LIVRE III. CHAPITBB III
d'Orléans et Médicis en pays étranger, les biens de la reine mère furent également saisis, et on en fit l'inventaire comme si elle était morte*
Les réfuffiés ne renoncèrent point à l'espoir d'exciter Révolte des révoltes en France. Gaston leva dans le pays de Trêves **'Jf ^^y»» une armée de déserteurs et de bandits; le duc de Mont- ^ÎSJJJP' morency, brave et loyal guerrier, beau-frère de Ck>ndé , se laissa séduire par le prince ; et, soit qu'il crut de son devoir de délivrer la France de Ricbelieu, soit qu'il voulût en se rendant redoutable , vendre sa soumission au prix de l'épée de connétable, il tenta de soulever en faveur de Gast(m le Languedoc, dont il était gouverneur : mais Richelieu prévint ses ennemis. Les marécbaux de la Force et de Scbomberg entrèrent en Languedoc, à la tête de deux armées royales, au moment où Gaston opérait sa Jonction avec Montmorency. Les deux partis furent en présence près de Gastelnaudary. Montmorency, fort inférieur en combat forces, engagea l'action en se précipitant sur l'armée nand^ry. royale avec une faible troupe : il fut enveloppé, pris et emmené captif à la vue de' Gaston, qui ne tenta aucun effort pour le délivrer, et dont l'armée se débanda aussitôt tout entière. Ceux des amis et des partisans du prince que l'on saisit les armes à la main furent traités sans pitié : on ménagea ceux qui restèrent près de lui, et entre autres Puy- Lanrens. Ricbelieu voyait toujours en Gaston l'béritier présomptif de la couronne ; il lui permit de se retirer à Tours, où ce prince arriva, flétri par sa lâcheté plus que par sa rébellion. Montmorency fut traduit devant le parlement de Toulouse, condamné à mort et exécuté : il mou- supplice rut en chrétien repentant et résigné ; une foule d'autres morency. portèrent leur tête sur l'échafaud , et Gaston, effrayé des rigueurs du cardinal, quitta de nouveau la France.
5^2 TMOmièMB ÉFOQGB.
Bicheilen fat à cette époque atteint â'mie maladie graye Se9 nombreux ennemig e» mmitrèrent une joie imprudente : la dochesse de Ghevreuse, souvent rebelle, meis pour qui Riebelieu avait un faillie ridicule, partagea l'attente et la satisfaction générales. Le ministre se rétablit, et se montra implacable. La dueb^se prit la fuite ; le garée des sceaux Cbâteauneuf M enfermé au château d'Angoa* lème, et y resta jusqu'à la mort de Richelieu ; le comnamideur de Jars, suspect d'avoir plu à la duchesse, fut livré à une commission inique, présidée par le féroce sieur de la Fe jmas , surnommé le bourreau du cardinal : après avoir subi quatre-vingt-huit intern^atoires sans riei avouer, le commandeur fut condamné , quoique innoeent, et n'obtint sa grâce que sur l'échafaud.
Le roi, instruit du second mariage de son frère, le fit annuler par le parlement et par une assemblée du clergé de France , comme ayant été contracté sans son avea. La cour de Rome avait décidé que le mariage était valide , et continua de le reconnaitire pour tel. Louis Xlll ne tint compte de sa décision; il envahit la Lorraine, et voulut contraindre le due à lui livrer sa sœur Marguerite : celleci s'évada, et rejoignit son époux à Bruxelles, où Marie Conquête de Médlcis l'accudllit comme sa fille. Louis XIII assiégea
de la
i^rratae. Nancy ; le duc Charles IV , hors d*état de résister, abdiqua en^aveur du cardinal Nicolas -François, son frère; celui^ se hâta , sans consulter Rome , de déposer le chapeau et de se marier ; bientôt après il se sauva lui-même avec sa femme , aband<Hinant ses États à la France.
La reine mère, du lieu de son exil, tramait encore des complots ; et deux de ses domestiques forent mis à ra(»rt, accusés par le cardinal d'avoir voulu attenter à ses jours. Elle témoigna un vif désir de rentrer &k France. RicbeUeu
LIYJIB III. CHÀPIXBB III. 523
mit son- retour au prix de l'abandon de ses favoris ; mais Médieis refusa de les livrer à sa yengeimee. Gaston , son fils, fat alors détaché d'elle; il quitta sa mère aussi facilement qu'il avait abandonné tous ses amis , et vint à la oour , où Richelieu , au milieu de fêtes brillantes , chercha mais en vain, à obtenir son aveu pour TannuLation de son mariage. Monsieur ^ pour la première fois, montra de la fermeté dans cette circonstance , et se retira à Blois avec Puy-Laurens , son favori : celpi-ci fut comblé de grâces et d'honneurs par Richelieu ; il obtint en mariage une parente, du cardinal, avec une dot magnifique, et fut fait duc et pair, dans l'espoir qu'il engagerait le princeà céder aux vœux du roi; mais Puy-Laurens ne servant point Richelieu à son gré; celui-ci sut l'attirer à Paris, le fit saisir et jeter à la Bastille, où il mourut.
La guerre de Trente ans continuait à désoler l'Aile- victoire
® et mort
magne. Le grand Gustave, soutenu par les subsides de q^^^. Richelieu , avait fait changer la fortune. Vainqueur à ^^oip^®- Leipzig en 1631 , et depuis au passage du Leck , où Tilly perdit la vie, il était près de camper devant Vienne, quand l'empereur Ferdinand rappela l'illustre Walstein, qu'il avait disgracié. Les deux rivaux de gloire se rencontrèrent à Lutzen en 1632 : Gustave fut vainqueur^ mais il mourut sur le champ de bataille , et la fortune abandonna de nouveau son parti. Walstein battit les Suédois, et ne put poursuivre ses succès; il périt à Ëgra, assassiné par ceux qui avaient reçu de l'empereur l'ordre de l'arrêter : ce fut l'archiduc Ferdinand , fils aîné de l'empereur, qui remporta, en 1634, la victoire décisive de Nordiingue sur l'armée suédoise, commandée parle fameux Bernard , duc de Saxe-Weimar. Cette victoire fut suivie de la paix de Prague , par laquelle l'électeur de Saxe
534 TBOISIÈHB ÉPOQUE.
Nouvelle abandonna les protestants. Richelieu les prit sous sa pro- *m"aiMn* ^«^tion ; ce fut la quatrième et dernière époque de la guerre uichê. ^3 Trente ans. La France exécutait ainsi les projets de *•*"• Henri IV, en attaquant à la fois les deux branches de la maison d'Autriche; ia guerre dura treize ans contre l'une, et vingt-cinq contre l'autre.
^i«po8i- Richelieu prépare le succès de ses plans militaires par wchSeï les plus grands efforts : il conclut avec la Hollande et la Suède une alliance offensive et défensive, et il s'assare ainsi le concours de l'armée du prince d'Oraoge dans les Pays-Bas , et de celle que commandait sur le Rhin le duc Bernard de Saxe-Weimar. Richelieu signe en même temps de nouveaux traités avec la Suisse et les ducs de Savoie et de Parme. Son plan de guerre embrasse à la fois la Flandre y le Rhio, la Yalteline, l'Italie , et il forme quatre armées destinées à agir simultanément sur toutes ces frontières : les forces militaires du royaume sont ainsi portées tout à coup à un chiffre très-supérieur à celui qu'elles avaient atteint jusque alors. Richelieu, qui se croyait aussi grand capitaine que grand homme d*État , prétendait diriger du fond de son cabinet toutes les opérations de la guerre : à ses yeux la première qualité des généraux qu'il choisit devait être l'obéissance; et il partagea le commandement de chaque armée , afin que les chefs se surveillassent mutuellement , et qu'aucun d'eux ne se crût assez puissant pour agir par lui-même. 11 entravait ainsi d'avance les mouvements des armées, et leur préparait, dans l'avenir, de sanglants revers : il débuta par des succès^ cani- L'armée du Nord, sous les maréchaux de Ghâtillon et
Pflffne de
I6M. de Brëzé, devait joindre dans le Luxembourg celle des
États généraux de Hollande, pour chasser les Espagnols
Opéra- de la Belgique : ceux-ci étaient commandés par le prince
LIYfiS III. CHAPITRE III. 625
Thomas de Savoie , qui avait pris parti pour la maison uonsdes d'Autriche, tandis que le due Victor- Amédée , son frère, Belgique. était entraîné, malgré lui, à servir la France. Le prince se porta hardiment , avec quinze mille hommes , entre les deux divisions de Tarmée du Nord , afin de les écraser séparément ; sa témérité fut punie : elles Faccablèrent à la fois dans la plaine d'Avaine y lui enlevèrent cinquante drapeaux , et opérèrent leur jonction devant Maëstricht avec les Hollandais, commandés par le prince d'Orange. L'armée réunie présentait cinquante mille combattants , et aurait pu opérer de grandes choses ; mais elle se porta aux plus affreux excès ; le sac de Tirlemont souleva les Belges, indécis jusque alors; ils coururent aux armes, et donnèrent ainsi le temps à l'armée impériale de Piccolomini d'arriver. Cette armée fit lever le siège de Louvain aux Français , et les contraignit à Tinaction jusqu'à la fin de la campagne.
L'armée française d'Allemagne , divisée en plusieurs En AUe-
* ^ ' magne.
corps, SOUS le maréchal de la Force et le duc de Saxe- Weimar, avait en tète, d'une part, le duc de Lorraine, qui fut battu par la Force à Montbeillard; d'autre part, le célèbre Gallas, qui bloquait dans Mayence une partie de l'armée de Bernard , et tenait en échec ce grand général lui-même à Sarrebrûck. Richelieu confia une nouvelle armée de quinze mille hommes au cardioal de la Valette, qui réussit à joindre Bernard et à le dégager. Mayence fut débloquée ; Bernard passa le Rhin , et présenta la bataille À Gallas; mais il ne put le contraindre à l'accepter. La disette et les maladies fondirent sur son armée; elle fit une retraite désastreuse , et rentra dans Metz réduite de moitié. Le duc de Lorraine recouvra une partie de son duché, dont il fut bientôt après expulsé par une troisième
U6 TAOISlàMS ÉPQQUB.
armée, cmnaandëe par Louis XIII en personne. Le roi ne tenta ancnne grande opération sur le Rhin , il ne franohit point le fleuve , et les débris des trois armées dirigées sur cette frontière couvrirent la Champagne et la Lorraine, m«aacées par les Impériaux, âous Gallaset Jean de Werth.
En Italie L'Italie était le troisième théâtre des opérations strate-
et dans la *^
vaiteune. g^ues de Rlcholieu. Les princes alliés de la France , les ^ducs de Savoie, de Parme et de Mantoue, devaient conquérir le Milanais ; et le maréchal de Créqui , avec quinze mille hommes, avait l'ordre de les seconder. De fréquentes altercations entre le duc de Savoie et te maréchal paralysèrent tous les mouvements de l'armée , qui , après s'être portée en avant, échoua à l'attaque de Frascarolo, et fat contrainte à lever le siège de Valanza. Créqui se replia sur la France, abandonnant les princes alliés, dont les -États furent aussitôt envahis. Les armes françaises ne furent heureuses que dans la Yalteline, où commandait le duc de RoliaD, qui s'était fait une grande réputation mi. litaire dans les guerres civiles , et qui parvint à couper toute communication entre les corps impériaux de la Lombardie et de l'Autriche; il tint tête avec cinq mille hommes, dans un pays insurgé, aux généraux Serbelloni et Femamont, qui l'attaquaient avec des forces supérieures : vainqueur à Morbégno, Rohan repoussa Fernamont dans le Tyrol, puis il chassa Serbelloni et les Espagnols de La Yalteline , après le glorieux combat du Val de Presle. Sur ee point seulement la campagne de 1635 fut honorable pour la France; le commandement n'y avait point été divisé, et lïntelligenee qui conçut y fut toujours unie à la volonté qui exécuta, cam- Richelieu commença la campagi» suivante avec antant
LIYRB III« GHÂPITBB III. $21
d*arinées que la précédente, et il essuya de grands revers, pagne de IL espérait conquérir la Franche-Comté, province espagnole sur laquelle il avait dirigé ses meilleures troupes, sous le priucede Gondé ; mais cette armée fut promptement rappelée pour arrêter les Impériaux , qui avalent envahi la France. Le cardinal-in£ant, Ficcolomini et Jean de Werth étaient entrés en Picardie et en Champagne avec quarante invasioii mille hommes : le comte de Soissons. ennemi de Riche- Frlnce
par les
lieu , couvrait seul ces provinces avec un faible corps : plu- allées
sieurs villes avaient succombé; Corbie enfin, dernière 'J^^* place forte sur cette frontière, était prise, tandis qu'une seconde armée impériale , sous Gallas et le roi de Hongrie, pénétrait en Bourgogne. La terreur règne dans Paris , où les murmures éclatent contre le cardinal. Ses ennemis se réjouissent des revers qui préparent sa disgrâce, tandis que lui-même, encouragé par le fameux capucin Joseph du Tremblay, son agent le plus intime, affecte de se promener sans gardes dans la ville, flatte le peuple , et vante ses ressources. Une nombreuse noblesse accourt auprès du roi, et grossit Tarmée.
Le péril de la France fut le prétexte de nouveaux com- nouplots contre le cardinal. Gaston d'Orléans et le comte de compufts. Soissons s'unissent pour le perdre. Deux gentils hommes du comte, Saint-Pol et Mootrésor, de concert avec les deux princes, se déterminent à l'assassiner : Gaston devait donner le signal; mais le cœur lui faillit au moment de Texécution. Le complot avorta, et le comte de Soissons chercha un refuge dans la citadelle de Sedan auprès du duc de Bouillon. Il avait mis son espérance dans les armées ennemies quMl devait combattre; celles-ci ne profitèrent point de leurs avantages ; chargées de butin , elles s'affaiblirent par 1 indiscipline et la désertion; elles évacuèrent
538 TBOISIBMB EPOQUB.
la France : l'armée royale assiégea et reprit Corbîe. Au- 1 cun avantage important ne fut obtenu durant cette campagne, soit dans ia Yalteline, soit dans le Piémont. Le { duc de Savoie et le maréchal de Créqui gagnèrent une sanglante bataille près du lac Majeur, à Tarnavento, sur le marquis de Léganez , gouverneur espagnol du Milanez; mais cette victoire n'eut point de résultat. Mort de L'cmpcrcur Ferdinand II mourut Tannée suivante ; son nand îi fils lui succéda SOUS Ic nom de Ferdinand III , et obligea Victor- le duc de Kohan à évacuer la Valteline , malgré les ordres
Amédéc. ' °
1637. formels de Richelieu. Rohan remit à Guébriant le commandement de ses forces , et servit en volontaire sous le duc de Saxe-Weimar. Victor-Amédée, allié peu sincère de la France, succomba la même année , laissant le trône à un fils en bas âge^ et la régence à sa veuve Christine, sœur de Louis XIII.
Anne d'Autriche, pendant le cours de cette guerre, avait été accusée de complicité avec sa famille ; néanmoins une réconciliation momentanée eut lieu alors entre elle et Louis XIIL On en fit honneur à mademoiselle de la Fayette, aimée du monarque. On dit qu'ayant cherché au couvent de la Visitation un asile contre ses poursuites , elle combattit les préventions dont la reine était l'objet , et rétablit quelque temps la bonne intelligence entre les deux Naissance époux. La naissaucc de Louis XIV fut le fruit de ce ran-
de Louis *
XIV. prochement : Anne d'Autriche le mit au monde le 5 septembre 1 638 , après vingt-deux ans de stérilité, cam- La guerre continuait, et ne fut heureuse que sur le fS* et® Rhin, où Weimar, après avoir été battu à RheinfeM, surprit les Autrichiens dans l'ivresse du triomphe , remporta sur eux une victoire complète , et fit prisonniers leurs quatre généraux. Les opérations sur la frontière d'Espa-
LIYAB III. CHÀPITBB III. 529
goe étaient dirigées par le cardinal Sourdis, archevêque de Bordeaux , et par le prince de Gondé : ils furent forcés dans leurs lignes par Tamiral de Castilie, et obligés de lever honteusement le siège de Fontarabie. Ils reprochèrent, mais à tort, au duc de la Valette, campé à peu de distance , de ne les avoir pas secourus y et attirèrent ainsi , Tannée suivante, une accusation capitale sur sa tête.
L'illustre général Bernard , duc de Saxe-Weimar, avait peu survécu à sa victoire de Rheinfeld; il mourut du typhus en 1639 : la France acheta ses conquêtes d'Allemagne et son armée, dont le commandement fut donné au duc de Longueville , qui de concert avec le comte de Cuébriant franchit le Rhin, et tint la campagne durant deux années, au delà du fleuve, sans succès décisifs, mais aussi sans revers. Tout l'effort de Richelieu se portait alors opéra^ sur la Flandre , où il dirigea trois armées, sous les ordres ^^^^J^^.^" delà Meilleraye, de Châtillon et de Feuquières. Le roi voulut assister aux opérations en personne; mais les événements ne répondirent point à ses espérances. L'armée de Feuquières fut détruite par Piccolomini à Thionviile; Châtillon, privé du concours de son collègue, n'obtint que des succès sans importance; la Meilleraye borna les siens à la prise d'Hesdin, qu'il emporta sous les yeux du roi ; il reçut le bâton de maréchal sur la brèche. Ainsi se termina dans le nord la campagne de 1639. Elle fut plus brillante en Piémont : cette contrée était à cette épo- ^ que un foyer d'intrigues. Le cardinal Maurice et Thomas , prince de Carignan , frère du feu duc, disputaient la régence à sa veuve Christine , tandis que le P. Monod , jésuite, confesseur de cette princesse, l'excitait contre Richelieu. Le cardinal fit enlever ce jésuite , et le retint prisonnier jusqu'à sa mort. Cependant les beaux-frères de
5M TBOIS^MB EFOQUB.
Christine ^igaient soutenir leurs prétraetioiis par le r^
d'Espagne, et promettaient à ce prince âe loi livrer ks
places fortes du Piémont. La régente imj^a les seotMus
do roi de France , son frère ; Richelien confia nne armée
suecètdQ BU cardinal de la Valette, et celui-ci, «mis prétexte de
%¥ protéger le fils de Victor- Amédée , envaliit la moitié de aes
du comte États, puis cxpirad'une fièrre contagieuse. Biclieiteu lœ
court en donoa OU habile successeur; ce fut Henri de Lorraine,
Piémont. ' '
comte d'Hareourt, qui raTitaUla Casai, œsiegepar les Espagnols , et opéra ensuite une belle et difficile retraite de Chiari à Garignan, en présence des armées très>supérieures du prince Thomas et de Léganez, qu'il vainquit au combat glorieux de la Rotta.
Les principales puiœances bdtigérantes , la France, l'Empire, TËspagne, malgré quelque succès parUels, ne recueillaient aucun fruit de cette guerre désastreuse, à laquelle s'acharnaient les ministres dirigeants de Philippe IV et de Louis XIII, OiiTarez et Hiehelieu. La France était épuisée, et Hiehelieu avait eu recours aux plus honteux expédients pour se procurer les subsides iiéceasaires : il saisit les rentes sur Thôtel de ville, jeta tes rentiers qui osaient se plaindre à la Bastille , et défendit aux parlements de les protéger; il affaiblit enfin Ift considération dont jouissait la oragistrature en vendsuit un grand nombre de nouvdks clmrges judiciaires : les revers même des armées semblaient redoubler l'obstination du cardinal et l'attadier davantage à la guerre. Il avait perdu ^ 1638 son agent le plus intime, le P. Josej^, capucin, qui savait mieux que tout autre l'art de persuader les rois et de pén^rer leurs secrets. « J'ai perdu mon <( bras droit , » dit Ridieiieu en apprenant sa mort. On accusait ce fameux capucin d'irriter l'humeur sanguinaire
LIVBB m. CHAPtTBC HT. 5d1
du cardinal; mais œkii-ci n'oyait pas besoin de eomeils à
cet égard; il le prouva de nouveau. en ordmiuaut de pour- procès et
suivre le duc de la Valette , frère du cardinal de ce nom , ]^tion^
' ' duc de la
et veuf d'une soBur naturelle du roi. La Valette osait le Valette. railler et critiquer ses actes. RiofaeUe<u Taccusa de trahison au sié^e de Fontan^le. Louis Xill, son beau-frère, nomma pour le juger une comBûsnon de dues et pairs, de conseillers d'État et de m^trats, et voulut pré^der luimême au jugement. Plusieurs des commîssaices désignés , et entre autres les présidents le Jai, Novimi et Belli^re, démontrèrent Tillégalitéde ce tribunal : « Vous faites les « difficiles et les tutews des rois, leur dit Louis XIII , ir- '( rite ; je suis le mattre , et je puis faire juger les ducs et « pairs de mon royaume par qui lion me semble. » Aucun des ducs et pairs ne réclama. La Valette, réfugié -en Angleterre et jugé par contumace, fut condamné à mort, d'après le manifeste du roi : on l'exécuta en e£Qgie.
Deux grands événements , auxquels la politique de Ri- msurrecdielieu n'eut point de part , marquerait Vam 104^ , et fti- ^catarent d'un immense avantage pour la France. Les peuples \^J^^^^ delà monarchie espagnole étaient accablés par le despo- ^^^ff ' tisme du premier ministre Olivarez. La Catalogne s'insurgea, et se donna tout entière à la France, tandis que vers la même époque une autre révolution édatait à Lisbonne, où le joug ^ l'Espagne fot également brisé : les Portugais élurent pour roi le duc Jean de Bragance , descendant de leurs anciens monarques. Accablée de ces pertes énormes, la cour d'Espace soutint mollement la guerre contre la France.
Guébrianty qui avait succédé au duc de Longueville campaà la tête de l'armée d'Allemagne , se maintenait avec hon- i««o. mur dans cette contrée; mais les deux principaux foyers
582 TBOISlkME BPOQUB.
des opérations militaires étaient alors l'Artois et le Pië- Succès inonf. Une armée nombreuse fat réanieen Picardie , sons ri«m^t 1^ ^^^ maréchaux de la Meiileraye, de Châtillon et de Chaulnes : elle entra en Artois, et investit Arras, dont Loois XIII et Richeliett vinrent presser le siège. Là se fit Beau trait connaître par un beau trait Tiliustre Fabert, officier de ^mf fortune qui s'éleva par son seul mérite à la dignité de maréchal de France. Richelieu lui demandait s'il connaissait quelqu'un qui oserait pour cent mille écus pénétrer dans la place assiégée et la reconnaître : « J'irai pour l'honneur, » répondit Fabert; et il tint parole. En vain le cardinaMnfant tenta de forcer les lignes françaises et de faire lever le siège : Arras capitula. Un jeune héros , le duc d'Enghien , qui devint le grand Gondé, fit ses premières armes dans cette campagne , sous les ordres du maréchal de la MeiUeraye.
La campagne du Piémont fut plus glorieuse encore pour nos armes. Le comte d'Harcourt, avec dix mille hommes contre vingt mille, força le marquis de Léganez à lever le siège de Casai : il se porta ensuite y par une marche audacieuse et rapide , sur Turin , que défendait le prince Thomas , et il investit cette place. Léganez voulut la dégager ; l'armée française assiégeante se vit assiégée à son tour dans ses lignes par une armée très-supérieure en nombre, et vivement pressée entre celle-ci et la garnison. B'Harcourt y par la rapidité de ses manœuvres , trompa les deux généraux ennemis; il les battit tour à tour, et força le prince Thomas à capituler. Il avait été dignement secondé par le frère putné du duc de BouilloD , le vicomte de Turenne, qui devait être compté un jour parmi les plus grands capitaines de l'Europe.
Ainsi, pour la j^emière fois depuis le début de eette
LIVBB III. CHÂPITBB III. 533
guerre saDglante, les Français avaient l'avantage sur toutes leurs frontières. Richelieu en profita pour porter le dernier coup à ses ennemis. Il fit fermer l'Angleterre et la Hollande à la mère du roi, pauvre et suppliante ; il accusa faussement d'attentat contre sa personne le duc de Yendôme, frère naturel de Louis XIII, et le mit dans l'obligation de fuir, puis il tourna toutes ses forces contre le comte de Soissons, prince du sang, toujours réfugié à Sedan auprès du duc de Bouillon, avec le duc de Guise, petitfils du Balafré. Le comte était le plus redoutable des chefs mécontents : il fallait le gagner ou l'abattre. Richelieu y n'ayant pu lui faire épouser sa nièce favorite y la duchesse d'Aiguillon , résolut de le punir.
Le roi , par son conseil , marcha sur Sedan. Son armée , mal disposée pour Richelieu , se débanda tout entière à la bataille de la Marfée. Le comte de Soissons avait vaincu eatauie
de la
presque sans combat et le chemin de Paris lui était ou- ^^^ vert; mais il fut tué après le combat, au milieu de ses officiers, d'un coup de pistolet au front, sans qu'on sût jamais quelle main l'avait frappé. Ce coup assura la puissance du cardinal : les ducs de Guise, de la Valette et de Vendôme demeurèrent en exil ; le vieux d'Épernon fut confiné au château de Loches, dont il était gouverneur, et où il mourut à l'âge de quatre-vingt-neuf ans ; le clergé, la noblesse, les parlements, n'osèrent murmurer; la France et son roi étaient asservis à Richelieu.
L'inflexible cardinal se montrait également redoutable à toutes les classes de la nation, aux pauvres et aux faibles, aux riches et aux puissants. La guerre ruinait le peuple, et les taxes, dont la plus lourde part tombait sur les paysans, étaient devenues intolérables. L'impôt de la taille surtout se levait sur eux avec une effrayante ri-
534 TBOISIJKVE ÉPOQUE.
goeur. Us étaient considérés dans t^urs viHages oomme solidaires lésons des antres; et son vent, lorsque des malhtorenx s'étaient épnisés pour acquitter leur quote-part, ib vojraient tout à coup sakir leurs réool^, lenrs meubles, et jusqu'à leur personne, pour acquitter la taxe et voisins phw pauvres et insolvables. Plusieurs de ces infortunés, jetés en prison pour ce motif odieux, furent protégés et mis en liberté par le parlement de Booen, dont le conseil du roi cassa les arrêts. Les rigueurs redoublerait; et poussèrent au désespoir beaucoup d'habitants de la Révolte basse Normandie, qui , désignés avec mépris sous le nom "en"î5or- ^ Va*nU'pieds, prit ent enfin les armes, et se retranché- "iMo!*' ^^^^ ^^^ '^* coteaux d'Avrancbes^ Des troupes étrangères, sous le colonel Gassion, étouffèrent Tinsurrection dans le sang des insurgés; après les soldats vinrent les juges et les bourreaux. Richelieu choisit le chancelier Ségnier pour venger l'autorité royale : le parlement de Normandie itat supprimé, la ville de Rouen fut frappée d'une contribution énorme. Séguier déclara que la province en* tière serait gouvernée par la volonté absolue du roi, sans limites et sans contrôle ; il présida un tribunal de son choix, qui rendit une multitude d'arrêts de confiscation, d'exil et de mort.
Abaisse- Rlchelieu excitait le roi à enlever toute indépenchince i^roagis- et tout pouvoir politique aux parlements : Louis XIII leur commanda d'enregistrer sur-le-champ ses édits sans examen préalable, et leur permit à peine quelques observations sur les matières de finance. Plusieurs magistrats ayant réclamé contre un semblable despotisme, leurs diarges furent supprimées, afin que le corps entier de la ma- ^ gistrature comprît qu'il n'existait que par un effet de la puissance et de la royale bonté du monarque.
LlVJtS lU. CKAPlTBBi III. 53&
C'est ainsi que Rieh^ea croyait servir la eoQroD&e ^ noD-seulemeot ^ comprimaot les révoltes d'une main de fer, mais encore en abattant tout ce qui, daofr les anciennes institutions du royaume, faisait obstacle ou contre-poids à la volonté du prince. Ses paroles sur sa propre politique fontjfrémir : « Je n'ose rien entreprendre, dit-il, sans y avoir bien pensé ; mais quand une fois j'ai pris une résolution, je vais droit à mon^ but : je renverse tout, je &ncbe tout, et ensuite je couvre tout de ma robe rouge. »
La France conserva dans la campagne de 1641 les avan- campatages acquis dans la précédente en Artois et en Piémont. f^Tet^ Guébriant se couvrit de gloire en Allemagne; il parvint, Jeiics après une raarcbe longue et difficile, à joindre à Zwickau, ^^^é-^ sur la Mulda, l'illustre^aéral suédois Bannier : celui-ci, ^^ue/" déjà grièvement nnlade, expira presque aussitôt après '^'^^^' cette jonction, qui sauvait son armée. Guébriant battit Piceoiomini à Wolfenbuttel, et remporta le 17 janvier 16'<.2, sur le général impérial Lamboi, la célèbre victoire de Kemptem.
Louis XIU s'assur&it alors la possession de la Cata- conquête logne, qui s'était donnée à la France. Le Roussillon dé- "uion-V pendait de cette belle province ; Richelieu avait résolu d'en chasser les Espagnols, et il y conduisit le roi à la tête d'une puissante armée, qui assiégea Perpignan. Cette place se rendit le 4 septembre 1642, et la victoire de Lamothe- Hoodancourt sur Léganez, à Lérida, acheva la conquête du Boussillon.
Durant cette campagne , une dernière et sanglante catastrophe porta au comble l'autorité de Richelieu et la terreur de son nom. Le roi tenait ses favoris de ses mains : le cardinal les choisissait de manière à être instruit par eux des volontés secrètes du monarque, et les brisait ans*
536 TAOïnilUI BPOQDB.
sitôt qu'ils cessaient de lui être utiles ou manifestaient le désir de grandir sans son appui. Il avait placé auprès du
^ôn^ ^^ te J^QC Cinq-Mars, marquis d'ECBat, âgé de vingt et ^^ un ans. Celui-ci, nommé grand écuyer, fit de rapides '^*^ progrès dans les bonnes grâces du souverain, et, découvrant son antipathie pour le cardinal, il conçut Tespoir de le renverser. 11 se ligua dans ce but avec la reine , avec Gaston d'Orléans et le duc de Bouillon, qui se flattait de remplacer Richelieu. Le cardinal, que le roi traitait depu& quelque temps avec froideur, s'éloigne prudemment; il séjourne à Tarascon, et laisse Timprudent Cinq-Mars et ses complices s'engager avec 1^ ennemis de l'État. Il se rend maître enfin de la copie d'un traité d'alliance avec l'Espagne, et l'envoie à Louis. Cinq-Mars est aussitôt saisi, et on arrête avec lui de Thou, fils du célèbre historien de ce nom, son ami et son confident, mais non son complice. Le duc de Bouillon est fait prisonnier au milieu de son armée, et Monsieur est investi en Auvergne. Le roi se fait alors porter à Tarascon, auprès du cardinal, aussi accablé que lui par les maladies et les infiriàités. Richelieu éclate en reproches ; Louis se confond en excuses ; puis il enjoint à ses sujets d'obéir à son ministre comme à lui-même. Le cardinal se rend à Lyon par le Rhône, traînant à la remorque, dans un bateau attaché au sien, ses deux jeunes prisonniers. .Une commission instruisit leur procès : le crime de Cinq- Mars n'était point prouvé; les lâches dépositions du duc d'Orléans le perdirent. Cinq-Mars fut con-
Kxécu- damné à mort et exécuté avec le jeune de Thou, coupable
tion de ■
ivTaM^it ^® n'avoir point dénoncé son ami. Le due de Bouillon
''^ilïî."* perdit sa principauté, en échange de laquelle il obtint son
pardon ; Gaston d'Orléans eut la permission de vivre à
Blois en simple particulier. Richelieu, satisfait et vengé.
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part pour Paris, et voyage en triomphateur. Ses gardes le portent sur leurs épaules dans une espèce de chambre meublée, et il fait abattre à son entrée dans les villes les portes trop étroites pour le recevoir : c'est ainsi qu'il traverse la France depuis Lyon jusqu'à son palais , où il déploie un faste bien supérieur à celui du monarque.
La reine mère mourut alors dans Tindigence, à Cologne ; Mort de Richelieu la suivit de près au tombeau. On vit le roi sou- Médi(±t
* et de Rl-
rire pendant l'agonie du cardinal , et lorsqu'il apprit sa ^^^^H^' un : « Yoilà, dit-il froidement, un grand politique de ^ mort. » Une lui survécut que six mois. Peu de jours avant Mort de d'expirer , il nomma Anne d'Autriche régente , et Gaston , xni! json frère , lieutenant général du royaume : il leur adjoignit un conseil de régence, sous la présidence de Ck>ndé. Xe lendemain il ût baptiser le dauphin, âgé de cinq ans ; €t, l'ayant fait venir de la chapelle dans sa chambre, il lui demanda comment il se nommait. « Je me nomme Louis XIV, répondit l'enfant. — Pas encore, mon fils, pas encore, » dit le monarque expirant. Ce mot seul annonçait un roi. Louis XIII témoigna des remords de l'assassinat du maréchal d'Ancre et du traitement fait à la reine sa mère ; il fit des grâces à ceux qu'il avait longtemps persécutés, et mourut au château neuf de Saint-Germain, âgé de quarante-deux ans. On^tait,dit un contemporain, si las de son gouvernement, qu'il tardait à tout le monde qu'il fut mort, même à ceux qui lui avaient le plus d'o- Jbligation '. ,
La guerre de Trente ans absorba, pendant ce règne , l'attention et les forces de toute l'Europe. L'Angleterre seule n'y prit point de part, et n'exerça qu'une faible in-
* Mémoires de Monglat.
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floenoe sor le continent : die était alors occupée de la grande ré^olotion qui conduisit Charles I* à Téchafiftud, et à laquelle Louis XIII , ou plut6t son ministre, ne demeura point étranger, coasidé- Ce roi, plus brave que son fVère, ne fut pas plus que ^^ Lo^ lui doué de force morale et de fermeté ; il n'aima personne : ^^ sombre, soupçonneux, jaloux et inconstant, sa faveur exposait à autant de dangers que sa haine. Incapable de régner par lui-même, il sentait son impuissance , et ce fut le secret du long ascendant de Richelieu; aussi ce ministre fut-il accusé d'avoir suscité des troubles à l'intérieur et à l'étranger, pour se rendre plus indispensable encore au faible monarque, complice de sa tyrannie. Entre les actes qui émanèrent de la volonté propre de ce prince, que des flatteurs ont surnommé Je Juste , l'histoire cite le vœu par lequel , eu relevant de maladie , il mit son royaume sous la protection de la Vierge. Louis XIII, aux yeux de la postérité, s'efface tout entier devant Richelieu-, et c'e^ un spectacle instructif que le tableau de ce roi incapable, volontairement courbé jusqu'à sa mort sous le génie d'un ministre orgueilleux qu'il hait, et sans lequel il se sent dans rimpuissance de régner.
Richelieu accrut la puissance du royaume en organisant ses forces militaires sur un pied formidable, en créant la marine royale, et en écrasant le parti polique des protestants français , sans les attaquer dans leur croyance religieuse. La France lui dut, entre autres conquêtes, celle * du Roussillon au midi, et au nord celle de la principauté de Sedan , perpétuel foyer d'intrigues : ce fut lui qui , en soutenant les protestants d'Allemagne contre l'Autriohe, consolida le fameux système d'équilibre en Europe; mais si à beaucoup d'égards sa politique extérieure fut habile
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et ferme, on lui reproche avec justice d'aivoir négligé toutes les occasions d' alléger pour les peuples l'intolérable fardeau de tant de guerres , en signant une pai^ii honorable. Non-seulement Richeiieu voulait que l'équilibre européen fût maintenu » il voulait encore que les autres nations fussent humiliées; et il est le véritable auteur de cette politique violente et agressive trop bien suivie par son successeur M azarin , par Louis XIY , et de nos jour» par un conquérant à jamais fameux, et qui fait consister la gloire d'une nation dans rabaissement et dansThumiliatioa de toutes les autres : politique toujours fatale à la longue, source de réactions terribles et de guerres perpétuelles ; car l'amour de la patrie, de l'indépendance et de la dignité nationale est dans le cœur de tous les peuples; pour eux , comme pour les individus, la liberté, l'honneur, sont les plus précieux des biens ; et de la part d'une nation humiliée ou esclave , accepter une trêve , signer une paix , c'est ajourner la vengeance. Richelieu fut beaucoup loué pour avoir affermi la puissance royale sur les ruines de la féodalité ; mais Louis XI, avant Richelieu , avait écrasé la haute aristocratie, et, parmi les successeurs de ce monarque, tous ceux qui surent régner furent des rois absolus. Henri IV lui-même, du jour où il fut reconnu roi par la France , ne rencontra plus de limites à son autorité. Si Louis XIII avait eu quelque fermeté dans l'âme, il eut aussi régné sans obstacle et sans partage ; mais on sentait qu'il n'était roi que de nom , et que Richelieu régnait pour lui. Ce fut contre le ministre que la plupart de» conspirateurs dirigèrent leurs complots , avec l'intentiOH de l'abattre et de lui succéder. Ce n'était pas le trône qu'ite attaquaient ; ils disputaient, pour ainsi dire , la régence à Richelieu , sous un roi qu'ils savaient trop faible et trop
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incapable pour jamais sortir de tutelle. Richelieu porta sans doute aux factieux des coups terribles, et leur ôta pour un temps les moyens de résister avec succès ; mais il leur enleva aussi toute chance de pardon , et les jeta dans des entreprises extrêmes et désespérées ; il eut à lutter contre les révoltes jusqu'à la fin de ses jours, et sa mort fut suivie de troubles aussi grands que ceux qui avaient précédé son ministère. Ce n'est donc pas Richelieu qui fortifia l'autorité royale d'une manière durable, ce n'est pas lui qui courba les princes et les grands devant la seule majesté du trône, quel que fût le monarque : ce but ne pouvait être atteint que par le double ascendant d'une grande gloire et d'une longue habitude; et pour y parvenir il ne fallait rien de moins que l'imposant caractère de Louis XIV, la durée de son règne, et ses étonnants prestiges. Richelieu, d'ailleurs, en violant les droits des citoyens, des villes et des provinces, renversa les digues sa> lutaires qqi, sagement maintenues, auraient pu empêcher l'autorité royale d'abuser d'elle-même ; il foula aux pieds l'autorité des parlements, et n'eut recours , pour assurer la paix de l'État , qu'aux armes et aux supplices; il travailla ainsi beaucoup plus pour le présent que pour l'avenir; les troubles qui ensanglantèrent la France pendant presque toute la durée de son ministère, et surtout ceux qui éclatèrent avec violence après sa mort prouvent que pour discipliner une nation la terreur ne suffit pas ; que pour maintenir sa tranquillité rien ne supplée à des lois sages, protectrices de tous les intérêts ; qu'enfin les rois ou les tuteurs des empires peuvent peu de choses par les soldats et par les bourreaux, lorsqu'ils ont négligé de rendre respectables les organes de la justice , les interprètes des lois, en les respectant eux-mêmes.
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Kichelieu manquait encore d'une des qualités les plus nécessaires à l'homme d'État : il n'était point financier, et ne sut, pour subvenir aux énormes dépenses du trésor^ que recourir aux ressources des traitants, aux confiscations et à la vente des charges. Cependant il faut dire à sa Étabusse-
" * inentsdes
louange qu'il encouragea les premières associations com- J^^^^^J^^ merciales auxquelles la France dut le maintien de ses éta- ^"«^*blissements aux Antilles et au Canada.
Un des titres de gloire de Richelieu est la fondation de Académie l'Académie française, en 1635. Il protégea les arts, em- los». ' bellit la Sorbonne, et construisit le Palais-Cardinal ( aujourd'hui le Palais-Royal ], dont il fit présent au roi. Pour soutenir ses entreprises et son faste, il foula impitoyablement les peuples. La France paya sous lui quatre-vingts millions par année, et les seules dépenses de sa maison en absorbaient près de quatre. Son orgueil ne souffrit de rivaux ni en pouvoir, ni en magnificence, ni en talents : auteur d'une partie de la tragédie de Miramme, ce fut en haine de toute supériorité qu'il imposa à l'Académie française l'obligation de critiquer le Cid, chef-d'œuvre du grand Corneille.
La raison et l'esprit de convenance n'avaient pas encore sous Louis XIII réglé les attributs distincts de chaque profession : on vit plusieurs cardinaux commander les armées, et les ambassadeurs servir à la guerre sous les puissances amies auprès desquelles ils étaient envoyés. Le parlement décidait en matières de sciences et d'art militaire : en 1621 il rendit un arrêt de mort contre ceux qui enseigneraient quelque chose de contraire à la doctrine d'Aristote, et plus tard il commanda des dispositions pour la défense de la capitale contre l'ennemi.
La nation s'adonnait encore aux plus déplorables su- ^"t^^?'
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perstitiODS. BiehelleQ fit coudamner à mort ,^ comme magicien, Urbain Grandier, curé de Loudun. La maréchale d'Ancre avait eu, peu auparavant, le même sort. On attachait toujours une grande importance aux prédictions de Tastrologie ; et au moment où naquit Louis XIV , qd astrologue fut placé dans la chambre d'Anne d'Autriche, pour observer le ciel. Cependant déjà, de toutes parts ea i^^- Europe, dans les sciences, dans les arts et les lettres, le rtSt^ g^^® moderne prenait son essor. Shakspeare et Bécon avaient illustré 1* Angleterre : ils eurent pour contemporains , en Espagne, Michel Cervantes, Lopc de Vega, les historiens Mariana et Herrera ; en Italie , les poètes Marini , Tassoni , et Timmortel Tasse , rhistorien Daiila, et les savants physiciens Galilée et Toricelli ; en Hollande, le grand politique Grotius; en Allemagne, Tastronome Kepler et Tycho-Brahé. Les grands peintres Rubens, Van Dyck et Téniers firent alors la gloire de l'école flamande , tandis que le Guide, TAIbane , Lanfranc et le Dominiquin continuaient celle de l'école italienne. Les mœurs de la France, encore à demi barbares, avaient surtout besoin, pour être adoucies, de rinfluence des arts et de la littérature. Déjà cette contrée avait produit Bescartes, qui opéra une révolution dans la philosophie et la science, en suivant la voie expérimentale ouverte par Bacon et Galilée; déjà aussi Malherbe et Rotrôu avaient acquis une gloire méritée, celui-ci comme précurseur du grand Corneille dans la tragédie , celui-là comme véritable créateur âe notre langue poétique : enfin Pierre Corneille parut, et avec lui s'ouvrit le grand siècle littéraire de la France.
Fin DO TOME PREMIER.