‹ Histoire de France (volume 2)Chapitre 7 sur 90 · PfiBMIÈBB BPOQUE · texte numérisé non relu

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les Bipuaires, il afficha l'horreur du meurtre accompli, et se dit hautement innocent du sang de Sigd)ert et de Chlodéric. Leur mort, dit-il aux Ripuaires, les exposerait à de grands maux s'ils n'acceptaient sa protection et ne se rangeaient sous ses lois. Ses paroles , appuyées par une armée victorieuse , furent écoutées ; les Ripuaires élevèrent Clovis sur le bouclier^ et le proclamèrent leur roi. Marchant alors sur les tribus saliques de Thérouenne et de Cambrai ' , dont les chefs, Gararic et Regnacaire', avaient maintenu contre lui leur indépendance, il les soumit, plus encore à Faide de la trahison que par la force des armes. Cararic et son fils lui furent livrés sans combat ; Regnacaire, abandonné sur le champ de bataille, fut chargé de fers par ses propres soldats ; son frère Ricaire partagea wm. sort : tous deux furent amenés au farouche vainqueur : «Malheureux 9 dit Clovis à Regnacaire, déshonores- tu ainsi notre sang 1 Un Salien se laisser enchaîner ! ne valaitil pas mieux mourir ? » Et d'un coup de hache il fit tomber sa tête. Se tournant aussitôt vers Ricaire : « Et toi , dit- il , que n'as-tu mieux défendu ton frère? il n'aurait pas subi cet opprobre. » Et, levant sa hache sanglante, il étendit Ricaire à ses pieds. Il se montra d'abord moins terrible à Cararic et à son fils : il se contenta d'abattre leur chevelure, en signe de dégradation, et ils s'engagèrent à entrer dans l'Église. Mais Cararic, pour son malheur, laissa échapper ces mots imprudents] : « Que sert, dit-il, de couper le. feuillage d'un arbre encore vert? Il repoussera bientôt. » Cette parole trahissait une menace; Clovis la comprit, et elle fut l'arrêt de mort du père et du fils; il les fit massacrer

' En latin Taruenna et Camaracum,

^ Ces deux noms s'écrivent aussi ffararik ^i'Ragkenaher,

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Tan et Tautre, ainsi qu'an autre fila de CararîC) nommé Rignomer, réfugié ou retenu dans la cité du Mans.

Après tous ces meurtres, le roi barbare s'écria : « Malbeureux que Je suis ! je n'ai plus de parents ; tous se sont levés contre moi, et tous ont péri. N'existerait-il pas encorequeique membre de ma famille, pour me consoler dans mes vieux, jours?... » Ces plaintes, disent les chroniqueurs, étaient un artifice employé par Glovls afin de s'assurer s'il ne restait plus de sa race aucun rejeton qu'il eût à craindre et à étouffer. Mais déjà ses vœux impitoyables étaient exaucés; le glaive n'avait plus de tète royale à moissonner, et^ de tous les descendants de Glodion et de Mérovée , Clovis demeurait désormais seul avec ses enfants.

Si les chroniqueurs ont dit vrai en attribuant les plaintes de Clovis à un calcul intéressé, qu'ils ne condamnent pas, il est permis de croire aussi que le remords n'y fut pas entièrement étranger : l'Église se moutra sans doute en cette circonstance fort indulgente pour Clovis , à qui elle devait beaucoup, et une partie du clergé applaudit à l'extermination des princes de la race royale , encore attachés au paganisme. Cependant, de si grands attentats frappèrent le peuple d'épouvante, et le cri public trouva un écho dans la conscience de quelques saints prêtres et dans celle du coupable. Peu de temps après les meurtres de Begnacaire et de Cararic, Clovis vint à Tournay , où siégeait l'évéque saint Éleuthère, et se rendit à l'église pour prier ; l'évéque l'attendit sur le seuil : « 0 roi, dit-il , je sais pourquoi tu viens à moi. » Et comme Clovis protestait qu'il n'avait rien

' Prosternebat enim quotidie Deos hostes ejus sub manu ipsius, et augebat regnum ejus, eo quod ambulabat recto corde coram eo et fecerat quœ [dacita erant in ocuHs ejus. (Greg. Tur., Bist, lib. 2, c. 40.)

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à-dfreà révêque : « Ne parie pa»aiasî, cKt saint ÉleiK thère; tu as-péehé, et tu B'oses l'avouer-'. » A ces-pareles, le monarque, ému , confessa qu'il se sentait eo«ipal]te; il teimi des lannesi^ et pria le pieux éirêque d'implorer *âa: cielie pardon de ses crimes*

Tout atteste dans^rhistoire de GIdYisque ses actes reH* gieux lui forent inspirés atitant par l'ardeur d'une M sin^ cèreque par l'intérêt de sa politique ; et il remplit d'autant mieux sa mission dé chef et de représentant du parii cathdiqae de la Gaule, qu'il était plus sincèrement attaché lui-même à l'Église romaine. Il mêla constamment les travaux religieux aux expéditions guerrières. Dans les der* Conçue Bièrcs aottées de sa vie, il vint à Orléans , où il avait con^

d'Or- ' '

léans. Yoqné en concile général tous les évoques des provinces sur lesquelles son autorité s'étendait. Là se rendirent en foule les évéques des provinces récemment conquises sur les Visigoths ; l'un d'eux , l'évêque de Bordeaux , présida le con* die. Une intime union y fut cimentée par des concessions mutuelles entre le clergé catholique et le roi de France. Clovis y confirma le don d'immenses domames à l'Église , qu'il établit snr le solide fondement de la propriété foncière; il respecta le droit d'asile dans les lieux saints ; il reconnut le privilège des clercs de n'être jugés que par leurs supérieurs ecclésiastiques, et affranchit leurs biens des poursuites ^a fisc. En retour de si grandes concessions , le concile décida qu'aucun homme libre ne recevrait les ordres sacrés sans l'autorisation du roi , et aucun esclave sans l'aveu de son maître. Il limita le droit d'asile; il interdit aux évêques d'excommunier ceux qui plaideraient contre

^ Péccastly née andes, domkie rex, confiteri, {VHasancU Eleuthe* ri5, ap. Bol)

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eux; l'MMmUéc enfin soumit toutes ses-déeisioDfl à TapprobatioD da monarque. « Nous avons répondu> dirent les évéqoes, aux questions sur lesquelles vous nous avec oonetrités et aux articles qui nout ont été présentés par voi»s , afin que , si votre jugement approuve ce que nous avons décidé, les sentences portées par une assemblée si vénérable soienfrforttfiées dans Tavenir par Tasseolifliraft d'un si grand roi S «> Le concile comi^ta ses travaux par des canons qui réglèrent Tadministration et la répartitioB des l]^ens et des revenus de FÉglise; il fixa la part du clergé isférienr; des écoles , des pavvres et des infirmes.

Après la clôture du concile d*Orléans, Clovis, de retour à Paris , s'occupa de propager le christianisme au nord de la Gaule, dans les tribus franques qu'il s'était récemment assujetties , et Ton a cru devoir assigner la même époque à la rédaction latine qu'il fit faire de la loi saiiqteey oa plutôt des Coutumes des Francs Saltens, en les modifiant pour les mettre mieux en harmonie avec la nouvelle situation qu'il avait faite à son peuple dans les Gaules-.

L'œuvre de Clovis était accomplie , et dans le cours de ^^^^ cette même année (511) il mourut, après avoir fait de »"• nouvelles largesses au clergé et partagé ses États entre ses quatre fils, Thierry, Clodomir, Childebert etClOthaire^ qui furent tous reconnus rois.

Pour juger ce prince , il faut se reporter par la pensée à f^^^^^ l'époque où il vécut ; il faut se dire qu'il y avait deux hommes en Clovis, le chef barbare et le néophyte chrétien ; et si d'une part on est surpris-de. retrouver dans quelquesuns de ses actes tant de vestiges de barbarie, on s^étonne d'autre part de ce qu'il a fait pour élever son peuple et

* Cùncil, Àurel.f Epist. ad Chlodoveum regem.

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lui-même à un culte et à une civiUsatioii supérieure. Une grandeur imposante et terrible marqua ses exploits comme ses forfaits. Il joignait à la vive inteUigence qui conçoit la volonté forte et active qui exécute, et Dieu, qui lui donna, de réunir les talents du guerrier à ceux du politique, mit sur lui de bonne beure le sceau des conquérants. Il fut Tinstrument dont la Provideiice se servit pour amener au cbris^ tianisme la puissante nation des Francs , et pour opérer la fusion des peuples barbares avec les peuples civilisés du monde romain, fusion qui ne pouvait^se faire qu'au moyen de la religion, et qui ne fut complète que lorsque le peuple conquérant eut adopté lejculte du peuple conquis. Les populations de la Gaule étant soumises à TÉglise romaine, Qovis, disciple de cette même Église, était, par cela même, plus en état de se les assujettir que les rois ariens des Bourguignons et des VisigotbSy qui s'en étaient séparés; il comprît sa situation et son rôle : ce fut surtout comme chef du parti religieux, comme défenseur du{ culte national, qu'il s'offrît aux peuples indigènes^et au clergé catholique de la Gaule , et il raffermit l'autorîté ébranlée de TËglise des rivages de la mer du Nord jusqu'aux Pyrénées , et des bords de l'Océan aux forêts de la Germanie. Rome, reconnaissante envers Ciovis, lui décerna le glorieux surnom de Fils aîné de VÉglise^ et il le transmit à tous ses successeurs.

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