‹ Histoire de France (volume 3)Chapitre 30 sur 65 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Gonaalat.

10 MvcBibre 1799^ 18 mai 1804.

LarévolQtioo de brumaire fut u» attestât contre les lois. Établisse Maisaprès de sifortessecou^ses etdesicruekâé«hireixieiil&, coîuuiat!

10 nov.

la France, épuisée, siu^s créait et en proie à l'anarchie, i?»» sentait le besoin d un pouvoir central forteineii&eeB3tiloé> et exercé par une main habile : elle pardonna beaucoup à et-' lui dont elle attendait tout. Ghaonn d'aille<»rft esfiérait trouver en Bonapaftai'homme dftson propre parti; les royaliste» t'eiaUaient cof»meyA nouveau. Monk, comme le. restau^ rateor futur de la monarchie; les répabycains modérés '

limaient en lui le héros né de la révolution, et se flattaienl lue par lui Ia liberté s'établirait sur des fondeftients solides ?t durables. Toutes ces causes aveuglèrent les esprits; et.

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SOS QtrAYRlàlIB É^OQirB.

quoique Bonaparte eût fait voir ce que son ambition pouvait entreprendre y on était, en générai, peu en garde contre elle ; la licence effrayait plus alors que le despotisme, et i'on ne soupçonnait pas encore à quel point il subordonnerait l'intérêt de la liberté à celui de sa propre grandeur. Cette illusion fut de courte durée.

Ceux des membres des deux conseils qui étaient complices de Bonaparte, ou favorables à la révolution de brumaire, se bâtèrent d'établir le nouveau gouvernement Trois consuls furent nommés provisoirement, Bonaparte, Sieyès et Roger-Ducos; on nomma en même temps deux commissions législatives, chargées de préparer la constitution et un ordre de choses définitif. Les premiers actes du gouvernement provisoire et consulaire furent Tabolition de la loi de l'emprunt forcé et de celle des otages. Celle-ci rendait responsables les parents à%s Vendéens et des chouans des actes commis dans les provinces révoltées ; elle frappait les uns de détention, les autres de déportation. Bonaparte se rendit lui-même à la porte du Temple, où un grand nombre étaient détenus » et il les rendit à la liberté. Les prêtres et un grand nombre d'émigrés furent autorisés à raoïtrer en France ; et dans le même temps des mesures arbitraires et très-rigoureuses furent prises à l'égard de cinquante-huit républicains ardents ; mais elles furent bientôt adoucies, puis révoquées.

Grands Le Caractère absolu de Bonaparte se révéla dans la dls- Jeïi^t, cussion de la constitution nouvelle, dont Sieyès avait ré- Ja^nstt- digé le plan. Le principe de Sieyès étant que la confiance ran viu. ^i^f^f; ^^u i^ag et le pouvoir et en haut, les législateurs et les principaux fonctionnaires devaient être choisis par les premfèreè autorités de l'État, sur trois listes d'âigibihté déterminées par les votes des citoyens. Bonaparte

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LiyBS m. CKAPITBE I. S09

Njeta de cette coDstitotion , dite de l'an Yltl , tout ce qui pouyait trop restreindre les attributiODs et l'action do premier magistrat de la république. Les autres artte&es furent adoptés. La constitution étaUissait trds coiumls, nommés pour dix ans avec le pouvoir exécutif et rinitkitive des loisj un tribunat, qui devait les discuter; un corps législatif destiné à les décréter; enfin un sénat richement doté, particiiUèrcment chargé de leur conservation. Un célèbre historien ^rmine ses observations sur la conduite de Bonaparte dans cette circonstance par ces belles paroles : « Si dans les premiers jours du consulat, où tant de . ' choses étaient è. faire, il avait peut-être raison de ne « pas laisser enchaîner ses talents, depuis^ sublime Infor- « tuné à Sainte-Hélène, il a dû regretter la liberté qui lui « fut donnée de les e:(ercer sans mesure. Gêné dans Tem- " ploi de ses facultés, il n'aurait pas sans doute accompli « d'aussi grandes choses, mais il n'en aurait pas tenté << d'aussi exorbitantes ^ et probablement son sceptre et son '^ épée seraient restés jusqu'à sa mort dans ses glorieuses « mains'. »

Bonaparte, proclamé premier consul, s'adjoignit pour se- <^fid et pour troisième consuls Cambacérès, anciai membre delà plaine dans la convention, et Lebrun, autrefois coopérateur do chancelier Maupeou. Un article de la constitua tioD permettait de nommer d'urg^iee aux fonctions publiqaespoor la première fois, sans attendre qoe les listes d'éligibilité fussent dressées. Les consuls nommèrent donc trentesénateurs, qui complétèrent eux-mêmes le nombre de soixante \ Ceux-ci désignèrent ensuite cent tribons et trois

* Thiers, Histoire du Consulat et de V Empire, 1. 1^*". * Texconsul Roger-Ducos fut nommé sénateur , et Sieyès eut la fféiideuee du sénat.

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310 QOâVMAMl SFOQtlS.

Accepta- oenti léglfilatemn. La con^tation àt Tan VIfl Ait sonmifle constiui^ ^ raeoeytatioii du peuple , «t obtint pins de trois mlHloni

ranVni.^^^fgpjÇj^^

Bouaparte, cédant an vœa général, offrit la paix à T'Angleterre ; mais cette paissanee refusa. GTétaît surfont «t presque uniquement dans Tintera de son commerce iqn'elie crut devoir prolonger ta lutte : elle Toulait dans le monde entier un monopole pour ses produits ; elle voyait arwo coainte et JidMisie la France maltresse de la Bel- ^ue, et redoutait la concurrence de l'industrie et du éom- . meree de cette oontrée. Abusant de la supériorité de ses flottes, l'Angleterre exerçait une véritable tyrannie sur rOnéan , et vioiait impunément toutes les maximes du ^hroit des gens; à ses yeux le pavillon des puissances neutres ne couvrait point les marchandises sorties d^un port ennemi, et elle s'en emparait de vive force , exerçant sans limites, contre les neutres mêmes , le droit de blocus «I de confiscation. C'est ainsi que , régnant sur les mers par ie droit dn plus fort, et comprimant par la terreur le commerce des puissances rivales, elle croyait trouver dans l'extension du sien, un ample dédommagement aux immenses chaînes d'une guerre soldée par Pttt, qui, portant •toute l'énergie d'une volonté inflexible dans son animosité contre la France , persévérait avec acharnement dans cette peliUque violente ; il entretenait habilement la haine et la cnainte qu'inspirait le premier consul aux rois du contl- -jMut ; il leur fidsait oublier les déprédations et la tyrannie des flottes anglaises , et teur montrait un danger perpétua pour leurs couronnes dans une république qui diaque jour croissait en force et en étendue sur leurs frontières ; il ies séduisait enfin par l'appât des subsides énormes dont il soldait leur dévouement à son système exterminateur

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LIVAB ai. GHAMTBl I. Itl

eoDiare la France. C^t ainsi qa- il s'aasiica kxBgtemps Ifi^ gai de la Russie et de l'Autriche. GcfWBdaiit te ptnarièpe de ces puisseaees , iodignëe de voir rAngtetmreae recMi^ Battre sur l'Océan d'autre droit que eekn de la ferce^ Ta* ba&daona daus la ^san^i^e de 1800 ; «t Tcrs ta fia de la même, anaée Paul P*", tou^ d'un ppoeédé gàiéieix.fbB BoBaparte , qui lui avait i^vc^yé ses pstscnâets Mns mifoùj et efitcalué d'ailleurs par son «dmiralkm .dterale^ ceaque pour les taleats guerriers du ppemîer consul, se déclara sou aUié contre l'Anglelerre. Pmltodément irrité des nombreux actes de piraterie commis par ks flotte&anglaiseSy il se fit le dief d'une ccnfédércdion mmréitme, ^^^^^ où entrèrent toutes les puissances du Nord, la Suède, le ""Yi^^* Danemark et Ja Prusse , et dont le but M d'agir de eencert avec la France et les États-Unis pour 4éfendtfe la liberté. du commerce, et affiranc^ùr l'Océan de la tyvannie des Anglais. L'Autriche seule persévéra, sur le contiuont , dans la lutte contre la France, et l'or des Anglais soudoya son armée.

Bonaparte porta toutes les forces de la république sur le ^^J.^: Bl:^ et aux Alpes. Moreau eut l'armée du Rhin ; le pre* ^»e^|5 mier consul se réserva celle d'Italie. La caanpagne avait "^^f^^pour but de conquérir les deux bassins du Danube et du P6; et, au lieu de chercher à déborder l'enn^nii ei^^nBuant l'offensive sur tous les pdnts à la fois, Bonaparte cona^n* tra 1^ mouvements de ses armées* Ses premiers efforts tendent à séparer le barcm Kray, chef de l'armée autri- 4M0BBe d'Allemagne, du feld-maréchal Mêlas, qui comlaande en Italie cent trente mille hommes , contre lesquels l'jAtrépide Masséna défend Gènes et les Alpes maritimes 0^vec une poignée de braves. Moreau reçoit l'ordre d'enva- Ixir tes dcAlés de la For^-Noire ; il enlève ThuportoUite p»-

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313 QCATRIIME JÎPOQUB.

sftkm de laStockach, réeemment perdue i>ar Joardan, et remporte successivemeDt plusieurs victoires. Le baron Kray , trompé par la vigueur et la savante tactique de ses manœuvres, se persuade que le priocipai point d'attaque des Français est sur le Danube, que c*est là que se porteront ies coups dédsife ; et, réunissant toutes ses forces, il se met dans llmpuissanee de secourir l'armée autrichienne ea Italie. Alors Bocmparte, qui a tout mis en oeuvre pour abuser l'ennemi , en désignant Dijon pour le point de réunion d'une armée de réserve, exécute un projet gigan« tesque : il quitte Paris , et court prendre le commandement des troupes réunies à Genève; il va porter la guerre à l'improviste sur le Pô , entre Milan , Gènes et Turin : la base de ses opérations sera sur les revers du Simplon et du Saint-Gothard; il veut surprendre les défilés des Alpes pour toml)er sur les derrières de Mêlas , dont les forces sont disséminées de Gènes aux bords du Yar : le passage de l'armée et de sa formidable artillerie s'effectuera par la crête des Alpes, à plus de douze cents toises au-dessus du niveau de la mer. Les cartouches, les munitions de toutes sortes sont portées à dos de mulet; on démonte les affûts, on creuse des troncs d'arbre pour les canons ; cent hommes s'attellent à chaque pièce, et le signal du départ est donné. Le 17 mai, tarente-einq mille Français, conduits par Bonaparte , abordent le Saint-Bernard. Moncey marche vers le pasnge Salut-Gothard avec quhize mille hommes , pour descendre vSnuurd!' à Bellinzona; deux autres corps sont dirigés , l'un sur le

Mil itoo w /

' Simplon, l'autre sur le mont Cenis. Lannes conduit l'avaitgarde. Nos soldats dépUrient sur le bord des précipices , au milieu des glaciers et des neiges éternelles, une constance hén^e; tous s'excitent par des chants belliquevx; et -lorsqu'un obstacle presque insurmontable se présente, on

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UTAS m. CHAFITBI I. 313

bat la charge, et l'obstacle est vaincu. Enfin, après des efforts inouïs, l'infanterie, la cavalerie, les ba^^es, les canons, atteignent les sommets des Alpes f et bientôt Tarmée se trouve réunie au pied du Saint-Bernard, sur le revers opposé, tandisque Mêlas, sans défiance , occupe avec une partie de ses forces la ligne du Pô. Blx-sept mille Autrichiens sont sur le Yar, en France ; et le général Ott , avec vingt-cinq mille hommes , presse le siège de Gènes, qui tient encore, intrépidement défendue par la faible armée des Alpes maritimes, sous Masséna, Soult et Suchet.

Le pas de Suse est bientôt franchi, et Bonaparte se dirige rapidement vers le Pô , entre Tembouchure du Tésin et le confinent du Tanaro et de la Bormida. 11 culbute divers corps ennemis qu'il rencontre sur son passage, s'empare de Bergame et de Crémone , et franchit TAdda. Instruit enfin par les revers de ses généraux de l'orage prêt à fondre sur lui , Mêlas appelle en hâte sur le Tanaro ses lieutenants , au moment même où la famine oblige Gênes à capituler. Mais Bonaparte poursuit sa marche ; et, sans attendre que toute son armée ait franchi le Pô, il attaque à Montebello le général Ott avant sa jonction avec Mêlas, et remporte une première victoire. Lannes eut la plus grande part au succès de cette journée, dont le nom glorieux fut dans la suite attaché au sien.

Le 13 juin les Français traversent les plaines de San- victoire Giuliano^ et prennent position entre la Bormida et le vil- %m^' lage de Marengo, qu'ils allaient rendre si célèbre. Le len- loX' demain, dès l'aurore, les Autrichiens débouchent par le pont de la Bormida, et fondent sur les deux ailes de l'armée française, où commandent Lannes et Victor; elles pliaient déjà l'une et l'autre sous le choc impétueux de quarante mille hommes, lorsque le premier consul lance

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314 QfMcTRlàlIB'lfo^ftfB.

âms lapkiine, vcnre la droite, iiviteents gimmâieté âeJa garde eoDfpalaire : ils ae forment «o enté, arrét^t^Mols len e^iMaes «DDemles, qui «e* brisent' cMitre eox , et*wMtèntle^or^nxwxotûe redouté de gramit, que tevrâéeersa te yatequeur. Leur réaistanee ^Lmirable donsa le tenys à d'aotres divisions d'entrer en ligne. Beaaix, réeeoQiaait revenu d'Egypte , et détaebé la veille sur un antre paiirt , avait été rappeléen toute faâte'sur le cbamp de bataiUe rfl se montre enfin, il accourt avec sa division et quinee pièces de canon , et une action nouvelle s'engage av«c terie sur toute la ligne. Cependant cinq mille Autricfaiena se détachent en colonne serrée pour écraser la gauche des Fmçais, et M fermer la retraite : Desals s'élance pour lea prévenir; il tombe frappé d^e balle : ses soldats, pour 4e venger, se précipitent sur la terribletiolonne^ l'ébranleiift, tandis que le général KeUermann la prend à revers avee sa cavalerie, la brise et la dteperse. Électrisée par ce snoeèa , toute la ligne française se porte en avant, et refoule l'eniieni au delà de la Bormida ; envain Mêlas tente de défendre Marengo , le village est emporté, et donne son nom à cette célèbre victoire, qui nous rend PItatie. Mêlas, consterné, deconven- maudc À traiter ; et bientôt la convention d'Alexandrie rend eiandrie'. à la Frauce tout ce qu'elle a j^rdu en Italie depms qohtte '"^ mois , à Texception de Mantoue.

Ce traité n'était qu'une convention mîlîtaîre; il fiAlait

que l'armée du Danube contraignit psir ses triomphes PAn-

triche à le ratifier. Moreau fbrce le passagedu Lech, sVm-

victoircs pa*"® d'Augsbourg, rétablit après un siècle la gloire de nos

rean &~ armes dans les plaines célèbres d'Hochsted, et remportée

s^t^^à Neubourg * une nouTclle victoire. L'Autriche appelle aux

' La Tour d* Auvergne , proclamé par Bonaparte le premier grenadier de la république, périt an combat de Neubourg. Jusqu^en iai4

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mm^ UmUm i^^utalipn virile; l'Angleterre la sooàok ncujeu^re, etne lui permet pas de spgi^r la cpav^iQD d'A- ^&i^' Jexaodrie. Ploiiie9rsi^fnée$ sont eomouvemeitt : TarcUdoc îisSsB ^n. mar<j^ avec omt vjpgt miUe hQrmnes au-devant de '"^ l'arip^ trlwDidl»aiite 4e MiMreau ,€t la rencootreiwtne l'Ian et l'iser. Il s'avance spr Hohepljad?n,.,et cherehie à arrêl«r,l^ Français daos 1<» vastes pUUnea 4!Ai?»j^g, oiksm a^ipuéey t(^r,$Ui»jérlmre en force», pourra les leov^pper. Afoimn pénètre sa peosée^ct, par une suite de Mies manœuvras» il resserre Tennemi sur un théâtre plus içlrpit, «intre J^4éfil€sdu Tyrol, le village et ja forêt d:^oheuli^aen, fuia il s'assure la victoireen fai?ai?t tourner les Autrichiens j^ Ja division Ricbepanse, de manière à les prendre entre deux feux dans les défilés^ sans qu'ils puissent $e déplgyer et tjrer ayantage du noimbre. Le 6 décembre la bataille â'«ugage ; ^u plus fort de l'aetten Ricbepanse s'élance de la lorët avec la quiar^ute- huitième demi-brigade, et porjte le désordre et la terreur sur les iderrlères de l'ennemi; trois i)al»jll0as hongrois se ralUent, et veulent l'arrêter : « Grena- .dif rs deia quarante- huitième, dit Ricbepanse en montrant les Hoi^gi^is, que dites- vous de ces gens- là? — Ils sont oiorts !» vé^^pf^lentles gr^nadifsrs; et ils les culbutent, tanjcUs q«6 Ney enfonce les ^ Autri^sbiens dans Hobcnlinden : leur e^tre et une partie de leur gauche sont détruits ; onze inUle prisonniers et cent pièces de qanon tombent au pouvoir 4«s Français.

Cette bcillanjte victoire et la prise ,dc Saltzbourg ouvraient A Mpr^au la route de Y iepne ; le vainqueur poursuit sa marche^ .et remporte une nouvelle victoire à Sch wanstadt ; noules lignes de l'Inn, de la Saiza^de la Traun, sont fran- suc?èSV

la Tour d^Auverpie Muommé chaque jour à l'af^el de «ou r^iment , .el une j^ix r^fm^ait : Mort au champ d'honneur.

316 QUATBiàME ÉPOQUE.

Moreau chics ; la placc de Lintz est emportée ; les Français ûe sont matSt plus qu'à quelques marches de Vienne. Dans ce péril ex- **** trême, l'archiduc Charles , en disgrâce depuis le traité de Campo-Formio, est rappelé à la tête des armées impériales ; mais il est trop tard : déjà la ligne de l'Eus, dernier rempart de la capitale, est menacée. Le prince demande une trêve , et ne l'obtient qu'à condition que l'Autriche séparera sa cause de l'Angleterre. Telle fut cette mémorable campagne de 1800, où la gloire de Moreau fit presque pâlir celle du vainqueur de Marengo : en vingt-cinq jours il avait conquis quatre-vingt-dix lieues de terrain, forcé quatre lignes formidables, battu deux fois cent mille hommes , pris cent pièces de canon et fait vingt-cinq mille prisonniers ; il avait réduit l'empereur à demander merci dans sa capitale menacée, et l'Autriche était contrainte à répudier Talliance de l'Angleterre. La paix de Lunéville fut le résultat des journées de Marengo et de Hohenlinden. situatton Tandis que l'Italie et l'Allemagne étaient de nouveau %S^n les théâtres glorieux de nos victoires, les plus rudes coups iS^' étaient portés à notre influence en Egypte. Kléber et Desaix s'y étaient d'abord maintenus en maîtres, et le second, estimé par sa justice comme pour son courage, avait achevé la conquête de la haute Egypte ; mais l'armée, décimée par les maladies, ne recevait de France ni approvisionnements ni renforts. Kléber adressa des plaintes énergiques au gouvernement, et peignit sa situation et celle de ses soldats sous des couleurs sombres et exagérées; il témoigna enfin l'intention d'évacuer l'Egypte. Cette lettre tomba aux mains des Anglais, qui crurent la situation de l'armée française désespérée. Un traité fut alors conclu entre Kléber et le grand vizir : le négociateur du côté de la France fût Desaix, surnommé le Sultan Juste en Egypte :

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LIYBB III. GHÀPITBE I. 317

ilirîgiia, par la convention d'El-Arish, Févacnation de ^^^eg. rÉgypte , mais seulement à des conditions honorables pour ^^^Sl^^t la France et pour l'armée : celle-ci rentrerait en France *^avec ses armes, bagages et effets ; les places et positions qu'occupaient les troupes françaises seraient successivement remises dans des délais déterminés. L'armée n'abandonnait qit'à regret sa conquête; cependant Kléber, fidèle à sa promesse, fait exécuter la convention : il désarme plusieurs forts, et remet les autres à Tennemi.

Le bruit se répand alors qu'une flotte anglaise bloque les ports de l'Egypte, et bientôt l'amiral Keith écrit à Kléber que l'Angleterre refuse de reconnaître la convention d'£l-Arisfa , conclue sous ses auspices , et qu'elle ne consentira à aucune capitulation si l'armée française ne met bas les armes et ne se rend prisonnière. A cette nouvelle Kléber recouvre sa brûlante énergie et redevient un héros; son ordre du jour est la lettre même de l'amiral, à laquelle il ajoute : « Soldats , on ne répond à de telles insolences que par des victoires; préparez -vous à combattre. « Le grand-vizir, Joussef-Pacha, s'avançait, au mépris du traité, à la tête de quatre- vingt mille hommes : Kléber en compte à peine dix mille, c'est assez : il saura vaincre. Il rencontre l'ennemi sur les ruines d'Héliopolis : la ba- y^ïS^

*- de Kléber

taille dure vingt-quatre heures ; l'armée turque est détruite ^^^' et poursuivie jusqu'aux limites du désert. Le Caire s'est ^,2^ révolté, un corps nombreux de mameluks y exalte le fanatisme d'une populace furieuse : la ville est le théâtre de nouveaux exploits, Kléber s'en empare après un affreux carnage. Il recouvre bientôt en Egypte tout le terrain et toute l'influence qu'il a perdus , et déploie une activité merveilleuse pour organiser le pays reconquis et s'y créer des ressources nouvelles. Mourad-Bey admire son vain-

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({tietir : î! tiràfté aVeôltil, et K^étMBTfmt ptflrtôtilHaiiil^^

âflnMriMt^lion etsfl jUsHte.Sll eètvécfû', l'Egypte atirflit

1)0 d^ettfr nn établissement statAè pôtir là Frftncef; sa

tùditt' m» perdre tdut le frtfirdè là' vietttlwf d'OêHopolis^

K1êbei'tëttibà>sou^lep^gQaîrd'd\idilÉMittqttej6jo«ivifléti^

oà'AesÀiic^ sohiivaldcfgloW, expi»^ iSr Mferengo; Le géM^

néM Metioa h^HtàdficoititiiHtiâèiiietit eti^^tef; mais, dé^

potM^ta^ détalent et de forcé, il neâmAdt^qtredet» fôdtes^

sans jamais erl réparer aucùfle, et se laissa cerner partine

armée anglaise: Après la hiataille indédse dfeCamjpe, Fé-

VaéUàMon de TËgypte et lé retotsrr de raitnée eif Firàd^

coQven- fàf^t stipulés, le 2 septettfbn? 1^801', pàt la conveirtiMl

lejandrie. d^Alcxaûdrle. Les savants qtiî avaient accompagné Bona*"

r^ypte ï^ftrte eH*%yptè conseTvètiettt, malgré le voeu de» Angfèfls;

mééfran-l^^ittatfti^eritset Jèfurs cotièctîons prédenses^etrexpëi

^tembre" ditidn dTÉgypte ne fat féconde eu hettWWt ré^ltâts qoé

*•**' p6nk*Ià science.

Paix de Là paix' de LtlttéVitîë, cont^tie le 8 janvier 1*^1 , entre MMvteî; la*FVàfn«e, l'Autriche et rBmpîrè, àSStiilftît alors à la r«pnblique la possesstondfe la Belgtqne et celle des provinces aHémàndes de là rive gauche do RhiK). Des tnaités pàifientiers furent conclus avec BoMe, Nàples*, la Sat^dafgne, 18 Portugal et' la Bavière, ainsi'cpi'avec là Bùséie, réoem-»ment retombée dAws rallianee^del^ADgletën^ par soite^de Tàfetessinat de Paul 1*^. Ce tiràgîque événement edtdé» snites désastreufeesr pbùrlà France : Paul I**" était son àMfê lé phJfrSÛr et le plus? pi/issadt; après sa mort, là confédération maritime, abandoùnée par la ÀufTsie, fut dissoute, et avec elle disparut le plus sérieux motif qui pût' porter r Angleterre à désirer la paix et à Ik maintenir ; cependant, à la suite de la campagne de 1*800, cette deirbière puissance fot contraiirte elle même à suspendre 1^ hostilités, Pitt,

rirfféeoadliabto mmm\ Ât la révohitiflip , obuCdii'^lNBet an^rn») savttt clu>miBisièr<»i,.oà« l'QpfpisitictfiJe'rempkiça, et le tBsiléd'Aa^eDft, sîêné le 25 mars laOd^ parllAoïile- ^'Ami^s. terre J^Eepagoeetila r4p«blKpieimtavey Acheva la^psisiâ^ ^,^" ciiîfHiâaPEurope.MiiinelùâetottUuilrflfoîo à resteriez* Bonaparte tenta de soumettre Ttle de. SaûtttrSMnlD^ie^» révoltée contre les^ blanc*,, ^g^U)v^<raée par. des n^s* à la tète deaqpristétait le célèbreïïOusiaUitwLoavfirture. Qnai* gjo«J^ rastefioilloJianiiaeBv s««QSîle géAénal le^temy fureot envoyai ^£^^^; à.œtle eonfnàle. Après de .premâera^snecèa» ,la fièvre jaune '*^' leftâéeiaa> eftSatatf-DoniingnofattperdHeflitts retoor.

Le premier eon^nl avait: miartoiis &es soIns: à. étouffer lea faetfonsiàriotérleur; il fit révoquer por noidéeret d'am**oitte la? loi qui fermait. la Franee àeent cinquante mille Amnutie. émigré»; il gagna^ plusieurs ébeb^ noyaWsies, eb confia d'importantes foootioBB à piusieurs proseritg4e)fnietidor« à SiméoD, à Portalis^ à Barbé-MarlHiis. Quelques diû^ vendéens, ChàtlItoD» dlàuticbampvSusanAet, eit le fameux m «e u abbé Bemier, curé de SaiotrLo, airalent d^à signé leur %^^^^ soumission par le traité de Montloçon. La Prévalaye et ^^^ Bourmont suivirent leur exemple ; Frotté fut pria et fusillé ; Georges Gadoudai capitulai, et la.guerre de FOuest fut terminée.

A la guerre suocédèr^t les conspirations : Bonaparle avait; rallié à, son gouvernement les modérés, de tous les partis ; maiaceux-ci compilaient eAcorebeanooupd'bommes exaltés, violent» et implacables, qpiv n'espérant plusren* veiner le premier coneul à force ouverte , eurent recours à des voies cachées et plus redoutables. Quelques républicains exaltés tramèrent un eoro|»lbty dont le Corse Aréna était le principal auteur : les conjurés devaient frapper le premier consul dans sa loge au théâtre. L'entreprise fut arrêtée

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320 QUATKlkMB l^QVS.

avant rexécntion, et les coupables forent punis de mort. Un autre complot , plus dangereux , fut ourdi par le parti rc^aliste, et Bonaparte échappa comme par miracle aux assassins. Le 3 nivôse ils mirent un baril de poudre sur une charrette qu'ils firent stationner dans la rue Sahit-Nicaise au moment où le premier consul devait la traverser pour se rendre à l'Opéra, Il dut la vie à l'habile de son cocher et à la rapidité de sa course : il avait dépassé l'endroit fatal lorsque la machine fit explosion! Beaucoup de personnes périrent ; mais Bonaparte n'eut aucun mal. Ce

iKÏÏl complot est fameux sous le nom de la Machine infernale;

^\^ «t *> cawM «ne irritation profonde contre les homtties extrêmes des deux partis. Il fût d'abord attribué aux républicains, et le gouvernement pr(q[K>sa d'en déporter cent trente-deux d'une manière arbitraire ; on eut recours , pour autoriser cette mesure, à un expédient dangereux, emprunté au sénat romain, à l'époque de la décadence de

^^^ Rome : et un simple sénatns-consuUe ordonna, sans jugement préalable, la déportation de cent trente-deux»suspectsS Après cet acte de violence, plusieurs des véritables conjurés furent découverts, et l'on reconnut en eux des émissaires du parti royaliste, agents de Georges Cadoudah Fouché, ministre de la police, avait deviné la vérité; cependant il ne s'opposa point aux mesures violentes prises à cette occasion contre les républicains ; et le décret qui condamuait ceux-ci ne fut point rapporté après le châtiment des vrais coupables. Un tel fait suffit pour caractériser une époque où le gouvernement, dans le but de ré-

' 11 est à remarquer que la violation des formes légales par un se' naim-consuUey à laquelle Bonaparte eut alors recours pour alTerrair son pouvoir y fut renouvelée quatorze ans plus tard pour décréter sa déchéance. (Bicnon, Histoire de France.)

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UVBE m/ CHÀPITBE I. 321

tablir Tordre et la sécurité , ne se faisait point scrupule de recourir à des moyens aussi peu conformes à la justice qu'à la loi. Bonaparte dès lors révéla dans plusieurs actes son caractère inflexible et despotique, et un parti violent s'éleva contre son gouvernement dans les grands corps de l'État : ce parti avait à sa tête dans le sénat : Lanjuinais , Grégoire, Garât, Cabanis ; et au tribunat : Isnard, Daunou, Andrieux, Ghénier, Benjamin Constant : ceux-ci eurent le tort de faire une opposition systématique au premier cou* sul, de fermer les yeux à quelques-unes des plus belles conceptions de son génie, et de ne point reconnaître en lui le seul bomme dont la France ne pût se passer.

Les circonstances si difficiles au milieu desquelles s'élevait son autorité tutélaire rendirent, pour un temps, nécessaire en ses mains Texercice de la dictature; et à cette époque les immenses services rendus par son gouverne- Trayaux ment en ont expié les torts : l'anarchie régnait partout, et vefn^' partout il rétablit Tordre, appliquant à toute cbose sa vo- bomlonté forte, son intelligence active et féconde. Il rétablit .{f^^Je la régularité dans Tadministration civile et militaire : le ^'**- Code civil, dont il conçut dès lors le projet, fut un monument de génie, et devint un modèle de législation pour Tribul'Europe. Bonaparte reconstitua sur des bases nouvelles 'ç^'^^^l'ordre judiciaire; il remplaça les quatre cent dix-sept tribunaux correctionnels et les quatre-vingt-dix-huit tribunaux civils par un tribunal de première iostance pour chaque arrondisisement : ce tribunal devait connaître à la fois des matières de police correctionnelle et des affaires civiles ; l'accès de la justice était ainsi plus facile à tous les citoyens. Au-dessus des tribunaux de première instance furent créées viogt-neuf cours d'appel ; chaque département «^t un tribunal criminel, et le tribunal de cassation reçut

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qnenitieishbulr^lfes'edtrfbtitimis. La Franee fiittfélUàitiSiltt^ d'après im rtode meifleui* : un préfet, ayant sôUs lui des àôtis préfets, nerûplaça avec avantage Ifer ad*iî«*strateùnj

instruc- desrdéparténietits. L'id9trUctfotipabli(|tte, riùstlmt, le ému-' buquï" rtercé, rindostrie, les routes, les port», les 8tiKMa«Mc, attfreot aasl!si rattéûtfon et les soins dif pt^^ler* eodsul ; il dbnne, seeottdé par Monge et Bértliollét, tiù& organisa^ t!oti ttjeîfletiiie à rÉcole Polyte^hûlqiié, créée sous" le règM de la Con ventioii ; il divise le Pi:yuttée ffaniçals en tfïéXtê eôWéges, cotfserve Tun à Paris, et fratisfère les trois atiU^ à Fbntàibebleaa, à Saint-Oertealn et à Versailles ; dkms chacuu d^etix il destine dent places gmttrftës ftOl' ettflftitè dés hommes qui ont bien mérité de la patirie, soft dans la carrière désarmes, soit dans les fonction* civiles. Secondé psTr rhabile^ ministre Gaudin , il rétaUft Tordue dans^ led

Finaocâ. finances ; il crée une caisse d'amortissement et dé canHOn^ Démenti, confiée à l'intelligente direction ^ë M. Mol* lien : cette cl'ëation a une heureuse infloence sur le^cfré*dltpubllb. Regardiant leclergé commte un auitilfaire' itli. dispensable du pouvoir , Bonaparte s'efftyrce de le gagner à ^ cause; convaiueu d^aliléurs que la ileligibn est le pHifi ^r^pfpnî de là nK)rale, il rétablit le culte en France, et

^oûcOT- signe avec le papfe Pie' Vlï un conîdbrdtet piif lequel la* reli»- *«>• " gion catholique est reconnue pour celle de là majorité de» Français : les cent cinquante-huit sièges épiseopàn^r qtd existaient avant la révohition furent réduite À soitatiHf, dont dix archevêchés et cinquante évécteéft. Cenx qUi* en seraient pourvus dievai\edt être désignés par le premier colisul et confirmés' par le pape. Après ce granrd acte ré^ pavateur, Botiapailfe institua un même modfe de réctttti^ pense pour les services éofatants*, pour les belles actions et pour le mérite, dans qufelque rangqtrtï se^rttieontràt; et

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il< fonda dans ce bat l'ordre hiiémrchi(|oe. de la Légion dnnottwwpi dont il se déelara le chef : oette cr^éatioQ. qui Lteioo

* Ci non-

BtessaH le senthnent^ d&régalité^nBDeooIra uœ vife op« °^^^^ pOBitfoii dmsf Ib eerj^Sf législatif et daas le tribiuiat, qui cependant Ifadop^^^ent

Le premier oensoi, ec «fooeupant d'une nianfêr». si ac-* tfre des intéitèlsnatiooanx;, ne négHgeait rien poiv* Tafferr mlssement de son aotodté; on a vu «par quel» actes, arr bftrafresKcrvt devoir dompter ou pnévenir les eomg^^ teurs; il fit pins» il fit éliminer pan lesénat les tribuns 1» pk» éneipgiq«es, et apràs avoâr obtenu pouc soa consulat éh6 ane' de^ prolongation ^ lise fit nom rtter cessol à vie :.iL obtint ^ même temps^lC' droit fde gràoe et le droîjt suprême difr se ciMMr w) auoeesseur. Deux jours plus tard» la cona- ^JJ»^titntion del-an X; fat déesétéepar unaéoatusH^oikSuJte or- 'Jj^^gankfoe : les électeurs furent à vie; le premier consul put (î^^t ÎMfRgmenter leor nombve ; le sénat eni le pouvoir de cbai^er les institutions, de suspendre les. fonctions du Jury, de «lettre les^ départements hors de la coitttilution, d'annuler tes }ngemei^ des tribunaux ,. de dissoïKlfe le om^ légistetif et le tribunat rlei nombre tbes tribuna, déjà resti^eint «ae première foiA^ fut réduit À cinquante, . eH Bonaparte se cbieisit en- dehors du oimedl d*£tat un oiniseil privé, peu nombreux, dont le but pctncipai était la délibéretien des idflaires- qui exigent i& secret.

'Farani les* homuiest qui eurent la plus gnaudie part à la nédaction 4e la eesusUtution) nouvelle, aucuja n'en eut. davantage cpie lescdond consul, Cambaeérès, doi^ M< Thi^ts a dit : <i CambaeérèSi, peu brillaAtpar l'espjrit, avaM un Jémk sens^ rane- et un déwniemaiil snnft borne», au preinier consul. Ayant tremblé dix ans de sa vie sous des proscripteors de tonJte espi^e^ il aimatt^.av^ une sy^rte daten-

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dresse, le maître puissant qui lui procurait enfin la facoHéde respirer à Taise... Celui-ci faisait de son collège un cas considérable. Il appréciait ce bon sens supérieur, qui ne voulait jamais briller, mais être utile; qui éclairait toute diose d'une lumière tempérée et vraie ; il apprédait surtout la sincérité de son attachement, riait de ses travers, toujours avec égards, et lui rendait le plus grand des hommages» celui de ne dire toutqu*à lui, de n'être jamais inquietquedeson jugement : aussi ne recevait-il d'influence que de luiseid, influence à peine soupçonnée, et à causede celatrès^grande \ »

Tous les citayens, par le conseil de Cambaeérès, avalent été invités à donner leur opinion sur le consulat è vie. Les registres publics constatèrent 3,577,259 suffrages; et sur ce nombre il n'y eut que 8,000 opposants. Lorsque Bonaparte reçut l'acte par lequel le sénat le proclamait consul à vie, il répondit : « La vie d'un citoyen est à sa patrie : « le peuple français veut que la mienne tout entière M « soit consacrée,... j'obéis à sa volonté. Par mes efforts» « par votre concours, citoyens sénateurs, par le concours « de toutes les- autorités, par la confiance et la volonté de « cet immense peuple, la liberté, la prospérité de la France « seront à Tabri des caprices du sort et de l'incertitude de « l'avenir. Le meilleur des peuples sera k plus heur^x, « comme il est le plus digue de l'être ; et sa félicité cod- « tribuera à celle de l'Europe entière. Content alors d'avoir « été appelé, par l'ordre de celui de qui tout émane, à « ramener sur la terre l'ordre, la justice, l'égalité, j'en- « tendrai sonner la dernière heure sans regret et sans in* « quiétude sur l'opinion des générations futures. »

La France présentait un spectacle, jusque alors inoon&ii,

' Thiers, Hist. du Consulat et de V Empire, liv. VI.

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LIYBB III. CHÀPITBB I. 325

de pQissanceetde gloire ; et 8i l'Angleterre avait acquis dans ces dix années l'empire des Indes , la France avait changé la face du continent à son profit : elle avait conquis la ligne des Alpes et du Rhin, abaissé considérablement l'Autriche ea acquérant les Pays-Bas et en lui arrachant le nord de ritalie , qu'elle constitua en république sous sa propre in* fluence; elle dominait en outre la Hollande, la Suisse, l'Espagne ; jamais enfin elle n'avait conclu de paix plus glorieuse que celle qu'elle venait de signer à Amiens avec F An- ^terre. L'ei^ouslasme pour le premier consul était au comble, et la nation admirait les créations pacifiques de son génie autant que ses victoires. « A cette époque, dit Tauteur d'un livre déjà cité, il paraissait si modéré après avoir été si victorieux ; il était si profond législateur après avoir été si grand capitaine; il montrait tant d'amour pour les arts de la paix , après avoir tant excellé dans les arts de la guerre^ qu'il pouvait faire illusion à la France et au monde. Seulement quelques-uns des conseillers qui rapprochaient, et qui étaient capables d'entrevoir l'avenir dans leprésent, étaient saisis d'inquiétude autant que d'admiration en voyant l'activité infatigable de son esprit et de son corps, l'énergie de sa volonté, l'impétuosité de ses désirs. Ils tremblaient même à lui voir faire le bien comme il le faisait, tant il était pressé de le faire vite et de le faire immense. Le sage Trondiet, qui l'admirait et qui l'aimait tout à la fois, qui le regardait comme le sauveur de la France, disait cependant un jour avec chagrin au consul Cambacérès : « Ce jeune homme commence comme César; « j'ai peur qu'il ne finisse comme lui^ » La glorieuse paix d'Amiens fut de courte durée. L'An-

« Thiers, Bist. du Consulat et de V Empire, Ut. XTV.

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