‹ Histoire de France (volume 2)Chapitre 63 sur 90 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Ministère de Richelieu.

Les grandes plaies da royaume étalent la faiblesse mo- État do raie du roi, Tambition des membres de la famille royale, S^Si^f. qni tous réclamaient une part dans le gouvernement; l'or- ^S^^' gueil et Favidité des grands , habitués à felre acheter leur *^' obéissance et leurs services, et certains d'accroître leur puissance et leur fortune s'ils savaient se rendre indispensables à quelque prince chef de parti, ou redoutables à la royauté. Les forces de la France étalent donc sans ceise divisées, le gouvernement incertain, le trésor au pillage, le royaume en proie à Fanarcbie. Les Espagnols profitaient de ces calamités pour dominer le conseil ; et leur puissante influence politique tenait le parti protestant dans une alarme continuelle , sans pourtant Tabattre ; elle Thabituait à se regarder comme un peuple à part dans la nation : de là un redoutable fléau de plus pour la France. Plusieurs places fortes appartenaient aux calvinistes; etTexemple heureux des Provinces-Unies leur inspirait le désir chimérique de se constituer eux-mêmes en une république, dont la Rochelle eût été le boulevard et la capitale.

Tout changea de face en France au moment où Richelieu saisit d'une main ferme la direction des affaires. Ou garda le secret du conseil , dont les Espagnols savaient auparavant toutes les résolutions; les ambassadeurs eurent PoMHquc

^ et Riche-

ordre de parler et d'agir avec hardiesse : celui de Rome ^^u. indiquait au cardinal les détours qu'il fallait prendre dans

508 TBOISIBMB ÉPOQUB.

ses négociations avec cette cour. Richelieu répondit: « Le « roi ne veut plus être amusé; vous direz au pape qu'on « enverra une armée dans la Yalteline. » L'effet suivit ia menace , et l'ambassadeur fut remplacé par le comte de Béthune, calviniste. Le cardinal de Richelieu soutint aussitôt les Grisons, peuple protestant, contre les Valtelins^ vassaux catholiques de ce peuple. Le comte de Fuentès, cet Espagnol gouverneur de Milan, si longtemps acharné contre Henri IV et la France, avait construit des forts au débouché de ces vallées, dont il comprenait Timportance militaire; et le pape, d'accord avec l'Espagne, y gardait un corps d'armée pour les défendre contre la France. Le marquis de Cœuvres, d'après l'ordre de Richelieu, arrive brusquement dans la Yalteline avec des troupes, repousse celles du pontife , et s'empare rapidement des forts et de toutes les places. Le nonce du pape éclate en plaintes ; il accuse le cardinal de l'appui qu'il prête aux Grisons protestants : « Vous devez être bien embarrassé , lui dit-il , de « soutenir au conseil de semblables résolutions. — Point du « tout , répondit le cardinal ; quand j'ai été fait ministre , « le pape m'a donné un bref qui me permet de dire et de « faire, en sûreté de conscience, tout ce qui est utile a « l'État. — Mais, reprend le nonce, s'il s'agissait d'aider <« les hérétiques? — Je pense, repartit Richelieu, que le « bref du pape s'étend jusque-là. »

Les Espagnols se vengèrent en promettant leur appui aux calvinistes : ceux-ci se plaignirent de ce que les conditions de la paix de Montpellier étaient mal observées, et Seconde de cc qu'on élevait de nouveaux forts autour de la Ro- ËSSuxîiî chelle ; et cette tof& ils furent les agresseurs. Soubise , avec ^n^^ ^"® flotte, s'empara de 1 île de Re; Rohan souleva le Lan- «•»• guedoc. Richelieu envoie contre eux d'Épernon, Thémines

LIYAB III. GHÀPITBl III. â09

et Montmorency : ce dernier disperse leur flotte ; Toiras emporte File de Ré, qui faisait la sûreté du port de la Rochelle; et le ministre accorde une nouvelle paix aux vaincus. La clameur publique lui reprocha de ne pas avoir dès lors anéanti le parti calviniste, qui semblait écrasé ; on le désigna sous le nom de cardinal de la RocJielh , ou de pontife des protestants. « 11 faut, dit à cette occasion Ri- « chelieu , que je scandalise encore une fois le monde aupa- « ravant. » Il faisait allusion, par ces paroles , à son alliance avec les Grisons et avec les Anglais , ainsi qu'au mariage qu'il fit conclure entre MAniMB % sœur du roi, et l'héritier protestant du tr6ne d'Angleterre, si malheureusement célèbre sous le nom de Charles P^

La guerre de la Valteline contre les Espagnols et le pape 'mité de fut terminée par le traité de Monçon , en Aragon , traité >•><*• qui ne fut pas désavantageux à la France. Richelieu se hâta de le conclure, pour faire face à l'orage qui se formait contre lui à la cour et dans l'intérieur du royaume ; les deux reines surtout étaient jalouses de son ascendant sur l'esprit du roi , et condamnaient sa politique, ennemie du pape et de l'Espagne. Gaston d'Orléans , frère du roi , haïssait Richelieu , qui lui refusait place et autorité dans le conseil; et les courtisans, à qui Richelieu fermait le trésor public et l'oreille du roi , se répandaient contre lui en invectives et en outrages. Ce fut contre cette ligue redoutable qu'eut à lutter le cardinal. Il entrait dans sa politique de combler de grâces et d'honneurs les seigneurs de haute naissance et d'un mérite distingué ; mais ensuite, s'ils se montraient encore ses ennemis , ils ne trouvaient

' On donnait en France le nom de Madame à la plus proche parente du roi , et celui de Monsieur au premier prince du sang royal.

5f0 TBOlSlèirB BPOQUE.

p4ws en Ricbelfeu ni égards ni miséricorde. LecoloMl Or* nano , gouvernenr et confident de Gaston , en fit le premier répretfve : BiefaeUeu', dans Tîntentlon de se ménager m appui auprès de Théritier préscnasptif du trône , donna le Wlton de maréchal au colonel ; mais Ornano excita Tam* bitlon du prince, et Youlut le marier contre la volonté du roi ; Richelieu le fit enfermer, et le retint captif jusqu'à It mort.

L'imprudent et coupable Chalais- fut le second exemple de la justice sévère ou de la vengeance du cardhial. Déjà Lignefor- uuc première fois le jeune téméraire avait, de concert avec contre Ri ftaston , attcuté aux jours du ministre, qui lui pardonna; 162B-I6M. il entra dans une nouvelle et plus vaste conspiration. D aimait la jeune duchesse de Chevreuse , veuve an duc de Luynes ; et il fût l'âme de la ligue où entrèrent Gaston d'Orléans, le comte de Soissons, le duc de Vendôme, gonverneur de la Bretagne, le grand prieur de Vendôme, sen frère, tous deux fils naturels de Hfenri IV, la reine Anne d'Autriche elle-même , et une moltifade de complkes subalternes , au nombre desquels on peut compter l'abbé Scaglia, ambassadeur de Savoie, et un agent de l'Angleterre, créature du frivole duc de Buckingbam. Ce duc, favori de Jacques I*"^ et de Charles son iils , avait été envoyé en France pour épouser Henriette, sœur du ro4 , au nom de Charles P', qui venait de succéder à son père. Il déploya dans son ambassade une magnificence inouïe et une galanterie audacieuse, dont la reine elle même devint l'objet. Bichelieu, soupçonné d'une inclination pour cette princesse, vengea le roi ou hii raêmepar des procédés humiliants pour Buckiogham , qui en conserva un profond ' ressentiment^ et entra dans la cabale soulevée coMre lui : le but de cette l^ne était dte renverser le ministre : on ac-

LlVJm UL GHA^JiKIfiB III. 511

cosa ceux cfui la favmèrent d'avoir yovIq déposer le roU eonranner Gaston d'Orléans , et lui faire épouser Anne d'Autriche.

iQ^uit èe ce vaste ccmipl^, Bkheliecu en inl&nne Lo«s Xni et sa mère ; puis H feint de céder à l'orage, ée reaonecr ait ministère , et se retire à sa campagne de Li» mours; lui seul était capable de débrouiller les fils d'uae intrigue si compliquée. Le roi le rappelle, lai donne toute sa conôtmce, et l'investit d'un plein pouvoir. Les deux Rigueurs Vcnaiôïtte sont bientôt attirés à Bi^s, arrêtés et conduits 3^^^

' de Ricne-

au (Mteau d'Amboise ; Gaston d'Orléans , intimidé par ^^^^ Hididieu, s& soumet à épouser mademoiselle de Môntpenr sier, et abandonne ses amis ; Cliâlois est reconnu coupable, par ses lettres à la duchesse de GhieVreose, d'avoir insulté le roi , et donné des consuls séditieux à Gaston : il e^ c^damné à mort par commission , et exécuté; le maréehai Orfiano meurt à Vincennes, et le grand prieur à Amboîse; le duc de Vendôme ne sort de prison qu'après avoir fait tous les aveux qu'on exige de lui. Le roi fait comparsdtre Anne d'Autriche en son cmiseil, et lui reproche durement d'avoir voulu un nouveau mari en Gaston d'Orléans : Je n'aurais ^s assez gagné au change , dit^elle sans s'é^ mouvoir. On lui imposa une étiquette sévère, et l'entrée de ses appartements fut interdite aux hommeâ en l'absence du roi. Un grand nombre de seigneurs furent di^raciés , et parmi eux on distingua Baradas, favori du monarque, et dont la chute fut aussi étrange et rapide que l'avait été son élévation. Louis Xlil destitua le garde des sceaux d'AUgre , et exila madame de Gbevreose en Lorraine : iine garde de mousquetaires fut donnée au cardinal , avec la ville de Brouage , comme place de sûreté. L'issue de cette grande intrigue accrut le pouvoir du ministre , et il

612 TKOISIBIIE ÉPOQUE.

fut soupçonné d'avoir à dessein soulevé contre lui cet orage,, comme une occasion de punir et d'abattre tous ses ennemis ^ Assem- Bichelicu, échappé à ce péril , convoque aux Tuileries notabits. uuc asscmbléc de notables, qui fut ouverte par le discours • du chancelier Marillac, garde des sceaux. Elle approuva tous les actes du cardinal , la suppression des grandes charges, le rachat des domaines royaux, aliénés à vil prix, la réduction des pensions, la démolition des forte* resses à l'intérieur, et loua le ministre de toutes ses sages économies. Elle ne le contredit que sur un point, et son opposition apparente fut encore un acte de condescendance. Richelieu avait /eint de souhaiter qu'on abolit la peine capitale pour délits politiques : l'assemblée pénétra sa pensée, et insista sur la nécessité des châtiments exemplaires. Le roi à cette époque supprima les charges de coanétable et de grand amiral, et créa Richelieu surintendant du commerce et de la navigation.

L*année 1627 fut marquée par un fait extraordinaire dans les fastes de notre histoire. François de Montmorency, comte de Bouteville, avait tué en duel le comte de Bussy ; il fut jugé et condamné à mort avec François de Rosmadec, comte des Chapelles, son second, en vertu de l'édit rendu par Henri lY contre les combats singuliers» si meurtriers pour la noblesse. Leur supplice donna Texempie , rare en France, de grands seigneurs punis pour avoir manqué, non au prince, mais aux lois.

De nouveaux complots éclatèrent bientôt contre Richelieu. La duchesse de Chevreuse conspira encore, et, de concert avec Tabbé Scaglia et avec lord Montaigu, con-

' Siri, Mémoires.

LIVBB III. GHÀPITBB III. 513

fidentde Buckingham, elle tenta de soulever les calvinistes. Sa correspondance ayant été saisie, elle se réftigia en Angleterre. Backingham se présenta devant la Rochelle avec une flotte formidable ; les Bochellois lai fermèrent leur port, et il débarqua dans l'tle de Bé, que le marquis de Toîras défendit glorieusement contre lui. Richelieu fit passer dans nie de nombreux détachements, • sous le maréchal de Schomberg ; Buckingham remit à la voile 9 et s'éloigna.

Le moment était venu pour le ministre de détruire un perpétuel foyer de guerre et le boulevard du parti siège méprotestant; il mit le siège devant la Rochelle, et com- ^^^£ manda les opérations en personne. Des deux parts ce siège «es^-iess^ ftit remarquable par un courage et une persévérance héroïques.

Rohan , guerrier illustre et chef du parti , était alors absent de la ville. Sa mère et sa sœur encouragent les habitants par leurs discours et par leur exemple. Pleins d'enthousiasme pour leur religion et pour leur liberté , ils avaient fait choix d'un maire nommé Guiton , qui , avant d'accepter la magistrature et le commandement, leur présenta un poignard , et dit : <t Je n'accepte l'emploi de votre « maire qu'à condition d'enfoncer ce poignard dans le « cœur du premier qui parlera de se rendre ; qu'on s'en « serve contre moi, si Jamais je songe à capituler. » Les Bochellois attendaient par mer, de la part des Anglais, un renfort de munitions et des troupes : Richelieu leur enlève cet espoir par une construction gigantesque : il fait jeter dans la mer une digue de quatre mille sept cents pieds dé longueur'. Les assiégés laissaient faire, comptant sur les

' Elle Alt construite par les ingénieurs Métézeaa et Tiriot.

614 TBOISlIOtB BFOQ^B.

vagues pour la renyerser : deax fois elles emporteot t*oiiyrage ; le cardioai le fait recommeneer une troisième fois, et. l'aehève. Louis XIII anime ces travaux par sa présenee. Une flotte anglaise, commandée par Bockiogham, se disposait à secourir la ville ; mais, an moment où le due s'embar^iie, un Anglais nommé Felton l'assassine. La flotte cependant met à la voile ; elle canonne en vain la digue, et, ne pouvant forcer le passage, elle s'éloigne; les assiégés sont en proie aux horreurs de la famine. Le maire Guiton répond à leurs plaintes douloureuses : « Lors- « qu'il n'y aura plus qu'un homme dans la ville, il faudra « qu'il ferme les portes. > Enfin, après une année entière cchnte d'uuc résistauce admirable , les Roehellois, sans espoir et Rocheue. sBUS rcssourcc. Consentirent à se rendre : leur ville perdit ses privilèges , mais les habitants conservèrent le libre exercice de leur culte.

Ce n'était pas seulement le parti protestant que Bichelieu frappait en prenant la Boehelle ; ce coup de viguear tombait également sur les princes et les seigneurs factieux, qui s'avouaient vaincus dans cette ville plus encore que les huguenots. Bichelieu avait enlevé à la rébellion, sous quelque drapeau qu'elle osât se montrer, une place forte réputée imprenable, et une communication libre avec l'étranger; il ôtait ainsi aux partis armés des ressources sans lesquelles ils ne pouvaient plus se promette aucun avantage durable.

La France, délivrée de la crainte d'une guerre civile^ désirait la paix avec ardeur; mais la fin des entreprises périlleuses et difficiles eût été le terme de l'administration de Richelieu. Louis XIII supportait son joug avec impatience ; ses flatteurs le pressaient de renvoyer son ndnistre et de gouverner par lui-même; il promit de se ré-

sooére à nègner seoK Le roi vonhét être ai^ranofai des embaira» do moment : riotérét de Biehe)}eu était done de lui créer sans cesse des embarras nouveaax , et de le tirer d'une guerre pour le jeter aussitôt dans une antre. L'orgueil national de Klchelieu était en cela d'accord avec son intérêt propre : héritier des projets de Henri IV contre la maison d'Autriche , il voulut que sa nation fût prépondérante en Europe, et il crut sincèrement qu'il importait, non-seulement à la sécurité de la France, mais encore à son honneur, que les autres États fussent abaissés et humiliés devant elle. Un prétexte de guerre se présenta bientôt à l'occasion du second mariage de Gaston d'Orléans. La première femme de ce prince était morte en lui donnant une fille, qui fut la célèbre mademoiselle de Montpensier, La reine mère , toujours occupée des intérêts de sa" famille, voulut lui faire épouser une princesse florentine, tandis que Gaston était épris de Marie de Gonzague, fille du duc de Nevers, héritière de Mantoue et de Montferrat, principauté sur laquelle le duc de Savoie ^^JgJ^ élevait des prétentions , soutenues par l'empereur et le JJ^^ roi d'Espagne. Richelieu décide le roi^ à secourir le ddc ^eet^L de Nevers contre l'Autriche; et s'attire ainsi la haine de sïîoie. Médicis, qui dès lors médite de lui ôter la surintendance ***** de sa maison.

Le roi entre en campagne ; les maréchaux Toiras, Cré- ^g^^g.f" qui, Bassompierre et Sehomberg commandent sous lui ••"• l'armée, dont Richelieu surveille lui-même les opérations. La reine mère satisfait aussitôt son ressentiment contre Marie de Gonzague, en la renfermant à Yincennes , où elle la retient dans une dure captivité juiqu'au retour du monarque. Louis force le pas de Suse au coeur de l'hiver : le duc de Savoie^ se soumet, et laisse le passage libre aux

516 TBOlSliMB ÉPOQUB.

Français, qui chassent les Espagnols de Casai : oeox-ci

Tr^de sont bientôt contraints à la paix ; elle est signée à Snse , et

«•». toute favorable au duc de Nevers, à qui elle assure la

possession de Mantoueet du Montferrat.

Gueirede Le parti caiviniste n*était point encore anéanti, et le

IM9. duc de Bohan se soutenait dans le midi , avec l'aide de

l'Espagne. Le comte-duc Olivarez , fidèle à la politique du

temps y crut devoir fortifier en France les restes de ce parti

malheureux , afin de conserver dans le royaume un foyer

de troubles perpétuels, et promit à Rohan trois cent mille

ducats : ce secours vint trop tard. Louis XIII, à son retour

du Piémont , tomba rapidement sur le petit nombre de

places possédées encore par les protestants ; celles qui ré-

sonmis- sîstèrent furent brûlées et détruites; Rohan se soumit, et

duc de conclut la paix le 27 juin , à Alais. Il reçut cent mille écus

Rohan, et rai .

lîStîpnî du roi pour congédier ses troupes, et se retira ensuite à ^i^'* Venise, De ce moment les protestants ne formèrent plus ^i^!"* un J^to^ séparé dans l'État : ils avaient été réduits à cette nécessité, si fatale au royaume, par les atroces violences des fils de Henri II ; mais la France ne pouvait sans péril demeurer ainsi divisée en deux peuples , et la ruine des calvinistes comme parti politique fit justement honneur au cardinal de Richelieu. Ils cessèrent d'avoir un gouvernement particulier, et ne traitèrent plus avec celui du roi comme de puissance à puissance; ils conservèrent d'ailleurs l'exercice de leur religion et tous leurs droits, tels que i'édit de Nantes les avait établis. Le roi donna le titre de principal ministre à Richelieu, pour le récompen* ser de ses services et le dédommager de la perte des bonnes grâces de Médicis.

Kueiîfen ^ gucrrc fut bientôt rallumée en Piémont. Chartes- Mémont. Emmanuel ayant ouvert de nouveau ses États aux Espa-

UVBB III. CHAPITBB III. 517

gnols » Richelieu résolut d*agir avec vigueur, et commanda lui-même l*armée française , avec le titre de lieutenant général, représentant la personne du roi. Il allait combattre le célèbre général espagnol Ambroise Spinola, qui s'était emparé des États du duc de Mantoue, à Texception de Casai, occupé par la France. Victor- Amédée, époux de la princesse Christine, sœur de Louis XIII , succéda, comme duc de Savoie, à son père Charles- Emmanuel, et la guerre continua sans succès décisifs.

Richelieu avait appelé en Piémont le maréchal de Marillac , qui commandait un corps d'observation sur la frontière de Lorraine, et Marillac n'arrivait pas, retenu , diton , par les instances de la reine mère , constamment hos^ tilc aux Français en Piémont. Toiras, privé de secours, rendit la ville de Casai aux Espagnols, et garda la citadelle : l'Autriche et l'Espagne triomphaient, si une puissante diversion n'eût été opérée dans le Nord par l'illustre roi de Suède, Gustave- Adolphe.

Le roi de Danemark , battu par les plus célèbres généraux de l'Empire , Walstein et Tilly , avait , en signant la paix de Lubeck, déposé, dans la ligue protestante, le premier rôle dont s'était saisi Gustave-Adolphe, excité par Richelieu, et traité d'usurpateur par l'empereur Ferdinand. Gustave entra en Allemagne, et, avec son invasion , commença la troisième époque de la guerre de Trente ans. L'empereur, obligé de rappeler ses troupes d'Italie, signa la paix avec la France à Ratisbonne, s'engageant à ^xde investir le duc de Nevers des duchés de Mantoue et de >»jïï*' Montferrat. La France promettaitde restituer ses conquêtes faites sur Victor- Amédée , et de ne former aucune alliance avec les ennemis de l'Empire. Le maréchal de Schomberg, prêt à livrer bataille aux Espagnols, refusa d'abord

51^8 TBOiSIBMB BPOQGB.

de se soumettre à ce traité , dont le négociateur Le j^ns actif fat Jnles Mazarin , depuis si fameux , et alors simple attaché à la légation du Pancirole, nonce du pape Urbain YIII. Mazarin se jeta hardimeol entre les deux armées , au moment de l'action , à travers une grêlede balles^ et arrêta les Français, qui, brûlant de combattre, criaient : Point de paix, point de Mazarin ! Il réussit à persuaier leurs cbefâ, et le traité de Ratisbonne fut confirmé par le marquis de Sainte-Croix pour l'Espagne, et par le maréchal de Schomberg pour la France.

A la suite de cette expédition, Louis XllI tomba dangereusement malade à Lyon, et Richelieu se crut perdu. Le roi se rétablit et revint à Paris , où un égal péri! menaça son ministre. La reine mère , furieuse des résultats de la guerre du Piémont, entreprise contre Victor*Amédée, son gendre, demanda au roi, avec larmes et emportement, la disgrâce du cardinal en sa présence, et elfe Taccabla cle ^^^^ sanglants reproches. Louis XÏII, pour terminer une scène 'l'So'' pénible , ordonna brusquement à Richelieu de sortir. Celui-ci s'estima disgracié ; la reine crut son triomphe certain , ce fut le bruit de toute la cour: et tandis que le cardinal brûlait ses papiers et mettait en sûreté ses trésors , les courtisans se portèrent en foule chez Médieis , pour se réjouir et la féliciter, Leroi s'était retiré à sa maison de Versailles'. Richelieu, avant départir, encouragé parses amis, résolut de tenter un dernier effort : il suivit Louis XIII, obtint uneentrcvue, se justifia, reçut l'ordrede rester au timon de l'État ; et lorsque déf à tous ses ennemis applaudissaient à sa chute, il reparut plus puissant que jamais. G^te journée est connue sous le nom de la journée des dupes.

^ Versailles n'était alors qa'un simple rendez-vous de chasse.

Livu m. GHànTn m. 5rd

Le premier acte du neuveau pouvoir de Richelieu fut TarreetatioDdee deux frères Marillac, Fou maréchal de France, Tautre garde des sceaux, q\à devaient leur étévatiOB au cardinal , et s'étaient montrés ses plus ardents adversaires. Toutefois , avant de les punir, Hichetien voulutabattre ou désarmer ses puissants ennemis : il combla de grâces et de promesses les amis de Gaston d'Orléans, et en particulier Pny-Laurens et le président le Cmgneux, confidents du prince , dont il cherchait ainsi à gagner la faveur ; mais, exdté par les deux reines , Craston se rendit chez le ministre à la tête d'une foule de gentils-hommes, rtnsulta en le menaçant de toute sa colère ; puis , après cette scène violente et absurde , il quitta le ministre , qui s'était cru en péril de mort, et se rendit dans son apanage d'Orléans, où il leva des troupes* Richelieu, dans un grand conseil tenu devant le roi, exposa l'état du royaume, la cause des troubles, et les remèdes seuls susceptibles d'y mettre fin ; il n'hésita plus à présenter l'éloignement de Noaveue la reine mère comme le seul efficace* Le roi consentit à de''^^ cette mesure, devenue nécessaire. Il se rendit à dessein à Mémcis. Gompiègne , où Médicis l'accompagna ; il en repartit à son insu, et la laissa seule avec ses femmes dans cette résidence, où ses volontés lui forent signifiées. Gaston, instruit de la disgrâce de sa mère , voulut armer pour elle ; mais^ prévenu par le roi, qui s'avançait en forces , il se sauva en * Lorraine, et tous ses adhérents furent déclarés coupables de 4èse- majesté.

Incapable de demeurer dans le royaume sans intriguer et San» gouverner, Médicis fit la faute de se retirer dans Médid« la Flandre espagnole , dont Richelieu lui avait avec inten* Vittenf tion ouvert le chemin , et où elle demanda un refuge , à la '^^^J^f^^grande satisfaction du ministre. <}aston aurait pu émou*

530 TBOISliME ÉPOQUB.

voir, en faveur de sa mère exilée, FEspagne, la Savoie, Borne et l'Empire ; mais il ne savait qae compromettre ses amis , et les abandonner dans le péril. Il ne se signala ea Lorraine qae par sa galanterie frivole , et époasa secrètement la princesse Marguerite, sœur du duc Charles IV. Le roi troubla ses noces avant de les connaître ; il fondit inopinément surja Lorraine, obligea le duo à lui sacrifier une partie de ses États , à recevoir garnison française dans ses meilleures places , et à éloigner Monsieur, qui se retira à Bruxelles, centre des mécontents et des exilés de la cour de France.

Libre alors d'écouter sa colère et de satisfaire sa vengeance, Bichelieu n*usaplusde ménagements, mais de rigueurs. Tous ceux qui balancèrent entre Médicis et \m furent contraints de quitter la cour et leurs charges ; et le jagemrnt procès du maréchal de Marillac fut instruit à Verdun pai

et SUD- * *

lîariua ^°^ commission qui , trop lente à punir, fut dissoute et ^^' remplacée par une autre , hostile au maréchal , et présidée par le garde des sceaux Châteauneuf , son ennemi personnel. Ghâteauneuf était sous-diacre> et, comme tel^ inhabile à siéger en qualité de juge; il obtint une dispense de Bome. Marillac fut transporté à Buel dans la maison même du cardinal, où il fut jugé et condamné à mort, comme coupable de péculat, de concussion, et de tyrannie dans Texercice de son pouvoir. Son crime réel était d'avoir essayé de perdre Bichelieu, son bienfaiteur^ en faisant échouer la dernière guerre du Piémont : il fut décapité; son frère, Tex-garde des sceaux, mourut en prison. De nombreuses proscriptions signalèrent encore la vengAnee du ministre : le comte de Moret , le marquis de la Yieuvielle, le duc d'Elbeuf et de Bellegarde furent condamnés à perdre leurs biens et leur tête , pour avoir rejoint le due

Page 1