LIVRE lY. CHAPITRE II
régulièrement administrées. L'armée cessa d'être un instrument dans les mains des factieux ; elle n'eut que le roi pour chef, et contribua puissamment à fortifier son autorité, dans un temps où il fallait surtout que le pouvoir royal fâtfort pour que la nation fut grande.
La France commençait aussi à goûter les fruits des soins Admini»-
^ ^ tratlonde
Vigilants de Colbert : ce grand ministre, sorti d'un comp* coibert. toir, et fils d'un marchand de laines de Reims, réussit dans ses réformes difficiles, et dans Texécution de tous ses plans, par une volonté forte et par un travail infatigable. Il établit une chambre de justice chargée de poursuivre les anciens traitants accusés de bénéfices énormes, et de réduire les rentes acquises à vil prix, mesure le plus souvent injuste et toujours populaire; il supprima une multitude de charges inutiles, qui enlevaient des contribuables à la taille, et réduisit , dans le cours de son ministère, cet impAt onéreux de cinquante-trois millions de livres à trente-deux millions; il dressa les premiers tableaux statistiques qu'on ait vus en Europe , réduisit l'intérêt légal de l'argent au denier vingt, et soumit les comptables à une discipline rigide. C'est ainsi qu'il opéra une immense amélioration financière : à la mort de Mazarin les revenus étaient de quatre-vingt-quatre millions, les charges de cinquante-deux, ettrente-deuxmillions^eulemententraient au trésor royal ; mais à la mort de Colbert les revenus s'élevaient à cent seize millions, les charges n'en absorbaient que vingt- trois, et le trésor royal en recevait quatrevingt-treize. Colbert ouvrit à la France de nouvelles sources de richesse, et fonda sa prospérité sur le commerce et l'industrie : il fit fabriquer les points de France , Jes glaces de Cherbourg, les draps fins de Louvîers, d*Âbbeville et de Sedan, les tentures des Gobelins, les
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tapis de ht Savonnerie , les soieries de Tours et de Lyon. La France doit à ses soins le perfectionnement de Thorlo* gerie, la restauration des haras, la culture de la garance; il s'occupa d'assurer des débouchés aux produits des manufactures ; il fonda des colonies , et créa les chambres de commerce, les chambres d*assurance , les entrepôts, les transit», et un nouveau système de douanes favorable aux exploitations commerciales. On lui reproche néanmoins, avec justice, d'avoir trop sacrifié les intérêts de Tagriculture à ceux de l'industrie, non -seulement en défendant Texportation des grains, mais en prohibant leur libre circulation à l'intérieur.
11 fallait une marine pour protéger le commerce : Col* èert la porta au delà des proportions marquées i^r les besoins de la France ; il montra tout à coup à l*Europe étonnée eent vaisseaux de guerre et une armée de matelots^ Son administration fournit au roi les moyens de couvrir nos frontières du nord et de l'est d'une triple ligne de forteresses, et d'acquérir Dunkerque, cette ville nécessaire à la défense du royaume, et qui fut honteusement vendue à Louis Xiy par Charles II, au mépris des int^t»de TAnglelerre.
Le roi perdit Anne d'Autriche, sa mère, en 16&d« P^ lippe IV, son beau-père, était mort 4'année précédante; et Louis, sans tenir compte de la renonciation formelle de la reine Marie-Thérèse, fit aussitôt valoir, en son nom, de prétendus droits sur la Flandre , à l'exclusion de ceux de Charles II, fils mineur de Philippe lY. Il donnait pour prétexte que la dot de la reine n'ayant point été payée, sa renonciation était nulle, et invoquait sur cette contrée un droit de dévolution qui résultait d'une coutume en v^ueur dans quelques provinces des Pays-Bas, coutume qui do«r
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naît rhéritage paternel a»x enfants dti premier Ht, de préféreace à ceux du second. Marte-Tbérèse , sa femme ^ était do premier )it, tandis que Cbiatles II était du second : il revendiqua pour etie la partie des Pays Bas qui admettait le droit de dévolution, et ne l'ayant pas obtenue, il eut recours »ul armes. Il gagna Tempereur Léopold en lui faisant espérer le partage des dépouilles de Charles II , et se mit en eampagne à Da lête de son armée. Turenne com- Guerre
pour
mandait sous lui ; Vauban et Louvois raccompagnaient. ^'^^^^f«^ L'Espagne, affaiblie, était alors gouvernée par un jésuite, ,^"îîîi. le P. Nithard, confesseur de la reine : elle n'opposa que peu de résistance aux armes de Louis XIY. Ce prince, en trois semaines , se rendit maître de la Flandre française : ^^^^^^ la conquête delà Franche- Comté, province gouvernée S*5eta par l'Espagne avec des formes républicaines, fut sur-le- ^ïï2?' champ résolue , et achevée en un mois.
L'Europe s'alarme de ces succès rapides ; une triple alliance se forme contre Louis entre la Hollande, l'Angleterre et la Suède ; elle est conclue en peu de jours. Le grand pensionnaire de Hollande , Jean de AYitte , devient Tâme de cette ligne, qui oblige le roi à signer le traité Traité d'Aix-la-Chapelle y par lequel il conserve la Flandre et ^^i^^; rend la Franche-Comté. p,Jj^Jj ^
Louis XIV pendant la paix donne ses soins à l'admi- ^\^^' nistratioQ intérieure et aux affaires de l'Église de France, troublée par les querelles du jansénisme '. Il songe ensuite
I Cinq proposilions sur la grâce, attribuées à Jansénius, évoque d^pres, et condamnées par Innocent X en 1653, allumèrent une guerre dans relise de France. 11 s'agissait d'un mystère que la raison ne peut pénétrer. Les jésuites attaquèrent ces propos! tioas; leurs plus célèbres adversaires furent Arnauld et Pascal, auteur des Lettres prmnnei»ks.
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32 TROISIEME iPOQUE.
à se venger de la fiollande, et à la punir de la part qu'elle avait prise dans la triple alliance. Il nourrissait un profond dédain pour tout autre gouvernement que celui d'un seul ; et tandis qu'il aurait dû ménager des citoymis industrieux, qui versaient annuellement soixante millions dans nos marchés , il n'écouta contre eux que sa haine et son mépris. Ce fut une des grandes fautes de son règne. Partout et toujours il retrouva devant lui ce peuple de marchands, d'hérétiques et de républicains, dont l'existence l'iodignait , et dont les richesses lui suscitaient des ennemis dans les deux mondes. Offensé par des médailles qui représentaient les Provinces-Unies comme arbitres de TËarope, et irrité de Timpertinence de quelques gazetiers, le Gaerre roi saisit CCS frlvolcs prétextes pour déclarer la guerre aux Hollande, Hollandais : il détache de leur alliance Charles XI, roi de
l'Empire '
%Jg^' Suède, et Charles II, roi d'Angleterre, toujours prêt à 1672-1678. yendre son appui et à sacrifier les intérêts de son peuple à ses plaisirs. La marine hollandaise couvrait les mers y et assurait la prospérité commerciale de cette république, en protégeant ses magnifiques établissements aux Indes orientales. Louis XIV fortifie la sienne de cinquante vaisseaux anglais, et entre en Hollande à la tête de cent mille hommes, accompagné deXurenne, Yauban, Luxembourg et Louvois. Ce dernier pourvoit avec une prévoyance admirable à l'entretien et à la subsistance du soldat, par rétablissement, jusque alors inconnu, de magasins d^habillements et de vivres. Condé commande l'armée. Jamais pour conquérir un petit État préparatifs plus formidables n'avaient été faits; et rien n*est plus honorable et plus glorieux pour la Hollande que Timmensité des efforts tentés pour l'écraser.
A cent mille combattants, soutenus par une artillerie
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redoutable, et commandés par les plus illustres généraux , les Provinces-Unies n'avaient à opposer qu'un jeune prince d'une constitution faible , qui n'avait vu ni sièges ni combats, et environ vingt-cinq mille soldats, mal aguerris. Le prince Guillaume d'Orange , âgé de vingt-deux ans , venait d'être élu par le vœu national capitaine général des forces de terre, et le grand pensionnaire Jean de Witte, qui redoutait l'influence de la maison d'Orange, avait consenti à ce cboix par nécessité. Guillaume nourrissait sous un flegme apparent une ardeur ambitieuse et une grande soif de gloire. Son génie était actif et perçant, son courage intrépide , et d'une opiniâtreté à l'épreuve de tous les revers. Il ne put arrêter d'abord le torrent qui fondait sur sa patrie : toutes les places qui bordent Iç Rhin et i'Yssel tombèrent au pouvoir des Français.
Le prince d'Orange manquait de troupes pour tenir la campagne ; il fit faire à la hâte des lignes au delà du Rhin, et reconnut bientôt l'impossibilité de les défendre. Le pas- ^^'^ sage de ce fleuve , plus vanté que glorieux , s'exécute sans péril sous les yeux du roi, en face des Hollandais, trop comnjôte inférieurs en nombre pour résister. Une charge imprudente ^'\^^***coûte la vie au duc de Longueville ; Gondé reçoit une blessure , et cède le commandement à Turenne. En peu de mois trois provinces et quarante places fortes sont conquises ; Amsterdam est menacé ; outre les maux de la guerre , les dissensions intérieures désolent la Hollande. Le parti du grand pensionnaire Jean de Witte veut la paix; Guillaume, qui brigue le stathoudérat et ne peut grandir que par les armes, se prononce pour la guerre. Jean de Witte l'emporte, et des avances sont faites à Louis Xiy par une députation qui compte dans ses rangs les fils de l'illustre Grotius. Des propositions avantageuses
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84 TBOtSIÂMB ÉPOQOE.
soot soumises au roi ; mais Louis exige plus encore : fi demande le rétablissement de la religion eatlioiique en Irlande y Faiiandon d'une partie des temples au eutte romain, > vingt millions pour les frais de la guerre , la cession de tout ce que les ProYffîces-Uaies possédaient sur le Wahal et sur le Rhin , et ei^n des médatHes expiatdres qui chaque année lui seraient présentées, comme pour reconnaître que les sept provinces tenaient de sa cléaience leur existence et leurs libertés. Ces prétentions, la plupart exorbitantes, exaspèrent le peuple hollandais ; il tourne sa fureur contre Jean de Witte et l'amiral Gorneîlte de Witte, son f rère^; il^ies accuse de complicité avec Louis XIV; le peuple les massacre , tes déchire, et livre leurs corps à mille outrages. Le désespmr donne des forces aux vaincus ; ils percent leurs digues, et mettent le pays sous les eaux, pour contraindre les Français à l'évacuer. L'amiral hoUandais Ruyter lutte glorieusement contre les escadres combinées de la France JWSc ®^ ^® r Angleterre, et l'issue du combat de Sauhsbay met sauitsbay |^ ^ôtes de la république à l'abri de toute insulte.
L'Europe s'émeut en faveur de la Hollande : l'empereur Léopold, les rois d'Espagne et de Danemark, h plupart des princes de l'Empire , l'électeur de Brandiebourg Frédéric-Guillaume , premier fondateur des hautes destinées de sa maison, tous, alarmés de l'ambition de Louis XIV, se ligujent contre lui ; Charles H lui-même est contraint , par son parlement, à délaisser la France. Louis XIY, écoutant l'avis de son ministre I^uvois, avait commis la faute de disséminer ses troupes dans, une multitude de places con«quises, dont Turenne et Condé voulaient, avec raison, détruire les défenses : menacé par tant d'ennemis , il ne peut réunir assez de forces pour tenir la campagne , et bientôt toute la HoHande fut évacuée ; le roi n'y conserva que
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LIYBB IT. GBAPITBS II. Z$
Grave et MMStriekt t, La Fraodie'Cointé rindemnisa de Évacuatant de pertes. Louis marche à la conquête de cette pro- ^ouan^ lïxm autrichieDDe^espagnole : Noailles commande sous ^Jg^î; lirî. Besançon ne résiste qtie ne^ Jours au génie de Yau- Franc^eben; la province est conquise en six semaines pour la se* i^Fnince. eoode fois , et enlevée sans retour à TEspagne.
Le grand Condé, ayant en tête le prince d'Orange , H- ^^j vrait alors sa dernière bataille près de Senef en Flandre : ««*• elle était gagnée ; mais Guillaume rallia ses troupes , et arrêta les vainqueurs : trois fois Condé fondit sur lui , sans poQvdr le chasser de sa dernière et inexpugnable position. La perte fut affreuse des deux côtés : vingt-sept mille morts restèrent sur le champ de bataille ; GcHidé eut trois chevaux tués sous lui; on se battit quatorze heures, et llssnede la journée demeura indécise.
Turenne avait alors à défendre les frontières du c6té du savantes
., campa-
Bain , et il déploya dans cette campagne toutes les ressour- ^^i^^^ ces de l'art et du génie. Après ime marche vive et savante, ^^â^^e-' il passe le Rhin à.Phihsbourg, tombe sur Sïutzheim, slnt^eâi feree cette ville; e% en même temps il attaque et met en Enshdm. firite Caprara, général de l'empereur et le vieux duc de
* Une sagesse profonde ayait tracé le plan de la campagne de 1672 , et cependant l^oe n^en fut point heureuse. Des foutes d'exécution fireii perdfe le fruit des succès étonnants qu'on obtint d'abord. Un entraînement irrésistible à faire des sièges fit perdre l'occasion d'entrer à Amsterdam. On mit des garnisons dans une foule de places <lu'oneût dû raser aussitôt qu'on s'en fut emparé. L'armée, semblable ^ Mûn et à la Meuse , qui se divisent et se répandent dans tontes les ireiiîtions à leur entrée dans la HoUande, couvrit une partie du territoire ennemi, et ne put faire un pas de plus pour conquérir le reste. L'Allemagne, alarmée, intervint en faveur des Provinces, et nous obligea d'abandonner nos conquêtes.
(Roquancoûrt, Cours d^Art et d'HUt. milU., 1. 1**^, p. 481.)
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36 TBOISIÀME ÉPOQUE.
Lorraine Charles IV. Turenne , après Tavoir batta , le poursuit, écrase sa cavalerie à Ludenburg:âe là il prévient, par une manœuvre rapide , la jonction de deux corps de trou pes impériales ; il attaque auprès de la ville d'Ensheim le prince de Bournonville, qui commandait l'un de ces corps, et le force à la retraite; puis se retire lui-même devant des forces supérieures commandées par Télecteur de Brandebourg, et prend ses quartiers d*biver en Lorraine. L'ennemi croit la campagne terminée; pQur Turenne elle commençait. Il résiste à Louvois , à Louis XIV , qui , alarmés de son péril , pressent sa retraite. Brisach et Philisbourg sont bloquées ; soixante et dix mille Allemands occupent TAisace : mais Turenne a tout combiné; il saura les surprendre et les vaincre. Avec vingt mille hommes et quelque cavalerie que lui envoie Gondé, 11 traverse par Thann et par Béfort des montagnes couvertes de neige, et tout à coup il se montre dans la haute Alsace au milieu des ennemis, qui le croyaient encore en Lorraine. 11 bat successivement à M ulhausen et à Colmar les corps qui résistent. Un redoutable corps d'infanterie alle-
Batauie maudc dcmcurait lutact: Turenne l'attend àTurckheim.
heim. dans une position avantageuse , et le met en déroute. G est ainsi quune armée formidable se trouve détruite en quelques mois avec peu d'efforts : l'Alsace demeure au roi, et les généraux de TEmpire repassent le Rhin. Cette campagne arracha un cri d'admiration à TEurope ; mais en per-
premicr mettant l'incendie du Palatinat pour enlever toute res-
iacendie ^
*^mau' source à l'ennemi, Turenne imprima une tache à sa gloire. Deux villes et une multitude de villages devinrent la proie des flammes^ et les barbaries du soldat ne furent point réprimées.
L'empereur envoya enfin contre Turenne Montecucullî,
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le premier de ses capitaioes , et le vaîDquear des Tares au Saint-Gothard. Les deux grands adversaires s'éprouvèrent d'abord mutuellement dans une suite de savantes manœuvres, qui font encore l'admiration des tacticiens : ils parurent enfin l'un et l'jautre sur le point de livrer bataille proche du village de Salzbacb, dans le pays de Bade ; et Turenne se croyait sûr de vaincre, lorsque, en visitant une batterie, il tomba mort , frappé d'un boulet de canon : Mort de le même coup emporta le bras de M. de Saint- Hilaire, le?». * lieutenant général d'infanterie , qui dit à son fils , fondant en larmes auprès de lui : « Ce n'est pas moi , mon fils, c'est « ce grand homme qu'il faut pleurer. » Turenne mourut âgé de soixante-quatre ans : né protestant, il s'était converti au catholicisme , et fut enterré dans le tombeau des rois à Saint-Denis. M ontecucuUi , instruit de sa mort, obligea ses deux successeurs , les généraux de Lorges et Vaubrun à repasser le Bhin : Vaubrun fut tué au passage du fleuve, de Lorges opéra sa retraite. La ville libre de Strasbourg offrit aussitôt son pont à MontecucuUi , qui pénétra en Alsace. Condé pouvait seul être opposé avec Dernière
^ r rir campa-
SQccès à ce grand capitaine , et fut envoyé à sa rencontre. |n|^^ Son génie déploya autant d'art que celui de Turenne. Deux \®j;Jf • campements lui suffirent pour arrêter les progrès de l'armée impériale , et pour contraindre M ontecuculii à lever les sièges d'Haguenau et de Saverne : l'Alsace fut évacuée, et cette campagne savante fut la dernière des deux illustres rivaux. Le grand Condé vécut depuis lors dans une glorieuse retraite à Chantilly , où il mourut en 1688 : dès qu'il eut cesse de commander les armées delà France, HoDtecuculli se retira du service de l'Empereur '.
' MoDtecucalli eut un successeur dans Eugène; Turenne n'en eut point. Plusieurs de ses élèves ont associé leurs noms à de mémorables
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S^ TfiOlSISMB irOQVE.
Le doc de €ré<]pii se laissa battre, cette même année, à Consari)ruek, près de Trêves, parle due de Lorraine; mais de beaux succès effacèrent ce revers. Messine avait secoué le joug de TEspagne , et s'était mise sous la pro- ^ïc dS?* *^*^^ de la France. Secondés par la marine hollandaise, âtrombofi ^ Espagnols tentèrent de h reprendre, Ihiquesne, à la ®* w^«.**' tête de la flotte française, déjoua leurs projets : il gagna la bataille navale de Stromboli et ceHe d'Agosta, qui coûta la vie à l'auriral Ruyter; le maréchal de Yivonne acheva de détruire la flotte ennemie à sa sortie de Palerme. ^^^^ Ces glorieuses opérations forent suivies de deux brillantes ^\^4"- campagnes du roi en Flandre. La prise héroïque de Valeuciennes, faite en plein jour par [es mousquetaires; celle de Gambray, de Saint-Omer, et la victoire de Gassel, remportée par le duc d'Orléans, frère du roi, sur le prince d'Orange, terminèrent cette guerre, injustement entreprise et glorieusement achevée : Louis se vit l'arbitre de l'Europe. Les états généraux de Hollande se lassèrent d'une Mmlgue. 1^**^ ^^^ n'était soutenue que parleurs subsides : un con- «67». grès s'assembla à Nimègue, où la paix fut signée le 19 août 1678. La Hollande recouvrait tout ce qui lui avait été enlevé pendant la guerre ; l'Espagne abandonna la Franche-Comté et un grand nombre de places dans les Pays- Bas; l'Empereur céda deux villes impériales, dont le maréchal de la Feuillade s'était emparé , et donna Fribourg en échange de Philisbourg-; les droits de possession de la France sur l'Alsace furent confirmés. Le jeune duc de Lorraine, neveu de Charles IV, refusa de subir la ïo^ de Louis XIV, et rejeta les conditions auxquelles il devait
victoires, mais aucun d'eux n'est parvenu à la hauteur de ce grand tnattre , dont Tardeur s'accrut avec les années et Texpérience.
(Roquancourt, Cours d'Art eicPmst. milit., t. !•% p. 489* >
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être rétabli dans ses États, que là France continua d'occoper ; la Sicile fût évacuée.
Aux avantages assurés par la paix de Nimègue, Loufe en ^»îgtiit d'autres, non moins importants, et qu'il obtint par la fraude et la violence. Il était dit dans le traité que les cessions seraient accompagnées de toutes leurs dépendances ; les négociateurs avaient compté que ces réunions se feraient de concert; Louis XIV se crut en droit de les régler seul : il établit en conséquence une chambre souveraine à Besançon, et deux conseils également souverains, l'un à Brisacb, l'autre à Metz, chargés de prononcer sans appel sur les réunions à sa couronne. Par cet{e merare arbitraire, le roi de Suède, k duc de Wurtemberg et des Beux-Pûnts, l'électeur palatin, celui de Trêves, et Tme infinité d'autres princes, furent dépouillés d'une partie de leurs domaines, et sommés de rendre hommage pour d'autres possessions. Louis XIY s'empara de Strsusbourg surprise
de Strft8~
d'une manière non moins violente. Louvois et le marquis bourg.
^ Béunlon
» è& Montclar se présentèrent tout à coup devant cette place ^^^^l^ avec vingt mille hommes. Amenée à capituler par les me- ^[JJ/;®naces et la séducti<m, elle fut réunie à la France; et Yauban, qui la fortifia, en fit le rempart du royaume contre TAHemagne.
Justement irritées de ces usurpations, les puissances de FEurope signèrent une nouvelle fi^e le Jour même de la prise de Strasbourg; mais trois cent mille Turcs fondirent atofs sur l'Empire; etYlenoe, réduite par eux à Texlréfldié, eût succombé sans le secours du roi de Pologne Jean Sobieski et du prince Charles de Lorraine, réunis tOQSdeux à l'armée des cercles. Léopold et la plupart des poifisanfies^ trop affaiblis ptoui* reeawn^ncer la guerre» protestèrent contre la France sans agir. L'Espagne seule
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40 TBOISliMB ÉPOQUE*
osa combattre, et perdit G)urtray, Dixmude et Luxem- Tréve^de bourg. Une trêve de vingt ans, à laquelle accédèrent TEm- '^«îf* P^*'^'*'' ®t *^ Hollande, fut conclue à Batisbonne ; elle autorisait le roi à conserver pendant sa durée Luxembourg, Strasbourg, et toutes les réunions prononcées par les chambres souveraines. Cest ainsi que Louis XIV, étendant ses conquêtes par des voies illégitimes, accumula sur lui de longs ressentiments, qui devaient éclater au jour de ' Fadversité.
Tout pliait sous Teffort de ses armes. Les vaisseaux espagnols baissèrent leur pavillon devant le sien ; Duquesoe purgea la Méditerranée des pirates qui Tinfestaient, et fiombar- foudroya deux fois la ville d'Alger avec des galiotes à d^cÇnw! ^^ï**^ nouvellement inventées. Alger, Tunis et Tripoli I685-I6M. gg soumircut. Gênes fut accusée, à tort peut-être, d'avoir fourni des secours aux corsaires : quatorze mille bombes écrasèrent ses palais de marbre, et son doge fut réduit à venir à Versailles implorer la merci de Louis XIV. Ce monarque était parvenu au faite de sa puissance et de sa gloire : son nom excitait en Europe la haine , Tadmiration et l'effroi. La cour romaine , déjà trop humiliée par lui, fut vaincue une seconde fois en 1682, au sujet du droit de régale'. Ce droit jusqu'à Louis XIV ne touchait pas les églises de quelques provinces longtemps étrangères au royaume , telles que la Gu^nne, la Provence et le
' On appelait de ce nom le droit que possédèrent les rois de France, à l'exclusion de tous les autres souverains , de jouir pendant la vacance des sièges épiscopaux, et jusqu'à Fenregistrement du serment des nouveaux évoques, des revenus qui y étaient attachés, et de conférer encore divers bénéfices dépendant de ces sièges à des sujets qui n'étaient point tenus de solliciter l'institution canonique des grands vi-
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