans le royaume : il défend à ses sujets de s'acquitter envers eux^ sous peine d'être contraints à un second payement. Ce& ordonnances désastreuses frappent au cœur le commerce^ et menacent de le détruire. Les juifs et les Italiens faisaient alors presque seuls tout le négoce de France : un grand nombre s'éloignent ; les autres , pour compenser leurs risques , exigent des bénéfices énormes, qui augmentent la misère générale. Le roi ne craignit pas , après tant d'actes iniques, de convoquer les états de son royaume; et telle était encore à cette époque l'ignorance ou la soumission des députés, qu'ils n'élevèrent aucun murmure. Le monarque traita en particulier avec ceux de chaque province^ en obtint ce qu'il voulut, et les congédia, pi^ten- Ces nouvelles ressources furent épuisées au moment où trône de" la trêvc concluc entre l'Angleterre et la France allait expirer. Edouard reprochait au roi Jean de l'avoir privé de la rançon du connétable en l'assassinant, et jurait de tirer vengeance de ce crime. Un autre ennemi , presque aussi redoutable, déclarait vers le même temps la guerre an roi de France : c'était Charles, roi de Navarre et comte d'Évreux. Ce prince avait , ainsi qu'Edouard , par les fem*

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mes , des droits au trône , et il en était même plas proche d'un degré comme fils d'une fille de Louis le Hutin, Le roi Jean, dont il était le gendre » eut Timprudence de s'attirer son inimitié en n'acquittant point fidèlement la dot de sa fille, tandis qu'il comblait de biens et créait connétable l'Espagnol Charles de la Gerda , ennemi personnel du roi de Navarre. Ce monarque , à qui ses vices et ses cruautés firent donner le surnom de Mauvais, surprend le connétable à l'Aigle en Normandie, et l'assassine; puis, appe- am^ihulant à lui ses barons et tous ses nobles normands, il brave ^^, la fureur du roi Jean, qui , ne pouvant rien contre lui par c^dlTpSfr les armes, le cite en lit de justice. Charles de Navarre cou- îsav^Hi^ sent à y paraître, reçoit son pardon du roi, et se récon- mwtIÎi.^ cilié avec lui par le traité de Yalogne. Cependant la guerre éclate avec TAngieterre : le roi rend de nouvelles ordonnances pour falsifier les monnaies; le marc d'or monte de quatre livres à dix-sept, puis retombe à quatre livres. Ces odieux procédés n'offrent au trésor que d'insuffisantes ressources. Le roi, pour s'en créer de nouvelles, convoque les états généraux de la langue d*oil à Paris, en 1355.

Les états se réunirent le 2 décembre, dans la grande iHitatu pé-

^ néranx de

chambre du parlement. L archevêque de Rouen, Pierre de ^^l^lf"^ la Forest, chancelier de France, ouvre l'assemblée, et *"^' demande des subsides pour la guerre. Jean de Craon, archevêque de Reims, au nom du clergé; Gauthier de Brienne, duc d'Athènes , au nom de la noblesse; Etienne Marcel, prévôt des marchands, au nom du tiers- état, pro» testent de leur dévouement au roi, et se retirent pour délibérer entre eux sur les subsides à accorder et sur la réforme des abus. Leur première déclaration annonça Acte» in»qu'une révolution s'était opérée dans les esprits : elle por- «feTétats. tait qu'aucun règlement n'aurait force de loi qu'autant

3fS DlDXrihiB IPOQUI.

q«*H serait approuvé des trois ordres, et qu'un ordre qui aurait refosé son consentement ne serait pas lié par le vote des deux autres. Par cette déclaration fameuse le tiers état s'était fait reconnaître comme pouvoir politi- 91e , pour régal du clergé et de la noblesse. Les demandes du roi sont solBinellement discutées ; et avant d'y souscrire les états exigent que la valeur du marc d'argent soH ^tsbk et demeure fixée à quatre livres douze sous ; ils suppriment le droit de prêt, que s'étaient attribué tous les pourvoyeurs du roi, des princes et des grands officiers, et qui consistait à prendre sans payer, dans leurs voyages, tout ce qui était à leur convenance; ils interdisent toute poursuite pour le recouvrement des créances arra« diées aux marcbands italiens, et abolissent les monopi^ établis par les gens en place; ils s'engagent en retour à fournir trente mille gendarmes, et cinq millions de livres pour solde d^une année ; mais ils veulent que cet argent reste entre les mains de leurs receveurs et soit levé par eux. Ils devaient se rassembler de nouveau le 1^' mars de l'année suivante pour recevoir les comptes des trésoriers, et ensuite au bout d'un an pour renouveler les impôts, s'il y avait lieu, et subvenir aux frais de la guerre. Le roi s'eigage à respecter ces conditions.

C'est lûnsi que la nation parut avoir recouvré ses anciennes assemblées périodiques, et que le nionarque fiit anené à reconnaître le partage du pouvoir souverain entre lui et les trois ordres des états généraux. Mais ceux-ci, babiles à réiSormer les abus et à conquérir des droits précieux , montrèrent dans l'assiette des impôts une ineapaoité déplorable. Composés d'hommes sans expérience , rassemblés de toutes les parties du royaume, et inconnus les uns aux autres ; n'ayant obtenu du roi que trois jours

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potir entendre sur les m(r$rens de remplir fe trésor, de ramener la confiance, d'organiser f armée et de receler rennemi hors dn royaume, ils établirent la taxe de la nou-

veaux

gtiMh ou de Fimpèt sur le sel , et d>xne aide de huit imp^^ts. deniers pour livre sur la Tente de toute marchandise. Le premier de ces ImpMs tombant sur une denrée indispensable pour tous, frappait la classe la plus nombreuse et la phis pauvre ; le second , auquel les personnes de tout «tat et de toute condition étaient soumises , bies^it les prétentions de la noblesse et du ctergé , faisait peser sur là classe marchande une inquisition intolérable , et entravait toute opération commerciale. Bientôt se manifestent de funestes symptômes de dîseorde : le peuple murmure, t^^ des négociants étrangers abemdonnent le royaume, les marchands français renoncent aux affaires , le commerce s'éteint j les villes et tes campagnes s'opposent à Fétablis^ senent de la gabelle, etn^e répandent en plaintes eonire les états; les ecclésiastiques refusent le service divin, pour ne point payeir l'impôt. Plusieurs séditions éclatent; Arras se soulève , et quatorze bourgeois y sont égorgés par la multitude. Au milieu de ces calamités arrive l'époque où les états doivent s'assembler de nouveau; mais déjà le peuple, incapable de remcmter à la source du mal, ne voit phis ses députés sans défiance ; il les soupçonne de complicité avec ses oppresseurs. Un grand nombre de villes s'abstiennent d'envoyer aux états ; les Normands et les Picards refusent d'y être représentés , et déclarent qu'ils uejpayeront point les deux taxes établies : le roi de Navarre et le comte d'Harcourt entretiennent ki révotte et soutiennent les mécontents. Les nouveaux états généraux, beaucoup moins nombreux que les précédents , abolissent h gafoeHe à l'aide de huit deniers par Uvre sur la vente

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des marchandises, et remplacent ces impôts par nue taxe proportionnelle à chaque fortune*

Cependant , le roi , qui n'avait pardonné à Charles de Navarre le meurtre de son connétable que par impuissance de le venger, saisit une occasion de satisfaire à la fois eontre lui ses anciens et ses nouveaux ressentimeaU. Il apprend qu'à un jour convenu le dauphin a convié à sa table 9 au château de Rouen, le roi de Navarre, le comte d'Harcourt , et quelques autres seigneurs : il quitte aussitôt Orléans, où il se trouvait alors , entre à Rouen au jour fixé, suivi d'une nombreuse escorte, et se présente à rentrée de la salle même où. les seigneurs étaient assit à] table. Messire Arnould d'Andeneham le précède , et, tirant son épée , il dit : « Que nul ne bouge pour chose qu'il vole, s'il ne veut mourir de cette épée. » Le roi Jean s'avance vers la table, et les convives , saisis de ter* reur, se levaient pour le saluer» lorsque, portant la maia sur Charles de Navarre, le roi l'arrête, et, le secouant avec rudesse : «Traître, dit-il, tu n'es pas digne de seoir à la table de mon fils : je ne veux ni boire ni man* ger tant que tu vivras. » Témoin de cette violence, un écuyer du roi de Navarre, Collinet de Bréville, porta son coutelas à la poitrine du roi, et dit qu'il le tuerait : Arresta- « Qu'ou arrête cet homme avec son maître, » dit le roi Charles Jean. Son sergent d'armes saisit aussitôt le roi de Na-

deNavar- ^

je^par^ varre, qui demanda en vain merci. Le dauphin, fort jeune alors, se jette aux pieds de son père : « Ah, sire! dit-il, vous me déshonorez ! Que dira-t-onde moi, lorsque j'avais le roi et ses barons priés à dîner chez moi , et que vous les traitez ainsi? On dira que je les aurai trahis. — Taisez-vous, Charles! répondit le roi; ils sont mauvais traîtres : vous ne savez pas tout ce que je sais. »

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Le roi fit quelques pas , et , saisissant une masse d'armes, il en frappa le comte d'Harcoart entre les épaules , et dit : « Traître orgueilleux! par Tàme de mon père, tu n'échapperas pas. » Deux seigneurs de la suite du roi de Navarre furent arrêtés avec oe prince et son écoyer. Le roi Jean fit entraîner ses prisonniers hors du château, et dit au chef de ses gardes : « Délivrez-nous de ces hommes. ^ D*Harcourt et les trois seigneurs furent sur-le-champ décapités devant lui. La dignité royale sauva Charies de Navarre : Jean épargna sa tête ; mais il le retint prisonnier, renferma dans la tour du Louvre , et saisit son apanage ^

Cet acte de violence attira de grands maux sur le royaume; Philippe de Navarre, père du roi Charles, et GeolH'roy d'Harcourt, oncle du comte décapité, s'unissent aussitôt au roi d'Angleterre, le reconnaissent pour roi de France, et lui font hommage de leurs domaines. Edouard se prodame le vengeur des gentilshommes exécutés; il envoie une armée formidable en Normandie , tandis que le prince de Galles porte le fer et le feu au cœur du royaume, ravage l'Auvergne, le Limousin et le Berri, et s*approche de Tours. Jean, dont la fureur vindicative avait attiré ce nouvel orage sur la France, fait serment de combattre le prince de Galles partout où il le rencontrera : il convoqpe ses barons, ses grands vassaux, ses gentilshommes. L'armée s'assemble, en 1356, dans les plaines de Chartres; elle atteint les Anglais aux environs de Poitiers. Déjà la disette se faisait sentir dans le camp ennemi, et le prince Noir offrait de grands avantages à la France. Si Jean n'eût point combattu, les Anglais pouvaient être vaincus par la

'Froissard, Chroniques. '

M9 I>BfiJllàlf£ ÉPOQIUU

lMBliie«t réduits à poser les «rsiesf mais tant de prodenee D'eotrait peiat daos i'^qurit de ces temps efaevaleresqQes : les iMitaiUes n'étiôent pas des calcalS) mais le fruit d^oe renoMitre inepinée et d'une ia^IsiMi guerrière; elies'décidaleat moins de l'existence que de TlKNineur des natioDiw L'armée française d'aitieurs était forte de plus de Mrîxanle mille oomlNittaDts, l'armée ennemie b'oi comptait que huit mille. Le roi Jean résolut done de ccmibattref il pu»? ait compter sur la victoire, Batauie Le prioce Noir n'avait que deux mille cavaliers, quatre poiuen. mille ardiers et deux mille fantassins, et il voyait devant lui une armée de cinquante mille combattants, parmi lesquels, outre le roi de France et ses quatre fils, on comptait vingt-six ducs ou comtes et cent quar«ile banner^». Il choidt son camp à Maupertuis , deux lieues au nord de Poitiers, sur un coteau couvert de haies, de buissons ^ de vignes, impraticable à la cavalerie et favorable aux tirailleurs; il cacha ses archers dans les buissons , oreusft des fossés, se couvrit de palissades et de chariots; enfin ^ fit de son camp une grande redoute, ouverte seulement mi milieu par un défilé étroit, qw bordait une double haie» An haut de ce défilé était la petite armée anglaise, à pied, serrée et couverte <k tous côtés; enfin, derrière une oollhie qui sépasait les deux armées, il y avait une embuscade de six oentB cavaliers et archers.^

L'armée firmiçiise ae disposa sur une ligne oblique, mi trois batailles ou divisons. L'aile gauche, et la plus avancée, était commandée pnr le duc d'Orléans, frère du «4, le centre en arrière par les fils du rd, l'aile droite on la réserye par le roi lui«ménse. Les cris de bataille se fiii* salent déjà entendre, lorsque deux légats interposèrent leur médiation. Le prince de Galles consentait à restituer ses

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cMKpiètes et ses prisonnier», et à ne pas servir contre la France pendant sept ans ; mais Jean exigea qu'il se rmiâtt l^sonnier avec cent clievaliers. Les Anglais refusèrent, ^ le roi , qni aurait pu les prendre par fondue, ordonna la bataille»

XJn corps de trois cents gendarmes français s'engagea dans le défilé; une grêle de flèches le détruisit; le corps qui suivait, troublé par cette attaque , se rejeta sur l'aile gauche et la mit en désordre. Ce n'était qu'un oombat d'avant-garde ; mais l'emboscade anglaise , se jetant tout à coup sur la division du centre, celle-ci, saisie d'une terreur panique, prit la fuite avmit de combattre. A cette vue, Ghandos, le plus illi»stre capitaine de Tarmée anglaise, dit au prince Noir : •> Chevauchez avant; la jour* née est vostre. » Les Anglais descendent la cdline, et renversent tout devant eux : « Trois fils du roi, dit Froissard, avec plus de hait cents lances saines et entières, qui jamais n'approchèrent leurs ennemis, s'enfuirent'. » L'aile gauche se réfugia en désordre derrière la division du roi, déjà troublée, mais intacte. Les Anglais sortirent en bon ordre du défilé, et, s'avançant en plaine, trouvèrent de« vaut eux cette division, où était le roi avec son plus jeune fils et sa brillante noblesse. Les Français avaient encore l'avantage sur leurs ennemis, bien inférieurs en nombre ; mais Jean se souvenant, pour son malheur, que le désastre de Crécy avait été causé par la cavalerie française, se mit à crier : « A pied! à piedi » Lui-même descendit de cheval, et se mit en avant des siem, une hache de guerre à la main. La mêlée fut rude, sanglante; mais les chevaliers français étaient inhabiles à lutter à pied contre les grands

> Frmssard, t. Ul.

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chevaux des Anglais et les flèches des archers; ils combat^ tirent jusqu'à ce qu'ils fussent tous morts ou pris , mais sans ordre, par troupeaux et par compagnies, ainsi qu'ils se trouvaient rassemblés ou épars. Là périt toute la fleur de la chevalerie de France. Le roi resta presque seul, tête nue, blessé, intrépide, jouant bravement de la hache avec son plus jeune fils, qui parait les coups de ses ennemis : il fallut se rendre.

Le prince Noir, à peine âgé de vingt-six ans, se montra digne de sa bonne fortune; il entoura de respects le roi vaincu, déclarant qu'il avait mérité le prix de la valeur dans cette journée mémorable. Telle fat Fissue désastreuse de la célèbre bataille de Poitiers. Le dauphin, déjà nommé par son père lieutenant général du royaume , prit les rênes de l'État pendant la captivité du roi : il rendit six ordonnances sur les monnaies, pour subvenir aux premiers besoins du trésor, et convoqua à Paris la même année les états de la langue d'oil.

Le désastre de Poitiers et la captivité du roi avaient plongé le royaume dans le deuil, et chacun, dans cette crise dangereuse , comprit l'importance extrême des états États de généraux convoqués par le dauphin en 1356 : huit cents députés y furent envoyés; Charles de Blois, duc de Bretagne, les présida. Cinquante commissaires nommés par eux exigent aussitôt la mise en jugement des ministres du roi Jean, se soumettant à perdre leurs biens si Tinnocence des accusés est reconnue ; ils réclament la mise en liberté du roi de Navarre, et l'institution d'un conseil pour assister le prince, composé de quatre prélats, douze chevaliers et douze bourgeois. Jaloux de l'autorité que s'arrogent les états, le dauphin demande du temps pour réfléchir; il traîne les discussions en longueur, flatte les députés, les

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«base par de vaines paroles, et les fatigue; la plupart retournent chez eux; enfin, rassemblée se sépare sans avoir rien obtenu et rien accordé. Le dauphin espérait plus des états de la langue d'oc : ceux-ci accordent en effet quelques subsides et des troupes ; mais ils réclament des libertés et le droit d'administrer leurs finances. Ces faibles secours étaient loin de suffire aux besoins du royaume : l'Anglais en désolait les plus belles provinces ; le commerce Désoiaétait anéanti ; les soldats, débandés et sans paye , rava- royaume. geaient les campagnes ; il n'y avait plus de sûreté j^nr les paysans dans les chaumières, pour les moines et les re- * ligieuses dans les couvents; les champs, abandonnés, restèrent incultes, et les villes reçurent une multitude d'hommes sans asile et sans pain, qui firent entrer avec eux la fomine dans leurs murs; Tennemi, enfin, était aux portes de Paris.

Au milieu de tant de calamités , Etienne Marcel, prévôt des marchands de la capitale, déploya un grand courage et les qualités d'un génie supérieur. Il ranime les Parisiens, achève et fortifie Tenceinte de la ville, fait tendre des chaînes de fer dans les rues, accoutume les bourgeois aux armes, et, fort d*une immense popularité, il se présente aux fameux états de 1357, convoqués à Paris par le dauphin célèbres en assemblée générale. Robert le Coq, évèque de Laon, y néraufdê porte la parole pour le clergé, Jean de Péquigny pour la noblesse, Etienne Marcel pour le tiers état. Ils promettent an dauphin un subside suffisant pour l'entretien de trente mille hommes , sous condition qu'il sera perçu et géré par eux. Le prince s'engage solennellement àne plus rien détou^ ner, pour ses intérêts personnels, de l'argent consacré à la défense du royaume , à refuser toute lettre de grâce pour crimes atroces , à ne plus vendre ou donner à ferme

168 «fiftces âe judicatore» à red^rdi^^t à pmib les piévarieateors de la ehambire d«» comptes et de eetia dey m^ 4ikêlea , à rétablir les b^Dftos mowtiaies, et à n'y plusap^ porter de chaBg^Deot que de Faveu des troie états, à diéfeiidre Umte prise poor serviee royal , k faâst renii» eampte aux percepteurs accusés de malversations ; enin^ il convoque les états pour le V^ avril soi vaut , ^ le» îbk vite à se rassembler deux autres fois, à leur vojooté, avant le 1^' mars 135& Ceux-ci désiguèrc»t trente-six commis-** saires pris dans leur sein pour administiner les ânaneea et dkîger les affaire de concert avec le prince.

On pcait juger par ces conditions, auxquelles souscrivit le dauj^^in , du nombre des griefs élevés contre la cour et tes. grands y et de Ténormité des abus aous lesquels gémis* sait la nation. Ces réformes furent tentées parie prév4t Etienne Marcel et par l'évéque Robert le Coq, qui tous deux usèrent de coupables vM»lences pour les soutenir. Le suecès durable de leur grimde eatrepiise était impossible. La seule classe qui aurait j^ se croire alors avec raiscui intéressée «i tdompbe. des principes qu'ils établirent était la classe 4u tiess état, ou la bourgeoisie, et elle ne formiût paa un corps animé d'un même esprit. IHssémîoés dans mi gcauâ nombre de villes f/éodalemeot soumises à autant 4e puissioits seigiœurs, et la plupart récemment U4ûes au royaume, la diversité de lieurs babitiides, de leurs mœurs, de leurs pré^gés et de lem*s intérêts matériels, rendait les ^KHwnes de ta elasse bouEgeoise rivaux et jaloux les xm$ des autres ; aucun lien social n'e&istait entre eux. FatUor ment touehés des destinées générales de TÉtat, qfui m leur offrait aueua avantas^, ila se révoUèrent contre ka saeriflees qu'exigeait sa défense, lorsqu'ils purent le Isire impttnéBMnt»4ésa¥aii^ent le«rs représei^tau^ts, et ne leiyr

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prélèraAt poii^ Papp«& aéceamire contre la jnfoiisk dbs orifares piivilégiésw II fallut qoe l'acUoo d'tni pouvoir central et étttrgiqae te l!t sentir pendant des sièeles encore avant de londre tant de volontés partiecrli^es en une seule volonté gteérale, et avant qu'il pàt naître en France un ei^t national asse^ sage pour eomprendre les avantages ^'une vaste et puissaBfte association procure et les charges qu'elle impose^ assez éclairé pour apprécier à leur juste vakinr les ^bertés publiques , assez fort pour les ecMi^rkr et pour les défendre. L'année 1357 fiit l'époque de 11 plis grande puissance ées états généraux an moyen âge : depuis lors lis déchurent rapidement; ils perdirent, ainsi [que l'ordro du tiers état, toute influence poHtique, et ne furent plus pendant des siècles qu'un vain simulacre detassenhlées nationales.

Le roi Jean avait été conduit de Poitiers à Bordeaux, puis à Lmidres ; et pendant ks négociations au sujet de sa rançcm «ne trêve de deux ans fut condiM entre TAngleterre et la France. Vers le même temps la mort de ^reotînyy d'Harcourt délivra le Daupldn d'uu implaeahle ennemi. Charles retira : il n'avait cédé que par cefutrainl» an voeu des états, il eut hâte de briser leur joug aussitôt qu'il put se dispenser de feiiuîre. Il conserva les miilstres qu'il avait pr^is de chasser et de faire poursuivre , et , à leur instigation, il opposa les prétentions de la noblesse et les murmures du peuple aux votes des états* Les contributions consenties par eux ne furent p<^t payées; le -frince alors déclara qu'il gouvernerait seul, et congédia leurs, trente*six commissaires. Geux-d sentent que l'opi- «km publique, sei^ force o^MlMe de les soutenir, les uiHMdomie; ils se sépireal suffi résmtanee. Charles, hofs û% tutoie y rétBdriitphisieuii des abus qu'il avait promis

15itt.

de détraire; mais Targent lui manque, et les états s'assemblent de nouveaa. Alarmés des déclarations et des actes hostiles du prince , ii désirent se donner un protecteur capable de les défendre , et jettent les yeux sur le roi de Navarre , prisonnier dans le château d'Arleux. Jean de Chartes Péquîguy, député de la noblesse, surprend le fort, et dé-

Mr^jw'S '^^^® ^® ^^^ ^"* ^ ^^^^ ^ ^^^^ ' ^^ ^^ ^* accueilli comme g^iS'."*' 1® ^^*°^ libérateur du royaume. Le dauphin dissimule, et promet de lui rendre ses châteaux ; il manque à sa promesse; le Navarrais commence la guerre. Charles pour la soutenir altère les monnaies et braves les états, en rapprochant davantage de sa personne les ministres et grands officiers condamnés par eux. Aucun tribunal n'avait osé les poursuivre ; ils affectaient le plus profond mépris pour Tautorité des communes , en menaçant de rétablir tous les abus. Le moment de la crise était vepa : Marcel a recours aux moyens violents : il fait adopter aux Parisiens une couleur nationale, et leur donne pour signe de ralliement un chaperon mi-parti de rouge et de blanc; il se rend, suivi d'hommes armés » auprès du dauphin , et trouve à ses cAtés le sire de Conflans, maréchal de Champagne, et Robert de Clermont , maréchal de Normandie, tous deiut proscrits par les états. Quelques paroles s'échangent entre le prince et Marcel ; puis sur un signe du prévôt les hommes de sa suite tirent leurs épées, et les deux maréchaux Meurtre 4M>nt massacrés. Le dauphin, couvert.de leur sang, implore chl^dê pour sa vie Marcel, qui lui met sur la tète son chaperon %%^ rouge et blanc, et le conduit à l'hôtel de ville sous la saamandie. yegardc des couleurs populaires. Là, le dauphin, safei d'effroi , déclare au peuple que les deux maréchaux assas- BUemie siués furcut dcs trattrcs, et qu'ils ont mérité la mort Mar* Piéfùt cei est roi dans Paris. Ce double assassinat, en restituant

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pour quekine temps Je pouvoir aux états, ne les co&S(dide ^^point, et rend au emitraire leur chute plus certaine. Il sou- ^,St^ lève d'implacables ressentiments dans le cœur du dauphin ^^ • et parmi la noblesse. DéjÀ les deux ordres privilégiés s*in- '^' dignaient de voir des bourgeois méprisés exercer une puis* sance égale à la leur; des haines sourdes fermentaient, des pr^ugés nobiliaires divisaient les trois ordres, lorsque le meurtre des maréchaux fit éclater la discorde. La noblesse de Champagne s'assemble, et demande vengeance au dauphin; celui-ci , devenu régent du royaume par sa majorité, profite de ces dispositions favorables à ses desseins : il convoque à Compiègne les états de la langue d*oil; la noblesse seule s*y présente en grand nombre, et exprime des vœux de vengeance. Marcel prévient Torage, et se prépare au combat; il attaque le Louvre, alors hors de la capitale, et s'en empare; il unit la ville au château, et fortifie leur enceinte. Le régent appelle à lui la noblesse, et rassemble sept mille lances, tandis que, par l'avis de Marcel , les bourgeois de Paris proclament le roi de Navarre leur capitaine général. La guerre civile commence; cnerre avec elle se montre un nouveau fléau. **«*•

/Le peuple des campagnes, sans force contre l'oppression, de quelque côté qu'elle se présentât, surchargé d'impôts par les seigneurs, dédaigné des bourgeois, pillé par les soldats , souffrait à cette époque des maux intolérables. Un proverbe peint avec énergie son excessive misère : les nobles avaient coutume de désigner ce malheureux peuple sous le nom de Jacques Bonhomme, et disaient avee ironie : Jacques Bonhomme ne lâche pas son argent, sHl u Jac n'est ffmé de coups; mais Jacques Bonhomme payera ^ ««••' car U sera battu. Le désastre de Poitiers augm^ta les maux de cette classe infortunée : les barons , les gentils*

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