‹ Histoire de France (volume 3)Chapitre 9 sur 65 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Régence du duc d*0rléans , et ministère du duc de Bourbon. 1715 — 1726.

Louis XIV vivait encore, et déjà tous les regards se portaient sur le due d^Orléans, son neveu, que sa naissance et les coutumes du royaume appelaient à exercer la régence pendant la minorité du duc d'Anjou. Philippe d'Orléans, doué de talents militaires auxquels la Jalousie de Louis XIV donna rarement l'occasion de se produire, distingué par

' Voyez, pour le tableau des guerres de la France et des principaux trahés durant le règne de Louis XY, ma Géographie historique, pag. 75-77, carte n* 17.

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soD esprit, par son commerce agréable et facile, par ses connaissances variées dans les langues et dans les sciences, affichait nn cynisme dMrréligion et d'immoralité qui l'avait déjà plus d*une fois exposé à d'odieux soupçons. Héritier du trône après les descendants de Louis XIV, la voix publique le rendit responsable de la mortalité qui firappa la famille royale durant les dernières années du règne précédent, et trouva un motif d'accusation dans lesf études chimiques, encore peu répandues, auxquelles il s'adonnait : sa conduite à l'égard du jeune roi offrit , dans la suite, le plus éclatant démenti à ces noires calomnies : Louis XIV les repoussa. Cependant, préoccupé de l'intérêt de ses fils légitimés , il ne décerna par son testament à son neveu qu'un titre sans puissance réelle. Il sépara la régence de la tutelle du jeune monarque, et celle-ci fut confiée au duc du Maine ainsi que le commandement des troupes de la maison du roi : un conseil de régence, formé de courtisans et d'anciens ministres, et où le duc d'Orléans n'aurait eu que voix délibératîve, devait exercer la plénitude de l'autorité souveraine.

Quel que fût l'égoïsme des motifs qui inspirèrent au roi ses dernières résolutions, les hommes graves et de mœurs austères n'auraient vu qu'avec inquiétude le pouvoir suprême passer sans contrôle aux mains d'un homme aussi décrié dans l'opinion que le duc d'Orléans. Mais ce prince nourrissait des prétentions plus hautes, et comptait avec raison, pour les soutenir, sur les courtisans fatigués du masque de dévotion que leur imposait le vieux roi, et pleins d'espoir dans la régence d'un homme de plaisir; sur les parlements, impatients de secouer l'interdiction politique qui pesait sur eux depuis cinquante années; enfin, sur cette foule d'adorateurs de la fortune , sans principes et

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sans oj^DioDS, toiijotirs prêts à changer avec elle, et habite à deviner le parti da plus fort.

Dès le lendemain de la mort de Louis XIV, après une nuit employée à négocier et à prodiguer des promesses, le due d'Orléans se rendit au parlement, Mcompagné des princes, des pairs du royaume, et d'un nombreux cortège de courtisans et d'officiers gagnés à son parti. Dans un dis- Le paric^

° ° '^ ment cas-

cours plein d'adresse, le duc se montra jaloux de tenir du g^fn^;

parlement le titre auquel sa naissance lui donnait les droits ; ^J^^'^ puis, aprèê avoir fait entendre à cette compagnie qu'il s^édairerait de ses remontrances, il donna lecture du testament. La plupart des magi^ats, et entre autres les avocats génénnix Guillaume de Lamoignon, Pierre Gilbert de Voisins, Henri-François d'Aguesseau, depuis chancelier, et Joly de Fieury, proeureur général, étaient dévoués au duc ; et, malgré les efforts du premier président de Mesmes, qui défendait les intérêts des princes légitimés, le testament fut cassé tout d'une voix. Le parlement reconnut le duc pour régent du royaume, avec plein pouvoir et toute liberté de composer à son ^ le conseil de régence. D'Orléans y appela ceux que Louis. XIV avait choisis, et le conseude

•f '^^ ^ ' régence.

composa des princes, du chancelier Voysin, des maréchaux 00 Villeroi, d'Harcourt, de Tallard et de Bezons, du duc de Saint-Simon, et de Chevemy^ ancien évêque de Troyes : les trois derniers seulement étaient des choix nouveaux du régent; le duc du Maine garda la surintendance de l'édocation de Louis XV, élevé à Vincennes; mais il fut dépossédé du commandement des troupes de la maison du roi.

Les ministères furent supprimés, et pour les remplacer le régent créa six conseils particuliers : ceux de cons- ^eoce, de la guerre, des finances, de la marine, des af-

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faires étrangères, et de riDtérieur da royaoïne : ils étaient présidés par le cardinal de Noailles, le maréchal de Yillars, le dac de Noailles, le maréchal d'Ëstrées, le maréchal d'Uxelles et le doc d'Antin. On s'aperçut ensuite que les intérêts commerciaux amûent été oubliés dans rétablissement de ces six conseils, et il en fut créé un septième, intitulé conseil du commerce. On remarquait dans leur composition des hommes très-différents par la naissance, par Tesprit et les mœurs : d^abord les grands seigneurs, habiles en intrigues et novices en affaires, ensuite les amis du régent, l'élite des roués, hommes ignorants, spirituels et pervers; enûn, au-dessous d'eux, on comptait des conseillers d'État et des membres du parlement, gens instruits et laborieux, destinés à réparer les fautes de leurs collègues. Le régent se réserva personnellement le soin de L'Académie prpiDim des Sciences. Ses premières mesures furent généralement régence, approuvées; il rendit au parlement le droit de remontrances, dont il le priva dans la suite; il fit payer exactement la solde des troupes, ordonna contre les financiers des poursuites judiciaires, fixa la valeur, jusque alors vacillante» des espèces d'or et d'argent, visita les prisons royales, exila le P. Tellier et quelques autres jésuites, et révoqua les arrêts arbitraires rendus par le feu roi contre leurs nombreuses victimes. Plusieurs évéques, une foule de prêtres et de laïques, proscrits pour de misérables querelles théologiques, furent rappelés; enfin le régent ordonna l'impression du Télémaque. Ce fut sous ces heureux auspiees que débuta son gouvernement.

Les hommes influents étaient divisés en deux partis : les uns (et à leur tête était le maréchal de Villeroi, gouverneur du jeune monarque),fidèleà la politique de Louis XIV, voulaient maintenir une étroite union avec l'Espagne, alors

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