‹ Histoire de France (volume 3)Chapitre 5 sur 65 · LIVBB IV. CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVBB IV. CHAPITRE II

BaTiphiné : un édit du roi, rendu en 1673, y soumit tootes les églises de France. Le pape Innocent XI s'opposa àtoD exécution : la latte fut longue, et enfin^ en 1682, une assemblée du clergé de- France rédigea, sous Fin* flueoce de Bossuet, les quatre fameux articles où fut exposée la doctrine de rÉglise gallicane. Ils portent en substance : 1^ que la puissance ecclésiastique n'a aucun Rédacpouvoir sur le temporel des princes; 2** que le concile gé- ^^^^ néral est supérieur au pape, ainsi que Ta décidé le concile ^^^f^if** de Constance ; S** que Texercice de la puissance apostolique doit être tempéré par les canons et par les usages reçus dans les églises particulières ; 4^ que le jugement du souverain pontife en matière de^foi n'est infaillible qu'après le eoDsentement de l'Église. Le roi fit aussitôt enregistrer ces quatre articles dans tous les parlements , et les professeurs des écoles 4e théologie furent tenus d'y souscrire. Le pape les condamna, et refusa des bulles à tous ceux qui avaient été membres de l'assemblée de 1682. Les évéques nommés par le roi continuèrent cependant d'administrer leurs diocèses, mais seulement en vertu des pouvoirs qui leur furent conférés par les chapitres. Cet expédient, suggéré par Bossuet, prévint peut-être une scission complète entre TÉglise de France et TÉglise romaine.

Louis XIV, redouté de l'Europe , était roi absolu dans son royaume. Il avait détruit le petit nombre de franchises Pouvoir

et Kran-

nationales qui jusqu'à lui s'étaient conservées, plus par Tu- loÏÏÎxÎv sage que par les lois. Tous les ordres et tous les corps de «cetiess. l'État rivalisaient devant le monarque de dévouement et d'obéissance : le clergé, à qui Louis interdisait le service dans les armées et fermait son conseil , avait perdu toute influence politique; ce corps s'estimait heureux de garder une ombre d'indépendance en acquittant, à titre de don

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gratuit, des sabsides qu'il se crayait en droit de refuser comme impôt; hi haute BoUesse, ooDsiâérablemeiit dimînoëepar tant de guerres, et attirée à ht cour, était domptée par les habitudes d^lo brillaut servage auprès du monarque , et par Kattrait des plaisirs et des fêtes ; ht nombreuse m^Iesse de province, presque toute disséminée dans les armées , apprit qu'elle ne conservait de l'autorité dans rÉtat que par ses grades , et qu'elle n'avait plus aucune inônence sérieuse par ses privilèges héréditaires '; le parlement vit ses fonctions bornées à l'administration de la justice ; tout pouvoir politique lui fut enlevé ; le roi ne lui conserva que la faculté dérisoire de lui adresser des renaontrances sur ses édits, huit jours après leur enregistrement ; le tiers état perdit ses libertés municipales , par l^bllssement définitif des intendants et la vente des raairîes perpétuelles ; les trois ordres furent enfin réduits à la nullité politique par les préventions du roi contre les états généraux, et par son invincible résolution de ne

^*^; les convoquer jamais. Les liens d'une administration centrale et le pouvoir occulte de la police, nouvellement créée, achevèrent de réduire le royaume à une obéissance passive. Le rot l'y maintint par Téblouissant prestige de ses victoires et par les merveilleuses créations de son règne. Aspirant lui-même à toutes les renommées, il avait, au milieu de sa carrière, obtenu celle de conquérant , et la gloire, beaucoup plus pure, de protecteur des lettres, des sciences et du commerce. Secondé par Golbert,

^(!^~ il promulgua de célèbres ordonnances sur les eaux et forêts, sur la marine et l'industrie, ainsi que sur les codes de procédure civile et d'instruction criminelle. €es r^le*

' Elle n'avait gardé qu^une faible partie de ses anciennes juridictions seigneuriales.

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monts sont entachés des erreurs et des préjugés bariMires du temps; mais ils séparèreet, daas des cadres spéciaux, des matières jusque alors coofoudues easemble, et c'est surtout sous ce rapport qu'ils furent admirés et en partie adoptés par TËurope.

Le roi seconda les efforts de Golbert en donnant une comactivité prodigieuse à l'industrie, et en mettant le premier «J^JJ^i en hoimeurà sa cour les produits des fabriques françaises. ^^* k saYcnx les manufactures s'élèvent, nos vaisseaux cou-- ▼rent l'Océan, et la France monte au premier rang des puissances maritimes. Elle n'avait point eu de colonies jusque alors : des Français avaient , il est vrai, depuis un siècle fondé plusieurs établissétoa[its dans le ISouveau Monde, aux Fforides ', au Canada, aux Antilles , dans la Guyane, au Sénégal et en Afrique; mais ceux-ci étaient demeurés indépendants de la France. Colbert acheta les établissements des Antilles au nom de Louis XIV, et mit soQs la protection du gouvernement français une partie de la grande fie de Saint-Domingue, enlevée par des flibustiers français aux Espagnols. Une compagnie des Indes occidentales y créée par ses soins en 1664 , acquit les possessions françaises en Amérique depuis le Canada jusqu'aux Amazones, et en Afrique depuis le cap Vert jusqu'au cap de Bonne-Espérance. Une autre compagnie, celle des Jhdes orientales , fut également créée à cette époque : établie d'abord à Madagascar, elle quitta bientôt cette île, et se dirigea vers les Indes ;elle créa un comptoir à Surate, et fonda Pondichéry, qui devint le centre de ses opératiens dans l'Inde.

Le génie de Louis XIV s'associe à toutes les créations

' Coligni, le premier, envoya aux Florides quelques vaisseaux par des calvinistes.

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grandes et utiles. Ses soins embrassent nos places , nos ports, nos routes, nos canaux. Inspiré par Yauban, U défend nos frontières de l'est et du nord par un triple rang de forteresses; il commande d'importantes construc« tions à Brest, à Toulon, à Rochefort; il adopte les plans de Riquet, présentés par Colbert, et fait creuser le canal de Languedoc , qui unit les deux mers ; il achève de paver la capitale , et pourvoit à sa police et à son éclairage pendant la nuit; il fait tracer les boulevards, élève l'hôtel des Invalides et l'Observatoire, les portes Saint-Deniset Saint- Martin et l'admirable façade du Louvre, construite sur les plans de Claude Perrault. Il s'entoure de l'élite des grands . hommes de son siècle, emprunte d'eux une partie de leur EncoOTa- gloire, et s'honore lui-même en les récompensant : ses bien-

gement * . ,

scfe'Se. ^^^^ ^^^* chercher les artistes et les savants étrangers, il *irtSf en appelle plusieurs en France, établit à Rome une école AMd6. pour les peintres, et à Paris des académies de sculpture, de peinture et d'architecture ; sur la proposition de Colbert , il fonde l'Académie des Sciences et celle des Inscriptions, place la Bibliothèque royale dans un vaste local , et porte de 16,000 à 40,000 le nombre de ses volumes; enfiû il commande les voyages de Tournefort, et fait mesurer la méridienne de Paris. Sa renommée s'étend jusqu'aux extrémités de l'Asie, et le roi de Siam envoie une ambassade solennelle pour féliciter lé roi de France et traiter avec lui. £mroâi L'importance des travaux et des découvertes scientifidu siècle, ques; les créations de Colbert, de Louvois, de Vauban; les conquêtes des Turenne et des Condé ; l'éclat de la gloire littéraire ; l'éloquence de Bossuet, de Bourdaloue, deFléchier et de Fénelon ; les chefs-d'œuvre de Corneille, de Molière, de Racine, de Boileau , de la Fontaine , et de tant d'autres hommes célèbres ; les profonds écrits des

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grands penseurs et des moralistes, tels que Pascal, Descartes, la Bruyère, la Rochefoucauld ; les prodiges des arts cultivés par les Girardon, les Puget, les le Brun, les le Sueur, les Poussin, les Mansard , les le Nostre, donnèrent UD lustre incomparable à la partie de ce règne dont le tableau rapide vient d'être tracé, et contribuèrent à faire décerner au monarque par la postérité le nom de Grand, et au siècle où il régna, celui de siècle de Louis XIV.

Sous tant de grandeur cependant plusieurs vices et de ' nombreux périls étaient cachés. Louis XIV croyait posséder uo droit absolu sur la vie et sur les biens de ses sujets, et se disait lieutenant de Dieu sur la terre '. Ébloui par les prodiges de son règne, enivré de mille louanges, vainqueur de toutes les résistances, il en vint presque au point de se croire d'une nature supérieure à Thumanité, de se persuader que sa gloire rendait légitime de sa part ce qui devant Dieu était coupable de la part des autres hommes. On le vi^ au milieu des splendeurs de ses fêtes , promener dans le même char, à la face du peuple et de l'armée, sa femme Marie-Thérèse et deux de ses maîtresses ; et les prestiges dont il couvrit ses amours adultères avec mesdemoiselles de la Vallière et de Fontange et madame de Montespan portèrent une atteinte presque aussi fatale aux mœurs nationales que les honteux désordres de son successeur.

Il attacha son orgueil à triompher des difficultés et à entreprendre des choses impossibles. Colbert, qui encoura^a son goût pour les bâtiments, vit avec effroi la fortune publique s'engloutir à Versailles dans des constructiits stériles et gigantesques. Il était facile de prévoir tous lei malheurs dont serait menacée la France si la volonté

« Mémoires et instructions de Louis XIV pour le Dauphin, 93>301|S36.^

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du prinoe^flans oontre-poids , cessait de s*ia8|^r des ooasfHt du gàiie po»r écouler ceux de Tigoorance ^ do fa- Batitme; si soa orgueil indomptable peuvalt s'accorder oa jour avec les «oggestioBS d'uaedévotioD droite et mal en^ tendue ; si enfin ses préjugés» les intérêts de sa puissance et ceux de sa famille se trouvaient jamais en opposition avec les intérêts et les besdns de la France. Ces sombres prévisions des es^ts sopéileurB furent trop têt justifiées^ Mort de Colbcrt mour«t en 1683, la même année que la reine^ Théine Marie^Tbérèse : dès lors s'arrêta le cours ascendant des pro- ^J^^^* spérités du règne. Déjà les prodigalités du roi et les charges , de la dernière guerre, entreprise malgré les conseils de Coll)ert, avaient obligé celui-ci à recourir auxen^i^unts, à la vente d'une multitude d'offices, à des impêts vexatoirea, qui firent murmurer le peuple; après lui les finances retombèrent dans une effroyable anarchie, et l'on eût dit que ce grand ministre emportait dans la tombe la plus belle partie de la gloire et de la fortune de son maître.

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