‹ Histoire de France (volume 2)Chapitre 6 sur 90 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Règne de Clovis* 481 — 511.

Les succès des Francs dans la partie de la Gaule restée canse^du soumise aux Romains furent préparés par Fétat d'oppres- *^^ sion dans lequel le gouvernement impérial avait plongé ^^^^ les peuples, qui, écrasés d'impôts, impatients de briser leur joug et forcés de soutenir des luttes continuelles, manquaient de résolution et de vigueur pour se défendre. D'autres causes * favorisèrent leurs progrès rapides > dans les contrées occupées par les Visigoths et les Bur-

■ Aug. Thierry, Conquête de l'Angleterre-

^6 PBEBnÈKB ÉPOQUE.

gondes ou Boui^ignons : ces peuples, dont rinvasion dans la Gaule avait été violente «t'aceompt^ée de grands ravages, s*étaient promptement adoucis par Tinfluence d'une civilisation supérieure. Lés Goths surtout se laissaient gagner aux mœurs romaines , qui étaient celles des habitants civilisés de la Gaule ; et ils affectèrent de reproduire la politesse , les arts et les lois des vaincus , dont cependant ils n'adoptèrent point la religion : ils étaient attachés à l'hérésie d'Arius, tandis que les peuples qu'ils avaient soumis étaient maintenus dans les croyances orthodoxes ou catholiques par leurs évéques : ceux-ci, enfants de Rome et héritiers du pouvoir administratif des magistrats romains, tenus à reconnaître pour leur patron et pour leur chef l'évéque de la viUe étemelle, à régler leur foi sur la sienne, et à contribuer par l'unité de la religion à l'unité de l'empire, travaillèrent encore , au moment de la conquête, à retenir sous l'autorité de Rome , par le lien de la foi religieuse, le pays où s'était brisé le lien de l'obéissance politique. Les Yisigoths et les Bourguignons ne reconnaissaient point l'autorité des évéques, et ceux-ci fondaient plus d'espoir sur une nation encore païenne et libre de tout préjugé , comme l'était alors celle des Francs y que sur des peuples qui, déjà convertis au christianisme, refusaient de croire comme eux et de les prendre pour guides. Leur inimitié contribua puissamment à l'expulsion des premiers conquérants. Les Goths et les Bourguignons d'ailleurs, au moment où ils furent attaqués par les Francs, avaient perdu quelque chose de leur énergie primitive, sans avoir fait aucun progrès dans la science militaire des peuples conquis : les Francs, au contraire , avaient conservé toute la vigueur sauvage des habitants de la GermaïUe, et rien n'amollissait leur féro-

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dté naturelle mi leur esfurit xUndépeodBBee. Lorsqu'ils étaient vaiocus yde Qouveltes émigrations des peoples gernaniqaes venatent sans cesse réparer leurs pertes ; vainqueurs, ils avalent toute la supériorité <{ue donnent Faadace du succès et la soif du piUage à des peuples terriers qui n'ont rien à perdre et tout à conquérir.

Clovis, élu chef des Francs, seconda bientôt le vœu des évéques de la Gaule en épousant Glotilde, fiUe de Qhilpéric, roi des Bourguign<ms, seule feoEunequi fàt alors de la communion romaine dans la race germanique. Le premier ennemi qu'il attaqua fut Syagrius, général ro- Défaitede main, gouveraeur de la partie des Gaules encore indépen* p^'^o?fs dante des barbares , et dont Soissons était la capitale : Syagrlus fut vaincu, et la tribu des Francs ét^idit ses limites jusqu'à la Seine.

Clovis marcha ensuite contre de nouveilos hordes victoire d'Allemands qui envahissaient la Gaule, et leur livra à Toibi^c!

Sa con-

bataiJIe à Tolbiac. Vaincu dlabord dans cette journée, il ^«JJ*®"promit d'adorer le Dieu de Gtotilde s'il rmnportait la victoire : il triompha, et tint son serment. Il reçut le baptême à Reims , de saint Rémi , évéque de cette ville. « l^oambre , courbe la tète, lui dit alors ce prélat; brûle ce q«e tu as adoré, et adore ce que tu as brûlé. » Trois mille guerriers francs imitèrent leur chef, et furent baptisés le même Jœir ; c'est ainsi que TÉglise romaine prit possession des barbares. Clovis envoya aussitôt des présents à Rome , en signe de tribut, au successeur du bienheureux apôtre Pierre, et dès lors sa conquête s'étendit dans la Gaule sans effusion de saog. Tontes les villes du nord-eiiest jusqu'à la Loire et jusqu'au territoire des émigrés bretons, ouvrirent leurs portes à ses soldats. Les évêques du pays des Bourguignons députèrent bientôt vers le vainqaetur, en le 'Sup-

^8 PBEMIÈRE ÉPOQUE.

pliant de les délivrer de la dominatioD des barbares ariens :

Glovis, à leur sollicitation, déclara la guerre au roi bour-

guignon Gondebaud , meurtrier du père de Glotilde , et le

Défaite rendit son tributaire : Gondebaud, vaincu, promit de se

desBour- ' ' "^

guignons, convertir au catholicisme, et la plupart des cités du bord du Rhône et de la Saône furent alors réunies sous Fautorité de l'Église romaine.

Six ans plus tard y Clovis médite de nouvelles conquêtes, et songe aux belles provinces du midi occupées par les Yisigoths. Il assemble ses guerriers au champ de Mars , et leur dit : « Je souffre avec peine que ces Ariens possèdent une partie des Gaules; allons avec l'aide de Dieu , et, après les avoir vaincus , soumettons-nous leur territoire ^ » — * La guerre est aussitôt résolue. Clovis obtient , pour cette expédition , l'assentiment de l'empereur d'Orient Athanase , et s'appuie du roi Bourguignon Gondebaud ; il négocie avec les évéques catholiques des provinces occupées par les Yisigoths, et prescrit une rigoureuse discipline à ses soldats ; il s'offre enfin aux populations catholiques de ces contrées comme un libérateur et un vengeur : puis, marchant vers le sud, il épouvante Alaric II, roi des Yisigoths, par la rapidité de sa marche. Ce prince avait appelé à son aide le grand Théodoric, son beau-père, roi des Ostrogoths, qui gouvernait alors l'Italie avec gloire ',

* Greg. Tur., 1. 2/

* ïhéodoric s'était engagé, vis-à-vis l'empereur Zenon, à pénétrer en Italie, à conquérir cette contrée sur Odoacre, et à la gouverner au nom de Tempereur d'Orient. Il émigra donc avec son peuple, et rencontra, en 489 , l'armée d'Odoacre sar les bords de Tlsonzo. 11 la vainquit, et pénétra dans la Lombardie, où, après quelques succès suivis de nombreux revers, Odoacré périt assassiné. Théodoric gouverna depuis lors Tltalle avec sagesse, et tenta d'y rétablir les lois et la civUisatiOD romaines.

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et n'osant y avant la jonction de leurs armées , engager nne action décisive contre les Francs, il se retire devant enx. Clovis, précipitant sa marche» atteignit Tarmée d'Alaric ^J*^^ près de y ouille, à trois lieues au sud de Poitiers, et lui livra vSiot&l bataille : Alaric perdit la vie dans le combat. Les Francs * ^JS"**» furent vainqueurs , et bientôt la plus grande partie du pays ^^Snf* occupé par les Yisigoths, jusqu'aux sources de la Garonne, obéit à Clovis. Garcassonne arrêta son armée victorieuse. Une partie de ses forces, sous les ordres de son fils aîné Thierry ', marchadans l'Arvernie (Auvergne) deconcertavec l'armée du roi des Bourguignons Gondebaud. Les armées combinées soumirent toute la contrée jusqu'à Arles , capitale de l'empire des Visigoths, dont elles firent le siège. Gependantles Ostrogothsdu grand Théodoric approchaient ; ils couvrirent l'Espagne et la Provence : les Francs et les Bourguignons se retirèrent devant eux, et levèrent les sièges d'Arles et de Garcasscmne. La paix fut enfin conclue après une bataille gagnée par les Ostrogoths '. Un traité assura la possession de l'Aquitaine et de la Movempopolanie à Clovis : Théodoric demeura maître de la province d'Arles jus* qu'à la Durance; les Bourguignons gardèrent les cités au nord de cette rivière, à l'exception d'Avignon, et la monarchie des Visigoths fut réduite à l'Espagne et à la première Narbonnaise ou Septimanie , dont Narbonne était la capitale : elle eut pour chef nominal un enfant nommé Ama* laric , fils d'Alaric II , tué à Youillé , petit-fils et pupille de Théodoric : celui-ci demeura en réalité, et jusqu'à sa mort,

• Je nomme le fils atné de Clovis Thierry plutôt que Théodoric, pomr éviter toute confusion avec le roi des Ostrogoths.

* Les Francs, dit Jomandès, perdirent trois cent mille homooes dans cette bataUle. (Hist. Goth., c. 38.)

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souveraki afasoki desdeux grandesdivisionsde l'empire des Goti» en deçà et au delà des Â^pes.

Le& Franc», ainsi arrêtés au sud par les Ostrogoths, marchèrent à l'ouest, et arrivèrent dan» le pays des Armori^ ques, dcmt lesi grandes villes se soumirent et consentirent à payer tribut; les Bretcms seuls défendirent le ooin de terre où il8> s'étaient réfugiés, et surent garder leur ind^ndanoe.

ciovis La campagne en Aquitaine ajouta beaucotfp à la renommée militaire deClovis et à son pouvoir^ et il reçut à crîte époque les insignes consulaires de Tempereur Atiianase, qui régnait à Constantinople, et qui avait approuvé son expédition contre lesôotbs. Glovis se rendit à Tours, en Tannée âlO, pour inaugurer son consulat dans le sanetuaire le plus vâiéréde la Gaule catholique, enprésencedu tombeau de saint Martin. Il fit à cheval son entrée seten^ ndle dans la ville , le front orné du diadème, revêtu de la chianyde , et jetant au peuple des pièees^d'or ; il alla ainsi de la basilique de Saint-M|irtin à la cathédrale remerder le eiel de ses victoires; et dès ce jour il fût appelé consul etaugmte^*

Clovis fit alors à toutes les églises de ses États des donatiens considérables , tant en argent qu'en biens^fbnds pris sur les immenses possessions du fisc et da domaine impé^ rial , dont les rois barbares s'emparaient dans toutes les provinces conquises : la basilique de Saint-Martin eut une gitmdepart àtses libéralités^; il lui donna jusqu'à son cheval de bataille.

Au retour de son expédition guerrière en Aquitaine, Clovis fixa sa résidence à Paris, dans raocien palais des^

*Gr^. Tar., 1. 2,c.38.

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Thennes , occupé jadis par les Césars. Sesregards^se portèrent alors sur le nord âe la Gaule, occupé par les peuples de sa race, et partî^é entre le puissant royaume des Franes Kpeumres ou Ripuaires , qui s'étendait sur le» deux rives do Rhin , et les royaumes des Francs Saliques ou SnMens, resserrés entre l'Escaut, la Somme et la mer*. Clovis tenait sons ses lois les deux tiers de la Gaule; mats son autorité était encore méconnue des peuples de sa nation , à Texception^ de la tribu salicpie de Toumay •, à la tête d« laquelle il avait remportétoutes ses victoires. Là seulemoit il avait réussi à propager le christianisme : Toumay était devenu siège d'un évèché. Les Francs Saliens des deux autres royaumes et les Francs Ripuaires étaient demeurés attachés an paganisme.

Cloyis résolut de les soumettre tous à son pouvoir : la ciovis, relfgion n avait ni reprimé son ambition ni adouci sa fé- w^** rodté, et il mit en œuvre pour réussir la ruse et la vio- ,^^^^{ lence. — H avait eu pour compagnon de ses derniers es- {îliMMdS ploits ehlodéric, fils de son allié Sigebert, roî des Ri- ^^'^' , puaires : il enflamma l'ambition du jeune prince par des paroles aussi flatteuses que perfides. Ghlodéric, poussé au parricide , alla rejoindre son père , qui chassait alors sur la rive droite du Rhin; il le surprit dans les solitudes de la Germanie, et l'assassina; puis, accourant à Cologne, il 8'empara du trésor, et se fit proclamer roi. Clovis s'éleva «1 vengeur du meurtre qu'il avait provoqué : 11 fit égorger Cyodéric, mit ensuite son armée en marche , s'empara de Verdun , pénétra dans Cologne , et , profitant de la stupeur oà la perte de leurs chefs et sa marche rapide plongeaient

' Voyez carte a** 4.

* En latin Tumacum.

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